IX. — Cautallt. — Satires d'Horace
3i KTUDE SLU LES SATlItF.S d'hOII ACK
qu'il ne; l'auraiL voulu les charmes dune bonne cuisine et, dans la pratique, il faisait subir quelques accrocs à ses théories (S. II, 7,2ysq.)
La S. Il, 8 paraît avoir été inspirée par une réception réelle, à laquelle H. n'assista point, mais dont il recueillit les échos toul vifs. La S. 11, i peut avoir eu pour occasion l'apparition d'un livre culinaire, qui lit sensation dans un monde de millionnaires plus i-iches qu'intelligents. La S. II, 2 est une leçon de sobriété, ({ui se rattache à des souvenirs anciens. C'est, du reste, un des caractères des S. du 2" 1. que, si elles sont prises, comme celles du premier, dans la réalité, elles dérivent moins de circonstance matérielles que de circonstances intellectuelles et morales. IL, en général, ne part plus du petit fait particulier qui le met en verve. Il nous donne les résultats d'une observation qui embrasse davantage, d'une méditation plus mûrie et qui a fait sa récolte. C'est ainsi que, dans les S. II, 3 et 7, il invente de petites scènes, qui mettent sous nos yeux les néophytes un peu ridicules et tout frais catéchisés de la doctrine stoïcienne. Il n'est guère vraisemblable que Damasippe ait fait un jour irruption sans être attendu dans le cabinet d'H., uniquement pour lui démontrer qu'il était fou, ou que Dave ait profité de la liberté des Saturnales pour essayer de le convaincre qu'il était serf de plus de choses que son esclave. Dans tout ceci on sent l'arrangement voulu, l'intervention du poète, qui cherche le cadre le plus favorable à la mise en valeur des idées qu'il veut exprimer. Les j)aradoxes stoïciens, qu'il. dévelopj)e dans ces deux S., il les a souvent entendu énoncer; il en a préparé de longue main l'exposition oratoire mi-symj)athique et mi-railleuse et il l'a donnée, lorsqu'il en a eu arrêté la forme définitive, sans qu'un événement réel l'ait décidé à la produire un jour plutôt ([ue l'autre. De même, il a fait tout à loisir l'examen des difTérents procédés mis en (euvre par les captateurs de testaments. Quand il s'est trouvé sullisammcnt riche de faits, familier avec leurs manèges, quand il a eu imaginé de donner une suite fantaisiste à la Nekyia d'Homère, il a écrit la S. II, 5; tout au jdus peut-on admettre qu'une aventure récente, comme celle de Xasica et de Coranus, ait prêté à la pièce plus d'actualité; mais ce n'est pas pour illustrer c(<tte aventure qu'il l'a faite. C'est la marche régulière du travail cérébral ([ui conditionne alors sa production littéraire et non le hasard des faits ambiants.
Hésumons maintenant l'évolution poéticpie d'il., depuis ses l)icmi<Ms débuis jus([u'au moment où il a renoncé à écrire des S.
CIRCONSTAXCES DANS LESQUELLES HORACE A COMPOSÉ SES SAÏlllES 35
Il a, pendant cette période, cultivé trois genres : vers grecs légers, uersiculi graeci^ (S. I, 10, 31 sq.), ïambes, satires. C'est sans doute par les vers grecs qu'il a commencé, bien qu'il ne le dise pas positivement. On peut supposer qu'il en faisait lorsqu'il eut terniiné ses études à Rome, qu'il continua à Athènes, qu'il en lit de retour à Rome dans le monde galant, qu'il cessa lorsqu'il se fut mis aux ïambes et aux satires et qu'il se fut convaincu que, né et vivant en Italie, il ne pouvait arriver à rien de sérieux qu'en écrivant en latin. Il n'a pas voulu du reste conserver ces essais et il ne nous en est rien resté.
