PROCÈS DE MARMOUTIER
ces pour qu'il ne soit pas antérieur, et pour qu'il soit l’œuvre, non pas des chanoines, comme le pensait Prou, mais des moines : sinon, pourquoi l’archevêque de Tours figurerait-il parmi les souscripteurs ? D'ailleurs, le faussaire s’est trompé sur les noms de l’archevêque de Rouen et de l’évêque de Sées *, alors qu'il est exact en ce qui concerne les prélats de Tours, Chartres, Le Mans et Angers : n'est-ce pas l'indice qu'il était plutôt tourangeau que normand, et que le faux de franchise lui-même fut fabriqué par les moines, très certainement à l’occasion du procès de 1092 ** ?
Quant au faux d’exemption, on ne saurait lui assigner de date plus précise qu'entre 1092 et 1096 environ. C'est l'époque d’un grand procès entre les moines de Marmoulier et l'archevêque de Tours au sujet de l’exemption. Sans doute, le prieuré de Bellèême y fut-il étranger; mais de telles luttes apportent par elles-mêmes le trouble générateur de faux, et il est fort possible que ces événements aient été, sinon la cause indirecte, du moins une circonstance favorable de la falsification. Au surplus, quelques mots sur ce conflit éclaireront sur sa gravité et feront mieux comprendre le rapprochement que nous suggérons.
Il débuta peu avant 1086. L'archevêque de Tours, Raoul de Langeais, était allé, selon la coutume, en pèlerinage à Marmoutier et y avait célébré l'office. Il était
tion de Bellême à Marmoutier (Prou, Recueil, n° CXXVIIT, p. 355 : « sicut in aliis litteris continetur », cf. PRoU, p. cexxxm); 2° la notice du procès de 1092 (BARRET, 0p. cit., n° 15, p. 28 : «.. ostendit. Rotbertus de Belismo.… per privilegia et precepta ipsius ecclesie. »
SAS UDTA D 10 CRAN
34. C'est probablement à cette époque-là aussi que fut rédigée la seconde notice du procès de 1070-1078. Elle est très probablement du temps des moines, puisque les chanoines sont désignés ainsi : « canonict, qui Lunc aderant » (BARRET, n° 4, p. 11).
35. Notre source est la Notitia seu libellus de tribulationibus.…. Majori-monasterio injuste illatis, H. Fr., XIV, 93-08. Cf. Dom Mar- TÈNE, Iistoire de l’abbaye de Marmoutier (64. C. CHEVALIER), t. I (1854), pp. 512-526.