‹ Étude sur les Satires d'HoraceChapitre 14 sur 48 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

La composition des Satires. — Idée fondamentale. — Succession

des idées.

Il faut distinguer entre les S. de récit et les S. de discussion. Dans les premières, il s'ag'it de raconter un fait ou un ensemble de faits. Le sujet donné par la réalité est unique : H. suit Tordre naturel, on s'attardant aux détails pittoresques, en choisissant ce qui est caractéristique, parfois en se livrant à des digressions. Les S. de discussion ont ceci de particulier qu'en général le sujet n'en est pas simple, au moins dans le premier 1. ; car il y a à ce point de vue une différence entre le premier 1. et le second. H. est un homme qui observe, qui réfléchit beaucoup, qui a l'esprit plein d'idées et qui tient à les exprimer ; il en introduit plusieurs dans une seule pièce et elles s'en partagent la trame.

S. I, 2. Elle repose sur deux idées distinctes, celle-ci d'abord, qui est résumée au v. 2i : les ignorants, en voulant éviter un excès, se jettent dans l'excès contraire ; les hommes vont d'une exagération à l'autre; ils ne savent pas observer une juste mesure; puis une autre idée présentée d'abord sous le couvert de la première, mais ensuite traitée pour elU^-mème . il faut éviter ladultère et s'en tenir au commerce des affranchies. Ce sont évidemment deux choses distinctes. II. s'est-il borné à juxtaposer ces deux idées, développant la première au commencement de la pièce (v. i-3f)), l'autre dans la seconde partie (v. 37-1 3t)? Il ne le semble pas; il ja commeunenjambementdela première idée sur la seconde; dans la seconde partie de la pièce, H. (v. 48-63) combat les prodigalités avec lesalVranchies ; c'est l)ien 1;\ un excès, qu'on se cache à soi-même en se n'>|)ét;ml qu'après tout on respecte les fenunes mariées. L;i ittnclusion elle-même (v. 119 sq.) est bien un cou-

seil de modération. La première idée n'est donc pas strictement renfermée dans les limites qui lui semblent réservées ; elle déborde sur le second développement. Sont-elles toutes deux sur pied d'égalité? Non, il y en a une principale et une accessoire ; le sujet fondamental qu'H. s'est proposé de traiter, c'est de proscrire absolument et sans pitié l'adultère. La remarque sur les excès inhérents aux hommes est secondaire tout en ayant son importance, puisqu'elle fournit l'introduction et la règle à suivre dans les rapports avec les aifranchies.

S. I, 3. Elle est faite pour recommander la pratique de l'indulgence réciproque entre amis. Telle est l'idée fondamentale, qui est développée du v. 1 au v. 93 ; à partir du v. 96, H. réfute la théorie stoïcienne de l'égalité des fautes; c'est là une idée secondaire, vers laquelle il a orienté son développement par un motu proprio\ il la rattachée à la précédente, mais elle n'en forme pas la suite nécessaire; ce qui a amené H. à la traiter, c'est peut-être le désir d indiquer que l'amitié, telle qu'il la définit, est l'amitié épicurienne et non l'amitié stoïcienne, avec laquelle elle n'a rien à voir. Enfin, à propos d'une expression accidentelle au v. 123, il réfute un nouveau paradoxe stoïcien, celui de la royauté du sage. Le système ici n'est pas le même que précédemment. H. débute franchement par l'idée fondamentale de la pièce, puis, quand il l'a traitée, il passe a une considération complémentaire, de là à une autre, et, en somme, il s'éloigne toujours de plus en plus de son sujet principal, jusqu'aux derniers v., où il y revient.

S. I, 4. H. débute par un jugement sur Lucilius et passe de là à la condamnation de l'improvisation littéraire (v. 1-23); puis il explique la raison des protestations que soulèvent ses S. et défend son genre (v. 23-1 Oo). Il explique ensuite par des confidences personnelles comment son éducation même l'a prédisposé à concevoir la S. telle qu'il la pratique et il nous initie à sa méthode de travail (v. 103-143). Le fondement de la pièce, le noyau central, c'est l'apologie personnelle. Le jugement sur Lucilius ne concourt que partiellement à l'ensemble ; car H., au lieu d'en tirer la justification des attaques individuelles, l'oriente vers le blâme de limprovisation contraire à sa propre manière d'écrire, sobre et réfléchie. Il y a pourtant là une apologie secondaire avant l'apologie principale. Quant aux confidences, qui succèdent au plaidoyer central, elles le complètent jusqu'à un certain point. Elles sont une justification sous une autre forme; elles montrent que la pratique de la S. est devenue chez H. comme une seconde nature et la condition même de son amé-

02 ÉTLDI-: SCl; l>ES SAIIUKS o'ilOKACI':

lioratioii morale, qui est sa préoccupation la plus importante. C'est au milieu de la pièce ({u'est installée Tidée-mère. Le ])réambule et la fin sont accessoires.

S. I, 6. L'idée fondamentale est très nette : il s'agit de discuter la question de savoir si les gens de condition modeste doivent prétendre aux fonctions publicjues, cest-à-dire en réalité d'étalîlir ce que doit faire IL lui-même. Mais à cette question une autre est liée, qui intéresse H. autant que la précédente : si l'envie, qui s'attache à lui depuis cpi'il jouit de la faveur de Mécène, est fondée, et jusqu'à quel point il est dij^ne de cette faveur; il croit mériter la bienveillance de Mécène ])ar son honnêteté morale, et cette honnêteté morale il en fait remonter le mérite à son père, en racontant loui^uement les soins apportés par lui à son éducation et ce qu'il lui doit. Ainsi, entre deux parties de discussion sur le sujet proposé, qui commencent et qui terminent la j)ièce (v. 1-H et 96-131), se trouve une longue partie de confidences personnelles ayant un tout autre but (v. 45-96). Laquelle des deux choses était la plus importante pour IL dans le secret de son cœur? Repousser des avances indiscrètes et conserver la liberté de sa vie privée ou rendre évident pour tous qu'il méritait pleinement par son caractère l'amitié de Mécène? Il semble (ju'IL ne tenait pas moins à l'idée accessoire cpi'ii la principale ; en tout cas, la dualité de la pièce est manifeste.

S. I, 10. Le sujet apparent et ofïiciel de la pièce, c'est de justilier le jugement porté dans la S. I, 4 sur Lucilius et de réfuter les critiques (ju'il avait soulevées. Il y a pourtant autre chose ; à partir du v. 36, IL mentionne les motifs littéraires qui l'ont décidé à écrire des S., et marque la place qu'il a prise dans l'école contem[)oraine, qui s'est donné pour mission de renouveler tous les genres. Puis, après être revenu (v. 50 sq.) sur la critique de Lucilius, il énumère les doctes et les gens du monde, dont il ambitionne l'approbation (v. 76 sq.). Enlin, il intercale en deux endroits (V. 7 sq., 71 sq.) des préceptes sur l'art d'écrire. Donc, ;i côté de l'idée fondamentale, nous en trouvons d'autres et celles-ci sont si importantes qu'on se demande si, tout en ne venant cpie par surcroît, elles ne répondent pas au fond aux préoccupations intimes d'H. Qu'on discutât les termes de son appréciation de Lucilius, cela n'était certes pas indifférent, mais (ju'on fût fixé sur ses théories de style, sur ses rapports avec les grands poètes contemporains, sur la part prise par lui k l'œuvre commune et sur les cercles où il comptait trouver faveur et appui,

c'était chose capitale. Les idées du second plan prennent donc à la réflexion une valeui" inattendue. H. les a intercalées dans son développement principal et s'en est servi pour conclure.

