Heindorf, Kirchner, ad h. l. etc
2. Après Bentley et H. Duntzer, Schiilz, Orelli-Mewes '■, Luc. Miiller, Kruger«3, Kicssling- etc.
46 KiTDi; SI it m:s satiuks (/iiouaci-;
lus ». Si le ;< libc'Ilus » csL la 10'' S. et que <« haec » désigne les dernières injures formulées, il faut donc admettre qu'H. a dicté en deux fois, (ju'uno partie de la S. 1 0 estdéjà copiée et({u'il s'agitd'une sorte de post-scriptum. Mais le contexte ne fait allusion à rien de pareil: où H. s'est-il arrêté la première fois? où a-t-il recommencé? Rien ne l'indique. lùi outre, on ne voit pas ce que veut dire « citus » et pour(|uoi le secrétaire devrait se presser. Il a tout le temps nécessaire pour mettre cette partie de sa tâche au net comme il a fait pour la première, d'autant qu'il n'est pas question d'une publication imminente. Plaçons-nous, au contraire, dans la seconde hypothèse : le début de la S. 10 indique quelle est improvisée. H. reçoit tout à coup l'écho des critiques soulevées par la S. 4 et il y répond ab irato, v. 1 : Nempe incomposito etc.'. Cette réponse est importante; il ne veut pas que son premier 1. paraisse sans qu'elle y ligure; il est tout naturel qu'après l'avoir dictée vivement à son esclave il lui ordonne d'aller bien vite « citus » l'a jouter aux autres, dont elle forme le complément nécessaire ; si celui-ci ne fait diligence, il sera trop tard. C'est donc à la seconde explication, non à la première, que s'adapte la fiction imaginée par H.
On peut prendre la question à un autre point de vue. Si le premier et le deuxième 1. étaient munis chacun d'un prologue et d'un épilogue, la publication en deux livres séparés deviendrait très vraisemblable. La S. I, 10 n'est pas k proprement parler un épilogue écrit à tête reposée, puisqu'elle s'annonce au contraire comme une réplique de circonstance et qu'elle a pour but principal de maintenir et de confirmer les assertions de la S. I, 4. Pourtant elle contient en même temps des généralités qui conviennent à la dernière pièce d'un recueil. H. y expose pourquoi il s'est adonné au genre satirique et à quelle catégorie de lecteurs il préfend plaire. Il y établit sa situation littéraire vis-à-vis des autres poètes, des gens du monde, des critiques éclairés. Si la forme de la pièce a quelque chose de très particulier, le fond est apte à conclure un ensemble et à lui préparer dans l'opinion impartiale un accueil favorable.
Il n'y a rien à tirer delà S. I, 1. Si c'est un prologue, 11 peut être inditl'éremment celui du premier livre édité isolément oucelui
1, J"iulo|)li' lopinioii (J'apivs l;H|iu'lle les v. « I.U(.-ili,(iu;un sis mendosus.., Vt rccieam illuc » m-sonl pas d'il. (cf. Max. MiioUiM-, Diss. inaiii,-. d'Iena, IS'.l'.t, p. 10-11).
i. l'ianko, ;•'. //.,p. X\, IJnuidcs, ()/). cil., p. 23 sq.
PUBLICATION ET CHRONOLOdIE DES SATIRES 47
des deux livres réunis. Eu fait, il opère la dédicace à Mécène. H. avait le choix entre la S. I, 6 et la S. I, I. La première lui a sans doute paru trop spéciale. L'autre traite de deux illusions très importantes chez l'homme. Sans être une préface à proprement parler, — car il s'en faut qu'elle comprenne et annonce toute la matière satirique qui l'a suivie, — elle entame au moins le sujet avec une ampleur suffisante. Parmi toutes les S. du premier livre, c'est celle qui méritait le mieux la première place. En somme, sans munir son premier livre d'un prolog-ue et d'un épilogue absolument réguliers, H. lui a pourtant donné quelque chose d'approchant.
