IX. — Cartault. — Satires d'Horace
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n'a pas pris Tair de la maison '. S. I, o, il est d'une discrétion parfaite et ne donne sur la personne de Mécène que bien peu de détails; on sent qu'il se tient sur la réserve. S. I, 0, il discute au contraire avec Mécène non sans vivacité et sur un sujet tout personnel. S. I, 8, il versifie en poète familier un fait divers de l'entourage de Mécène. S. I, îi, il est définitivement installé chez Mécène et tout le monde l'envie. S. I, 10, , Mécène est un des protecteurs attitrés, sur lesquels il compte dans sa carrière littéraire. S. I, I, il lui dédie son recueil. Il ne faudrait pas vouloir faire rendre à ces observations plus qu'elles ne comportent. Les S. I, 3 et 5 forment un groupe antérieur aux S. I, 0, 8, 9, 10 et 1 ; mais on ne saurait, uniquement de la façon dont Mécène est mentionné dans ces dernières pièces, conclure l'ordre respectif de composition : tout ce qu'on dire, c'est que la disposition chronologique reste vraisemblable.
Pour le 2'' l. nous n'avons même pas les maigres renseignements que nous glanons dans le 1. !''. Pourtant, dans la S. II, 3, 308, H. convient qu'il bâtit dans sa propriété de la Sabine; dans la S. II, 6, il est définitivement installé et il peut recevoir ses amis; dans la S. H, 7. 118, l'exploitation agricole est organisée. Il semble qu'il y ait là une progression chronologique et que par conséquent ces trois S. aient bien été écrites dans l'ordre où elles se présentent. D'autre part, la S. I, 8, qui nous fait assister aux travaux d'assainissement exécutés par Mécène sur l'Esquilin, nous avertit seulement que les jardins sont tracés, v. 7 : nouis... in liortis. Dans la 3- H^ 3, 308, les constructions dll. dans la Sabine sont mises en rapport avec les constructions de Mécène; donc, à ce moment. Mécène bâtissait ou venait de bâtir son palais sur l'Kscjuilin. Enfin, dans la S. II. 6, 32 sq., Mécène ha])ite l'I^scjuilin, puisque c'est là qu'il, va, le matin, lui rendre ses devoirs (Cf. Kpod. \), 3 : subalta... domo). Ici encore la théorie que les S. nous sont parvenues (sauf quelques interversions justifiées) dans l'ordre chronologique reçoit une confirmation partielle.
1. Simplicior (juis l'I est («(iinlctn ino saepe lihenler Oblulerim tibi, Maoconas,), ul forte legcnleni Aul tatilum inpollat ({uouis sermone... .lo mois entre parenlhèses ijualem... Mnecenas. H. veut dire qu'il aime à se présenter à Mécène :\ la bonne fiantiuette, mais sans s'attribuer personnellement les impairs (|ui lésullenl souvent de la naïveté; ut (antécédent s.-ent. Ua) doit être construil par-dessus la parenthèse avec simplicior quis el eut.
PLIJLICATIU.N ET CHRO.NULU(ill-: DES SATIRES 51
Examinons maintenant les S. datées : aucune S. datée du deuxième 1. n'est antérieure à une S. datée du premier 1. (ce qui est conforme à rhvpothèse de la publication en deux livres); les S. datées se suivent rég^ulièrement (ce qui est conforme à l'hypothèse que l'ordre actuel est l'ordre chronologique, sauf les exceptions déjà signalées.)
La S. I, 7, qui ne peut pas être de beaucoup postérieure à l'événement relaté, est de 43-42 ou de 41, selon qu'on la considère comme écrite en Asie ou au retour en Italie (cette dernière supposition paraît plus vraisemblable).
La S. 1, 2 a été écrite au moment même de la mort de Tig-ellius ; nous ne connaissons pas la date de cette mort ; ce qui est certain, c'est que I, 2 est antérieur à I, 3, puisque la S. I, 3 a été composée quelque temps après cette mort, pas assez long-temps pour que Tig-ellius fût encore oublié. Mais la S. L 3 est du moment où IL venait d'être reçu parmi les amis de Mécène, derniers mois de 38. La S. I, 2 se place donc entre 41 et la fin de 38, soit 40 ou 39. (Il a fallu quelque temps à H. pour acquérir la connaissance qu'il y témoigne du monde des viveurs).
