RICHARD II ET GUILLAUME DE VOLPIANO
point là l’écueil qui fit échouer le projet. Mais saint Mayeul posa comme condition que la taxe appelée panage ‘” serait concédée au monastère sur toutes les forêts normandes ; c'était une importante source de revenus pour le duc, qui ne consentit point à en être privé. Quelques années plus tard, en 1001, Richard IL (996- 1026) reprit les desseins de son père. Il s’adressa non pas à Cluny, mais au fameux abbé de Saint-Bénigne de Dijon, Guillaume de Volpiano. Guillaume, issu d’une grande famille italienne, avait suivi à Cluny saint Mayeul, dont il était devenu l’un des disciples préférés. Désigné par lui comme abbé de Saint-Bénigne, il fut, pendant les quarante années de son abbatiat (990-1031), l’un des plus grands propagateurs du monachisme clunisien, et finit par gouverner « près de quarante monastères et plus de douze cents moines ** » : Bèze et Molesme, Gorze et Saint-Epvre de Toul, Saint-Germain-des-Prés, Fruttuaria, telles sont, dans des régions très diverses, les
Ely (Ducnare, I, 47o). La chose fut courante au XI° siècle; on en trouve notamment des exemples en Angleterre sous le règne de Cnut (Bury-St-Edmunds, 1020, Chronique de Slt Benel’s Hulme, DuGpaLre, Ill, p. 135; cf. GoopwiN, The abbey of St-Edmundsbury, pp. 4-5; Saint-Pierre-de-Gloucester, 1022, Historia el Chartularium.…. Gloucestriae, éd. HART, Rolls series, XXXIII, t. I, p. 8); et, en France, aussi bien dans les régions du sud : à Condom, en 1o11 (G. Ch., I, instr., 437-439), qu'en Normandie (Troarn, vers 1050, SauvaAGe, L'abbaye Saint-Martin de Troarn.…, p.17; Saint- Sauveur-le-Vicomte, vers 1080; Bellême, en 1092), etc.
17. Redevance exigée en échange de la faculté de faire paitre les porcs dans les forêts.
18. Vita S. Maioli, AASS. O.S.B., saec. V, p. 776; Liber de Revelatione, éd. MaBiron, AASS. O.S.B., VI, I, p. 353, c. 15; éd. Lanc- FORS,.pp. 32-33, c. 18; MIene, CLI, 718-919, c. 17; cf. PRENTOUT, 0p. cit., pp. 405-406. La question du panage ne fut probablement pas la seule raison qui amena saint Mayeul à rejeter l'offre de Richard I. En 989, lorsque le comte Bouchard avait demandé à Mayeul d'envoyer des moines réformer Saint-Maur-des-Fossés, l'abbé avait tout d’abord refusé, alléguant la région trop lointaine où était située l’abbaye des Fossés (Vila Burchardi, H. Fr., X, 352 : « Valde enim laboriosum nobis est, dit saint Mayeul, exteras atque incognitas adire regiones »). Évidemment, Fécamp était encore plus loin. (Sur saint Mayeul, cf. CraumE, Orig. du duché de Bourgogne, I, p. 462.)
19. RaouLz GLABER, Vila S. Guillelmi, 24 (AASS. O.S.B., saec. VI, Jo, er)e
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principales abbayes qui vécurent sous son obédience *. Fécamp s'ajoute à la liste, et l’action de Guillaume en Normandie est le fait capital de l’histoire religieuse du duché dans la première moitié du XI° siècle.
Ce n’est pas, d’ailleurs, qu'il n’y soit venu sans beaucoup d'hésitations. Le paganisme était encore fortement ancré en Normandie, el une récente révolte de paysans, au début du règne de Richard IT, prouvait que ce n'était pas un pays de tout repos”. Guillaume commença par refuser l'offre que lui faisaient les envoyés ducaux *. Mais Richard, qui sentait la nécessité de la réforme, insista tant et si bien qu'il finit par accepter et vint à Fécamp avec douze moines (1001) *.
L'œuvre monastique qu'il venait entreprendre n'était réalisable que si Fécamp, qui allait en être le centre, était exempt. Guillaume, s’il croyait trouver des raisons de craindre la cruauté des ducs normands *, en avait de bien plus sérieuses encore de se méfier de l’archevêque de Rouen, Robert (989-1037), frère de Richard IT : le moins qu'on puisse dire de ce personnage est qu'il ne
20. RaouUL GrLABER, Vila S. Guillelmi (AASS. O.S.B., saec. VI, I, pp. 320-334); cf. SAGKUR, op. cil., 1, pp. 255-269; GarraRELz, L'Abbé Guillaume de Saint-Bénigne de Dijon (Rev. de Bourgogne, 1913, pp. 297-314); Craume, Les orig. du duché de Bourgogne, I, p. 468; W. Warkis, Wüilliam of Dijon. A monastic Reformer of the early XI® century (Downside Review, LIL, 1934, pp. 520-544).
21. GUILLAUME DE JUMIÈGES, V, 2, éd. Marx, pp. 73-74; cf. PRENrouT, Le règne de Richard IT, Mém. de l'Acad. de Caen, V (1929), pp. 61-66.
22. &« Nous avons entendu dire, leur répondit-il, que les ducs normands, hommes barbares’ et farouches, démolissaient les temples saints plutôt qu'ils ne les édifiaient, détruisaient et chassaient les saintes congrégations de religieux plutôt qu'ils ne les rassemblaient et ne les nourrissaient ; retournez donc auprès de votre duc et répondez-lui que nous ne sommes pas du tout prêts à réaliser ce projet » (Liber de Revelalione, référence note suivante).
23. Raour, GLABER, Vila S. Guillelmi, 13, ibid., p.927; Liber de Revelatione, 64. MamircoN, AASS. O.S.B., VI, I, D' 359% Cor LANG roRs, p. 36, ©. 20; MiGne, CLI, 921, c. 19; Chronique de Saint-Bénigne, 6d. BouGaun, p. 156. La date 1001 est donnée par le Chronicon Fiscamnense (Miewe, CXLVII, c. 479), le Chronicon Rothomagense (LasBe, Bibl. nova, I, 366).