‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 229 sur 342 · LA LÉGENDE DU PRÉCIEUX SANG · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE DU PRÉCIEUX SANG

dans des termes identiques, que l’église de Jérusalem avait été fondée avant celle de Rome; « qu’elle avait porté en son sein toutes les autres églises » (et, par conséquent, celle de Rome) « jusqu’à ce que le Christ se fût formé en elles », et qu’elle avait donc droit à leur respect filial ”.

Sur ce terrain de l’antériorité, tout exprès choisi pour la lutte, il semblait que les moines de Fécamp n’eussent pas de réplique à opposer ; cependant, quelques années plus tard, ils créaient une légende des origines de leur abbaye, qui leur permettait de riposter : ils prétendirent avoir découvert et conserver dans leur église la relique du Précieux Sang du Christ.

Joseph d’Arimathie, dirent-ils, ayant enseveli le corps du Sauveur, avait été aidé par Nicodème, qui recueillit le sang figé des plaies, le garda pieusement et, avant de mourir, le confia à son neveu Isaac. Celui-ci, sur l’ordre de Dieu, l’enferma, enveloppé dans un vase de plomb, au cœur d’un figuier qu'il jeta aux flots : le figuier aborda aux rives de Fécamp, où il fut trouvé, au temps de saint Clément, par un compagnon de saint Denis, Bos. On appela le lieu : le champ du figuier (Ficus campus, Fécamp). C’est à l'emplacement du tronc de l'arbre, miraculeusement désigné par un cerf, que l’église de Fécamp fut élevée par saint Vaninge. Plus tard, lorsque Richard I” entreprit de la reconstruire, un écrit, retrouvé par bonheur, lui révéla l'existence du tronc qui fut découvert sous un autel. C’est ainsi que Richard [°° connut le Précieux Sang et le fit enfermer dans la muraille de l’église *

Telle était la légende dont on peut, à moins de trente ans près, fixer la date de création : elle était connue, vers

73. Apologia archiepiscopi Rothomagensis, M.G.H., Libelli de lite, IL, 659.

74. Le texte latin relatant la légende a été publié par H. Omoxr, dans le Bulletin de la Société de l'histoire de Normandie, 1915, et O. Kazava, Études sur deux poèmes français relatifs à l'abbaye de Fécamp, pp. 24-35 (analyse pp. 54-61).

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