On voudrait savoir s'il a composé d'abord des ïambes ou des satires. Il ne nous l'a pas dit et nous n'avons pas de moyen de trancher la question. Les satires sont évidemment un genre plus compliqué que les ïambes d'invective personnelle; des éléments y figurent, qui demandent plus de réflexion et de maturité desprit, l'observation de l'humanité dans ses vices fondamentaux, des connaissances philosophiques, le souci de l'amélioration intérieure. Mais ceci ne s'applique qu'aux S. morales et non aux S. anecdotiques comme les S. I, 7 et 8. En fait, nous ne pouvons affirmer qu'aucune pièce des ïambes soit antérieure à la S. I, 7. H. a du reste cultivé simultanément les deux genres. S. II, 3, 12, il emporte k la campagne Archiloque en même temps qu'Eupolis, c'est-à-dire qu'il a l'intention d'écrire des ïambes aussi bien que des satires. La plus récente pièce datée des ïambes est l'Épod. 9 écrite à la première nouvelle de la victoire d'Actium (2 septembre 31). Or les S. II, 5, 6 et 1 sont également postérieures à Actium. H. termine donc en même temps sa carrière ïambique et sa carrière satirique. Nous avons déjà vu que, sous le nom de S., il avait réuni des pièces en somme assez différentes entre elles; il paraît s'être fait d'abord du genre ïambique une idée plus stricte : c'était la reproduction de l'invective directe à la façon d' Archiloque, mais, dans la suite du temps, il s'est écarté librement de ce type. L'ii^pod. 2 est tout au plus une épigramme contre les aspirations idylliques passagères d'un citadin. L'Epod. 11 est une confidence, l'Epod. 13 une invitation à se
l. Il n"y a pas de raison pour révoquer en doute l'affirmation d'H. k ce sujet, comme le fait C. Cornélius, De Ilorafii salirariim lihri primi salira décima cnmmentarioluni (Progr. de Dillenburg p. 1893-96), p. xi. « Quo terapore et qua in urlie H. in versibus Graece componendis versatus sit cum non satis constet neque omnino ipse indicaverit et, id quod maximum est, haec sententia narratiunculae fictaespeciemexhibeat, haud scioan rectc iudicemus, si poetam se versus graecos fecisse simulasse profitemur ».
30 ÉTUDi: SLH LF.S SATIKES DHOKACE
réjouir (dans le goût de certaines odes), l'Epod. 14 une confidence (dans le i^enre de celle de l'Epod. 11), l'Epod. 16 est un conseil politique, l'iipod. 1 l'expression d'une amitié inquiète, l'Epod. 9 un chant de triomphe en l'honneur de la bataille d'Actium. II., au début, avait évidemment horreur de faire toujours la même chose ; il n'entendait pas s'asservir à des lois trop sévères et laissait beaucoup à la fantaisie et à l'empire du inoment.
Il est oiseux de se demander pourquoi H. a été poète'. Ce fut une question de tempérament; il avait la vocation. Comme il était porté à philosopher sur lui-même, à se rendre compte de ses idées et de ses actes, il a donné du fait, à des époques différentes, des explications qui neconcordentpas toujours entre elles, mais qui sont curieuses, parce qu'elles expriment la chose telle qu'il se la représentait alors. En ce qui concerne les ïambes, il dit (Epod. 1 1 , 1 sq.) dans un moment où l'amour l'occupe tout entier : nihil me sicut antea iuuat Scribere uersiculos. C'était donc pour lui un plaisir, un passe-temps ; il n'y voyait rien de plus. A l'époque des carinina, lorsqu'il a l'esprit plus mûr et rassis et qu'il commence à voir ses ïambes à distance, il les considère comme l'expression du tempérament colérique, qui était le sien dans sa jeunesse, C. I, 10, 22 sq. : me quoque pectoris Temptauit in dulci iuuenta Eeruor et in celeres iambos Misit furentem; c'est la manifestation d'une jeunesse fougueuse. Il y a bien du vrai là-dedans. Enlin, à l'époque du l*"" 1. des Ejoîtres, quand H. devenu un écrivain consacré tient à rendre compte aux docti de ses titres poéti(jues et de ce que lui doit la littérature nationale, il se fait gloire d'avoir introduit à Home les ïambes d'Archiloque, l'.p. I, 19, 2'J s([. : Parios ego primus iambos Ostendi Latio, numéros animoscpie secutus Archilochi, non res et agentia uerba Lycamben. Qu II. dans ses ïambes ait imité Archiloque, c'est ce qui est bien évident (S. II, 3, 12) ; qu'il s'en soit fait honneur plus tard, c'est ce (pii est tout naturel; mais, si cette indication complète celle du C. 1, 10, 22 sq., elle ne la contredit pas; II. nous avertit, en effet, qu'en empruntant à Archiloque sa forme métrique et sa vig-ueur agressive, ce sont cependant ses propres sentiments qu'il a entendu exprimer dans ses ïambes, qui, pour le l'ond, sont une couvre personnelle-.
