IX. — Caiitaim. — Satires il'fforace. G
g2 ÉTUDE Sll! LES SAtlUER D IIORACË
croie obligé à formuler à nouveau son programme; le v. 70 sq. ne fait que répéter le v. 1. Cette fois H. entre de plain-pied dans sa démonstration. Après avoir énuméré les avantages de la vie frugale, il arrive à cette dernière considération que nous ne sommes pas assurés du lendemain, que nous pouvons perdre notre fortune et qu'alors on est heureux de s'être préparé d'avance à l'ordinaire modeste qu'impose l'adversité, v. 71-111.
C'est à ce propos qu'il fait intervenir Ofellus lui-même, une des victimes des distributions de terre aux vétérans, obligé de cultiver pour le compte d'un autre le domaine qui jadis lui appartenait (v. 112-145). Le petit discours qu'il lui prête a pour but de montrer que sa situation nouvelle n'a pas été pour lui une déchéance trop amère. lla])itué à se contenter de peu au temps de sa prospérité, Ofellus a conservé le nécessaire, et le changement, désastreux pour' un autre, ne l'a pas été pour lui (v. 116-13G). Le discours d'Ofellus tend au même but que celui d'il., mais il ne le répète pas. Il est destiné à prouver par un exemple concret, par une déclaration sortant de la bouche même de l'intéressé, combien étaient justes les dernières réflexions d'il., (ju'en s'accoutumant à la sobriété on se prémunit contre les ettets les plus douloureux des revers de fortune.
S. II, 3. Le porte-parole dans cette pièce n'est pas H., mais Damasippe, qui représente l'enseignement de Stertinius. Le point intéressant est de voir si la discussion de Damasippe est conduite comme celles qu'il, soutient en son propre nom. Il est certain qu'il, a voulu imiter les procédés de la prédication morale stoïcienne. Je ne crois pas qu'il les ait reproduits dans toute leur rigueur. Il y a certains traits qui ne se retrouvent pas, lorsqu'il parle en son propre nom ; ici il est le peintre fidèle d'habitudes ([ui lui sont étrangères. Mais il n'a pas dépouillé complètement sa personnalité. Quelques-uns des procédés qui le caractérisent réapparaissent, et il persiste jusqu'à un certain pomt dans sa propre manière^.
1. F. Toichmullor, Sicriinius. Versuch einer Sichlung von Ilnraz'Snl. II, :i. AV/)S/ Cnrullnrium. (Pm^r,-. du Gymn. deWitlslock, Berlin, 1872), a ivduil le l.'xl.- Iriulilioiinol il(> 32() v. (texte I) à un texte de 120 v. (texte II), par (le nombreuses suppressions. Sa crilicfue est souvent int^éuieuse et perspieaee el si{,Miale des difficultés (jui n'arrêtent pas ordinairement les eommenlaleurs. Mais jo crois (pi'il se fait de la manière d'il, une idée inexacte cl (|uil transforme Sterliuius eu un loji:icien trop rigoureux. Comparant le lc\lc II au lc\lc 1, il dil. p. V.) st|. : » Der Vortrafï unseres Stertinius hait sicli iii l'incui -Icicliiuiissi^iou Tone. Ks ist (lies der Ton kiihler oi)jecliv-
Après rintroduction dialoguée, nous arrivons au thème même que va traiter Damasippe, v. 32 : insanis et tu stultique prope ^ omnes, Siquid Stertinius ueri crepat. C'est une annonce très catégorique, comme nous en avons déjà trouvé chez II. Elle n"a donc rien de particulier, quoiqu'en général les annonces d'H. soient incomplètes et insuffisamment compréhensives. Mais il v a là deux points distincts, d'abord : et tu, ensuite : stultique prope omnes. Or c'est le second qui est traité le premier et Damasippe paraît avoir si bien oublié ce premier point qu'il faut qu'H. le lui rappelle, v. 301 sq. : qua me stultitia... Insanire putas? et lui demande un supplément de démonstration. C'est l'usage d'H. d'intervertir ainsi l'argumentation ; c'est donc à lui que Damasippe le doit; il est du reste certain que la démonstration générale vient naturellement ici avant la démonstration particulière qu'elle rend plus aisée.