S. I, 1. Elle est construite sur deux idées : le mécontentement — au fond peu sérieux — de leur sort, dont les hommes aiment à faire parade ; le faux calcul qui les empêche de jouir, ce dernier développement comportant à son tour deux subdivisions; car, si les hommes oublient de jouir, c'est ou bien par avidité, ils ne song'ent qu'à acquérir, ou bien par avarice, ils n'osent toucher à ce qu'ils ont acquis. Les deux développements principaux se suivent, sans empiéter l'un sur l'autre; H. a indiqué nettement (v. 23] par le mot <■ praeterea » qu'il passait de l'un à 1 autre. Le plus important paraît être le second, si l'on en juge par ses dimensions.

Le principe d'H. dans les S. du premier 1., c'est donc la dualité, parfois même (S. I, 10) la multiplicité des idées. Peut-être profitait-il de la liberté primordiale de l'ancienne satura ; en tout cas, il obéissait à son tempérament. Il n'était pas encore arrivé à la formule célèbre de l'A. P., v. 23. : Denique sit quiduis simplex dumtaxat et unum.

Parmi les S. du second livre, la S. II, 7 est la seule qui puisse se comparer à celles du premier; encore l'identité n'est-elle point complète. Dave reproche d'abord à son maître son inconstance et sa versatilité (v. 6 sq. ) ; puis il lui montre que moralement il est au-dessous de lui ^v. 42, stultior), enfin qu'il est plus esclave que son propre esclave (v. 75 sq.). Ce sont là trois idées diverses, mais le but est unique, car il y a là une véritable gradation. C'est bien à la démonstration de la troisième que Dave veut en venir, mais il faut qu'il y arrive peu à peu par des assertions plus acceptables destinées à préparer le paradoxe.

Ailleurs l'unité de matière est visible. Dans la S. II, 2, IL blâme la gourmandise et vante la frugalité; c'est, en somme, l'envers et l'endroit du même sujet. S. II, 3, l'exposition de Stertinius à Damasippe pour l'empêcher de se noyer, celle de Damasippe plus générale, sont distinctes ; mais elles tendent toutes deux à prouver que les hommes sont fous. L'application finale à H. n'est qu'une spécialisation de la théorie. S. II, 6, l'éloge de la campagne et la critique de l'existence à la ville sont le même sujet pris de deux côtés différents. H. le traite avec une certaine liberté, mais il n'y en a qu'un. L'unité des S. II, 4, 5 et 1 , est évidente.

C'est maintenant le traitement du sujet qu'il convient d'étu-

dier, pour déterminer les procédés de composition dans les S. de discussion 1. Nous allons voir qu'H. ne travaille pas sur un plan arrêté d'avance; rensemble s'orf^-anise à mesure qu'il écrit; telle est au moins l'impression que nous donne l'œuvre achevée, telle que nous l'avons sous les yeux.

S. I, 2. II. commence par montrer par des exemples que les ^-ens qui ne sont pas philosophes (stulti, v. 24), en voulant éviter un excès, se précipitent dans l'excès contraire. Dans la série des exemples, il arrive (v. 28 sq.) à opposer l'adultère, qui n'en veut qu'aux matrones, au débauché vulgaire, qui se contente des courtisanes de bas étage. C'est là un acheminement vers la seconde partie de la pièce; mais cet acheminement est imparfait ; en eiîet, d'abord nous ne sommes pas prévenus que ces derniers exemples aient une autre importance que les précédents; nous ne le remarquons qu'à la réflexion et après avoir lu la pièce; en.suite, fussions-nous prévenus, nous attendrions deux développements contrastés, l'un sur l'adultère, l'autre sur la débauche vile. Or de ces deux développements H. va bien nous donner le premier, mais non le second.

La seconde partie de la pièce commence solennellement par une annonce, v. 37-iO : Audirest operae pretium, procedere recte Qui moechosnonuollis, ut omni parte laborent, Vtque illis multo corrupta dolore uoluptas, Atque haec rara, cadat dura inter saepe pericla. L'annonce est fort nette, mais elle ne domine pas toute la pièce, qui contient autre chose. Elle s'applique particulièrement au développement suivant (v. il-iO, 64-67). qui énu-

1. Tycho Mommsen, lienierliuiujen zuin erslen Huche (1er Satiren des Horaz (Profframmc de Frankfurt am Main, 1871, p. 3-30), p. 3 : « Die g:eislige Einheil in den Saliron und Kpisteln des Iloraz beruht weit mehr auf der Slinimun^'des Dichlers als auf l)ewussler lo<::ischor Durclifiihrung eines einzelnen Gedankens; sie sind inscrfern nitlit verschieden von der eigenllichen Lyrik ... O. Weissenfels, //ora=..., IS8:'>,p.71 : « Man muss.. zwischen der kïinsUichen, schulmiissigen Oisposilion imd dieser naturlichen unterscheiden. Jene will die Ordnunj,' und p:efalll sich ot't im Uebermass des Teilens und InUM-leilens ; dieser l)i»>tel sicli die Ordnung unjïesuchl dar, so lau^e nield eine andere K;dii};keil dazwischen Iritt, so lange z. B. niclit der Wil/., die satiriseh<; Laune, ilie slarke Anziehung-, welclie das Einzelne iibt, einer gleichmiissigen Enlwicklung des Gedankens cntgegenarbeiten. So bal aueb lloraz ol'l sieb (bircb dasEinzebie und die Laune des .\ugenblicks auf Seilenwege ableukiMi bissen. Meisl kehrl er wobl naeb einiger Zeil auf den verlasseneii Weg/uriick, so dassdas (ianze, ans eiuiger Enlfernunggesebeu, sieh (b)eb iii ^ci'>'!<der l^ii-bluug vorwarls zu bewegen sclieint: milunler al)er bleil)l er liei dcui iieueu Gedanken uiui verlierl i>llVul>ar die HiclUuug ".

LA COMPOSI'IIO.N DES SATIRES 05

mère les dangers courus par les adultères. Pourtant elle le dépasse par quelques traits; y. 39 : multo corrupta dolore uoluptas annonce les v. 101) sq.; dolores Atque aestus curasque graues le V. 40 : Atque liaec rara, les v. 120-122. " '

Du V. 40 au V. 46, H. mentionne les périls auxquels s'exposent les adultères. Puis il s'arrête pour établir un contraste. Nous attendons la condamnation de la basse débauche : d une part, le dan^-er, de l'autre, rignominie. Mais c'est une autre opposition qui se présente à l'esprit d'il. Il y a là une déviation arbitraire. En face des périls de la fréquentation des femmes mariées, il place la sécurité du commerce avec les alfranchies, v. 47 sq. : Tutior at quanto...; nous pensons qu'il va développer cette idée; une autre s'olfre brusquement à son esprit, c'est que, même avec les allVanchies, on peut tomber dans des désordres ruineux et répréhensibles. Il entame donc une discussion sur ce point, v. i8-63. Mais ce n'est qu'une digression et, celle-ci achevée, il revient aux dangers de l'adultère. On peut supprimer les v. 47-63. On verra que 64 se soude exactement à 46.

L'énumération des dangers de l'adultère étant terminée avec le V. 67 .^H. engage une discussion non prévue dans l'annonce des V. 37-40, pour prouver que les plaisirs défendus sont des plaisirs factices et d'imagination, qui n'ont rien à voir avec les besoins de la nature, et conclut, v. 77 sq. ; Quare, nepaeniteatte, Desine matronas sectarier, unde laboris Plus haurire malist quam ex re decerpere fructus.

Ces derniers vers renferment à la fois le résumé de ce qui précède (unde laboris Plus haurire malist) et l'annonce de ce qui va suivre (quam ex re decerpere fructus), mais cette annonce est incomplète; H. ne va pas, en effet, montrer simplement que les plaisirs qu'on goûte avec les matrones sont incertains et problématiques, mais aussi que ceux qu'on trouve chez les affranchies sont bien plus sérieux et plus réels. Ce contraste, qui fait le fond des v. 80-118, n'est pas indiqué. En outre, les v. 47 sq. nous avaient promis une démonstration de la sécurité du cemnierce des affranchies; cette démonstration n'est pas faite, peutêtre parce qu'H. a pensé que la chose allait de soi; elle (?st remplacée par une autre analogue, mais un peu différente, sur les agréments et les avantages de ce commerce.

