CHARTE D EUDES DE CONTEVILLE
les siluées dans cette région de Caen qui devenait, par la volonté ducale, l’un des principaux centres de la Normandie.
C'est l’abbaye de Troarn qu'il en fit bénéficier la première : en 1068, il lui concédait la franchise sur la paroisse de Langrune et la chapelle de Saint-Martin de Tailleville*”*, tandis qu'aussitôt le roi et ses barons sanctionnaient le privilège " sans qu'aucun texte précisät quelle juridiction était ainsi dévolue à l'abbé. Par contre, neuf ans plus tard, en 1077, la charte qu'il donna aux moines de Saint-Étienne de Caen règle dans les moindres détails le statut du territoire privilégié et fixe les limites respeclives de la juridiction de l'abbé et de celle de l'évêque.
La charte d'Eudes de Conteville pour Saint-Étienne de Caen
Il existe deux recensions de cette charte qui sont presque semblables par leurs clauses de privilège et diffèrent surtout par la descriplion du territoire privilégié. Nous les étudierons successivement.
1° La première recension nous à été conservée par une pancarte confirmative de l’évêque Philippe d'Harcourt (vers 1154), qui la reproduit textuellement'*’. Elle n'est pas datée, mais elle est très probablement contemporaine de la dédicace de l'église cathédrale de Bayeux, qui eut
99. SAUVAGE, L'abbaye Saint-Martin de Troarn, p. 56 et n. 5. Les difficultés exposées dans la note 6 sur la nature du privilège sont levées par GÉNESTAL dans son compte rendu (R.IL.D., 1919, PP. 397- 398) : Troarn n'eut jamais l'exemption ; l'exposé des événements postérieurs fait par M. Sauvage (pp. 56-87) suffit d'ailleurs à le prouver (sur celle question, cf. supra, p. 63, n. 72). Par contre, il est plus élonnant que la liste des paroisses privilégiées du second acte que nous possédons, celui de 1169, ne coïncide pas avec celle de 1068 : Langrune et Tailleville n'y sont pas, et neuf paroisses nouvelles y figurent (SAUVAGE, p- 8r et n./4). C'est une anomalie dont il n'existe pas d'autre exemple en Normandie (cf. tableau, App. X) et qui ne peut s'expliquer que par des usurpalions à la fin du XI° ou au début du XIE siècle.