On place le voyag-e de Mécène à Brindes, qui a été l'occasion de la S. I, 3, soit dans les derniers mois de 38 (Schûtz), soit, plus généralement, au printemps de 37 (Kirchner, Franke, Orelli- Mewes*, Luc, Miiller, édit. de Vienne, Kiessling-')'. On sait par Appien, B. C., o, 92, qu'après la guerre malheureuse contre Sext. Pompée en 38, Octave envoya vers la fin de l'année Mécène à Athènes pour demander à Antoine son concours. Antoine arriva en vue de Brindes au printemps 37, mais les habitants de la ville lui fermèrent leurs portes et il dut aller débar- ([uer à Tarente. A ce moment, Octave, qui venait d'équiper une nouvelle flotte, ne se souciait plus de la coopération d'Antoine et c'est sur les instances d'Antoine et grâce à l'entremise d'Octavie, qu'une entrevue des deux triumvirs eut lieu entre Métaponte et Tarente. Les historiens ne nous parlent point d'un voyage de Mécène. Il est certain que la S. I, o ne se rapporte point à une mission de Mécène envoyé à Brindes avant l'arrivée d'Antoine, pour lui faire interdire le séjour de la ville, puisqu'il y est question, non pas de mesures hostiles à prendre, mais au contraire de rapprochement ; d'autre part. Octave n'envoya point Mécène après 1 arrivée d'Antoine, pour lui faire ouvrir les portes, puisqu'il était
1. C'est l'opinion à laquelle se range H. Dûntzer, Eiiie Reisesatire und eine Reiseepistel des Horatlus, Philologus, t. oo, 1896, p. 416-i32.
peu disposé à entrer en pourparlers avec lui et que, du reste, ^Vntoine partit brusquement. Luc. Millier convient( t. I, p. 48) qu'on ne peut expliquer le voyage de Mécène à Brindes en 37 et, s'il l'admet, c'est qu'il lui paraît impossible de placer la réception d'H. parmi les amis de Mécène dans les derniers mois de 38. Mais, si la S. II, 6 est d'octobre 31, comme à ce moment la septième année est presque écoulée (v. 40), la réception peut avoir eu lieu en novembre 38; or, après sept années, H. se rappelle encore (v, 42 sq.) que l'autorisation de prendre part à ce voyage est la première marque de faveur que Mécène lui ait donnée : d'où la probabilité que le voyage eut lieu très peu de temps après l'admission d'H. au rang d'ami de Mécène'. Le fait qu'H. termine sa pièce sans parler de rembarquement de Mécène à Brindes ne prouve rien : H., en effet, ne se donne pas comme l'historiographe de l'ambassade; son intention est de raconter un voyage qu'il a fait personnellement, en partie avec Mécène, v. 1 : Egressum magna me excepit A.ricia Roma. Or son voyage à lui s'est terminé à Brindes; d'où le v. 104 : Brundusium longae finis chartaeque uiaeque. Si, au contraire, Mécène s'était rendu à Tarente, H. l'aurait suivi, La S. I, 5 doit avoir été écrite très peu de temps après le voyage, peut-être à Brindes même; en ce cas, elle serait de la lin de 38, au plus tard du commencement de 37.
La S. I, 4, pour laquelle il ne semble pas qu'il y ait lieu de suspecter l'ordre traditionnel, peut être également de la fin de 38. Bien que Mécène n'y soit pas nommé, H. ne se serait peutêtre pas brouillé avec la coterie de Tigellius Hermogène, s'il n'avait senti qu'une autre société s'ouvrait à lui. 11 résulte de ce qui précède que les S. I, 3, 4 et 5 ont dû se suivre très rapidement; mais II. se trouvait dans des circonstances spéciales, qui ont dû stimuler son activité.
Les S. 6, 8, 9, 10 et 1 doivent se placer entre le commencement de 37 et la publication du 1. 1. (La place de la S. I, 1 est
1. Orclli-Mewesj, t. 2, p. 84, conclut que le voyage eut lieu au printemps de la maigreur des grives du v. 72, des cousins incommodes et des grenouilles coassantes du v. 14 sq. Mais on peut avoir le malheur de manger des grives maigres en toute saison et il n'est pas sûr qu'il n'y eut pas au mois de novcmljre des cousins et des grenouilles insupporlables dans les Marais Ponlins. Au v. "7 sq. II. rappelle que les montagnes d'Apulie sont grillées par TAtabulus; mais c'est k\ une observation générale et non pas actuelle. Actuellement il fait froid, puisque, aussitôt les voyageurs arrivés ù Trivicum, on allume du feu dans la pièce qu'ils occupent. S'il s'agissait du feu destiné à préparer le souper, la fumée les gênant, ils iraient à côté.