H., à partir du v. 80, développe donc cette idée que la fréquentation des matrones est pleine d'inconvénients, de déceptions, de surprises fâcheuses, tandis qu'avec les affranchies on a tout profit et tout plaisir. Il conclut, v. II1-M8, qu'il faut s'en

*-^- — Cautai i.T. — Siilirps d'Horace. 5

(;(; ÉTUDi: si i-, i.i:s satiiœs d'hohaœ

tenir aux indications de la nature, qui ne réclame que la satisfaction de ses besoins. Au fond les v. M 1-118 ne sont que la reprise de l'idée contenue dans les v. «38-17 el c'est une particularité de la composition chez H. que, lorsqu'il est en présence d'une idée, au lieu d'en tirer tout de suite tout ce qu'elle contient, il ne l'utilise que partiellement, quitte à s'en servir encore

dans la suite.

Il termine la pièce, v. lU)-13i-, en se mettant brusquement en scène et en déclarant comment il résout pour son propre compte, dans la prati(iue. la question qu'il a posée. Il aime le procédé qui consiste, à la lin d'une satire, à se présenter au lecteur et à donner son opinion personnelle. 11 est à remarquer qu'après avoir décrit les dan-ers de l'adultère, v. 41-46 et 04-67, il y revient encore une fois ici, v. 127-1:^1. C'est le procédé que je viens de signaler, qui consiste à aborder une idée, à l'abandonner, puis à la reprendre à l'occasion.

En résumé, les particularités de composition dans cette S. sont les suivantes : idée indiquée et non traitée (v. 30 sq. ii^nominie de la basse débauche) ou traitée autrement t[ue nous ne l'attendions (agrément du commerce avec lesaiïranchies, v. 80 sq., substitué à la'sécurité de ce commerce, v. 47 sq.); annonce d^un développement trop particulière, v. 37 sq., ou incomplète, v. 7*1; développement interrompu par ime dii;ression inattendue, V. 48 sq. ; reprise des mêmes idées ;i dill'érentes places de la pièce (dan<>ers de l'adultère, v. ï\ sq., 64 sq., 127 sq., distinction entre les plaisirs artificiels et les besoins naturels, v. 68 sq. et \\\ sq.).

Il srrait facile de rétablir le schéma logique qu'H. aurait pu construire avec les idées de la S. I, 2; ce ne serait qu'un jeu d'espi-it, mais instructif; en opposant au schéma régulier et classique la libre composition d'il., on saisirait tout de suite l'origin:\lite caractéristique de ses procédés,

S. I, 3. La S. 1,2 reposant sur deux idées distinctes, le début ne fait pas prévoir le sujet principal. Ici le cas est dilTérent. Dès le début nous sommes dans le sujet, mais, par suite de la fa^-on dont est conçu le préambule, nous ne pouvons nous en douter'. 11.

I. KircluuM'. S;ilircii.... l. 2, pars l, p. "7 : u DiM- lïiiifiaii^ isl maskirl >■. Oesloilon, A', ii. IL, IKHil, l"''» Iloft, après avoir rappelé lo début de la S. I, 2 ajoute :... ^ so siehl man auch am Kiiiyaii'î unseres Godichles noch uii'lil n-chl. was dcr Dichlci- \\\\\\ im Gogeiileil konnle nian auf die VorslfUunn Uoiuiiu'ii. iM wolU'... dio Pi','soii des vorsloi'lieiion Sangors zuin Gegoiistaïul si-iiios Wil/.rs nuicluMi uiid allou Sla.ltUlal>ch ausbeutiMi, dor

remarque que les musiciens sont des êtres fantasques, qui ne veulent jamais se produire quand on les en prie, et qu'on ne peut arrêter quand c'est leur caprice : témoin Tig-ellius. On pourrait supposer en lisant ces vers qu'ÎI. va traiter de l'humeur bizarre des musiciens, peut-être des artistes en g-énéral, sujet qui donnerait lieu à d'amusantes anecdotes et à de curieuses recherches philosophiques, l'artiste étant un être à part, dominé par l'inspiration, jusqu'à un certain point irresponsable. Ce n'est point là la voie dans laquelle H. s'engage. Il continue le portrait de Tigellius, en énumérant ses frasques non plus comme artiste, mais comme homme, ^'oici un nouveau sujet qui s'esquisse et on pourrait supposer que c'est celui qu'H. va traiter. Cette inconstance, si contraire à la gravité romaine, provient de l'absence de principes, de but dans la vie; elle rend celui qui en est atteint impuissant à rien faire de suite, d'un commerce peu sûr, désagréable; voilà une belle matière de S. Mais ce n'est point là qu'en veut venir H. L'interruption du v. 19 sq. nous avertit que le portrait de Tigelhus n'est qu'un exemple concret du penchant que nous avons à la médisance et qu'H. a tout bonnement voulu se faire prendre en flagrant délit. C'est là le travers qu'il va attaquer, après v être tombé lui-même.

Le préambule est donc fait pour piquer la curiosité du lecteur, quinevoitpasoùonlemène et qui ne sauraitle deviner. Une l'apprend que par les v. 2i sq. : Stultus et inprobus hic amor est dignusque notari. Cum tua peruideas oculis mala lippus inunctis. Cur in amicorumuitiis tam cernis acutum...?Nous voici dans le sujet, et il semble que ce soit le contraste'entre l'indulgence qnenous avons pour nos défauts et la sévérité avec laquelle nous jugeons ceux de nos semblables. Mais l'annonce est imparfaite; en eflet, de notre indulgence envers nous-même il ne sera plus question (ce qui pourrait pourtant donner^^lieu à une étude mtéressante), mais uniquement de notre sévérité à l'égard d'autrui. Le sujet s'annonce double et il n'y en a qu'un côté de traité. 11 se restreint encore à un autre point'^de vue. Il semble d'abord qud ne s'agisse que de nos jugements sur nos semblables : le mot <( amicorum n (v. 20) indique qu'il ne sera question (pie de nos jugements sur nos amis.

Après avoir caractérisé notre conduite, v. 1-27, H. en montre

sich et\%a an seine bekannte Personlidikeit -luino-en mochlo >.. Cf. X. Wecklein, Die KumposUionswelse des //o/-ac... (Sitzungsberichte der philos.philol. Classe der k. b. Akad. der Wissensch. zu Miinchen, imi), p. 383.

08 étiuf; slk lks satihks d'iiohace

les inconvénients, v. 'Il-'M, puis il indique celle qu'il faudrait lui substituer, crahord rindulj,'ence aveug-le de l'amant, idéal trop beau pour être possible, v. 38-42, puis l'indulgence moins complète mais réalisal)le du père pour ses enfants, v. 43-i8. Par un certain nombre d'exemples H. montre comment on pourrait, dans la vie, appliquer le principe de la bienveillance paternelle, V. i9-')3, et il conclut que c'est là le secret de la véritable amitié, v. ;)3 sq. : o])inor llacc reset iun<^it iunctos et seruat amicos.

La démonstralion est complète et il semble que la pièce soit terminée. Mais nous avons signalé le })rocédé d'il, qui consiste à es(juisser un développement et, au lieu de l'épuiser, à l'abandonniM- pour le reprendre plus loin; c'est ce qu'il fait ici.

Il avait constaté au v. 25 sq. nos habitudes de malveillance : il les constate de nouveau, v. Sri-GO, pourtant avec une légère différence : au v. 25 sq. il signalait notre perspicacité à découvrir les défauts de nos amis ; au v. 55 sq. il se plaint que nous transformions les ([ualités elles-mêmes en défauts.

