SUDra, p
tial et métropolitain, Guillaume et Lanfranc choisirent le second.
Ceci explique qu'entre 1073 et 1089, aucune abbaye anglaise où normande n'ait obtenu de bulle d’exemplion. Est-ce à dire toutefois que Lanfranc, ainsi qu'on l’en a accusé, soit devenu adversaire des libertés monastiques ? L'exemple même de Bury, où l’abbé finit par triompher de l’évêque, suffirait à le nier. Et, si Lanfranc s'est attaqué au privilège de Saint-Augustin de Canterbury, c'est parce que ce monastère était situé dans son propre diocèse, où l’évêque se confondait avec l’archevêque ” ; et nous n'avons aucune raison de croire qu'il ait vu d’un mauvais œil celui de Battle, situé dans le diocèse de Chichester *.
75. BROOKkE, op. cil., pp. 131 et 161. Nous ne partageons pas l’opinion de M. Brooke d’après lequel Lanfranc, partisan de l’exemption quand il était abbé de Saint-Étienne de Caen, en serait devenu l'adversaire après son élévation à Canterbury (p. 161). Il y a, pensons-nous, plus d’unité dans les conceptions de Lanfranc, qui a toujours été partisan de l’exemption, même romaine, pourvu que les droits du primat (en Angleterre) et du métropolitain (en Normandie) fussent réservés.
79. Trois ans avant la conquête, l'abbé Egelsy avait obtenu d’'Alexandre IT l'usage des pontificalia (1063, JArFÉ, 4541: THORNE, Chronica..…, éd. Twyspen, Scriptores, X, 1785; EzmHaM, Historia, éd. Harpwicx, p. 89; cf. Dom KNowLes, op. cit., p. 4o3): c'était le chemin conduisant à l’exemption, mais il ne fut pas poursuivi. Egelsy, hostile aux conquérants, fut remplacé par le Normand Scotland, qui, en 1070, fit profession d'obédience à Lanfranc (GER- VAIS DE CANTERBURY, éd. STUBBs, I, 50, KNOWLES, ibid.): il est accusé par les chroniqueurs de l’abbaye d'avoir sacrifié les droits de celle- Ci (THORNE, 1991; ELMHAM, p. 344 ; KNOWLES, p. 404). À sa mort (1087) éclata, entre les moines et Lanfranc, un violent conflit sur le choix du successeur que Lanfranc voulait désigner lui-même. Finalement, appuyé par Guillaume le Roux (et non Guillaume le Conquérant, comme un passage de Gervais de Canterbury, 1, 50, pourrait le faire croire ; G. le Roux est donné par les Acta Lanfranci, éd. EarLe et PLUMMER, Two Angl.-sax. chron., I, 290 ; THORNE, 1792-1793: ELMuau, 345-346: cf. la discussion de KNOWLES, pp. 404-405), Lanfranc triompha, non sans peine : il y eut une véritable « insurrection » (KNowLEs) des moines. L'abbé Guy fut désigné par lui et lui fit profession d’obédience devant l'autel de l'église cathédrale.
80. Il résulle des travaux criliques sur les chartes de l’abbaye de Battle que Guillaume le Conquérant lui accorda un privilège la libérant « ab omni subjectione episcoporum el quarumlibet personarum dominatione » (infra, App. IX, p. 252). L'imprécision d’une
Nous pensons donc que l'attitude de Guillaume et de Lanfranc en matière d’exemption fut uniforme, d'un bout à l’autre de leur temps de collaboration, en ce qui concerne la soustraction au diocésain et la réserve des droits du primat et du métropolitain. Elle ne varia, après 1073, qu au regard du rattachement au Saint-Siège, par suite de la croissance de la centralisation romaine, contre laquelle les deux dirigeants ve normands résistèrent et qu'ils finirent par enrayer *
telle formule prêtait sans doute aux interprétations extensives que les moines lui donnèrent au milieu du XII siècle (infra, ibid.), mais ne nous permet pas de dire quelle était exactement la situalon juridique du monastère par rapport à l’évêque (cf. supra, pp. 34 et 35). Lanfranc paraît bien n'avoir jamais entrepris contre le privilège de Battle; il souscrit la charte de fondation (Davis, n° 62, infra, App. IX, p.275), en 1070-1071, il est vrai, mais le chroniqueur de la fin du XIT siècle, exact à relever les attaques ultérieures dont son abbaye fut l’objet de la part du diocésain, l’évêque Stigand de Chichester (Chronicon de Bello, pp. 25-27), n’a pas mis Lanfranc en cause. — Il est impossible, comme l’a noté M. Fa- RAL (La légende arthurienne, t. II, p. 406, n. 1) d'utiliser le passage Où GUILLAUME DE MaLMEsBuRy (De antiquilate Glastoniensis ecclesiae, éd. HEARNE, p. 1171 ; MINE, CLXXIX, 1729) raconte que Lanfranc, après avoir été défavorable aux privilèges de Glastonbury, finit par les défendre devant Guillaume le Conquérant et les fit confirmer. Cette chronique, écrite entre 1129 et 1135, est d’une véracité trop douteuse pour qu'on puisse en faire état avec certitude.