incertaine ; elle peut venir au commencement comme à la fin de la série). On ne saurait fixer la publication du premier 1. que d'une façon approximative et par le raisonnement suivant : la S. II, 3 est écrite en décembre (v. 4 sq.) ; elle contient (v. 185) une allusion à la popularité acquise par Agrippa pendant son édilité. Or Tédilité d' Agrippa est de l'an 33. Il est vraisemblable que c'est au moment même où les Romains témoignaient leur satisfaction qu'H. l'a mentionnée, plutôt qu'en décembre de l'année suivante. La S. II, 3 est donc de décembre 33. H. y est en possession de la propriété de la Sabine ; il y vient travailler (v. 10); son installation n'est pourtant pas achevée, puisqu'il fait construire (v. 308). Dans ces conditions on peut placer A-raisemblablement le don de la propriété par Mécène en 34 ou 35. Mais il n'en est question dans aucune S. du premier 1. D'où il est vraisemblable que ce premier 1. a été achevé et publié en 35 ou au plus tard en 34.
Il n'y a pas de raison pour ne pas placer la S. II, 2 avant II, 3. D'autre part, avant II, 3, H. avait eu un accès de paresse, v. 1 sq. La S. II, 2 peut donc être de 34 et H. aura laissé passer toute une année, dix-huit mois peut-être, sans rien écrire. Mais il n'est pas nécessaire de supposer, comme on le dit généralement, qu'entre la publication du premier 1. et le commencement du second il y a eu une interruption dans la production satirique d'il., interruption qui aurait été justement causée par le cadeau du domaine de la Sabine et les préoccupations de la mise en état.
La S. II, 5, 62 sq. est datée : Tempore quo iuuenis Parthis horrendus... tellure marique Magnuserit. Ces derniers mots sont une allusion à la bataille d'Actium(2 septembre 31). H. dit également dansl'Épod. 9, composée à la première nouvelle de la victoire, V. 27 : Terra marique uictus hostis. Le rappel de l'expression est significatif. Le souvenir de l'invasion de l'Asie Mineure par les Parthes après Philippes, de la campagne malheureuse conduite contre eux par Antoine était trop présent pour qu'immédiatement après Actium on ne considérât point conmie la tache prochaine d'Octave de mettre les Parthes à la raison. H. ne dit pas qu'il ait encore rien entrepris contre eux, mais simplement qu'ils doivent le craindre. Il n'est donc pas nécessaire de placer la pièce plus tard qu'à la fin de septembre 31.
Si la S. II, 4 est antérieure, elle se place entre décembre 33 et septembre 31.
La S. IL 6 n'est que de peu postérieure à la S. II, 5. Octave avait renvové en Italie les vétérans, qui avaient droit à leur
5i ÉTlDi; SUR LES SATIHES D HORACE
congé. Gomme on ne leur donnait pas les récompenses promises, ils formulèrent violemment leurs réclamations. Sur la demande de Mécène et d'Agrippa impuissants à les contenir. Octave vint passer vingt-sept jours à Brindes dans les premières semaines de l'an 30 et il apaisa la sédition. Au v. ol sq. de la S. II, 0 nous lisons : Quid? militibus promissa Triquetra Praedia Caesar an est Itala tellure daturus? Ces préoccupations ne peuvent s'être fait jour qu'après la victoire d'Actium ; tant que la guerre n'était pas finie. Octave n'avait pas à exécuter ses promesses. Après l'intervention d'Octave à Brindes on devait être fixé. La pièce se place donc entre le 2 septembre 31 et les premières semaines de l'an 30. En outre, il n'est pas encore question des réclamations des soldats ; mais la question s'est posée dès leur retour. La pièce peut donc être d'octobre 31 . La mention (v. 03) des Daces, qui nég-ocièrent avant Actium avec Octave, se déclaièrent pour Antoine et furent définitivement vaincus par M. Crassus en 29 ne permet pas une détermination absolument précise.