Damasippe commence par rapporter le discours que lui a tenu Stertinius après 1 avoir empêché de se noyer dans le Tibre et en le ramenant du pont Fabricius. Ce discours commence d'une façon spéciale (v. 41 sq.). Stertinius déclare qu'il va d'abord donner une définition de la folie et il la donne en efl'et. Or H. ne procède pas ainsi. Donc, sur ce point spécial il reproduit les règles de raisonnement de l'école stoïcienne, qui ne sont pas les siennes. D'autre part, le discours de Stertinius à Damasippe a pour but de prouver qu'il n'est pas plus fou que le reste de l'humanité et que ses semblables le sont autant que lui. L'exposition
ruhiger Ueberlegenheit... Ganz anders die Ueberlieferung', in welcher mit der Form ruhiger Ahhandlung oft genug dringliche Aiireden an die Tollen und -zornige Invectiven gegen sie abwechseln... Dass Text II sehr viel klarer istalsdie Ueberlieferung, ^Yird sich hoffentlich auch ohne dass diesem Vorzuge ein eigener Nachweis gewidmet wird ergeben... Was die Oeconomie der beiden Texte betrifTt, so weise ich darauf hin, dass in Text II der Umfang der Beweisstûcke zwischen 8 und 21 Versen (Perillius und Agamemnon), in der Ueberlieferung zwisclien 13 und 76 (Perillius und avari) liegt ». Il reconnaît que le texte traditionnel est plus varié et plus amusant; en somme, au véritable H. il substitue un H. plus pédant et plus compassé; ce n'est là qu'un jeu d'esprit.
1. Prope est une atténuation que n'admet pas la stricte doctrine stoïcienne. Damasippe n'est stoïcien que de fraîche date et il s'adresse à un étranger. De là une concession de forme, qui adoucit un peu la rigueur du paradoxe. De même, S. I, 3, 96, H. disait : quis paria esse fere placuit peccata. Le véritable stoïcien n'aurait pas enlevé ainsi au paradoxe son caractère absolu.
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qui commence au v. 77 prouve la même chose, sans qu'il soit (lésormais question de Damasipj)e. I.e sujet est donc en réalité traité deux fois, d'abord relativement à Damasippe, puis d'une favon f^énérale. Or j'ai fait remarquer que, dans la S. II, 2, H. procède d'une manière analogue : démonstration des avantages de la frugalité en général; démonstration de ces avantages sur un point particulier. 11 y a donc là un procédé qui n'est pas stoïcien, mais d'il. Enlin la S. II, 3 contient une troisième partie, où l'application de la théorie est faite à II. lui-même.
Lorsque Damasippe se décide à reproduire de mémoire une le^on de son maître', il débute par une annonce qui divise solennellement et très exactement le sujet, v. 77-81 : Audire ~ atque togam iubeo conponere, quiscpiis Ambitione mala aut argenti pallet amore, Quisquis luxuria tristiue superstitione Aut alio mentis morbo calet'^; hue propius me, Dum doceo insanire omnes, uos ordine adite. Nous avons déjà vu quelque chose de cette solennité professorale au v. 1 sq. de la S. II. 2; mais elle n'est pas dans les habitudes d'il. Donc, dans la S. II, 2, il imite l'école. Ici il est bien certain ([u'il pastiche le début de la leçon d'un stoïcien. Ce début est fait pour la commodité des auditeurs ; il lixe d'avance dans leur esprit les divers points ([ui vont être traités. H. n'agit point ainsi lorscju'il parle en son propre nom. La seule chose à remarquer, c'est qu'au v. 78 l'ambition vient avant l'avarice, tandis que, dans l'exécution du plan, c'est l'avarice qui précède l'ambition; mais l'interversion au v. 78 ne provient peut-être (|ue des nécessités de la versification.
Le plan indicjué est, du reste, rigoureusement suivi. A la fin du iléveloppement sur l'avarice se trouve un petit résumé par demandes et réponses, v. 158 sq. : <( Quisnam igitur sanus? » Qui non slullus. « Quid auarus ? )> Stultus et insanus... etc. Ces petits résumés sont caractéristiques de l'argumentation
1. N. WockU'iii, />('(' A'o7;i/)o,s'(7/V)«.s')r('/N''..., |). ;{8'i- : (1 Xacluloin Daniasippus cr/iihll liai, mil WL'lclien woisen Lehron Slerliiiius ihn aljj^ehallon hal)o sicli in dcn Tiiior /.ii sliirzcn, niminl er boi v. 77 soin Collogienheft horans nntt liest bis 'l'Mi (km Vorlrag des Slerlinius ab ».
2. Mal},nV' la siniililvKlo d'i-xpression avec le v..?7 ilo la S.I, '2, il no soniblo pas (ju'il Y ait lion di^ rapprocher les denx passai;os. S. 1, 2, II. imite Knnius. Ici il copie ronlive en nialière solonnello il'nn philosophe dans sa chaire.
