‹ Étude sur les Satires d'HoraceChapitre 16 sur 48 · V. 10-17, premier moyen : il semble, bien que Tirésias ne le · texte numérisé non relu

V. 10-17, premier moyen : il semble, bien que Tirésias ne le

90 lÔTLDK sLK jj:s sATriîKs d'hokacp:

dise pas, que ce soient là des travaux d'approche et des manœuvres préliminaires, envoyer au vieillard riche dont on convoite l'héritafre de petits cadeaux, lui témoigner des égards publics, lors même que ce serait le dernier des coquins.

Ici (v. 18-22) une protestation et un sentiment de révolte — vite apaisé — chez Ulysse, qui, regrettant d'avoir interrompu Tirésias, le ramène au sujet : Tu protinus, unde Diuitias aerisque ruam, die augur, aceruos. (Cf. v. 10 : ditescere = diuitias. « Aeris aceruos » indique qu'Ulysse est devenu plus gourmand.)

Tirésias reprend donc, v. 23 : Dixi equidem et dico : captes astutus ubique Testamenta senum... Or ceci est remarquable au point de vue de la méthode de composition. Pour être logique, Tirésias aurait dû commencer par établir que le meilleur moyen de s'enrichir était de capter les testaments et seulement ensuite aborder l'énumération des manœuvres utiles pour réussir dans cette voie. Il a sous-entendu l'idée générale et débute par l'indication d'un procédé de détail. En lisant les V. 10 sq. nous devinons bien qu'il s'agit de capter un héritage, mais nous n'en sommes pas prévenus ; cela n'empêche pas Tirésias de reprendre au v. 23 : Dixi equidem et dico : captes astutus ubique Testamenta senum. En réalité, il n'a rien dit de pareil et c'est un trait caractéristique de la composition chez H.

Ici (v. 24-26) Tirésias intercale une idée générale, qui serait mieux à sa place soit au début soit à la fin de son exposé, à savoir que, dans ce métier-là, il ne faut pas se laisser décourager par un échec, mais persévérer. Puis il arrive au deuxième moyen de réussir.

V. 27-44, deuxième moyen '.assister en justice la victime sur laquelle on a jeté son dévolu et se charger de ses afVaires. Les Romains étant processifs, c'était un de ces « otîicia » qui se présentaient fréquemment dans la vie sociale. En outre, on avait l'occasion de se produire au grand jour et de se signaler à l'attention. C'est là évidemment un coup de maître, bien supérieur au premier moyen, qui n'est qu'une entrée en matièi'e.

V. 45-50, Tirésias passe à une première précaution (qui est on même temps une manœuvre aléatoire) : pour ne pas découvrir son jeu, en ne s'attachaut qu'aux célibataires, se glisser dans une maison où il y a un iils unique mal portant et se faire inscrire comme héritier en seconde ligne ; si le fils vient à mourir, on prend sa place.

V. 51 -(19, deuxième précaution : tout en refusant de lire le testament (pi'on vous présente, jeter un coup d'cvnl sur l'endroit

Important, pour éviter d'être refait — comme Nasica l'a été par Coranus. C'est là une mesure de prudence, comme précédemment. Les V. 4o-oO et 51-60 font donc corps ensemble et le sujet en a été annoncé jusqu'à un certain point parles v. 24-26, qui si§^nalent les déboires possibles de la carrière.

Tirésias revient aux moyens de réussir (v. 70) par la formule : Illud ad haec iubeo.

V. 70-72, troisième moyen de réussir dans un cas spécial : si le vieillard est dominé par une femme intrigante ou par un affranchi, faire leur éloge pour qu'ils vous le rendent.

V. 73-83, quatrième moyen, beaucoup plus efficace que le précédent : encourager bassement et satisfaire à tout prix les travers et les vices du vieillard.

V. 84-92, troisième précaution à prendre : éviter l'insistance importune, se tenir à égale distance du trop et du trop peu et s'accommoder au caractère de la victime.