Après cette constatation nouvelle revient comme précédemment l'énumération des inconvénients de notre conduite et ces inconvénients sont analogues à ceux signalés plus haut ; les v.G<)-()7 :Ehou. Quam temere in nosmetlegem sancimus iniquam, sonl bien voisins des v. 27-28 : At tibi contra Euenit, inquirant uiliaut tua rursus et illi (avec une nuance légère : v. 27 sq. nous nous exposons ;i la ])areille, v. 06 sq. nous autorisons à ce qu'on nous rende la pareille ). Les v. 08-09 (nous naissons tous avec des défauts) contiennent ime idée très analogue à celle des v. 3i-37 (Deni(pie leipsum concute...) avec cette nuance qu'icila chose est tlite jdus énergi({uement et présentée comme plus certaine '.

Enfin, comme précédemment, le développement se termine \)av des conseils sur la conduite à tenir, v. 09 sq. : il faut compt'nser les défauts par les qualités, ce qui n'est pas très dilVérent de l'idée des v. 2!l-34 (avec une nuance; v. 20-3i à côté des défauts il y a des qualités; v. (59-75 compensons les défauts par les (jualilés, c'est là une loi équitable '-').

1. Cr. II. Diinlzci-, Kril. ii. Krhl , i'''' Tiu-il. p. II'.).

i. II. Miiliici', lU'ilriiije ziir Krilik iiiid znr ErhUiiunij (1er Ilorazischon S.i/iii' I. :{ ,l'i(i,r. (lo (lohurg, 1871), p. I st|., essaie de doinontrer(|ue, dans celte pieiHière paiiie (le la S., les idées no se suivent pas et CDuuue, d'après lui, on \w samail imputer ce défaut an iH)ète, il y romé(lie, p. 13, en phi(.-ant li's \ . 2'.i-;n enlie 72 et IW. Il \w nie semble pas s"èli-o rendu compte <ies pioeétlés de composition dll. ; en vonlanl élal)iir un ordre strictement Io;;(pn>, c'est II. lui-mèmo cju'on corrige.

Au V. 76 sq. H. entame un nouvel ariJi^unient : puisque les défauts chez l'homnie sont un mal irrémédiable, il faut proportionner le châtiment à la gravité. Puis, de nouveau, il constate notre conduite, v. 80-89, et il montre qu'elle est fâcheuse, v. 90- 95. C'est la marche qu'il a suivie deux fois précédemment.

11 est bien certain que, s'il avait voulu construire log-iqaement sa pièce, il aurait, d'un seul coup et avec toute V ampleur voulue, caractérisé notre conduite avec nos amis, puis il en aurait montré d'ensemble les inconvénients, enfin il aurait fait comme un faisceau des conseils qu'il nous donne ; au lieu de cela, il a préféré l'ordre dispersé.

Toute la première partie de la pièce, v. 1-9.J. est familière de ton ; à partir du v. 9o, la S. prend une couleur philosophique. La démonstration, que toutes les fautes ne sont pas égales et que les Stoïciens ont tort de le prétendre, ne s'imposait pas comme une nécessité logique. H. l'a faite parce qu'il l'a voulu, parce qu'il avait conçu le 'sujet ainsi; c'est en cela que consiste l'originalité de son œuA^re ; il lui a semblé bon de défendre son dernier conseil sur la proportionnalité du châtiment contre l'ob-ection stoïcienne possible de l'égalité des fautes.

Une fois engagé dans la polémique contre les Stoïciens, il profite d'une expression accidentelle en apparence, v. 123. pour combattre un autre de leurs paradoxes.

Que, malgré ces digressions, il y ait bien dans la S. 1, 3 une idée fondamentale, c'est ce qui résulte de la conclusion, v. 137- 142. Cette conclusion H. la donne sous la forme adoptée dans la S. l, 2, c'est-à-dire qu'il se met en scène et qu'il énonce la règle de conduite qu'il est décidé à suivre, règ-le de conduite conforme à sa théorie.

Pas plus dans cette S. que dans la précédente la composition n'épouse les formes d'un schéma logique. Les principales particularités sont les suivantes : le préambule est fait pour dérouter le lecteur et aboutit à une surprise. L'annonce du sujet qui suit n'est pas complète. Dans toute'la première partie de la pièce nous trouvons une série de développements ébauchés, puis repris avec quelques variantes. La polémique contre le premier paradoxe stoïcien s'explique par une disposition d'esprit particulière à H., non par une nécessité logique; celle conti'e le second est une digression arbitraire.

S. I, 4. Comme les S. 1, 2 et 3, la S. I, 4 débute par uu'préambule qui déroute la curiosité du lecteur; mais il y a quelques diiférences. Dans la S. 1, 3 c'est la forme du préambule qui est

70 ÉTUDR SCII LES SATIHES d'mORACE

(li''c<)iK't'r(;inte : nu fond, le sujel est abordé, mais sans que nous puissions le prévoir. Dans la S. I, 2 il y a, au début^ une première idée netlement distincte de la principale. Ici nous passons par c|uol([uos idées sans lien nécessaire avec la principale, mais qui pourtant nous y amènent. C'est un moyen familier à H. pour enrichir .sa S. (jue d'eflleurer quelques sujets voisins du véritable et qui ont par eux-mêmes un intérêt. Il commence par noter, v. I sq., (jue la (>)médie ancienne attaque franchement les persoiuies et ([ue Lucilius fait de même. Ce lui serait une occasion d'entrer immédiatement dans son sujet s'il le voulait; il s'abriterait derrière Lucilius. Or l'argument, si facile à déduire, il ne l'a tii'é ([ue dans la S. II. 1 ; ici il ne paraît point rapercevoir, sauf pourtant (pie le v. 103 s([. : Liherius si Dixero quid... (cf. v. !l!) li /)(■/•>/ lie „ rappelle le v. l) : multa cum lihertate notabant. l^xenqile remar(piable du procédé qui consiste à formuler une idée sans en pi-esser immédiatement la conséquence.

11 j)()uisuit, v. 7 s(j., la caractéristique de Lucilius, dont la versilicatiou est rugueuse et le style lâche, parce qu'il écrit trop vite, comme (^rispinus, v. 13 sq. A ce système d improvisation à bride abattue, il oppose le sien, qui n'e.st pas d'écrire beaucoup, mais d'écrire bien. Ce serait là, si H. le voulait, un sujet intéressant de S. littéraire et nous pouvons penser que c'est celui qu'il va traiter : les improvisateurs féconds, chaleureux, mais nég;li«çés dans le détail, et les auteurs châtiés, corrects, produisant peu forment deux clans irréconciliables ayant chacun ses qualités et ses défauts; la suj)ériorité des uns ou des autres est une question toujours pendante, mais qu'on peut toujours renouveler.

Ce n'est point l;i ce que se propose IL Après s'être distingué des improvisateurs, il s'oppose à l'écrivain populaire, v. 21 sq. Les (U'ux choses .sont voisines, quoique dillerentes ; en g'énéral 1 écrivain châtié est un délicat, (pii ne songe pas à charmer le vidgaire. IL passe donc de lune à l'autre non par une suite logicpie, mais par une as.sociation d'idées naturelle. Ici encore s'oHVe un sujet (|u'll. aurait |)u traiter : le contraste entre l'écrivain des fouies, (pii a hi faveur du public, l'argent, la notoriété, mais (pii est un véi'itable industriel, et l'artiste sincère, (pii n'a (pie la satisfaction intiini' de ])iea faire, mais cpii peut-être plus tard plaira à la |)ostérité.

Au lieu de ei'hi. 11. e\pli(pie pour(|uoi il est iui[)opulaire. v. 2.5 s(|. : il ne saurait plaire au graïul nombre, parce qu'il écrit contre les vicieux: or les vicieux sont lég'ion. 11 énumère les p^riefs (piOn a tDutie lui et il déelare (pi'il vay répondre, v. 38: Agedum,

pauca accipe contra. Nous arrivons donc à la seconde partie de la S. Elle se distingue de la première en ce qu'elle est une argumentation en règle; la première contenait des considérations qui ne prennent point la forme d'un raisonnement. Quant au fond, s'il n'est pas le même dans ces deux parties, il y a pourtant entres elles un lien latent; dans la seconde H. présente son apologie comme satirique ; or la première a également un caractère explicatif et apologétique : II. v montre ce qu'il est comme écrivain ; il fait connaître ses principes et ses intentions.