'A. namasipit(>-Slerlinius examine à fond dans la suite les quatre grands vices (pii viiMHUMil (rèlre nommés; mais ce ne sont (]uo des exemples et la démonstration s'appliquerait à tous les autres; c'est ce (pi'indicjue : -\ut alio mentis morbo calot.
stoïcienne; on ne les trouve pas ailleurs chez H. Il se plie donc ici aux habitudes de l'école.
De même, à la tîn du développement sur l'ambition, apparaît une conclusion, formulée plus nettement que ne le fait, en (général, H., V. 220 sq. : Ergo ubi praua Stultitia, hic summast insania; qui sceleratus Et furiosus erit... Cette conclusion manque à la fin des développements sur la prodigalité, v. 280, et sur la superstition, v. 295. Ce sont des libertés qu'H. aime à prendre.
Le développement sur l'avarice est formellement annoncé V. 82 : Dandast ellebori multo pars maxima auaris; celui sur l'ambition l'est éaralement dans le courant d'une transition qui le rattache à la conclusion du précédent, v. lo9 sq. Cette transition contient une idée nouvelle, à savoir que, parce qu'on n'est pas atteint d'un vice, ce n'est pas une raison pour qu'on soit sain. On n'est ni avide ni avare, mais on peut être ambitieux : ambitiosus et audax, \. 163. Or c'est là ce que prouve la première partie du discours de Servius Oppidius, qui a deux fils en proie à deux maux opposés : l'avarice et la prodigalité. Donc les v. 168-178 sont destinés à montrer la justesse de l'assertion : quid enim dilTert barathrone Dones quicquid habes an numquam utare paratis?, v. 166 sq. Le développement sur l'ambition ne commence qu'au v. 179 : Praeterea ne nos titillet gloria... et la transition va du v. 139 au v. 178. Elle forme une véritable di^^ression.
Le troisième développement, sur la prodigalité, est annoncé : Nunc âge, luxuriam et Xomentanum arripemecum, v. 22i, mais sans transition ni lien avec ce qui précède. Le quatrième, sur la superstition, commence brusquement, v. 281, sans annonce ni transition. Ces inégalités, qui contrastent avec les prétentions logiques du début du discours et avec la raideur de l'argumentation stoïcienne, sont le résultat des libertés que se permet H. et de sa répulsion pour la symétrie '.
J'ai observé qu'H. aimait, dans le premier livre, à terminer ses S. de discussion par des confidences personnelles ; évidemment celles-ci sont exclues des S. dialoguées, dans lesquelles il ne tient pas le premier rôle. Mais elles sont remplacées par un autre procédé : H. feint de se donner en pâture à la malignité ; il tourne contre lui-même la pointe de sa S. et s'offre aux coups
1. Luc. Millier, éd. de Vienne, suppose (ju'avant le v. 281 plusieurs vers sont perdus. On voit que j'explique tout autrement l'absence d'annonce et de transition.
8l» KTUDK SI» LKS SATIRKS l) IKiUACE
d'un étrang'er^. Naturellement ce n'est (ju'un amusement; c'est au lecteur à ne pas prendre strictement à la lettre des reproches qui sont violents et exaj^érés. Notons seulement que ces attaques dirij,^éos contre H. remplacent dans le second livre les confidences familières du premier. C'est la même chose, avec l'ironie en plus et la satire substituée à l'apologie.
S. II, 4. Y a-t-il dans la partie dogmatique de la pièce, c'està-dire dans l'exposé de Catius, un ordre quelconque? La question est délicate et, avant de l'aborder, il faut se rendre compte de l'intention d'H. et de la valeur des préceptes culinaires de la S. Il est bien certain ({u'II. se moque de Catius ; l'enthousiasme qu'il témoigne ])our la science et pour la personne de son maître est ironique. Cela ne veut pas dire que Catius soit un pauvre hère débitant au hasard un fouillis de recettes ridicules et d'àneries culinaires. La plaisanterie serait sans portée. Comme dans la S. II, 2, mais par un autre moyen et d'une façon plus détournée, H. attaque ici le luxe exagéré de la table chez ses contemporains; il faut donc que la science de Catius ait quelque rapport avec celle dont s'enorgueillissaient les gastronomes les plus en renom. Mais ses préceptes ne peuvent pas être des préceptes courants, sans quoi l'admiration feinte d'H. ne s'expliquerait pas. Il est certain qu'il se distingue par quelque endroit et qu'il apporte du nouveau, comme il l'afRrme du reste. Or l'art du gourmet chez les Romains se composait en grande partie de bizarreries et d'excentricités; on visait à l'extraordinaire, quelquefois à l'extravagance dans le rafïinement. On se piquait d'inventer. Les préceptes de Catius doivent donc être considérés en partie comme inédits, en partie comme très recherchés; ils devaient pouvoir être pris au sérieux par les initiés, car ce sont justement leurs tentatives pour se singulariser ({u'H. se propose de persifler. Catius récite des fragnu'uts d'un livre de cuisine, qui avait la prétention d'être un nouveau code de l'élégance. Il n'est pas vraisemblable que ces fragments soient jetés pêle-mêle ; il ne l'est pas non plus qu'il, se soit astreint à un ordre rigoureux, qui n'était pas dans ses habitudes. Il faut observer que Catius ne peut nous donner qu'un court extrait d'un gros traité; que, par conséquent, ses préceptes ne sont (jue des têtes de chapitre et des indica-
1. Il y ;» (h'jii iiii. "1(1(10 clioso (ranaloo^uo itu tléixit do I;i S. I, 3, où II. se fail |)iviiilic (Ml lla^Tant (l('lit(U> iiu'disanco, v. 10 <.^. Cola uo l'iMiipèche pas, :t(i V. 1(1. (le faire piol', ss, Ml (rindul-^iMiot^ oii\oi-^ sos amis.
