Iüngken (134) et Gubler pensent que pendant le
sommeil chloroformique la pupille est dilatée, tandis que
dans le sommeil physiologique elle est contractée. Chassaignac (51) fit des expériences qui lui donnèrent au contraire la preuve qu’elles sont contractées pendant la narcose chloroformique. Les mêmes phénomènes se produisirent dans l’anesthésie par le chloral. Si l’asphyxie vient à se produire les pupilles se dilatent, ainsi que Schiff l’a démontré, ce qui nous permet de dépister lPasphyxie aussi bien qu’en tâtant le pouls du patient. Aussi, quand on s’aperçoit qu’à la contraction pupillaire, normale dans le sommeil chloroformique, succède une dilatation plus ou moins prononcée, il faut s’assurer s'il n’y a pas une
cause d’asphyxie et tout craindre pour le malade.
146. On a voulu utiliser cette extrême sensibilité de la pupille à réagir sous linfluence d’un excitant quelconque venu de l’extérieur pour remplacer les autres modes d'examen de la sensibilité usités jusqu’ici. On a d’abord commencé à s’en servir dans les laboratoires pour juger de l’état de la sensibilité des animaux soumis à des expériences et cela indépendamment de leur volonté. C’est ainsi que Vulpian avait constaté que la pupille des chiens curarisés et soumis à la respiration artificielle se dilatait tant que la sensibilité persistait. Carville jugeait de l’anesthésie (par-injection intra-veineuse de chloral) d’après l’état de la pupille. Schiff, que lon trouve partout où il est question des réflexes sensitifs de la pupille, savait également que lorsque la curarisation d’un chien ou d’un chat est à
un tel degré que la respiration arülicielle est rendue né-
cessaire au maintien de la vie, la pupille de ces animaux réagit à la lumière pendant un certain temps. Elle réagit également à l’excitation de la peau qui, ainsi qu’onle sait, est d’une richesse inouïe en filets nerveux dela sensibilité.
M. P. Budin (45) puis Coyne (54) publièrent des articles dans les journaux médicaux sur l’état de la pupille pendant l’anesthésie. Schiff tira alors de ses cartons ses notes et remarques sur le même sujetetse décida à les publier dans l’?mparziale sous ce titre: Za pupilla come esthesiometra, par Schiff et Pio de Foa (235). Plus tard MM. Budin et Coyne (46) en firent l’objet d’une communication à la Société de biologie. Le jour de cette communication, Paul Bert fit observer que l’on a déjà utilisé l'examen de la pupille depuis un certain temps pour distinguer, lorsqu’elle est immobile, un chien curarisé d’un chien anesthésié.
Coyne a constaté que la pupille réagit à la douleur alors que le malade n’en a plus conscience. Les faits et observations de Schiff l’ont confirmé. La pupille dans les expériences physiologiques que l’on fait sur des animaux anesthésiés ou curarisés, réagit alors que les sensations ne sont pas perçues par le cerveau. Elle se dilate même au milieu de limmobilité produite par le curare. On sait, en effet, que le curare, poison extrait du strychnos toxifera et dont les Indiens de l'Amérique du Sud se servent pour empoisonner leurs flèches, est un corps noir, solide, d'aspect résineux, dont les solutions aqueuses injectées aux animaux produisent la paralysie. Cette paralysie. est due à l’action du poison sur le système moteur en
laissant le système sensitif intact. Les expériences de
Claude Bernard l'ont démontré. Son action paralysante s’exercerait, en outre, uniquement sur les plaques motrices disséminées à foison dans le système musculaire,
Quand lPanimal est iicomplètement intoxiqué par le curare, la dilatation de la pupille paraît plus forte que lorsque la curarisation est complète, malgré l'égalité des excitations. Mais, dit Schiff, il est probable que ce n’est qu'une apparence, et que ce fait soit dû seulement à ceci, qu'il est plus facile d’observer les variations du diamètre de la pupille quand le globe de l’œil et les paupières sont immobiles. En outre, la dilatation paraît plus forte quand l'excitation n’est pas douloureuse mais seulement tactile et qu’elle porte sur une certaine étendue de la périphérie du corps. C’est de ce fait que Schiff tire sa conclusion que l’examen de la pupille est très important dans la pratique de la chirurgie. En effet, si l’anesthésie est totale, disent MM. Budin et Coyne, la pupille contractée est immobile malgré les excitations; si elle est incomplète, la pupille se dilate sous linfluence des excitations, et sil se produit des vomissements, la pupille se dilate aussitôt et la sensibilité reparaît.
Schiff ayant profondément curarisé un chien a pu constater qu'il suffisait, en effet, de prendre à pleine main une patte de lanimal, sans la comprimer, pour observer tout aussitôt une dilatation de la pupille qui devient plus considérable sion comprime la patte. En effet, plus la sensation est vive, plus la dilatation de la pupille est marquée, « mais la dilatation augmente un peu plus au début avec la durée de l'excitation ». Si on touche la
poitrine, la langue, le nez, la dilatation pupillaire s’ob-
serve également, mais elle est légère et fugitive. Aussi, dit Schiff, traduit librement par Coyne (236), « de cette manière nous pouvons reconnaître par la pupille, sur un animal curarisé, des sensations dont il serait impossible, dans l’état normal, de reconnaître l’existence. Cette méthode pourra servir à rechercher si certaines parties dont par l’expérience on n’a pu reconnaître la sensibilité la possèdent à un degré minime ou sous forme de sensibilité tactile ».
C’est par ce procédé, que le célèbre professeur de Florence a pu se rendre compte que la moelle épinière est insensible quand on la prive des cordons postérieurs.
Schiff assure que la pupille est plus sensible comme esthésiomètre que le système vasculaire dont les variations de pression ne se produiraient pas d’une façon sensible sous l’influence d’excitants aussi délicats que ceux qui font varier le diamètre pupillaire. Il est vrai que Dittmann et Mischer de Leipzig avaient utilisé ce procédé dans leurs expériences relatives à la transmission de la sensibilité après certaines lésions de la moelle. Mais Schiff, malgré l’opinion de Vulpian, croit pouvoir déduire de ses observations que la dilatation de la pupille s’observe surtout sous l'influence des faibles sensations qui ne retentissent pas sur la pression sanguine. De plus, il estime que « la dilatation de la pupille correspond toujours à une véritable sensation cérébrale, bien que l’augmentation de la pression accompagne plutôt les irritations dont l'effet, sans devenir conscient, se disperse dans la moelle allongée et spinale ».
Mais pour que de pareils effets se produisent, il faut
que les voies conductrices soient intactes. En effet, si sur un chien éthérisé on découvre la moelle lombaire et qu’on lexcite, on observe la dilatation de la pupille ; mais si on la sectionne au-dessous du bulbe en soumettant l’animal à la respiration artificielle, on n’observera plus de réaction pupillaire sous l’influence de l’excitation des racines postérieures, et cependant la pupille et les yeux sont encore mobiles. Une excitation périphérique quelconque ne peut, non plus, produire la dilatation de la pupille.
Quand Brown-Séquard a obtenu la dilatation de la pupille chez le cochon d’Inde en sectionnant le sciatique, la moelle était en effet intacte, et par conséquent les voies de transmission ne présentaient point de solution de continuité.
En résumé, la pupille peut très bien servir de pierre de touche de la sensibilité. L'étude de tout ce chapitre consacré aux réflexes -sensitifs sensoriels en est le plus
sûr garant.
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