Le V. 38 annonce nettement l'argumentation apologétique; toutefois il faut remarquer que, par le x. 23 : uulgo recitare timentis, H. a déjà infirmé le reproche des v. 36 sq. : Et quodcumque semel cliartis inleuerit, omnes Gestiet a furno redeuntes scire lacuque. Il serait plus conforme à la logique de ne pas faire précéder le reproche d'une justification anticipée. D'autre part, le V. 23 : uulgo recitare timentis, est repris au v. 73 sq. : Xec recito cuiquam nisi amicis idque coactus, Non ubiuis coramue quihuslibet. En outre, les v. 2i sq. contiennent déjà une justification; si ce sont uniquement les coquins qu'H. attaque, la défense est facile. L'indication est, du reste, reprise dans l'argumentation proprement dite : Vt tu sis similis Caeli Birrique latronum, V. ()9, rappelle : utpote plures Culpari dignos, v. 2i sq.

Quoi qu'il en soit, après avoir annoncé, au v. 38, son plaidoyer, H. n'entre pas tout de suite dans le vif des choses. Il commence par une digression, v. 39 sq. Dans la S. I, 2, nous avons noté une digression introduite par un lien très lâche, v. 48 : Sallustius inquas^.. etc.; dans la S. I, 3, une digression amenée parle mot accidentels regnum », v. 123. Ici la digression paraît occasionnée parle v. 33 : odere poetas^. H. se défend d'être un poète. Une idée en amenant une autre, il se demande si la comédie est un genre poétique, v. io sq., et il revient à lui-même et à Lucilius. Il reconnaît, du reste, qu'il ne fait qu'eflleurer la question et qu'il s'est livré à une véritalîle digression, v. 63 : Hactenus haec... S'ill'a commise, ce n'est pas pour l'importance de la chose (il était, sans doute, assez indifférent à ses victimes d'être injuriées en vers ou dans un genre voisin de la prose), c'est que, lorsqu'il lui vient à l'esprit une idée intéressante, il s'y arrête un instant; il domine son sujet et ne se plie pas servilement à ses exigences. En outre,

1. La correction do \. Ilcinsius //; qiiis est trcs sécliiisaiilo.

2. Poclnm est une correctioii de Ik-nticv; la tradition nianusciito chI poelan.

72 ÉTUDE Si:i! LES SATIRES d'hORACE

dans cetlo j)i('ce, il veut s'expliquer sur tout ce qui le concerne, et il y avait là un point qu'il saisit l'occasion d'éclaircir.

Au V. ()i s(|. il résume la question déjà posée largement aux V. 24-38 et à laquelle il va maintenant répondre : Nunc illud tantum quaeram, meritone tibi sit Suspectum genus hoc scribendi. et il entre dans l'argumentation. Son premier argument, V. GîJ-78, répond au second i-eproche qui lui a été fait par ses adversaires, v. 36-38. On avait prétendu qu'il recherchait le scandale ; il réjdicjue qu'au lieu de faire comme les délateurs, toujours publiquement à la recherche de leur gibier, il n'opère que dans le particulier et jiour le plaisir de quelques amis. En répondant d'abord au reproche formulé en second lieu, il témoigne de cetle liberté d'allures, dont le lecteur doit être prévenu, sous peine de perdre le 111. En outre : cur metuas me?, v. 70, rappelle : Omnes hi metuunt uersus, v. 33 ; comme je l'ai déjà remarqué, les V. 73-7'j- rappellent le v. 23; au \. 74 sq., les lecteurs infatigables, qui se produisent partout, sont de la famille de Fannius, V. 21 sq. H. revient donc sur une idée esquissée, mais sans répétition directe et avec une autre forme.

Avant de répondre au premier reproche, il le formule de nouveau; le V. 78 sq. : laedere gaudes, Inquit, et hoc studio prauus facis, no fait ({ue répéter le v. 34 sq. : dummodo risum Excutiat sibi, non hic cuiquam parcet amico, mais en aggravant la chose; et ceci est caractéristique, qu'ayant à établir le grief de ses adver.saires H. s'y reprend à deux fois et sans lui donner d'abord sa fornu^ définitive. (On lui reprochait tout à l'heure, v. 3i sq.. de ne songer qu'à s'amuser sans avoir égard à rien, par légèreté. Ici, v. 78 sq., il s'agit de méchanceté, de malveillance réfléchie. L accusation se transforme chemin faisant).

II. se disculpe par les v. 7'J-lOo. Le plaidoyer est achevé. Nous arrivons à la troisième partie de la pièce. Elle diffère de la précédente on ce qu'elle consiste en confidences personnelles. Déjà, dans les S. I, 2 et 3, nous avons vu que c'est un procédé (|u'II. all'ootionno ; une fois la discussion terminée, il aime à faire une profession de foi, à exposer avec ingénuité ses l)ropros soiitimouts. Ici les confidences prennent une ampleur et une étendue (prcUos n'avaient pas précédemment. II. raconte ([uelle éducation morale son père lui a donnée personnifiant les vices par dos exemples concrets pour l'en détourner, comment il a oonsorvé cette habitude, qui est devenue pour lui un moyen do perfectionnement moral; l'esprit satirique est donc un de ces défauts légers, inhérents à sa nature et qu'il faut lui

pardonner, v. 105-143. Ces confidences, H. s'y étend avec une complaisance qui nous montre qu'il traite le sujet pour lui-même et parce qu'il le trouve intéressant; il laisse le ton de l'argumentation pour celui du récit; mais, en fait, c'est une autre manière de s'expliquer et de se justifier ; il y a là-dessous une arg-umentation latente, qui fait suite ù l'argumentation formelle (il tient de son père ses habitudes satiriques; elles ne sont donc pas l'expression d'un mauvais naturel ; elles lui servent à se perfectionner ; c'est là ce qu'il cherche et non le scandale).

En résumé, cette satire est complexe : autour dune idée dominante d'autres se groupent librement, sans qu'H. cherche à constituer un schéma logique. Les traits caractéristiques de la composition sont les suivants : préambule arbitraire, qui n'achemine le lecteur au sujet principal que par des détours pittoresques; idées ébauchées, dont H. ne tire rien pour le moment; développements esquissés, puis repris ensuite ; digression volontairement introduite; mélange dans la même pièce de parties d'observation, de discussion, de confidences personnelles.

S. I, 6. Au contraire des S. à préambule tiré de loin (1,2, 3 et 4), celle-ci débute franchement par l'exposé d'une opinion de Mécène qu'H. va discuter. Bien que d'une noblesse incontestable. Mécène ne se moque pas des gens obscurs comme H., fils d'affranchi, que tout le monde dénigre ; il professe que de tout temps des gens de mérite, fils de leurs œuvres, ont rempli très honorablement les fonctions publiques, tandis que certains nobles sont des gens sans valeur. Mais ce n'est point là l'avis du peuple, cpii souvent porte ses votes sur des fils de famille indignes et tarés.

Cette discussion du préjugé du peuple et du libre jugement de Mécène pourrait fournir une S. intéressante : montrer par quelle défiance de soi-même, par quelle jalousie pour ses égaux, peutêtre par un sentiment vague que les fils de famille sont mieux préparés parleurs antécédents aux grandes affaires, le peuple, si avide qu il soit de liberté et si soucieux de faire valoir ses droits, témoigne encore, longtemps après ([u'il a dépouillé l'aristocratie de ses privilèges, d'un respect superstitieux pour elle, tandis que le vrai noble estime parfois le préjugé nobiliaire à sa juste valeur; ou bien, adoptant l'idée démocratique de Mécène, flétrir la noblesse indigne et dégénérée, exalter le mérite personnel contre les titres héréditaires et faire, jusqu'à un certain point, d'avance la S. de Juvénal contre la noblesse.