tions ; il ne peut rien approfondir. En outre, il n'est pas dit qu'il ait voulu représenter, avec une étendue proportionnelle, toutes les parties de son livre, qu'il ne laisse point de lacune. Enfin, H. est coutumier des digressions et procède par association d'idées naturelles et raisonnables, mais non nécessaires. Dans ces conditions, le plus simple est de supposer que Gatius suit en g-ros l'ordre de la cena, comme le pense Kiessling"', mais en ajoutant qu'il ne se g-êne pas pour émettre au besoin une réflexion accidentelle et que les axiomes g-énéraux ne sont pas nécessairement à leur place logique. On a proposé — en particulier Luc. Millier dans l'édition de Vienne — quelques transpositions faciles à opérer, puisqu'il s'agit de préceptes sans lien. Il n'est pas sûr qu'en prétendant redresser des erreurs de copiste, on ne corrige pas H. suivant un goût particulier et différent du sien.
V. 12-14, préceptes sur le choix des œufs. C'est par les œufs qu'on commençait le repas — Catius prend donc bien la cena au commencement, par la partie qui s'appelait la gustatio — . ^^ la- 16, préceptes sur la qualité des choux. Les légumes faisaient partie de la gustatio. V. 17-20, moyen de rendre tendre la chair d'une poule, quand on est surpris par un hôte inattendu. Dans le menu du repas des pontifes conservé par Macrobe (Sat. III, 13, 12) nous voyons figurer « ante cenam » la « gallinam altilem ». Ainsi la poule appartenait à la gustatio. Mais il s'agit ici d'un cas spécial; donc, à propos d'un mets de la gustatio, Catius donne un précepte particulier. V. 20-21, sur les champignons. V. 21-23, conseil de terminer en été, pour raison hygiénique, son déjeunerpar des mûres. II est possible que les mûres appartinssent à la gustatio. Mais il est difficile de croire avec Luc. Mûller, ad h. 1., que prandia soit synonyme de ce mot. Il est plus probable que, comme précédemment à propos de la poule, Catius fait une digression au sujet des mûres. V. 2i-27, le mulsum se buvait pendant la gustatio, qui s'appelait aussi promulsis; le précepte est donc à sa place. Condamnation de la pratique d'un certain Aufidius réprouvée comme peu hygiénique. Les v. 27-29 sur l'usage des moules, des coquillages et de la patience en cas de constipation me paraissent une digression, dans le genre de celle à propos de la poule et des mûres; elle est amenée par les mots : leni praecordia mulso Prolueris melius (v. 26 sq.), qui sont en relation avec : pellent obstantia conchae (v. 28). 'V'. 30-34, préceptes sur le moment du mois où il faut manger les coquillages et sur leur excellence suivant l'origine. Les huîtres et les coquillages figurent c ante cenam » dans le menu de Macrobe, l. c.
88 ÉiiDE sru ij:s satihks d'iiomacr
Nous en avons lini avec la f^ustatio. Avant d'aborder la cena proprement dite, (Matins énonce deux axiomes sur le mérite du cuisinier : il doit avoir fait une étude approfondie du g-oùt de chaque mets et savoir quels sont les poissons qu'il faut manger à la sauce ou grillés; il ne s'agit pas seulement de ne pas regarder au prix (v. 35-39).
Nous savons que le sanglier formait le plat de résistance de la cena; il est donc naturel que Catius distingue ceux de bonne et ceux de mauvaise provenance (v. 40-42). Les v. 43-44 sont consacrés à d'autres viandes : se défier des chèvres de vigne, choisir dans la hase l'épaule comme le meilleur morceau.
