‹ Étude sur les privilèges d'exemption et de juridiction ecclésiastique des abbayes normandes: des origines jusqu'en 1140Chapitre 46 sur 342 · IS MONASTÈRE-ÉVÊCHÉ DE DOL · texte numérisé non relu

IS MONASTÈRE-ÉVÊCHÉ DE DOL

9° L'auteur de la même Vie déclare, dans son prologue, qu'il écrit à la requête de l’évêque Tiernmaël (Tigernomalus)". Sans doute ne dit-il pas que Tiernmaël soit abbé de Dol”'; mais on ne voit pas bien à quel titre ce personnage aurait pu le charger d’une pareille mission s'il ne l'était pas.

3° Il est encore question dans la Vie de saint Samson d'un troisième abbé-évêque de Dol, Leucher, qui, peu avant l'époque où écrit l’hagiographe, a sauvé de l’incendie les reliques du saint”.

La répétition du cas permet de conclure que Dol était à l’origine un monastère-évêché.

On peut encore, pour l’établir, faire valoir un autre argument. Le diocèse de Dol, qui a subsisté jusqu’à la Révolution, avait une composition fort étrange. Il comprenait, outre un noyau de quarante-sept paroisses autour de la ville épiscopale, une série d’enclaves dans les dio-

10. & .. mei opus exercere, o bealissime sedis apostolicae episcope Tigernomale, me rogasti.. » (Prologus, 1, éd. FAWTIER, p. 95).

11. M. Fawtier a insisté sur ce point (Ann. de Bret., XXXW, 1922, pp. 159-160); ailleurs, Tiernmaël est appelé « o beatissime PADONP OL ES D 07 AI ET ep 00 MIT D 07 CITÉMOT)

12. &« Stalim vero... servi Dei qui in ecclesiam ad nonam celebrandam convenerunt, una cum sanclo ac venerabili episcopo Louchero irruentes… » (I, 15, p. 171). Il faut adopter, avec Duine (Ann. de Bret., XXXV, 1922, p. 178), la leçon una cum sancto, que donnent six manuscrits, au lieu de cum uno ac sancto, Mgr Duchesne à remarqué (Fastes, II, p. 382) que ni Tiernmaël ni Leucher ne sont cités dans les listes des successeurs de saint Samson, du XII siècle, et M. Fawtier a tiré argument de cette omission pour nier qu'ils aient été abbés-évêques de Dol (Ann. de Bret., XXXV, 1922, p. 160). Mais ces listes sont trop tardives pour qu'on puisse se fonder sur elles; elles prouvent seulement que « la vieille Vie de saint Samson avait été remplacée par d'autres, où ces noms ne figuraient pas » (DUGHESNE, op. cil., Il, p. 382).

13. Peut-être pourrait-on allonger la liste en citant saint Magloire; mais la Vie de ce saint, qui nous renseigne sur lui, est trop tardive (probablement du X° siècle) pour qu'on puisse s’appuyer sur elle (publ. AASS., oct., X, 582-791; cf. Mounier, 383, et Bibl. hag., 5r4o). À en croire ce texte, Magloire aurait été le successeur de Samson, qui l'aurait choisi lui-même avant de mourir (Vila, 4); il se serait retiré peu après dans l'île de Serk, de l’archipel anglo-normand, que Judual lui aurait donnée « in augmentum episcopatus sui » (Vila, 7), et qui, en effet, « releva longtemps de l'évêché de Dol » (Ducneswe, Fastes, IT, p. 389).

ENCLAVES DOLOISES 19

cèses voisins '* qui, totalisées, représentaient un plus grand nombre de paroisses que celles du groupe central. Un tel assemblage évoque beaucoup plus l’idée d’un temporel d’abbaye que d’une circonscription diocésaine et trahil'son origine monastique. Au surplus, M. Largillière a récemment établi, avec les ressources de la toponymie, que ces enclaves doloises « étaient primitivement des prieurés ‘* ».

L'une d'elles, comprenant quatre paroisses, était située dans le diocèse de Rouen. On l’appelait « l’exemption de Dol » *. Quelle est son origine ?

