‹ Étude sur les PyonéphrosesChapitre 5 sur 24 · II. Voie suivie par les agents microbiens · texte numérisé non relu

II. Voie suivie par les agents microbiens

Expérimentalement, il est facile de prouver que les microbes introduits dans la circulation sont éliminés au niveau des reins. Il est, à l’heure actuelle, de notion classique que lés microbes qui ont pénétré dans le système circulatoire sont conduits vers le foie, le rein, la rate. Pour le rein en particulier Carl v. Klecki (1) a constaté que les microorganismes injectés dans le sang se retrouvent dans l'urine deux minutes après l'injection.

(1) Kzxcki. — Ueber die Ausscheidung von Bacterien durch die Niere und

die Beeinflussung dieses Processes durch die Diurese. Arch. f. exper. Path. und Pharm. Leipzig, 1807, p. 173-218.

24 PABHOGÉNIE

L’explication la plus plausible, c’est que les microbes, pénétrant dans le système circulatoire grâce à une lésion de l'intestin, de l'appareil génital, sont amenés jusqu’au niveau du rein, puis tombent dans l'urine du bassinet qu'ils peuvent laisser absolument aseptique ou au contraire contaminer lorsque ‘certaines conditions viennent à se trouver réalisées. :

Rovsing(1)admet que dans certains cas les microbes peuvent suivre un chemin plus court. Il pense qu'ilexiste entre les reins et le bassinet d’une part et le colon ascendant et descendant de l’autre des anastomoses vasculaires qui, dans les cas de colite, peuvent transporter rapidement l'infection de l'intestin Jusque dans les voies urinaires. Et il cite à l’appui de cette hypothèse quelques observations cliniques qu'il a pu faire après certaines néphrectomies. Ayant eu à enlever des tumeurs malignes du rein et voulant terminer rapidement l'opération, il mit une pince à demeure sur le pédicule et bourra la cavité avec de la gaze. Au premier pansement, fait vingt quatre ou trente-six heures après, on pouvait constater que la gaze dégageait une odeur intestinale caractéristique, et que la sécrétion de la plaie contenait le colibacille. Cependant les urines étaient complètement aseptiques avant l'opération. Et il en conclut, comme les parois de l'intestin n’ont été lésées dans aucun cas «que les microbes de l'intestin existaient déjà dans les vaisseaux du tisssu cellulaire pré-rénal, vaisseaux qui ont été coupés pendant l'opération. »

Quoi que l’on pense de l’explication de Rovsing, le passage du coli à travers les parois intestinales est du reste un fait bien connu. |

Il n’est pas rare de constater dans le pus des salpingites la

(1) RovsiNG. — Loc. cit,

présence du colibacille : il y a pénétré en traversant les parois de l'intestin.

Il se passe là, pour le rein, ce qui a été démontré par Reymond (1) pour certaines cystites. Dans un travail paru en 1893 (Des cystites consécutives à une infection de la vessie à travers les parois) cet auteur a cherché à montrer par une série de faits cliniques et expérimentaux, la possibilité de l'infection de la vessie de dehors en dedans. Une de ses expériences est particulièrement instructive, c’est l’Expérience III. Après laparotomie, il insinue sous le péritoine vésical d’un chien, entre la séreuse et la musculeuse, une culture d’urobacillus. En recueillant dix heures après l’urine de la vessie, il y constate la présence du même microorganisme. Et comme on ne retrouvait l’urobacillus ni dans le sang de l'animal, ni dans l’urine contenue dans le bassinet, il faut bien admettre qu’il était entré dans la vessie à travers ses parois.

Il ne faut pas oublier de mentionner que dans ces expériences, il est nécessaire de mettre la vessie en état de réceptivité, par exemple, de provoquer artificiellement la rétention d’urine par la ligature de la verge.

Il en est de même pour le rein. Le microbe est la cause déterminante. Mais certaines conditions sont nécessaires pour lui permettre de se greffer dans l'appareil urinaire supérieur.

(1) ReymonD. — Des cystites consécutives à une infection de la vessie à travers les parois. Annales des maladies des organes génito-urinaires. Paris, 1893, p. 253.

Page 1