Tout autres sont les intentions d'H. Il ramène le problème à sa propre personne, v. 17 sq. ; Quid oportet Nos facere a uolgo longe

7'( KTLDH SLIi LKS SATIIîKS I) IIOI'.ACI-:

l()i)^o(|ue reinolos? Ces derniers mots — sui- lesquels on a beaucoup discuLé — doivent être pris dans leur sens le plus naturel : quelle conduite devons-nous tenir, nioi et mes pareils, qui n'avons rien de commun avec le vulf^'-aire? Outre qu'il, a souvent protesté que, bien que de basse naissance, il avait horreur du vulgaire, au-dessus (kujuel l'élevait la distinction de son esprit, la preuve de la justesse de cette interprétation se trouve dans la discussion suivante : le peuple ne se contente pas de préférer le fils de famille à Thommi^ nouveau; lorsqu'il choisit dans ses propres ranj^s, il favorise les gens les plus communs, v. 42 sq. ; d'où probabilité d'échec pour H.

Quoi (ju'il en soit, Topinion de Mécène était double : il n'admettait pas qu'on méprisât IL, uniquement parce qu'il était iils d'alfranchi ; il considérait les gens obscurs mais capables comme tout à fait aptes aux honneurs. C'est le second point qu'H. examine le premier — usant ainsi d'une liberté déjà signalée — et il pose nettement la question, v. 17 sq. Il la résout tout de suite en donnant raison au peuple, v. 22 : Vel merito, quoniam in propria non pelle quiessem, et il entame la discussion avec les vaniteux qui, malgré tout, se présentent aux élections : les petites gens en pareil cas s'exposent à une enquête fort désagréable sur leurs tenants et leurs aboutissants ; non seulement ils sont sacridés aux nobles, mais encore à ceux de leur condition qui ont sur eux l'avantage d'être de grands braillards.

La (juestion est donc vidée par H. de la façon la plus nette et la plus claire; mais il y avait deux points dans le jugement de Mécène ; si H. n'est pas d'accord avec lui sur le second, il n'en est pas de même du premier et c'est à cela qu'il revient maintenant. Les termes dont il se sert, v. 4o : Nunc ad me redeo libertine pâtre natum, montrent que, s'il a interverti l'ordre dans sa réponse, ce n'est point par hasard, mais bien de propos délibéré. Il a voulu se débarrasser tout de suite de la partie de la question où la force du préjugé populaire ne lui permettait pas d'accepter les avances de Mécène ; il est à son aise maintenant pour lui donner raison sur la chose qui l'intéresse directement, à savoir qu'il n'a pas réussi auprès de Mécène par l'intrigue, comme le prétendent ses envieux, mais par son mérite et par sa valeur morale.

A partir du v. ia, les confidences personnelles succèdent à la discussion et, comme dans la S. I, 4, ces confidences ont un caractère prononcé d'apologie. Elles sont tellement développées, qu'il est bien certain qu'il, y insiste pour elles-mêmes et pour le charme qu'elles présentent; elles contiennent pourtant une argum(M\lali(Mi latente qu'il ne faut pas négliger.

Passant condamnation sur sa nomination au grade de tribun légionnaire — peut-être parce qu'il se trouvait alors dans le cas blâmé plus haut, v. 22 : quoniam in propria non pelle quiessem — il en disting-ue sa réception parmi les amis de Mécène. Il rappelle les bons offices de Virgile et de Varius, son attitude dans la première entrevue, les motifs qui Font fait agréer, v. 64 : Non pâtre praeclaro, sed idta et pectore puro. Il semble ici qu'il va faire son élog-e; mais le sujet serait délicat; en outre, ce que ses envieux lui reprochaient, c'était surtout son père et ce n'est pas en vain que nous lisons, v. 6, 4a, 46, libertino pâtre natum, v. 64, Non pâtre praeclaro. Ce sont là autant d'annonces, qui nous avertissent que le sujet qui tient au cœurd'H., celui vers lequel il s achemine par des voies détournées, c'est l'éloge de son père; il le glorifie donc à partir du v. 6o et il trouve à cela double avantage : se montrer reconnaissant, ce qui est donner de soi indirectement une idée favorable, et répondre à ses envieux sur le terrain même qu'ils avaient choisi. En passant, H. aborde la question accessoire de savoir s'il convient de procurer aux enfants une éducation supérieure à leur condilion et termine en déclarant que, si on lui proposait de choisir des parents ayant exercé des charares curules, il refuserait et se contenterait des siens.

C'est là une occasion de revenir à la question qu'il a traitée précédemment, à savoir s'il doit briguer les honneurs. Il reprend donc — et c'est chez lui une habitude — un sujet traité partiellement auparavant en se plaçant à un point de vue un peu différent, V. 27 sq., il avait énuméré les avanies auxquelles s'expose l'homme nouveau candidat; v. 100 sq., il montre maintenant qu'il lui faudrait sacrifier toutes les commodités de son existence ; V. 24, il avait attaqué Tillius; v. 107, il cite de nouveau son nom, comme pour souligner la reprise de l'argumentation.

Ainsi à la discussion il avait fait succéder des confidences personnelles ; puis il rentre dans la discussion; enfin, à partir du V. 111, il retourne aux confidences personnelles — c'est un genre de conclusion qu'il aime — ; il décrit une de ses journées, pour prouver que son existence est parfaitement heureuse, et termine par une allusion qui met cette dernière partie de la pièce en corrélation avec la première, v. 128 sq. : Haec est Mta solutorum misera ambitione (jrauique...\ misera parait rappeler les V. 24-44, ffraui les v. 99-104.

La composition est très éloignée du schéma logique, mais elle est très industrieuse. On y retrouve des traits déjà signalés comme caractéristiques d'H. : discussion des points de la ques-

71) KTCDE SUH Li:s SATIKRS d'iIORACE

lion dans Tordre contraire à celui dans lequel ils avaient été présentés d'abord; retour à une argumentation qui paraissait terminée ; mélange de parties de raisonnement et de parties de confidences ])ersonnelles.

S. I, 10. Elle débute avec une vivacité, une brusquerie auxquelles II. ne nous a pas habitués : Nempe incomposito dixi pede... etc., et Ton pourrait conclure de cette entrée en matière qu'il, se propose uniquement de justifier le jugement qu'il a porté sur Lucilius, S. l, 4, 1 sq. L'annonce est exacte, mais elle est incomplète. Dans la S. I, 4, à côté de l'appréciation de Lucilius, il y avait des théories sur l'art d'écrire et une apologie personnelle, dans laquelle 11. explicjuait pourquoi il pratiquait la S. et comment il l'entendait; nous retrouvons ici des théories sur le style et des explications personnelles, avec certaines reprises de la S. I, 4 et des choses nouvelles; il en résulte que le début ne fait prévoir qu'une partie de la S. et non tout ce qui y est contenu en réalité.

Après avoir reproduit une partie de son appréciation sur Lucilius (Nempe incomposito v. 1 ^= durus conponere uersus, S. I,

4, 8), H., sans admettre là-dessus la discussion, afTirme que c'est une chose évidente et rappelle qu'il a assaisonné la critique d'éloges (quod sale multo Vrbem defricuit, v. 3 sq. = facetus, Emunctae naris, S. l, i, 7 sq.). Il prend de là occasion pour définir le style de la S. qui doit être bref et varié, plus souvent plaisant qu'énergique.

