‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 183 sur 342 · Grégoire VIT reproche à Guillaume d'empêcher les évêques · texte numérisé non relu

Grégoire VIT reproche à Guillaume d'empêcher les évêques

Ainsi, Lanfranc avait cherché à faire prévaloir une conceplion primatiale et métropolitaine de l’exemption, ou plutôt, puisqu'en somme les intentions politiques transparaissent dans l'attitude de l'archevêque et du roi, une conception anglo-normande. Guillaume et Lanfranc voulaient bien que le privilège fit sortir les monastères des cadres du diocèse pourvu qu'il les maintîint dans ceux de la province ou de la primatie — entendez ceux du duché où du royaume. Ils avaient cru qu'une telle réserve pouvail s accommoder d’un certain rattachement à Rome, et tenté de concilier ces deux tendances pourtant divergentes. Ils y étaient même un instant parvenus sous Alexandre Il, particulièrement favorable à Guillaume "* et à Lanfranc TT. Mais Grégoire VIT transigeait moins facilement que son devancier avec les principes, et la centralisalion ecclésiastique était l’un de ceux auxquels il s’attacha le plus tôt et le plus fermement. Obligés d'opter entre le privilège romain et le maintien du lien prima-

anglais, Lanfranc notamment, de faire à Rome leur voyage ad limina (25 mars 1079); là-dessus se greffe l'affaire de la primatie de Lyon, qui, en subordonnant Rouen à Lyon, est mal vue du Conquérant (19 avril 1059) ; l'archevêque de Rouen, Guillaume Bonne-Ame, ancien abbé de Saint-Étienne de Caen et créature de Lanfranc, refuse d'aller à Rome chercher le pallium, est suspendu par le pape (ro8r), et ceci donne lieu, en Normandie, à des pamphlets anti-romains (M.G.H., Libelli de lile, IT, 656 sq.); la queslion du serment de fidélité, que des légats maladroiïits avaient voulu réclamer de Guillaume, vint encore compliquer les choses, et l'on a noté que, au très important concile réformateur de Lillebonne de 1080, aucun légat n'assistait (Fricne, op. cit., II, 254, n.3). Entre 1073 et 1080, il n'y eut aucun légat en Angleterre (BÔHMER, Op. cit., p.131, et TiLLMANN, 0p. cil., p. 16). La bonne entente ne revint que partiellement en 1082, et tout à fait en 1084 (Bôauer, Kirche und Staal.…, pp. 132-139; Fricnr, op. cit., I, 229 et 346-349).

76. C'est en 1071 qu'Alexandre IT écrit à Guillaume la lettre bien connue où il lui dit : « Nous remercions Dieu d’avoir permis qu'en ce siècle où le monde, méchant et dépravé, n'a que des aspirations dépravées, vous soyez, parmi tant de princeséiet de rois, réputé pour votre respect de la religion, pour votre zèle à réprimer l’hérésie simoniaque, à honorer l'Église et à lui rendre les honneurs qui lui sont dûs. » (Jarré, 4695 ; nous empruntons la traduction à Frice, op. cit., I, p. 364.)

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