‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 219 sur 342 · URBAIN II ET MARMOUTIER · texte numérisé non relu

URBAIN II ET MARMOUTIER

en fait d’exemption. « Le pape a le droit, dit-il, de scinder un diocèse en plusieurs aussi bien que d’en grouper plusieurs en un seul ; de même pour les monastères ; il peut enfin, sans que personne ait le droit de lui résister, faire entrer tout établissement ecclésiastique dans le domaine de saint Pierre“. » Urbain Il ne s’en tint pas à ces déclarations. Il confirma, par une nouvelle bulle (novembre 1095) °°, le privilège de 1090. Enfin, en 1096, il vint à Marmoutier et procéda lui-même à la consécration de la nouvelle église, menaçant d’anathème ceux qui ‘troubleraient désormais la paix du monastère “”.

La leçon à tirer de ce procès, c’est que Marmoutier le gagne grâce à l'appui de la papauté. Sans l’action directe des légats et du pape lui-même, l'archevêque eût peutêtre triomphé, ou, du moins, la victoire des moines eût été plus pénible. Dès le début de l'affaire, Marmoutier avait obtenu d'Urbain II qu'il déclarât le monastère « soli Romanae ecclesiae subditum » : une telle clause résumait toutes les autres en donnant à l’ensemble des privilèges la valeur d’une exemption romaine; à n'en pas douter, elle avait puissamment aidé les moines dans leur lutte, et l'on ne saurait être surpris que ceux-ci aient cherché et réussi à faire profiter leur prieuré de Bellème du statut de l’abbaye; d’où la seconde opération de faux à laquelle ils se sont livrés.

En agissant de la sorte, ils bouleversaient le régime antérieur de l’église Saint-Léonard. Prou s’est montré surpris que les privilèges de la charte fussent toujours appliqués à l’église, jamais aux chanoines, et qu'on ne trouvât point dans le texte d’expression telle que « clerici ibidem Deo famulantes », fréquentes dans les bulles de cette époque“. Cela s'explique par le fait que la fran-

38. H. Fr., XIV, 98. Nous empruntons la traduction de Dom LecLercQ, dans l'Histoire des Conciles, &. V, 1'° part., p. 405, n. x.

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