81. Guillaume n'’entendait d’ailleurs pas abandonner, à qui que ce fût, le jugement des procès entre évêques et monastères, et ceci n'est pas seulement vrai en Angleterre (exemples de Bury, de Battle, dont Guillaume ordonne à l’évêque Stigand de bénir l'abbé au monastère même sans y prendre gîte, « in testimonium... libertatis ejusdem ecclesiae », Chron. de Bello, pp. 25-26), mais en Normandie. Nous citerons deux cas.
1° Un violent conflit mit aux prises, ‘en 1073, l'archevêque de Rouen, Jean d’Avranches, et les moines de Saint-Ouen. Il éclata le 24 août 1073, jour de la fête de saint Ouen, et nous a été relaté différemment par l’Historia archiepiscoporum Rothomagensium, écrite à Saint-Ouen à la fin du XI° siècle, qui nous donne la version des moines (MARTÈNE, Veter. scripl. coll. nova, I, pp. 242- 248: cf. G. Ch., XI, 32-35), et par le Chronicon Rothomagense (LABBe, Bibl. nova, 1, 367, reproduit par le Chronicon S. Stephani Cadomensis, 6d. Gices, Scriptores, p. 166; H. Fr., XII, 979; cf. Mo- LINIER, 1221), qui nous donne la version de l'archevêque. Voici ce qui est certain : tandis que Jean d’Avranches célébrait, ce jour-là, conformément à la tradition, l'office à Saint-Ouen, une véritable bataille se produisit entre les moines et ses clercs, qui, ainsi que lui-même, furent obligés de fuir. L'abbé Nicolas était absent, ayant
Ils n'eurent pas à soutenir pareille lutte sous le rapport du privilège de juridiction, et la papauté, qui ne sen était point mêlée à l’époque précédente, continua d'y être étrangère. Notons son absence pour n’y plus revenir : elle est commune à la Normandie et à l’Angleterre, qu'il nous faut, pour le reste, étudier séparément.
A. Normandie
La franchise des coutumes épiscopales, telle qu'elle avail été pratiquée dans les soixante premières années
accompagné Guillaume à l’expédition du Mans. Guillaume jugea l'affaire à son retour, en synode réuni à Rouen : les moines les plus coupables (trois, selon le Chron. Roth., quatre selon l’autre version) furent punis, écartés de Saint-Ouen et relégués dans d’autres monastères; l'église fut réconciliée par l’évêque Michel d’Avranches, successeur de Jean à ce siège. Lanfranc avait nettement pris parti pour l'archevêque : il lui adressa deux lettres à ce sujet, ep. xvir et xvrnr, éd. G1LES, pp. 38-41; cf. MacpoNaLp, 0p. cit., pp. 200-203) et semble être intervenu en sa faveur auprès de Guillaume en lui écrivant spécialement (allusion : ep. xvu, in fine; ep. xvin). Nous ignorons la véritable raison du conflit. Le Chron. Roth. est muet et la chronique de Saint-Ouen sujette à caution elle prétend que l'archevêque étant en retard, l'abbé de Sigy avait commencé l'office; on en était au Gloria lorsque l'archevêque arrive; furieux, il excommunie les moines, les frappe d'interdit et leur ordonne de quitter l'église : ceux-ci commencent à s'en aller, en maugréant, lorsque la rumeur circule que l'archevêque va les spolier de leurs biens : c'est là-dessus que la lutte s'engage.
2° L'autre procès, à peu près contemporain du premier (entre 1070 et 1078), mais moins dramatique, est relatif au statut de l’église Saint-Léonard de Bellême. Il s'agissait de savoir si elle était ou non affranchie des coutumes épiscopales : les chanoines de Saint-Léonard le prétendaient, l’évêque de Sées le niait. Le procès fut jugé à Rouen, et nous sommes renseignés sur lui par deux notices, l’une probablement contemporaine, l’autre des environs de 1092 (infra, pp. 184 sq.). Ces deux relations, comme l’a remarqué Prou (Rec. des actes de Philippe 1°", p. cexxxi), divergent sur un point : la première prétend que l'affaire s’est déroulée devant la cour de l'archevêque, en présence du roi et de la reine, la seconde que tout s’est passé devant la cour royale, mais elles s'accordent à dire que le jugement fut rendu sur l’ordre de Guillaume (Prou, ibid, références aux textes, infra, p. 185, n. 2).
du XI° siècle, devait être considérée comme une habitude anarchique par des hommes épris du désir de réforme, tels qu'étaient Guillaume et Lanfranc. Accordée par le duc, quand elle n'avait pas été usurpée, et, dans les deux cas, plus ou moins imposée à l’évêque ; attribuant, d'autre part, au possesseur des coutumes la totalité de la justice répressive qui échappait ainsi à l’évéque *, elle allait directement à l’encontre des intentions réformatrices de Guillaume et de Lanfranc qui renforçaient les pouvoirs canoniques de l’évêque dans son diocèse * avec mission d'y faire respecter la moralité des clercs * et la paix ducale ‘. En et Lanfranc lutaient contre tous les désordres , et, pour cette lutte, ils armaient les évêques dont ils s apphiquaient à à délimiter très exactement la compétence“; ils ne pouvaient voir