V. 93-98, cinquième moyen de réussir : prodiguer les petits soins, les complaisances, les compliments. C'est un sujet qui a déjà été effleuré plus haut. Le v, 94 sq.': extrahe turba Oppositis umeris, n'est pas sans rapport avec le v. 17 : Tu cornes exterior... Le V. 96 sq. : inportunus amat laudari... rappelle directement le V. 75 : Laudato.

V. 99-109, conduite à tenir à la mort du vieillard : par des regrets bien sentis, des marques d'émotion, des preuves de générosité, des complaisances envers les cohéritiers vieux et malades jeter des jalons pour l'avenir. La mort de la première victime est une étape; il s'agit de continuer.

La pièce se termine brusquement par la disparition de Tirésias, comme dans une féerie. Il n'y a pas de conclusion générale et il ne pouvait y en avoir. En elfet Tirésias ne récite pas un manuel complet de l'art de capter les testaments, mais simplement des préceptes fragmentaires et isolés (en quoi il se rapproche de Catius).

Si H. avait voulu composer un tout parfaitement logique, il aurait mis d'un côté, ensemble, tous les moyens de réussir, puis d'un autre côté, également ensemble, toutes les précautions à prendre pour éviter les dangers possibles. Ce sont là, dans le manuel du captateur de testaments, deux chapitres distincts; H. les a entremêlés, ce qui est caractéristique.

S. TI , 6. Dans les S. du premier livre, les confidences personnelles occupent souvent une partie plus ou moins considérable de la pièce. Ici elles la remplissent tout entière. Nous avons donc

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aiîaire à un type nouveau, unique dans le recueil des S., mais vers lequel II. s'est acheminé par des essais successifs. Il montre combien la vie lui est insupportable à la ville, à cause des devoirs absorbants que lui imposent sa situation sociale et la curiosité indiscrète des badauds; à ces ennuis il oppose la tranquillité dont il jouit à la campaji^ne.

Il commence par rappeler quels étaient ses desiderata au point de vue d'une habitation rustique. lia plus et mieux qu'il ne souhaitiiit et il adresse une prière à Mercure, pour qu'il lui conserve son bien et qu'il le protège. Dans ces conditions — car la prière à Mercure est une digression et « ergo » du v. 16 se rejoint, par-dessus les v. 5-15, au v. 4 u benest » — et n'ayant rien à désirer ni au point de vue de la tranquillité d'esprit, v. 18, Nec mala me ambitio perdit, ni au point de vue de la santé, v. 18 : noc plumbeus auster... quel est le sujet qui s'impose à lui, sinon de célé])rer les avantages dont il jouit^?

Logiquement il devrait entamer ici un éloge de la vie à la campagne. Mais le procédé qu'il emploie est celui que j'ai déjà signalé à propos de la S. II, 2, où, après avoir annoncé un éloge de la frugalité, il fait le procès de la gourmandise. A l'éloge attendu de la vie rustique il substitue la critique de l'existence à la ville, c'est-à-dire qu'au lieu de nous donner l'endroit du sujet, il nous en donne l'envers, qu'il remplace l'exposé didactique par une attaque satirique. La satire du mal est, du reste, toujours plus facile et, surtout dans la période qui nous occupe, elle est plus conforme au tempérament d'il, que la constatation du bien.

Il débute par la peinture d'une de ses matinées à Rome, depuis la première heure jusqu'au moment où il va présenter ses devoirs à Mécène dans son palais de l'Esquilin, et cette matinée est fort chargée (v. 20-.'{9). La mention de Mécène amène une digression par une de ces associations d'idées auxquelles H. aime à s'abandonner; il rappelle la date à laquelle ont commencé ses relations avec Mécène et leur caractère (v. 40-46); mais ce n'est

t. .\v(H- KirchiuM- suivi par Luc. Millier, édil. de Vienne, je place les V. IK-l'J avant le v. 17. Mais je ne crois pas, avec Luc. Muller, que le v. 17 se rapporte à ce (pii précède el qu'après ce vers il faille admettre une lacune, édil. de Vienne, ad v. 16-19, et edit. slereotypa niaior^, p. xl. Quid prius inhislreni saluris...? est la même formule qvu\ C. III, 28, 1 sq. : Festo (piid polius die Neptnni faciam? ipii se rapporte évidemment à ce qui suit. Kn pareil cas, c'est-à-dire lorstju'H. pose une question dont la réponse lui parait évidente, il laisse au lecteur à sui>pléer la réponse el il entre immcdialeineiil dans le développement suivant.