I. Kiirliiu'i, S.tlin'ii..., I. I, p, i, dit avec raison ([u'II. a cciit:" zuniichsl wolil ans koiiu>m ;iiKU-in Moliv, als zu seinem Vergnugen, aus innerem 'l"r io lu-... "
■2. J. I. lliiiliimim. O/,. <•//., |). i:,iiu" paiiiil inli>ii)ivler lo passage à contre-
- H. a expliqué à plusieurs reprises les raisons qui l'ont décidé k écrire des S. S. I, 4, 137 sq. : Haec eg-o mecum Conpressis agito labris ; ubi quid datur oti Inludo chartis. Il observe la conduite d'autrui et fait son examen de conscience; lorsqu'il a tiré de ses méditations quelque précepte utile de conduite, il le confie en se jouant au papier. L'explication est évidemment insuffisante; elle nous apprend qu'H. aimait à faire de la morale pratique; mais il pouvait aussi bien en faire en prose et il n'avait pas besoin pour cela d'écrire des S. Un peu plus tard (S. I, 10). il revient là-dessus, parce qu'il tient à se rendre compte des choses à lui-même et aux autres, v. 37 : haec ego ludo (cf. inludo chartis) ; la S. est pour lui un passe-temps. Mais, cette raison ne paraissant pas suffisamment sérieuse, il en ajoute une autre : parmi les genres littéraires que la nouvelle école à laquelle il appartient revêt de la forme romaine définitive, il en est un qui n'a pas encore son maître, la S. H. la pris, parce que c'est celui dans lequel il a le plus d'espoir de réussir, v. 46 sq. : Hoc erat... melius quod scribere possem. Voilà une théorie : ce n'est pas seulement un plaisir qui s'offrait à lui, c'est une mission qui s'imposait; justement parce que c'est une théorie, il y a chance chez H. pour quelle soit postérieure à la pratique. C'est au moment où il est déjà en pleine production satirique qu'il se justifie ainsi. La nouvelle école qui va renouveler la littérature latine est constituée : chacun y occupe sa place et accomplit une tâche déterminée. Mais il n'est pas vraisemblable que les membres qui la composent se soient réunis au début pour se partager les genres. Ce n'était pas un cénacle. En outre, il y aura des changements. Virgile enlèvera à Varius la primauté dans l'épopée et H. deviendra le poète lyrique par excellence, choses imprévues à l'époque où il écrit. Au surplus, dans la- S. II, 1, où il revient sur ce sujet, H. est moins dogmatique et il semble qu'il retourne à la vérité vraie. Il reconnaît que Trebatius a raison de lui conseiller de ne point faire de vers ; uerum nequeo dormire, ajoute-t-il, v. 7. Faire des vers — et il complète sa pensée par ces mots : à la façon de Lucilius — c'est pour lui comme un besoin physique. Un impérieux penchant l'entraîne, v. 28 sq. : me pedibus delectat claudere verba Lucili ritu; v. (>() : Quiscpiis erit uitae scribam color. Les autres explications sont plus ou moins accommodées aux circonstances; cela c'est le cri du cœur.
sens « Quid ergo feci ? Parios iambos ostondi Lalio: convitia malediclaquc et ipse eodem quo ille raetro coniposui, non ira ductus ncque ut advorsarium aliquem lacesserem, sed ut peiitiae nietricae darem documentuni ».