La S. II, 1 est également datée par les v. 14 sq. Elle paraît antérieure au triple triomphe des 13-15 août 29, mais de peu; car 11. paraît savoir qu'Octave triomphera des Gaulois, ce qui eut lieu effectivement le 13 août. D'autre part, l'allusion aux Parthes blessés se rapporte aux démonstrations exécutées contre ce peuple par Octave dans la deuxième moitié de l'an 30, démonstrations sur l'importance desquelles H. est excusable de s'être trompé, puisqu'on les transforma à Rome en un succès signalé pour lequel le sénat décerna à Octave des honneurs extraordinaires (Dion Gassius, 51, 20). La S. II, 1 est de la fin de l'an 30 ou de la première moitié de l'an 29. Si les S. 7 et 8 sont antérieures, elles se placent en l'an 30. De la fin de 31 au commencement de 29 il y eut pour la production satirique d'H. une période particulièrement féconde. La S. II, 1 ayant été composée pour introduire le 1. II, celui-ci dut être publié aussitôt qu'elle fut prête, c'esl-ù-dire avant les triomphes d'août 29 '.
J'ai signalé les différences de fond entre les S. du 2'" 1. et
I. W. S. TcutlVl, Die AIjfassun;/szeil dcr horazischen Gedichte ncii iintorsuc/il, Reiiiisclios Muséum, t. 4, 18V6, p. '.)3-t 19 cl 208-241 expose surla chioii<)I<)},'-ie des S. indépoiulaninieiit de son propre système, ceux de Weichert, CnolelVud, Kiri'luiiM-, Kranke, WalcUenaer, llunlzer (pour le 1" 1. p. 114, pour le 2' p. 2llli. I/ordre ehronnloj'ique a été adopté et défendu par Franke. ('.'est celui autpiel je me wuv^o (sauf l(<s exceptions iudicpu'csl; il est coulornu' aux faits prouves i>t il exclut l'aihitraire.
PURLir.AT10> ET CHRONOLOGIE DES SATIRES o5
celles du 1*^'". Les différences de forme sont particulièrement notables. Elles montrent qu'H., en écrivant ses S., n'avait pas dans l'esprit un idéal immuable, qu'il a au fur et à mesure réalisé des conceptions nouvelles et des types divers.
C'est dans le l'^'l. qu'on rencontre les formes les plus simples et le moins de variété. Pour les S. narratives, la forme la plus naturelle est celle du récit fait par l'auteur lui-même en son propre nom, S. I, 7 et 5. Une forme plus recherchée consiste à faire raconter la chose par le principal intéressé ; c'est le cas pour la S. I, 8; si l'occasion de la pièce a bien été l'endommag-ement réel d'un Priape, il était piquant de faire dire au dieu luimême comment la chose était arrivée, dans des circonstances dont il avait été seul témoin. Un type nouveau est celui de la S. I, 0 : c'est une petite scène de comédie; mais la partie dramatique est encore eng-ag-ée dans des parties de narration, qui l'introduisent et l'expliquent. Dans les S. de discussion I, 2, 3, 4, 6, 10, 1, H. exprime ses idées en son propre nom : c'est le procédé qui s'offrait le plus naturellement à lui et celui qu'il a pratiqué d'abord. Seules les S. 6 et 1 se distinguent par une particularité; elles sont adressées à Mécène : ce sont de véritables épîtres. La S. 6 reproduit tout spécialement l'état desprit de l'auteur et du destinataire et, si la S. 1 semble plus générale, elle a peut-être plus de rapport que nous ne le supposons au premier abord avec H. et Mécène. Ainsi la forme de l'épître apparaît dès le l*""" 1. des S. ; mais H. l'abandonne pour ne la reprendre que plus tard en lui donnant quelque chose à la fois de plus intime et de^plus didactique.
Les formes sont plus compliquées et plus diverses dans le 2^ 1. Nous retrouvons, dans la S. II, 6, l'exposition personnelle; il ne faut, bien entendu, tirer de là aucune induction chronologique. H. a pu revenir à une forme employée jadis, puis remplacée par une autre ; ici, du reste, le sujet n'en comportait pas d'autre. Ce sont des confidences individuelles, et personne ne pouvait porter la parole qu'H. lui-même. Dans la S. II, 2 H. prend la parole pour exposer des théories ; mais il affecte des allures professorales (v. 4, discite), qui sont étrangères au i*""' 1. En outre, ce ne sont plus ses propres idées qu'il développe, mais celles d'autrui. De même, les S. Il, 3, 4, o, 7 traduisent la pensée d'autrui, et ceci est très important. H., en effet, n'est plus au même degré responsable de ce qui se dit ; il s'agit pour le lecteur de déterminer jusqu'à quel point il adopte les idées de son personnage; la dose d'ironie n'est pas la même dans les différentes pièces et elle est souvent délicate à déterminer.