Le deuxième 1. n'a pas d'épilogue. La S. I, 8 repose sur un fait isolé et ne résume ni n'explique en aucune façon le contenu du deuxième 1. Mais la S. Il, 1 est bien une préface. H. s'y fait accorder par Trebatius le droit de continuer à écrire des S. ; il affirme qu'il en usera, que c'est un besoin pour lui de composer des vers sur le modèle de Lucilius, qu'il suivra imperturbablement la voie qu'il s'est tracée et qu'il n'a nulle raison de s'en écarter, puisqu'il est sûr de l'assentiment d'Octave ; ce sont là des déclarations qui font bonne figure en tète d'un nouveau recueil et qui 1 introduisent tout naturellement. Ce n'est qu'en y regardant de plus près qu'on s'aperçoit que, si la pièce a bien été écrite pour précéder le deuxième 1., elle contient cependant des choses qui seraient mieux adaptées à un adieu au lecteur. H. en etîet proclame qu'il ne se livrera plus à des attaques personnelles, à moins qu'il ne soit provoqué. Or ce ne peut être le programme du deuxième 1., où les attaques personnelles, non justifiées par des agressions antérieures, sont encore fréquentes. Empreinte du caractère des polémiques d'H., qui est de ne jamais rien céder et d'intimider ses adversaires, la pièce masque en somme une retraite honorable. L'allusion à un genre plus fructueux, l'éloge d'Octave, ne se comprend d'ailleurs que si H. est disposé à renoncer aux S. pour s'y adonner. De sorte que, dans cette pièce, H. a fondu ensemble le caractère du prologue et celui de l'épilogue. Quoi qu'il en soit, la nature de la S. II, 1 est favorable à l'hypothèse de la publication en deux livres séparés.
Etudions maintenant l'ordre des S. de chaque livre et essayons de déterminer les principes qui ont guidé H .
Dans le 1. I, un certain nombre de pièces contiennent des allusions k d'autres pièces du même livre, jamais à celles du 1. 2. Le V. 91 sq. de la S. I, 4 : ego si risi quod ineptus Pastillos Rufillus olet, Gargonius hircum, reproduit le v. 27 de la S. I, 2.
48 KTvm: suii lks satikes d'horace
Au début de la S. I, .'{, II. se fait reprocher de ne pas être charitable pour le prochain, v. 19 sq. Dans la S. I, 4, 35, ses adversaires le blàmenl de ne pas éparf^ner ses amis : non hic cuiquam parcet amico; il est possible qu'il y ait là une allusion aux premiers V. de la S. I, 3. Ce qui est certain, c'est que la S. I, 10 renferme des allusions à la S. I, 4; I, 10, 1 sq. à I, 4, 8; I, 10, oO sq. à I, 4, 11. Ainsi, lorsqu'une S. du premier 1. présente une allusion à une autre, ceHc ({ui se dénonce ainsi comme avant été écrite postérieurement occupe en réalité une jîlace postérieure. Un premier point acquis, c'est qu'il, s'est imposé de ne pas troubler l'ordre chronologique, lorsqu'il était extérieurement visible.
Dans le 1. 11, le v. 28 de la S. 11, 7 : Romae rus optas. .. paraît bien être une allusion au v. 00 de la S. II, G : 0 rus, quando ego te aspiciam... C'est donc le même principe que précédemment. Nous trouvons en outre un certain nombre d'allusions aux S. du premier livre. S. II, G, 42 sq. H. déclare que Mécène l'a pris pour ami : dumtaxat ad hoc, quem tollere raeda Vellet iter faciens. On remarquera qu'il ne s'agit point de promenades, mais d'un véritable voyage; or, dans le voyage à Brindes, Mécène a mis FI. en voiture, S. I, 5, 80 : Quattuor hinc rapimur uiginti et milia raedis. La S. II, 0 fait donc directement allusion à la S. I, 5. Dans la S. II, 7, 73 sq., Dave répondant à une objection de son maître, à savoir (pi'il ne commet point d'adultère, lui dit : Toile periclum : lam uaga prosilietfrenisnatura remotis. Or. dans la S. I, 2, le principal argument qu'H. emploie contre les moechi, c'est qu'ils s'exposent à bien des dangers, v, 40 : dura inter saepe pericla. Dave fait évidemment allusion à la nature un peu scabreuse de ce raisonnement et la S. II, 7 se rattache ainsi à hi S. 1, 2. Dans la S. II, l, 21 sq. Trebatius. conseillant à H. de modifier son genre, s'écrie : Quanto rectius hoc quamtristi laedere ucrsu Pantolabum scurram Nomentanunujue nepotem. C'est la reproduction du v. 11 de le S. I, 8 : Panlolabo scurrae Nomentanoquo nepoti.