Il revient alors (v. 20 sq.) à Tappréôiation de Lucilius: s'il voulait procéder logiquement, il devrait continuer l'examen des termes dont il s'est servi dans la S. I, 4 ; mais ce n'est pas sa manière. Il suppose qu'on lui objecte comme un mérite une particularité du style do Lucilius dont il n'a encore rien dit : le mélange des mots grecs et des mots romains. 11 réfute l'objection, V. 21 s(|., et, comme précédemment, il passe à des considérations générales. Il montre par son exenq^le, v. 31 sq., qu'il ne faut jamais éciire ([ue dans sa langue maternelle et il expose, v. 3f") sq., les raisons cpii l'ont décidé à écrire des S. (c'était le seul genre vacant). Il termine en protestant de son respect pour Lucilius, ce qui le ramène à la suite de son appréciation dans la S. 1, i.

V. oO .sq., il renouvelle en l'aggravant son principal reproche (At dixi fluere hune lululenlum saepe ferenten\ Plura quidem tollcnda relinquendis = S. I, i-, v. M) et ne le discute pas; il se borne à se retrancher derrière les droits de la crititjue, à constater la déplorable rapidité avec laquelle Lucilius écrivait (v. 61 s<i., comparaison avec Cassius l'élruscpie très analogue à Grispi-

nus de la S. I, 4, 13 sq.) et à mettre ses défauts sur le compte de son temps. Puis, comme à la suite des deux développements précédents, il passe à des considérations plus générales; il reprend, sur l'art d'écrire, la théorie du style châtié (v. 72 sq.), qui est celle de la S. I, 4, 1 3, et, se mettant en scène, comme il le fait généralement à la fin de ses S. (cf. 1, 2, 3, 4, 6), il énumère les critiques, grands seigneurs ou hommes de lettres, quelquesuns les deux k la fois, auxquels il veut plaire et envoie promener les sots dont il ne se soucie point.

Si H. avait voulu construire un schéma logique, cela lui eût été facile. Il aurait d'abord présenté d ensemble une justification de son jugement sur Lucilius (sans l'interrompre par des objections nouvelles), puis il aurait exposé ses doctrines sur le style ; enfin il aurait fait ses confidences sur les raisons littéraires qui l'ont conduit k la S. et sur le public auquel il s'adresse. Au lieu de traiter ces trois idées séparément, il a préféré les entremêler, A ce trait caractéristique de sa composition, il faut ajouter la coexistence même de parties de discussion, de théories, de confidences, et l'annonce incomplète du sujet dans les premiers vers.

S. I, 1 "'. La pièce commence d'une façon très nette par une question, v. 1 sq. : Comment se fait-il que personne ne soit content de son sort et que tout le monde envie le sort du voisin? Toutefois ce serait une erreur de croire que cette question annonce et résume tout le sujet de la pièce. La S. I, 1 comprend en effet deux idées distinctes et la question du début ne vise que la première. En outre, 1 interrogation est une simple formule de rhétorique, pour obtenir plus de vivacité : qui fît ut...? équivaut k : nescio quo modo fiât ut... En effet, les v. 4 sq. ne donnent pas la réponse k la question, le pourquoi ; ils servent simplement k montrer qu'H. a eu raison de poser le problème; ils mettent en scène im certain nombre de mécontents, dont les réclamations justifient l'observation préliminaire. Enfin les premiers vers pourraient nous faire croire qu'H. veut se borner k constater le mécontentement universel; il n'en est rien ; k cette remarque première il en ajoute une autre, que le début ne fait point prévoir, v. 1 i- sq. : Ne te morer, audi, Quo rem deducam. Non seulement les hommes sont mécontents de leur sort et jalousent celui du voisin, mais ils ne voudraient pas faire l'échange, si on le leur proposait.

1. Cf. A. Gercke, Die Knmpnsilion <Irr crslrn Satire des Jlornz, Rheiii. Mus. f. Philol., t. 48, 1893, p. 41-52.

78 ÉTUDE SLR LES SATIHKS D IlOKACi:

Il y a là un sujet de S. ; le fait constaté, on pourrait en rechercher les causes : on envie le sort du voisin, parce qu'on en aper- (;oit les avantaj,^es, non les inconvénients; pour le sien, c'est tout le contraire; on aime le nouveau; on voit en beau ce qu'on ne connaît pas; pourtant on refuse réchan^e,''par crainte du saut dans l'inconnu ; on a ses habitudes ; on sent qu'on serait impropre à une situation pour Uupielle on n'est p(jint préparé. Cette contradiction est en somme une manifestation des deux instincts qui se disputenl Tàme humaine : amour du chang-ement, amour de la conservation.

C'est une chose caractéristique qu'H. pose le sujet et quil ne le traite pas : souvent il ellleure ainsi, il n'approfondit point. Il préfère passer à un autre ordre d'idées, v. 2li : praeterea. Cette conjonction introduit un tout autre développement — sur l'avidité des hommes, qui les porte à amasser plus qu'il n'est nécessaire ; sur l'avarice, qui les empêche de toucher au trésor accumulé, si bien cpi'iis ne jouissent jamais — . H. note que cette seconde partie est diilerentf de la première pour le ton, v. 27 : Sed tamen amoto quaeramus séria ludo. Elle Test à d'autres points de vue ; elle est beaucoup plus développée, ce cpii peut faire croire qu'elle contient le sujet principal et elle le contient en ell'et, mais parce qu'il., comme il lindicpie v. iU8, s'est laissé entraîner par l'intérêt de la chose et a perdu de vue son premier sujet; en outre, dans la première partie, 11. se bornait à constater un phénomène psychologique ; dans la seconde, il ne s'en tient pas à la constatation : il recherche pom"([uoi les hommes oublient de jouir et il trouve les causes du fait dans l'avidité et l'avarice; il essaie de dissiper l'illusion et fonnule une rèj^le de conduite.

La grosse dilliculté de la pièce c'est la conclusion. La formule : Illuc unde abii redeo... (v. 108), est celle dont 11. se sert, lorsqu'à près avoir lon<j^uement développé une idée, ou après une véritable digression, il revient à ce qui précède (cf. S. I, 7, 1) : Ad llej^em redeo; S. I, 6, 45 : Nunc ad me redeo...). Nul doutedonc que, par-dessus la seconde partie de la pièce, il ne revienne ii l'observation du début : de là une raison d'adopter la le^on du Bland. vetustiss. iquinemo..., qui rappelle : qui fit... v. 1. Mais que veut dire au juste II ? Dans le texte traditionnel, il ne se contente pas de rappeler l'observation du début : il ajoute^une explication, et cette explication est la suivante : si les hommes sont déj^oùlés de leur condition et jalousent celle du voisin, c'est parce (pi'ils le croii-nl i)lus riche ({u'eux-mèmes et qu'ils veulent réparer celle inégalité. Or cette explication n'est donnée dans la

pièce que comme lune des raisons qui font comprendre lavidité et l'avarice, v. 40 : dum ne sit te ditior alter. Encore, dans la suite, H. nous montre-t-illesg-ens avides et avares préoccupés d'amasser plutôt parce qu'ils se croient plus à l'abri du besoin en possédant un g-ros trésor que parce qu'ils se comparent avec le voisin. En tout cas la raison ne vaut point pour les mécontents des V. 3 sq. ; si le soldat envie le laboureur, c'est qu'il regarde sa carrière comme plus pénible (et non comme moins productive) et ainsi de suite; entin elle ne justitie pas le refus de l'échange; si on envie son voisin comme plus riche que soi, on ne refusera point l'olVre de sa fortune. Le passag'e est donc très ol^scur, et cela va plus loin que les libertés que prend H. dans sa composition; sans doute, il ne s'astreint pas aux formes log'iques ; il les néglig'e même de parti pris; mais ce ne sont que des formes; en réalité il y a toujours chez lui une logique secrète. Dans ces conditions on peut admettre que le texte est altéré; il y aurait une lacune après le v. 109. Des vers perdus on ne saurait rétablir les termes, mais le sens g-énéral était le suivant : H. introduisait une idée nouvelle : ce dég'oût universel de sa condition provient de ce qu'on trouve le voisin jalus riche que soi et de ce qu'on ne veut pas supporter cette supériorité, et cela est vrai non seulement pour les g-ens avides, comme il est indiqué v. 40, mais pour les simples mécontents qui ne se rendent pas compte des motifs de leur mécontentement.