La différence principale entre les deux livres, c'est l'emploi caractéristique du dialog'ue dans le second. Le dialogue débute sans introduction narrative; les circonstances dans lesquelles il se produit ne sont pas précisées ; il est distribué inégalement entre les interlocuteurs, mais l'inégalité varie suivant les cas; sauf une exception, l'un des deux interlocuteurs est toujours H. et celui-ci, sauf une fois, joue le rôle d'interlocuteur secondaire.
S. II, 3. La scène se passe à la maison de campagne d'H. (v. 10, uillula) et, à ce qu'il semble, dans son cabinet de travail. Pourquoi Damasippe est-il venu? Nous n'avons là-dessus qu'une explication générale, v. 19 sq. : aliéna negotia euro Excussus propriis. Comment s'est-il introduit? Nous l'ignorons. Il commence d'une façon très agressive et H. ne l'interrompt que par trois répliques ironiques (v. 1() sq., 20 sq., 31 'j, qui ont pour but d'alimenter la conversation. Damasippe entame alors une exposition, qui va, sans être interrompue, du v. 31 au v. 299. Suit une petite partie de dialogue dans laquelle H. demande ironiquement à Damasippe de faire à sa propre personne l'application des théories qu'il vient de développer. Le dialogue relativement assez court du début et de la lin n a pour but que d'encadrer l'ample discours de Damasippe. D'autre part, non seulement nous ne sommes pas ici en présence des idées d'H., mais Damasippe lui-même n'est qu'un porte-parole, l'interprète fidèle de son maître Stertinius.
S. II, 4. Aucun renseignement sur le lieu de la scène. Il est probable qu'elle se passe à Rome, dans la rue, où Catius est arrêté à brûle-pourpoint par un interlocuteur anonyme ; il est vraisemblable que cet interlocuteur anonyme est IL; il n'y a pourtant rien qui le désigne nettement comme dans la S. précédente. H. n'a, du reste, ([ue trois réplicpies au début, v. I, i sq.. 10, qui n'ont pour but que de mettre Catius en train. Celui-ci entame alors un long exposé culinaire qui va du v. 1 1 au v. 87 sans être inteiMompu. (^omme Damasippe dans la pièce précédente, ce ne sont pas ses propres idées qu'il exprime, mais celles de son
I. Luc. MiilltM-, éilit. (le Vienne et edil. sloivot. niaior-'', met dans la bouclie d'il tout le couplet des v. •26-31. La (juoslion de savoir s'il faut donner îi Damasipi)t> les v. 27-30 csl très embarrassante. La nouvelle maladie de Damasippe ce n'est point sa vocation philosoplui]ue, c'est sa manie de s'occuper des alïaii-es d'autrui. Dans ces conditions, les v. 27-30 peuvent être i)rononccs |)ar lui; c'est c(> (pii me parait le plus vraiseuihlaltle.
maître, qui reste anonyme. A la fin, v. 88 sq., H. adresse à Catius le témoignage de son admiration et le prie de le mener voir son maître. Ici encore le dialogue initial et final n'a pour but que d'encadrer une exposition dogmatique.
S. II, 5. Il y a ici des nouveautés. La scène se passe au lieu même de la Nekyia d'Homère et elle la prolonge, v. 1 : praeter narrata. Les deux personnages sont Tirésias et Ulysse. Tirésias est bien l'interlocuteur principal ; c'est lui qui est chargé de révéler au néophyte les moyens sûrs pour réussir dans l'art de capter les testaments ; Ulysse n'est là que pour l'interroger. Pourtant le dialogue est plus complet que précédemment et le caractère des deux personnages sobrement, mais très nettement dessiné. Ulysse commence par exposer sa demande, v. 1-3, et s'étonne du sourire qui l'accueille. Tirésias lui répond de façon à lui montrer qu'il voit clair (en sa qualité de devin) au fond de ses pensées, v. 3-5, et Ulysse, en présence de quelqu'un qui ne veut pas comprendre à demi-mot, est obligé de s'exprimer sans ambages, v. o-6. La situation nettement établie, Tirésias commence et ne cache point ce que le métier a de répugnant, V. 9-17. Révolte d'Ulysse, v. 18-19, bien vite apaisée par la brutalité indifférente de Tirésias, v. 19-20, qui force Ulysse à ouvrir le fond de son cœur et à confesser que son but unique est de devenir très riche par tous les moyens possibles, v. 20-22. Tirésias commence alors un long exposé didactique, v. 23-110, et Ulysse ne l'interrompt que trois fois, v. 58 et 61, parce qu'il ne comprend pas une allusion soiis forme de prophétie, v. 76 sq., non plus parce qu'il est outré du cynisme de Tirésias, mais parce qu'il craint que Pénélope ne se prête point aux manèges malhonnêtes, que Tirésias recommande comme nécessaires.
