‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 153 sur 342 · TERRITOIRE PRIVILÉGIÉ · texte numérisé non relu

TERRITOIRE PRIVILÉGIÉ

La justice que l'immuniste irait implicitement d'une telle clause sur son domaine * s'applique donc à la généralité des possessions "7. C'est un territoire mouvant, qui s oppose au lerriloire fixe du pseudo-diplôme de Charles le Chauve exactement comme le territoire mouvant de la juridiction des évêques claustraux s'oppose au territoire fixe de la charte fausse de Landri. Mais, cette fois-ci, nous allons pouvoir non seulement constater la différence entre la conception du IX° et celle du XI° siècle, mais expliquer le passage de l’une à l’autre et saisir une évolution. Ce sont les chartes d’immunité du X° siècle qui vont nous permettre de restituer les anneaux intermédiaires d’une chaîne dont nous avons les deux bouts.

IT. — Dès go1, on perçoit les premiers signes du changement. L'abbé de Corbie, Francon, venait de faire construire un château fort (castellum) dans l'enceinte du monastère pour mettre les moines à l’abri des incursions normandes”*. Cette protection militaire eût été insuffisante si elle n'avait été doublée d'une protection juridique : il fallait que Francon fût le maître dans le castellum et qu'il y bénéficiàt d'une immunité encore plus forte qu'ailleurs. Il sollicita donc et obtint de Charles le Simple un nouveau diplôme d’immunité, dans lequel, après la formule traditionnelle d’immunité générale, le roi ajouta, tout à la fin du dispositif, l'interdiction à tout agent public d'exercer quelque pouvoir que ce ce fût dans le castellum : voilà l’immunité renforcée sur un territoire limité. Il est vrai qu'aussiltôt le texte se reprend et affirme que le castellum jouira, au demeurant, du

6. Sur cette justice, qui s'était étendue en compétence durant l'époque carolingienne, cf. KroeLr, L'immunilé franque, pp. 197- 225, et surtout pp. 209-219. É

s7. Bien. entendu, l’immunité avait, à Saint-Denis, les mêmes caractères qu'ailleurs. Voir notamment, parmi les nombreux diplômes d’immunité accordés à cette abbaye, celui de Pépin le Bref, du 23 septembre 568 (M. G.H., Dipl. Karol., I, n° 26, pp. 35- 97): ;

28. LevicraIN, Examen cril. des chartes... de Corbie, p. 132.

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