BRODEUR
Louise Vigne, femme Fontbonne, 40 ans, cuisinière, entre le 24 avril 1885, salle Richard Wallace, n° 17, hôpital Tenon, dans le service de M. Championnière.
Cette femme avait à plusieurs reprises présenté des accidents très douloureux du côté du ventre, accompagnés chaque fois de vomissements, mais sans émission de pus, de sang ou de calcul par la vessie.
Depuis quelque temps la malade remarquait dans son flanc droit une tuméfaction toujours un peu sensible à la pression, mais devenant plus douloureuse au moment des crises.
C’est à la suite d’une de ces crises que la malade entre à l'hôpital.
A l’examen, pratiqué le 25 avril 1885, on note dans le flanc droit, un peu au-dessous de la région hépatique, une tumeur ‘empâtée, très oi Hitée, remplissant tout le flanc, un peu mobilisable et très douloureuse.
Il est assez difficile, au premier abord, de déterminer d’une manière précise le lieu d’origine de cette tumeur. Toutefois, le siège un peu bas dans l’hypocondre, l’immobilité de la masse même pendant les plus grands mouvements respiratoires, éloignent l’idée d’une tumeur du foie.
. Cette tumeur ne paraît pouvoir appartenir qu’au rein lui-même ou au tissu cellulaire périphérique; l'absence de tout accident, de toute modification du côté des urines, semble devoir détourner de l'hypothèse de néphrite calculeuse et purulente.
Le soir du 25 avril, vomissements, douleurs vives dans le flanc droit, élévation de température ; on applique des pointes de feu qui paraissent soula-
ger la malade. A partir du 26 avril, la température s'élève le soir et la courbe thermique est celle d’une suppuration profonde.
En présence de cet empâtement diffus, mollasse en certains points, sans émission de pus avec les urines, le diagnostic peut se faire plutôt en faveur d’un abcès périnéphrétique ; une ponction faite le 16 mai amène 800 grammes de pus. L’amendement produit par cet intervention est passager, et le 25 mai M. Championnière décide de pratiquer une incision située un peu plus en avant que celles destinées à ouvrir les collections périnéphrétiques ; s il s agit seulement d’un abcès périnéphrétique, on l’ouvrira facilement par cette voie; s’il s’agit d’une suppuration intra-rénale, cet organe sera découvert et facilement reconnu. à
Le 21 mai, après cloroformisation, incision en avant du bord externe du muscle carré des lombes, sur la partie antéro-latérale droite de l’abdomen. Le péritoine est sectionné et la face antérieure du rein droit découverte; elle a sa coloration à peu près normale et les tissus ambiants sont sains. Mais la surface du rein fait une saillie notable en avant et, en l’explorant avec la main, il est très facile de reconnaître que le rein est très volumineux.
Il est bien évident, après cette exploration, qu'il s’agit d’une collection purulente intra-rénale; il n’y aura plus qu’à laisser guérir la plaie d’exploration et à entreprendre une opération curative. Pansement avec poudre antiseptique et ouate de bois; tube à à drainage, trois points de suture.
Le 22 mai, lendemain de cette incision exploratrice, la malade rend, pour la première pes une assez grande quantité de pus avec ses urines dont on recueille 500 grammes. ;
Le 23, 500 grammes d’urine purulente, 379, 2 le matin, 370, 4 le soir.
Le 24, 1100 grammes d'urine purulente, 370 matin et soir.
Le 25, premier pansement; réunion parfaite, sauf au niveau du tube qui est retiré ; les points de suture sont coupés, ils étaient peu rapprochés.
Eer25) sab grammes d'urine moins purulente que la veille. Température normale.
Le 28, 1500 grammes d'urine fort peu mélangée de pus.
Du 29 au 1er juin, il y a 1000 à 1200 grammes d’urine par jour, avec une quantité de pus qui redevient notable.
Le 1°r juin, deuxième pansement, cicatrisation complète. 1200 grammes d'urine purulente.
Depuis ce jour, les urines diminuent de A étrlest TT et r2 jaimsice nest plus que 700, 500 grammes d’urine qu'évacue la malade : urine toujours purulente (100 grammes et 250 grammes de pus pour 500 et 700 PRESS d'urine).
La température qui avait baissé depuis la ponction (16 mai) et qui était devenue normale après l’incision (apparition de pus dans les urines), dépasse de nouveau 38° à partir du 5 juin. Il devient évident que la marche progressive de la pyélonéphrite menace les jours de la malade. Celle-ci présente du reste une certaine vigueur, et la néphrectomie se présente comme la meilleure opération à pratiquer pour débarrasser la malade d’un foyer purulent et putride et pour faire disparaître toute chance de contamination rétro ane du rein gauche.
Néphrectomie le 13 juin 1885.
Le rein est converti en une coque à loges multiples, séparées par des cloisons dont les saillies convergent vers le bassinet.
* La malade sort le 6 août, guérie ; elle a été revue plusieurs fois depuis et est dans un état satisfaisant.