S. II, 7. L'un des deux interlocuteurs est ici sufTisamment caractérisé comme H. lui-même ; l'autre, le principal, est Dave son esclave. La scène a lieu dans la chambre même d'H., à Rome, V. 118. H. n'intervient que très brièvement au début, v. 2, pour s'assurer que c'est bien à Dave qu'il a à faire, v. 4 sq., pour lui accorder la permission qu'il lui demande, v. 21 sq., pour savoir au juste où il veut en venir. Du v. 22 au v. Mo, Dave décharge tout ce qu'il a sur le cœur, sans se laisser intimider par les gestes menaçants d'H., v. 43 sq., en formulant lui-même l'objection qu'il prévoit, v. 72. H. ne reprend la parole que tout à fait à la fin, V. 116 sq., pour mettre un terme à la sortie inconvenante de Dave par une explosion décolère. G est ici de nouveau le sys-
58 ÉTUDE SIR LES SATIRES d'hORACE
tème de Texposition développée encadrée dans un bout de dialo{,me au commencement et à la lin. Cette fois encore ce ne sont pas des idées personnelles qu'exprime Dave, mais celles du portier de Crispinus, v. 4o.
S. II, 8. La forme dialoguée est appliquée ici non pas a une exposition morale, mais à un récit, sans mélan^œ de parties narratives comme celles de la S. I, 9. L un des deux interlocuteurs est sans doute H. (c'est un ami de Fundanius, mais il n'est pas caractérisé autrement). Nous ne savons où a lieu la rencontre; sans doute, à Rome, dans la rue. Le dialogue est ramené à sa plus simple expression; il se réduit à trois répliques d'il., v. 1 sq., i sq., 18 sq., qui n'ont pour but que de provoquer le récit de Fundanius, récit mélangé de narration et de conversations, qui se poursuit avec une seule interruption (v. 79 sq.) du v. 20 au v. 95, c'est-à-dire jusqu'à la fin.
S. 11, 1 . C'est ici que le dialogue est employé avec le plus d'art. Le caractère des deux personnages est nettement dessiné et celui qui, au début, paraissait le personnage secondaire, devient, par le jeu même des sentiments et des idées, l'interlocuteur principal. H. — car il ne peut s'agir que de lui — est venu, piobablement le matin, consulter chez lui le jurisconsulte Trebatius. lilui expose sa requête, v. 1-o. Trebatius répond, avec la brièveté juridique, d'un seul mot mais décisif, v. a. H. feint de ne pas comprendre, v. 5 sq. Trebatius, toujours avec la même brièveté, insiste sur sa réponse, v. 6. Objection d'H., v. 6 sq. Trebatius lui donne quelques préceptes d'hygiène, qui semblent empruntés à ses habitudes personnelles, puis, comme il veut le tirer d'alVaire, il lui propose un dérivatif, v. 7-12. H. ne dit pas non, mais il s'excuse sur son in.su{lisance, v. 12-15. Trebatius modifie alors sa première proposition, v. lG-17, et H. l'accepte, tout en la remettant à une bonne occasion, v. 17-20. Trebatius lui fait sentir les inconvénients de la S., v. 2I-2.'l. Alors 11. se met à plaider sa cause. Il la plaide longuement, sans êlre interrompu, du v. 2'i au v. 00. Trebatius témoigne (luelijue inc[uiétude, v. ()0-(>2. II. reprend sa plaidoirie pour le rassurer, v. 02-79, et, une fois sûr de son fait, s'en remet à son jugement. Trebatius a encore un scrupule, la loi contre les vers mécliants, v. 79-8;i IL se retranche derrière l'approbation d'Octave, derrière .sa propre honorabiUté, v. 8)3-85. Trebatius se rend, V. 80. Le dialogue est ici plus serré i\uo partout ailleurs et, ce (pii t'st amusant, c'ist (piTL. venu en apparence pour deman- (Ici- conseil à Trel>;itius. le convertit eonq)lètement à ses idées et
le retourne absolument. Trebatius est solennel, parle peu, par sentences brèves et décisives. H., tour à tour simple et chaleureux, toujours habile, finit par arriver à ses lins.
Les ditlerences de forme entre les S. du premier et du deuxième 1. sont une nouvelle preuve quelles ne sont pas de la même époque.