38 ÉTUDE SUK LES SATIRKS d'iIOUACE
Il y a dans la même pièce une insinuation qu'il importe de relever : V. 34 sq. H. représente la S. comme une arme, dont il se serait servi autrefois pour protéger sa personne contre ses ennemis ; il ne demande pas mieux que de la laisser au fourreau maintenant qu'il n'a plus rien à craindre d'eux, v. 42 : tutus ab intestis latronibus. Il n'aurait donc jamais fait qu'une guerre défensive ; il se serait borné à répondre à des provocations. Nous verrons tout à l'heure pourquoi il prend ici cette attitude : elle n'est pas conforme à la réalité des faits. Nulle part, dans tout le corps des ïambes et des S., nous ne voyons qu'il ait été attaqué de but en blanc et, s'il a eu à soutenir des polémiques, c'est qu'il avait été l'ag-resseur. Epod. 6, c'est bien lui qui défie un aboyeur anonyme qui le ménageait, v. 3 sq. : Quin. . , me remorsurum petis^? Dans la S. I, 4, ce ne sont pas les ennemis qu'il s'est faits qui ont commencé; ils ne demandent qu'une chose, (ju'on les laisse tranquilles. Si H. s'était borné à rendre coup pour coup, il n'eût pas manqué de le dire; le terrain eût été trop favorable pour qu'il ne s'y plaçât point. En somme, il a essayé dill'érents moyens d'apologie pour se justifier; cela n'était pas toujours facile et le motif qu'il donne ingénument de la composition des ïambes, son humeur agressive, A'aut aussi pour les S. Beaucoup plus tard, presque k la iîn de sa carrière d'écrivain, (Ep. II, 2, 2G sq.), H. prétend donner la raison positive qui l'a jadis déterminé à faire des vers et prend pour point de départ l'anecdote suivante : un soldat de Lucullus avait été volé la nuit de son argent amassé à grand peine ; furieux, il se distingue contre l'ennemi et est largement récompensé. Mais, une fois sa perte récupérée, il refuse d'exposer sa vie. De même, moi, dit II., j'ai été ruiné par Pliilippes et alors, v. 51 sq. : paupertas inpulit audax- Vt uersus facerem. Sed quod non desit habentem Quae poterunt umquam satis expurgare cicutae, Ni melius dormire putem quam scribere uersus? Il ne faudrait pas tirer de là {[u II. s'est vengé des vainqueurs de Pliilippes en les attaquant,
1. Ocslorlen, K. u. //., Is'"» Heft, 1885, p. 1 10, considère à tort cette pièce comiin' irréelle. « Dièse Epode, bei der niaii die irrofiihrenden Hindeutun- ^eii lier Scholiasten an eine bestimmte Personlichkeit am besten ganz bt'iscite liissl, isl wohi als ein junendlicher \'ersuch der Nachahnumg: des Ai-cliilocluisanznsehen, \Yc)rauf aiicli die llinweisung- in v. i:< l'uhrendurfle >-.
1. OiiJ's'esl diMuandé s'il fallait joindre audax i\ paiiporl as ou au sujet s.-ent. tU' facrrrm. La seconde hypothèse est plus vraisemblable à cause de riiabilude d'il, il'avoir uiu> coupe de sens avant la fin ilu v. et parce t\u';iii(la.r\ v. lil, correspoiid à iimicns lupus, v. 28.
soit dans ses ïambes, soit dans ses S. Le parallèle entre lui et le soldat de Lucullus — parallèle qui doit être exact pour que le l'aisonnement ait de la valeur — s'établit ainsi. Le soldat de Lucullus a été dépouillé par un voleur quelconque : furieux, il se rue sur les ennemis (qui n'en peuvent mais) et il est récompensé de ses exploits. H. a été dépouillé par les vainqueurs de Philippes : furieux, il se rue contre les gens dont les vices faisaient scandale à Rome, mais qui ne sont pas cause de sa mésaventure, et il est récompensé de ses satires. L'idée cpi'au début il aurait choisi pour victimes des gens de l'entourage d'Octave — idée qui remonte aux scholiastes et qui a souvent été reprise par les modernes 1 — ne paraît pas fondée. H. n'a point pratiqué contre Octave la S. politique comme Catulle contre César. Il a pris pour cible les gens vicieux sans distinction ; il s'en est trouvé parmi eux qui étaient plus ou moins en rapport avec Octave, et les érudits qui écrivirent de personis Horatianis, lorsque la faveur d'Auguste à son égard était un fait traditionnel, se sont empressés de noter la chose ; mais, sur le moment, IL ne .semble pas avoir choisi ni avoir voulu déplaire à Octave. Quelques exemples suffisent k le montrer. Épod. 4, il injurie un ancien esclave, qui avait usurpé le titre de chevalier et s'était fait nommer tribun des soldats dans l'armée d'Octave contre Sext. Pompée. C'était un scandale dont Octave n'était pas responsable et H. prend nettement parti contre Sext. Pompée (v. 19 sq.). S. I, 2, 23 sq., on a voulu dans Malthinus reconnaître Mécène ; il n'en est rien ; en eifet, des deux personnages contrastés ici l'un est attaqué pour l'indécence de sa tenue; l'autre était donc un pudibond (de « tunicis deniissis » rapprochez, v. 9o, « cetera, ni Catiast, demissa ueste tegentis »). Or Mécène n'était point pudibond et, s'il se promenait discinctus, c'est parce qu'il aimait ses aises. H, n'a donc point pensé après Philippes à battre monnaie d'épigrammes contre les Césariens; il n'a voulu frapper que sur les gens corrompus.
