PRIVILÈGE DE SAINT-ÉTIENNE DE CAEN
vouloir désigner territorialement les laïques atteints par la bulle, on serait fort embarrassé aujourd'hui, comme on l'eût été sans doute à l’époque même de Lanfranc. Encore une fois, le pape se contente de poser un principe, et ne s'’ingère pas davantage dans le privilège de juridiction. Mais sur ce principe et conformément à lui, une décision épiscopale va venir préciser et délimiter le droit quelques années après le départ de Lanfranc de Saint-Étienne de Caen. Il était bon de constater que l’origine en remonte au temps de son abbatiat.
Les moines de Saint-Étienne de Caen eurent la chance que l'évêché de Bayeux fût aux mains d'un prélat favorable à la franchise des coutumes épiscopales. Eudes de Conteville, évêque de Bayeux de 1050 à 1097, l’un des hommes d'église les plus remuants du règne de Guillaume, dont il était le demi-frère par sa mère Arlette, gratifié par lui de nombreux biens, notamment du comté de Kent, et chargé pendant quelques mois du gouvernement intérimaire de l'Angleterre (mars-novembre 1067), mais intrigant et ambitieux, jaloux de Lanfranc, contre lequel ül prit parti dans l'affaire de la primatie, sans parvenir à ébranler le roi qui, à l'automne de 1082, inquiet de ses menées, le fit jeter en prison, où il resta quatre ans, est, au demeurant, un personnage brouillon et assez énigmatique *”’. Il n’en a pas moins adopté une attitude réformatrice et bienveillante pour les moines ‘*, et, poussé par Guillaume, au moins en ce qui concerne Saint-Étienne et la Trinité de Caen, il a successivément accordé la franchise des coutumes épiscopales à quatre abbayes pour près de vingt paroisses de son diocèse, tou-
96. Orp. Virar, VII, 8, t. IL, pp. 188-192, et p. 192, n. 1. Cf. Furce, Le règne de Philippe I, p. 221.
97. BouRRIENNE, Odon de Conteville, évêque de Bayeux (Évreux, 1900). Il faut adopter l'opinion de M. Sauvage, d’après lequel cette étude « n'a pas encore fait toute la lumière » sur Eudes de Conteville (L'abbaye de Saint-Martin de Troarn, p. 76).
98. Orp. Virar, VII, 1, t. III, pp. 263-266 (SAUVAGE, op. cil., p. 76 et n. 3). Voir aussi BOURRIENNE, 0p. cit., pp. 3-17.