LES REACTIONS DE DEVIATION DU COMPLEMENT
La possibilité d’une application de la réaction de BorRDET à la tuberculose a été entrevue pour la première fois par Wipaz et Le Sourp, en 1901. Ces auteurs ont utilisé l’entigène très actif d’ArLomcG. Le fait de la fixation de complément a été affirmé pour la tuberculine vieillie par Camus et Pacnrez.
Cependant, aucune application pratique de la réaction n'a été tentée avant 1911, date à laquelle Caz.- METTE et Massoz ont mis au point leur procédé, basé sur l’application de leur antigène B2. Un nouveau progrès a été effectué par l’utilisation de l’antigène de BEsREDKA et par celle de l’antigène méthylique de Boquer et Nècre. Nous n'insistons pas sur l'emploi d'innombrables autres antigènes (antigènes de Mi LEr de Cook, de Wizson, de WaAssERMANN, de PETROFF, etc.) ; chacun a des avantages, mais ils ne sont guère d’usage courant en France et ne présentent aucun avantage sérieux sur les antigènes de BESREDKA ou de Boquer et NÈGRE.
Au point de vue technique, il importe surtout d'insister sur l'importance du titrage des anticorps du sérum car les résultats doivent pouvoir être quantitativement interprétés. Le mérite de CALMETTE et MassoL était précisément d’avoir mis au point une méthode pratique de titrage. Nous n'insistons pas sur
ne d’autres points de technique, étant donné le but essentiellement pratique et médical de notre travail.
La spécificité de la réaction est loin d’être aussi grande que dans le cas de la syphilis. La cause d’erreur la plus importante est précisément la coexistence possible de la tuberculose avec la syphilis. Les syphilitiques fournissent souvent (dans 10 à 20 p. 100 des cas), des réactions tuberculeuses positives. Pourtant DeEsaus, de Versailles, viendrait de mettre au point un antigène que la syphilis laisserait indifférent. Il en est de même du paludisme (Rrux et Bass). Les lépreux donnent souvent des réactions positives avec les antigènes tuberculeux. Etant donné les affinités des deux microbes, on ne doit pas s’en étonner. La positivité de la réaction chez les diphtériques serait due au traitement par le sérum (UrBain et Friep). Il existe encore quelques cas d'infections aigües ou de sérums de femmes enceintes où la réaction est positive, sans qu'il y ait aucune trace clinique de tuberculose. Unr- BAIN a rassemblé 2.000 cas de séro-diagnostic de la tuberculose chez divers auteurs qui ont apprécié la spécificité de Ja réaction d’une façon très différente.
Néanmoins, selon NÈGRE, la réaction de déviation de complément est une réaction spécifique de la tuberculose, à condition de diminuer la très grande sensibilité de l’antigène par l'emploi de très petites quantités de sérum et par le titrage de l’alexine. On pratique toujours parallèlement une réaction de Was- SERMANN pour la syphilis et en cas de positivité de celle-ci, on s’abstient de toute conclusion pour la tuberculose. Osumi a montré, à l'aide d'essais de saturation, que la réaction est réellement spécifique.
Nous avons dit que la sensibilité de la réaction est extrêmement considérable. En effet, si l’on ne prend pas la précaution d'en mesurer exactement l’inten-
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silé, on la trouve positive dans un très grand nombre des cas. BEzZANÇON et BERGERON recommandent de ne tenir compte que des cas où une grande quantité d’alexine est fixée. Selon Léon BERNARD et VALTIS, il faut la fixation de 3 ou 4 doses d’alexine pour qu'on puisse admettre l'existence d’un processus tuberculeux évolutif. L’intensité de la réaction décroît à mesure que le caractère évolutif de la lésion s’accroît. De cette sorte, l’évolution de la réaction peut rendre compte de l’amlioration ou de l’aggravation de la maladie. Il faut savoir cependant, ainsi que BEzZANÇON et de SER- BONNES l'ont montré, que la réaction peut varier d’un jour à l’autre. Aussi, Boquer et NÈGRE recommandent-ils de pratiquer plusieurs réactions à quinze jours d'intervalle et ne tenir compte des résultats que si les données sont concordantes.
La réaction de déviation du complément est surtout intéressante dans la tuberculose pulmonaire. Elle n’est positive d’une façon régulière que dans les lésions pulmonaires évolutives. Même dans les pleurésies, elle n'est positive que dans la mesure où le poumon est atteint (BEZANÇON et BERGERON). Quont aux tuberculoses chirurgicales, il ne semble pas que la réaction donne des renseignements intéressants. Mozer et FRIED puis MoreLrE et BESSEMANS, ont montré le grand nombre de cas de résultats négatifs dans les lésions ostéo-articulaires, ganglionnaires, etc...
Notons enfin qu'aux approches de la mort et dans les formes très graves, la séro-réaction devient négative, possédant ainsi une certaine valeur pronostique.