Il aurait pourtant songé en composant ses S. à gagner de l'argent — non pas bien entendu]par la vente au libraire, qu'il ne pratiquait pas à l'origine (S. I, 4, 71) et qui. du reste, ne lui aurait pas rapporté grand'chose — mais en s'attirant les bonnes grâces d'un protecteur libéral. Le calcul n'aurait pas été mauvais,
1. Franke, F. H., p. 28, « non soluni familiaribus Octaviani^j aliquoties illusitsedipsumetiam, dumvitam impudicam acerbe perslringit, lecle carpsil...
5) in Sat. 2. Tigellium, C. Cupiennium Libonem et v. 20. Agrippam..., in Sat. 4. et 10, Petillium, alibi alios sugillat ».
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puisque c'est bien ainsi en somme que les choses se sont passées. C'est par son talent littéraire qu'H. s'est révélé à Virgile et à Varius; une fois présenté à Mécène, il a composé des vers qui ont été récompensés. On aurait tort d'objecter que les violences des ïambes et des S. n'étaient pas faites pour attirer sur H. la bienveillance des fi^rands seigneurs et que, s'il eut voulu s'insinuer auprès d'eux, il eût mieux fait de cultiver le panégyrique. On peut aimer à protéger un satirique, lorsqu'on n'a rien à craindre de ses coups, etnous avons, du reste, une réponse qui dispense de toute autre : Mécène s'était fait promettre le recueil des ïambes et il insistait auprès d'H. pour lavoir (Epod, 14, 6 sq.) ; il le trouvait donc à son goût. Il ne faudrait pas dire non plus que les ■peintures plus que libres, les expressions cyniques de la S. I, 2 étaient de nature à effaroucher les patrons haut placés : ce sont là des objections toutes modernes. En fait, la S. II, 7, écrite à un moment où 11. est très avant dans les bonnes grâces de Mécène, contient, v. 47s([., un passage aussi crû que tout ce qu'on peut citer de la S. I. 2.
Toutefois il n'est pas certain quTI. ait fait dès le début le calcul qu'il se prête complaisamment dans YEp. II, 2. Il ne s'est point présenté à Mécène comme un poète besoigneux. Lorsque, dans la vieillesse, on remonte le cours de ses années, il arrive qu'on se prête des intentions et des plans, qui n'existaient point ou qui étaient bien vagues dans le moment même. H. surtout était très enclin h théoriser après coup. Du reste, il n'a peutêtre vu dans l'aventure du soldat de Lucullus qu'un argument humoristique pour répondre aux importunités de Florus.