Ici, par la bouche de Catius, son maître se vante d'avoir élé le premier à reconnaître l'âge et la nature des poissons et des oiseaux (v. 4.')-4()). Catius nous renvoie donc tacitement à sa source et ne donne aucun détail, ne pouvant tout dire ; mais nous voyons dans le menu de Macrobe, /. c, figurer « in cena » les poissons et les oiseaux « patinam piscium »... « querquedulas elixas ».
V. 47-o(), nouvel axiome sur l'art du cuisinier, qui ne doit pas se borner à inventer quelques gâteaux nouveaux ou porter son attention sur un point spécial, par exemple la qualité des vins, et négliger le reste, par exemple la qualité de l'huile qui servira de sauce aux poissons.
Ces dernières observations fournissent une transition d'abord à des conseils sur les soins à donner aux vins et sur ce qu'il faut servir aux buveurs pour réveiller leur appétit, v. 51-G2, puis à une précieuse recette du jus double, v. G3-G9. La potatio faisait partie de la cena. Dans la S. II, 8, après le sanglier accompagné d'une foule de condiments on apporte les vins (v. 13 sq.) et c'est lorsqu on a mangé des oiseaux, des coquillages, des poissons (v. 37), cpie Vil)i(lius et Balatro entament vigoureusement — trop vigoureusement au gré de l'amphitryon — la potatio. Les conseils sur les vins sont donc ici à leur place. Quant à la recette du jus double, elle est annoncée par le v. 50. Elle poin-rait évidemment venir ailleius, plus naturellement avant les conseils sur les vins. On pourrait la j)laeer après le v. 39 où elle serait à sa place. Mais dans la S. Il, 8, les poissons ne viennent (pi'après le sanglier. Peut-être troublerait-on l'ordre véritable et il vaut mieux se borner à constater sur ce j)()int une certaine liberté dans l'exposition.
Avec les v. 70-72 nous airivous à la cena secunda, puisqu'il est (jucslioii lU's IVuils et des raisins. Au v. 72 (Catius mentionne
une innovation de son maître : manger du raisin d'Albe avec des pommes, innovation dont la mention est ici à sa place; il n'en est pas de même de linvention sur les condiments, v. 73- 75 ; mais on voit bien que c'est un souvenir qui revient à propos de la première.
Le repas est terminé. V. 76-87, Catius conclut par deux recommandations g-énérales : savoir proportionner les plats aux poissons qu'on met dessus — c'est-à-dire, en d'autres termes, apporter une certaine élégance dans le service — et veiller à ce que la propreté soit scrupuleuse. Ces recommandations pourraient venir en tète de l'exposition aussi bien qu'à la fin. Elles n'ont pas de place lîxe ; celle que leur donne Catius est possible sans être nécessaire.
En résumé, dans toute cette pièce, H. suit un plan général, mais il le suit librement. Il aurait pu copier plus rigoureusement les divers chapitres d un livre de cuisine ; mais la régularité absolue eût été fastidieuse. Il paraît lavoir évitée de propos délibéré.
S, II, o. Comme la S. précédente est un abrégé d'art culinaire, celle-ci est un abrégé de l'art de s'enrichir en captant les testaments. Nous avons à voir comment est composée l'exposition de Tirésias. Elle est çà et là interrompue par Ulysse. Mais ces interruptions n'ont pour but que d'exprimer les scrupules du néophyte, ses craintes de ne pas réussir, son désir d'avoir des explications. Elles servent à la peinture du caractère d'Ulysse, que Tirésias, par sa majestueuse indifférence, par son parti pris de souligner les cotés humiliants du métier, force à jeter les voiles et à avouer sa bassesse ; elles n'influent pas sur la marche du développement, dont Tirésias reste le maître incontesté (comme précédemment Damasippe et Catius).
Catius inaugure son exposé par la question des œufs et va jusqu'aux fruits, ce qui indique qu'il suit en gros l'ordre de la cena. Tirésias débute par les petits cadeaux et termine par la mort de la victime du captateur; il prend donc, jusqu'à un certain point, la chose comme un drame qui a un commencement et une fin. (]e n'est pas à dire qu'il s'en soit rigoureusement tenu à cette fiction.
Après un court préambule, dans lequel Ulysse expose sa requête et Tirésias y condescend, non sans avoir exprimé son étonnement d'une façon assez méprisante, Tirésias entre en matière par une annonce très nette, v. 10 : Accipe qua ratione queas ditescere. Il va donc énumérer les moyens de s'enrichir.