La Vie de saint Samson raconte que le saint avait chassé, à la prière du roi Childebert, un dragon qui dévastait l'embouchure de la Seine : le roi, pour l’en remercier, fit construire et lui donna un monastère, nommé Pental, au lieu même de son exploit”. Pental devint dès lors l'établissement du saint in Romania, comme Dol l'était in Britannia”*.

14. 47 paroisses autour de la ville épiscopale, 23 paroisses enclavées dans le diocèse de Saint-Malo, 3 dans celui de Rennes, 11 paroisses et 5 trèves dans celui de Saint-Brieuc, 8 paroisses et 2 trèves dans celui de Tréguier, 4 paroisses dans celui de Rouen (La BoRDERIE, Annuaire hist. et arch. de Bretagne, 1862, p. 222, cité LonGnon, Pouillés de la province de Tours, p. Lxxxix ; LorT, Mél. d'histoire bretonne, p. 24, n. 1, et p. 90, n. 4).

15. LARGILLIÈRE, Les Saints et l’organisation chrétienne primitive dans l’Armorique bretonne, p. 189, n. 27.

16. Dom Toussars-Dupzessis, Description historique et géographique de la Haute-Normandie, t. Il, p. 277; PorRÉE, Le monastère de Pental et l’église de Saint-Samson, Rev. cath. de Normandie, 1924, pp. 9-10. L’enclave comprenait les quatre paroisses de Saint- Samson-sur-Risle, Saint-Samson-de-la-Rocque, Conteville et Le Marais-Vernier. :

17. Vita, I, 58-59 (éd. FawTIER, pp. 152-153). Les passages de la Vie de saint Samson concernant Pental ont été repris et amplifiés dans une autre Vie, que M. Fawtier appelle la rédaction P (op. cil., pp. 11-16), écrite à Pental dans la seconde moitié du IX° siècle, sans doute peu après 850 (ibid., p. 15). Elle a été éditée par Dom PLane (Vita antiqua sancti Samsonis, Anal. Boll., VI, 1883, pp. 77-150; le tirage à part de l’article contient trente-cinq pages de prolégomènes qui ne sont pas reproduits dans les Analecta et qui ne manquent pas de valeur, cf. FAWTIER, 0p. cil., p. 3, n. 3). Sur l’expulsion du dragon et la fondation de Pental, cf. Vita, rédact. P, Il, 8-9, éd. PLAINE, pp. 128-137.

18. « Nam quodam tempore cum essel (Samson) in domo sua, in Romania. » (Vila, 1, 60, éd. FAWTIER, p. 154).

20 PRIVILÈGE DE PENTAL

L'épisode du dragon mis à part, il n’y a pas lieu de rejeter le témoignage de la Vita. Les plus sceptiques euxmêmes admettent la création de Pental par saint Samson !*. Mais la question qui nous occupe n’est pas tant la fondation de Pental que l’origine du privilège qui s'y rattache. Si l’on admet, comme nous l’avons fait, l’épiscopat de saint Samson, le problème semble résolu : évêque-abbé à Dol, Samson l’est aussi à Pental, et l’évêque de Rouen, exclu dès le VI° siècle, n’a plus jamais ressaisi la juridiction. Telle est l'explication traditionnelle, reprise, en dernier lieu, par M. Largillière °°.

On peut d’ailleurs arriver à la même opinion par un autre raisonnement. Si la création de l’enclave rouennaise ne remonte pas à saint Samson, de quand datet-elle ? Elle est certainement antérieure aux environs de 850 puisque la rédaction P de la Vie de saint Samson, composée à cette époque par un moine de Pental, déclare que Samson a donné Pental à Dol in subjectione usque in perpetuum *’. Cette « sujétion » existait donc vers 850, terminus ad quem **.

19. FAWTIER, 0p. cit., p. 78. L'étude de la toponymie conduit à la même opinion. Deux des quatre églises composant l’exemption de Dol étaient dédiées au Saint, et les localités actuelles correspondantes s'appellent Saint-Samson-de-la-Rocque et Saint-Samsonsur-Risle. Or, c’est un fait constant en Bretagne que « les saints éponymes des paroisses sont bien les missionnaires qui les ont fondées » (LARGILLIÈRE, 0p. cil., p. 216; cf. Lor, Mél. d'hist. bret., pp. 204-205).

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