Si l'on admet la lacune, ut auarus, au v. 108, ne sig'nitîe point qu'on est mécontent de son sort par suite de l'avidité (ut est simplement comparatif) : c'est une allusion au v. 06 sq. où nous trouvons un avare qui est, lui, parfaitement satisfait : populus me sibilat, at mihi plaudo Ipscdomi, et H. veut dire : Je reviens à mon point de départ, à savoir que personne n'est content de son sort — comme l'avare, dont j'ai parlé plus haut — ; puis l'explication contenue dans les vers qui ont disparu. Si l'on n'admet point la lacune, il faut entendre : Je reviens à mon point de départ, à savoir — et c'est là un fait d'avidité (ut est causai) — que personne n'est content de son sort... etc.. Dans tous les cas II. donnerait d'une façon assez imprévue, du phénomène psychologique signalé aux v. 1-22, un motif en somme peu acceptable L't emprunté, sans qu'il le dise, à l'arg-umentation des v. 23 sq., oà il ne joue même qu'un rôle assez eiracé^. Aucun résultat n'étant complètement satisfaisant, il faut conclure que le pas-

1. Cf. N. Wc'cklcin, Die Kuiiipositiuitstveitie des lloraz.... p. 'MO sq.

SO étldl; slu les satires d noitACi-:

sage est irrémédiablement altéré et que nous ne pouvons pas rétablir le texte original.

S. II, 2. La lietion poétique adoptée par II. dans cette pièce a été très discutée par les commentateurs et souvent mal comprise. Elle est pourtant très claire. II. se propose de faire une Icc^'on en règle sur la frugalité ; mais les théories qu'il expose ne sont pas de lui; elles sont d'Ofellus, un paysan, autrefois son voisin de campagne. Les idées appartiennent donc à Ofellus. mais c'est IL qui porte la parole '. En réalité, il témoigne dans toute la première partie de la pièce d'une connaissance des raffinements culinaires, qui révèle l'expérience d'un citadin et ne convient nullement à un paysan; c'est dire que la personne d'il, transparaît derrière celle de son maître ; le maître a fourni la doctrine, II, l'assaisonne des observations qu'il a faites dans le monde des irourmets. La fiction n'est donc pas observée dans toute sa rigueur, mais elle subsiste: II. i)arle avec les souvenirs des conversations d'Ofellus'-. Puis, à partir du v. lUi, après une courte introduction narrative, IL passe la parole à Ofellus pour ])lus de vivacité. Ainsi le sujet se trouve traité comme à deux reprises, une première fois par IL, représentant d'Ofellus, une seconde par Ofellus lui-même ; mais, ])ien que ce soit un procédé qui ne répugne pas à H. que de reprendre avec un changement de forme un sujet déjà traité (cf. S. II, 6), en réalité Ofellus n'ajoute ({u'une démonstration fragmentaire, faite pour appuyer un des derniers arguments donnés par IL

1. OcstcrU'ii, 7i. II. //.,t »''•'' IK>ri, 188"), p. 61 sq.,moiilroqiu'cela csU-frlain, surloul <i woj^en dos j^anzen Tons clorHi'dc, der vicl mohr auf don mit alleiu Hairinoinonl uiul allon Poisonon dos sladiisohon Lobons vorlrauton Salirendiolilor liinvvoisL als auf don oinlachon, biodoron Landniann. Da, \vo dieser oniscliiodon als rcdond ein^ofulirl wird, von v. IIC) an, wie <^am andois ist da dio Spracho! » C^f. Oolschliiyor, Beilriige zur Erhh'irun;/ (1er Salirrn des Ilornz (Pro},M'. do Sclnvoinlurt , 1800), p. 14 scj.

2. Au V. o.J (lisluhnl osl beaucouj) mioux autorisé que ilit^tnhil et doit ôlre consorvô. Kollor, l'^pilet/om., ad h. 1. : « Icli kann das moines Wissens nur voa Iloldor auri;on()nHuone Imporloolum nioht erklaren und halte distahU fiir notliwondi^-, v^l. v. OU. » Iaic. MiiUor adopte égalomont disinbil, odit. de Vionno cl odil. sloroolypa maior-*, I8'.>7 (comme préoôdemmenl du reste). Mais, au v. .13, 11. se ri'porle au niomenl où il recevait les conlidences dOlollus : disl;tl);il O/'elln indice = Ofellus, en formulant son jui^ement, disait (|u'il y a une dilToronce entre. .., le juj^emont irOfollus ineltail (au moment où jo réooutuis) une dilloronco entre... 1^'impaifait est analoi^uo k l'imparfait épistolairo. Cf. N. NVecklein, Die Koinposilionsiceise des

Jinr.iz..., p. :\h:\.

LA COMI'OSITIO.N DKS SATIRKS 81

Le V. 1 sq. est une annonce très claire du sujet : Quae uirtus et quanta, boni, sit uiuere paruo... Discite. H. va développer e.r cathedra les avantages de la frugalité. Toutefois la démonstration ne commence pas immédiatement ; il faut, en effet, déblayer le terrain; v. 4 sq., il commence par récuser les juges prévenus, cest-à-dire ceux qui, alourdis par la bonne chère, sont incapables de porter sur le sujet un jugement sain et il établit que seuls les gens sobres, ayant gagné de l'appétit par l'exercice, sont en état d'apprécier les mets à leur juste valeur, v. 8-22. Abordant alors la critique de la gourmandise, il montre que la celle-ci est le produit dune série d'illusions qui ne résistent pas à l'examen, V. 23-52 '. Ainsi, il avait promis de nous faire apprécier la frugalité et, sans nous prévenir, il prend le sujet par un autre bout, la condamnation des excès de table ; nous nous attendions à une démonstration didactique ; elle est remplacée par une S. Au fond les choses reviennent au même : blâmer la gloutonnerie , c'est indirectement exalter la frugalité ; le procédé ne mérite pas moins d'être noté.

Au V. o2 la polémique contre le luxe de la table est terminée ; on s'attend à ce qu'il, entame l'exposition promise. Elle est encore retardée par une considération qui se jette à la traverse. On pourrait tirer de ce qui précède des conclusions erronées. Revenant k Ofellus, H. nous avertit que, sïl blâmait une cuisine trop raffinée, il n'approuvait cependant point les privations auxquelles s'astreint l avarice sordide et il détermine quel sera l'ordinaire du sage ; il restera à égale distance de l'un et de l'autre excès, v. 53-()9. C'est là la conclusion qui ressort de toute la pièce. Si H. avait voulu construire un schéma logique, il l'eût établi ainsi : inconvénients de la gourmandise , avantages de la frugalité, détermination de la mesure exacte à observer. En procédant autrement, il montre qu'il se soucie peu de l'ordre logique.

C est seulement à partir du v. 70 qu'il aborde la démonstration annoncée au début : Accipe nunc uictus tenuis quae quantaque secum Adferat. Nunc indique qu'il revient au sujet après une digression; il s'est donc bien rendu compte de ce qu'il faisait et la digression est volontaire. Elle a été assez longue pour cpi'll. se

1. A. Lowinski, Ziir Krilik drr llnrnzischon Salircn (Prop^i'. de Deulsch- Krone p. 1888-1889), p. 8 scj., considère comme inlerpoiés dans la S. II, 2 les V. ■) et 6 : Cum stupet... récusât, 12-14 : Molliter... inaiiis, 20 : Cariio... illa, 38 : loiuniis... temnit. En tout 8. Ces atliétèses proviennent cFune connaissance insulUsante des procédés de composition chez II.

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