‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 256 sur 342 · VERS L'UNIFICATION DES PRIVILÈGES · texte numérisé non relu

VERS L'UNIFICATION DES PRIVILÈGES

bulles. Loin d'attaquer leurs juridictions, la papauté les protège ; loin de les restreindre, elle les développe ; et, comme elle sent la nécessité de les réglementer, ellemême prend soin de préciser le statut des paroisses, qu'elle assimile, par une tendance assez logique, à celui du monastère. La bulle de 1134 confondait dans une même « liberté » le monastère de Rebais et les cinq églises de la juridiction de l’abbé : nous verrons que l’histoire de Fécamp, à partir de 1144, accuse la même fusion de deux privilèges qui étaient demeurés jusqu'alors différents et vont être confondus par la volonté du pape.

A l’époque où Gratien cherchait et allait réussir à unifier le droit de l’Église, la papauté amorçait l’œuvre d'unification des privilèges monastiques.

L'action du pape, favorisée dans l’État anglo-normand par le règne « intercalaire et anarchique ! » d’Étienne de Blois et les luttes dynastiques, s’y révèle, au regard des privilèges monastiques, par une avalanche de bulles *. Elle aboutit à une réglementation de l’exemption qui ne nous retiendra pas, étant semblable en Normandie à ce qu'elle fut ailleurs et ayant fait l’objet de l’étude classique de Schreiber. Elle s'est marquée sur la juridiction par la double tendance à la protéger et à l’accroître si l’abbaye bénéficiaire est exempte, et à encourager l'évêque à la limiter si celle-ci ne l’est pas.

Rien n'est plus net, à cet égard, que l’histoire du conflit de l’évêque de Bayeux, Philippe d'Harcourt, avec les abbés de Troarn et de Fécamp. Philippe d'Harcourt, peu après le début de son épiscopat (1142), attaque en bloc la juridiction qu'ils exercent l’un et l’autre sur un certain nombre de paroisses du diocèse *, et qui, s’il faut en croire la requête du prélat adressée au pape, comportait jusqu'à la nomination et la déposition des desservants, le jugement des causes criminelles et matrimoniales, la dispense synodale et celle du pouvoir d'ordre*. Très

1. Perir-Durauis, La monarchie féodale en France et en Angleterre, p. 109.

>. Pour Fécamp, nous trouvons trois bulles de 1016 à r140, et trente-deux de 1140 à 1200.

3. On sait que l’abbé de Fécamp avait juridiction sur plusieurs paroisses du diocèse de Bayeux (tableau, infra, Appendice X).

h. Bulle du 26 mars 1145, BouRRIENNE, Antiquus cartularius ecclesiae Baiocensis, CLIX, t. 1, pp. 200-201; cf. SAUVAGE, L'abbaye Saint-Martin de Troarn, p. 79.

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