(]e ne sont là (pie des indications partielles, mais elles sont favorables à l'idée qu'en publiant ses S. II. a suivi l'ordre chronologicpie. S'il l'avait bouleversé, ce n'aurait pu être que pour des molifs littéraires. On n'a jamais ])u découvrir dans la disposition des S. un plan littéraire et il est bien certain qu'il n'y en a pas. Dans lel. I, il y a trois groupes de pièces : les S. de discussion morale, qui occupent les n"^ 1,;2, 3, G, les S. de discussion litleiaiiv. n'- i cl lO. les récits, iV'-.'J, 7, 8 etO. II. n'a pas rappro-
ché rig-oureusement les uns des autres les sujets analog-ues ; il n'a pas non plus entremêlé les sujets différents, pour produire une variété savante. Quant au fait que la sixième S, est dédiée à Mécène, on a voulu y voir l'intention de renouveler la dédicace au milieu du livre I ; c'est une idée un peu puérile et la chose me paraît l'effet du hasard. Donc si, dans le premier 1., H. a fait fléchir l'ordre chronologique, ce ne peut être que partiellement et, en effet, la S. I, 7 ne saurait être que de peu postérieure au petit événement qu'elle mentionne. Il semble que, si H. la glissée à côté de la S. I, 8, c'est parce qu'elles sont toutes deux consacrées à des anecdotes. Quant k la S. I, 1, elle ne saurait être la première en date ; car H. avait sûrement écrit des S. avant de connaître Mécène, mais il est impossible de dire si elle a été composée peu de temps après la présentation à Mécène (Luc. Millier, édit. de Vienne, 1*^" Theil, p. 1 sq.) ou au contraire l'avantdernière ou la dernière du premier 1.
Dans le 2^ 1. nous avons une satire littéraire, n" 1, trois S. culinaires de formes différentes, n**^ 2, 4 et 8, deux S. qui mettent en jeu des points de doctrine stoïcienne, n°* 3 et 7, une S. de confidences personnelles, n" 6, une satire morale sur un sujet spécial, n" 5. On ne reconnaît pas de principe directeur dans la distribution. Les S. dialog-uées occupent les n°® 1, 3, 4, 5, 7, 8, les S. non dialoguées les n''* 2 et 6. Tout cela a l'air purement fortuit. Luc. Millier, /. c, p. lo6, place la S. 2 après la S. 4, parce qu'elle aurait été composée pour combattre les principes de celle-ci : la raison n'en est pas une. Il intervertit [Ibld.^ p. 224 et 236) les S. 5 et 6, sous prétexte que la seconde n'est pas postérieure à Actium, ce qui est une appréciation arbitraire. En réalité, la seule dérogation que nous puissions constater à l'ordre chronologique, c'est la place assignée à la S. 1, qui, pour les raisons données plus haut, ne peut avoir été écrite qu'au moment où H. allait renoncer au genre satirique, c'est-à-dire la dernière.
Pour reconnaître si l'ordre actuel est bien l'ordre chronologique, on peut instituer une autre argumentation, en se fondant sur les progrès faits par H. dans l'amitié de Mécène et en recherchant si ces progrès sont d'accord avec la disposition actuelle des S. Bien entendu, on n'arrive qu'à des résultats partiels, les pièces où Mécène n'est pas nommé n'étant pas nécessairement antérieures à la liaison avec H. Cela n'est vrai que des S. I, 7 et 2. Son absence de la S. I, 4 paraît tenir uniquement à ce qu'H. n'avait pas à parler de lui. 11 figure, du reste, dans sept pièces sur dix. S. I, 3, (>3 sq., IL en est encore à ses débuts et