COLLATION DES BÉNÉFICES
précision n’a généralement pour objet que de limiter, suivant les principes de l’époque grégorienne, les droits des moines; la plupart n'’offrent que des clauses à caractère général (franchise ab omni consuetudine episcopali) pouvant prêter aux interprétations diverses d'une jurisprudence hésilante : le besoin de règlements novateurs devait se faire sentir, surtout à une époque mobile où les évêques cherchent à récupérer leurs droits, et les moines à conserver ou à accroître leurs privilèges avec l'appui, parfois obtenu , toujours espéré, du Saint-Siège. Certains points n'avaient jamais été fixés, et, en premier lieu, celui-ci : qui nommait aux bénéfices, l'abbé ou l’évêque ? A une époque où s'établissait la distinction entre la collation et la présentation, il fallait qu'on prit parti. Entre 1132 et 1151, l’évêque Algare de Coutances décide qu'il conférera lui-même la cure de Montebourg, sur présentation de l'abbé, qui a cependant juridiction sur la paroisse *. Un peu plus tard (1179-1181) l'évêque Henri de Bayeux laisse à l’abbesse de la Trinité de Caen l'institution des quatre chapelains du monastère, mais se réserve implicitement celle des clercs des paroisses privilégiées . En 1215, Innocent III reconnaît le droit de l’abbesse de Montivilliers de conférer les cures de sa juridiction et aussi d’instituer et de destituer un doyen, qui est, en quelque sorte, son vicaire général et son official pour le territoire *. Sur cette importante question de la nomination, les pouillés du XIV° siècle nous donnent des solutions précises et permettent d'établir, bénéfice par bé-
13. Notamment à Cerisy. La bulle d'Alexandre TITI (8 mars 1179, Arch. Manche H 1615), en même temps qu'elle prend le monastère «in jus el Lutelam beati Petri », accorde aux moines, outre la libre élection de l'abbé, l'appel à Rome et limite le droit des évêques de les frapper d'excommunication et d'interdit, énumère les différentes églises de la juridiction qu'elle qualifie ainsi : Ceremptas et emancipatas omni jure et episcopali consuetudine ».
14. Le Cacneux, Notice historique sur l'ancienne église romane de l'abbaye de Montebourg.…, 1896, p. 37.
15 Bibl ANat cms n'a 1120927, CHU.
16. Arch. S.I., série H, fonds de Montivilliers (orig.). Cf. LE Cacneux, L'exemption de Montivilliers, pp. 9-10.