LUTTE CONTRE LES USURPATIONS LAIQUES
IT est un autre point sur lequel l’époque d’Urbain s’enchaîne à la précédente : c’est la lutte contre les usurpaions, et tout d’abord celles des laïques auxquels le concile de Rouen de 1096 interdit formellement de posséder les coutumes épiscopales et la justice spirituelle *’. S'ils les ont accaparées, ils devront les restituer à l’évêque lui-même et non pas à des monastères * qui, en aucun
nos remerciements), pour Saint-Étienne de Caen (Arch. Calv., H 1843, communiqué par M. Chanieux), et pour Saint-Pierre-sur- Dives (1108), où la possession de l’église de Fel, qui est qualifiée d’affranchie des coutumes épiscopales, est confirmée aux moines (SAUVAGE, Les diplômes de Henri If"... pour l’abbaye de Saint- Pierre-sur-Dive, extr. des Mém. de la Soc. d’hist. de Norm., 12° série, tir. à part, pp. 14-15); de Henri II pour Saint-Étienne de Caen (éd. DELISLE-BERGER, n° 154, t. I, pp. 275-276), et pour l’église d’Yvrandes (ibid., n° 438, t. I, 569), sont des confirmations de privilèges antérieurs. — Il faut prendre garde également que, dans d'’assez nombreux cas, le texte le plus ancien citant la juridiction est du XII° siècle, ce qui ne veut pas dire que celle-ci ne soit pas antérieure : ainsi à Saint-Germain-des-Prés (bulle d’Adrien:IV du 7 mars 1159, PouparniN, Recueil, n° CXXI, t. I, p. 180; cf. FRaAN- Goise JEan-LEerRoux, Le bourg Saint-Germain-des-Prés, Pos. des thèses... de l’École des Chartes, 1934, p. 87), Corbie (1157, Cartul. noir, Bibl. Nat., ms. lat. 17.758, f° 48), Rebaïs (1128, supra, p. 135, n. 55 ; infra, p. 217), Faremoutiers (1138 environ, supra, p. 135, n. 56; infra, p. 518), Jouarre (1128, supra, p. 135, n. 57; infra, p. 217). Nous avons montré la relation existant entre le privilège de juridiction de ces cinq abbayes et l’immunité ecclésiastique dont elles jouissaient dès le VIT siècle (supra, pp. 133-135 : ce n'est évidemment pas du XII siècle que date leur juridiction, mais c'est à cette époque-là qu'elle fut pour la première fois contestée (Corbie, Rebais, Faremoutiers, Jouarre), ou que la papauté y fit allusion dans une bulle (Saint-Germain-des-Prés) : d’où la date tardive des plus anciens textes. De même à Saint-Albans, où il n'y a aucune trace certaine avant le début du XII° siècle (Kno- WLES, Dwons. rev., 1933, p. 517). À Jumièges, nous ne -connaissons l'existence d’une justice de l’abbé sur les paroisses de Jumièges, du Mesnil-sous-Jumièges, de Yainville (et chapelle du Trait) que par un texte du XIIIe siècle (BEAUREPAIRE, Inv. somm. des arch. dép., S. I., série G, t. I, p. 6). — Hors de la région que nous avons étudiée, on constate le même fait à Gellone, où le premier texte est de 1146 (Tisser, L'abbaye de Gellone, Paris, 1933, p. 180). Toutefois, la juridiction de l’abbé de Tongerloo (Prémontrés, dioc. de Cambrai) ne remonte pas plus haut que 1133 (Lamy, L'abbaye de Tongerloo, Louvain, 1914, pp. 340-347).
or. Concile de Rouen (1096), c. 7 (Bessin, Concilia, I, 78) : « Nullus laicus habeat consuetudines episcopales vel justiliam quae pertinelt ad curam animarum. »
92. Vers 1090, le vicomte Néel accorde la franchise des coutumes épiscopales à l’abbaye de Saint-Sauveur-le-Vicomte (L. DELISLE,