Quoi qu'il en soit, si nous envisageons d'ensemble rascension littéraire d'H. pendant la période des ïambes et des S., nous arrivons aux résultats suivants : il commence obscurci ignoré, et par un progrès naturel de son esprit, il passe des uersiculi graeci aux ïambes et aux S. en latin. Ses premiers essais satiriques soulèvent des protestations contre lesquelles il se défend dans la S. I, 4. Le public lui est défavorable; les artistes grecs lui font plutôt mauvaise mine ; il est pourtant soutenu par quelques amis, dont il ne livre pas les noms, et qui écoutent ses vers. La S. I, 10 représente une nouvelle étape. H. se maintient vigoureusement sur ses positions, rompt ouvertement avec les critiques grecs et s'appuie sur une double phalange d'écrivains d('j;i ci'lèbres et de grands seigneurs plus ou moins lettrés, parmi lescjiu'ls ligure Mécène. Il ne semble pourtant pas que Mécène ail essayé d'avoir sur IL une influence littéraire, ni que
celui-ci se soit le moins du monde accommodé à la façon de penser et d'écrire de son puissant ami. Ce que nous avons conservé de Mécène nous donne l'idée d'un écrivain précieux et contourné' et rien n'est plus éloig-né du style d'H. II. a su plaire à Mécène sans rien lui sacrifier de ses qualités naturelles, ce qui est fort heureux.
La S. Il, 1 marque un prog-rès décisif. Ici il n'y a plus qu'un seul approbateur, mais c'est Octave, et H. paraît sûr de sa faveur (v. 83 sq.). A quel prix lavait-il acquise? La pièce ellemême permet de le deviner. Sans doute, Octave ne trouvait rien h redii'e ni aux S. ni aux ïambes. Ce sont, en effet, ses S. qu'H. met sous sa protection et il déclare qu'il n'a pas outrepassé ses droits en les composant, qu'il est prêt à recommencer ; pour que nul n'en ignore, il intercale quelques noms propres, qui montrent que sa verve satirique n'est pas éteinte. Pourtant il ajoute en même temps qu'elle ne se réveillera que si on l'y force, que, désormais à l'abri des attaques inconsidérées, il compte se tenir sur la défensive. C'est, avec quelques fanfares provocantes, une retraite en bon ordre et en réalité H. dit adieu à la S. Ce n'est pas pour rien qu'il se fait indiquer parTrebatius, comme un meilleur emploi de son talent, la célébration de la gloire militaire et des mérites personnels d'Octave (v. 10 sq.) et qu'il se laisse dire que sa peine ne sera pas stérile, v. 1 1 sq. : multa labormn Praemia laturus. Il y a là une allusion à des ouvertures qui avaient été sûrement faites à H. et qu'il ne repoussait point, tout en se réservant de n'y répondre qu'au moment favorable. Sans rompre avec le passé, la S. II, i est tournée vers l'avenir. D'autre part, ce n'est pas pour rien que la dernière pièce des ïambes, tout en étant une des plus acerbes, affecte cependant la forme d'une palinodie : c'est l'indication spirituelle cju'H. renonçait au genre.
L'annonce solennelle que la protection d'Octave s'étendait désormais sur sa personne impliquait de la part d'H. un changement politique. Il ne paraît pas lui avoir été bien pénible. L'idée qui semble avoir dominé chez lui après son retour de Philippes, c'est qu'il s'était laissé entraîner à la légère et qu'il eût mieux fait de rester k Athènes à écouter les philosophes. Après sa présentation à Mécène, il refuse d'entrer dans les fonctions publiques et il se tient à l'écart de la politique. Dans la S. I, 5, il est muet sur l'occasion de l'ambassade de Mécène; dans la S. II, 6, il feint de ne pas en savoir plus que le premier venu sur tout ce qui inquiète l'opinion. Cependant il fête avec Mécène la victoire
1. Cf. Franz Harder, Ueber die Fragmente des Maecenas (Progr. des Luisenstadtischen Gvmnasiums zu Berlin, Ostern 1889), 4°, 23 p.
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d'Octave sur Sext. Pompée (Épod. 9, 7 sq.l. Il traduit l'angoisse générale qui saisit la population paisible à l'appréhension de la rupture avec Antoine (Éj)o(l. 7 et 10). Il est prêt à aller à Actium, si Mécène doit prendre part à la guerre (Épod. 1). Il célèbre la défaite de Cléopâtre, sans parler d'Antoine (Épod. 9). S. II, 5, ()2 s([. et S. II, i, 1o, il se figure, avec une complaisance patriotique, les démonstrations d'Octave contre les Parthes comme plus décisives et plus fières qu'elles ne le furent en réalité. Il considère Octave comme le défenseur naturel et nécessaire de Rome; la réconciliation se fait sur le terrain national.