qu'une digression apparente; car ce qu'il veut dire, c'est que c'est cette amitié avec Mécène, qui a déchaîné d'abord la jalousie à Tég^ard de sa situation favorisée, puis les importunités des gens, qui, le considérant comme bien informé, veulent tirer de lui quelque renseig-nement, et il décrit de nouveau les assauts auxquels il est en butte (v. 47-58). Cette peinture n'est pas exactement la suite de la première : H. raconte d'abord une matinée spéciale (dont il imagine bien entendu les incidents à sa guise) ; puis, généralisant, il rapporte quelques-uns des ennuis qui empoisonnent toutes ses journées, non pas lune plutôt que l'autre.

C'est pendant ces heures agitées et vides, lorsqu'il voit le temps s'écouler sans profit, que toutes ses pensées se reportent vers la campagne. Ce qui lui revient à l'esprit, ce sont les soirées charmantes qu'il passe dans sa villa, assis à une table frugale, entouré de bons amis et causant des problèmes philosophiques qui sont dignes de l'attention des hommes (v. 59-76). On remarquera avec quelle liberté se développe la composition. Si H. avait voulu être logique, il aurait opposé les plaisirs de la campagne aux ennuis de la ville en équilibrant les deux développements. Or les ennuis de la ville sont exposés longuement; H. est très chaleureux mais très bref sur lee plaisirs de la campagne. En outre, il aurait dû décrire ses matinées, ses journées, ses soirées à la campagne, puis ses matinées, ses journées, ses soirées à la ville. Or nous avons bien une matinée et une journée à la ville, mais point de soirée (H. ne nous dit pas ce qu il faisait le soir à Rome et pourquoi il s'y ennuyait). D'autre part, nous avons une soirée à la campagne, mais, pour la journée, une simple allusion, v, 61 sq. : Nunc ueterum libris nunc somno et inertibus horis Ducere sollicitae iucunda obliuia uitae, rien pour la matinée. Au lieu de l'opposition régulière de tableaux symétriques — qui serait antipoétique — H. nous donne à sa fantaisie des aperçus fragmentaires'. Il laisse à notre imagination beaucoup à faire et à deviner.

1. A. Lowiuski, Zur Krilik der Ilorazischen Saliren (Progr. de Dculsch- Krone p. 1888-1889), a bien vu ce (juil y avait d'arbitraire dans la composition de cette pièce; mais, en voulant rétablir par des suppressions (en particulier 1-19) l'ordre logique, je crois qu'il va contre les procédés mêmes d'il., qu'il n'a pas compris et (jii'il est important d'étudier d'ensemble ; p. 14 sq. :«\Vas... dieKompositiondcsganzes Gedicbles, wicdasselbc inden Handschriften ûberliefert ist, anbetriiTt, so scheint mir diesclbe keineswcgs eine kunstgerechle sein. Das Gedicht ist namlich nacli folgendem ctwas komplicirten dreitheiligen Scliema angelegt : 1) v. 1-19 Land (Sabinum) ;

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Parmi les plaisirs des soirées à la campagne. 11. mentionne ragrémcnt d'entendre Cervius raconter des fables. On pourrait croire, ou qu'il, a simplement voulu caractériser les conversations charmantes qui se tiennent autour de sa table, ou bien qu'il a cédé au plaisir d'écrire un récit pittoresque et spirituel. Il y a autre cliose. Si II. donne à cette narration une ampleur si considérable (v. 77-117), c'est que c'est sous une autre forme la reprise du sujet traité dans la première partie de la pièce. Reçu chez le rat des champs, le rat de ville ])rend en pitié la pauvreté du menu, la tristesse de l'existence de son hôte et il l'engage à venir dans un milieu plus civilisé. Celui-ci se laisse tenter, mais les inconvénients de la ville ont bien vite raison de sa résolution et il retourne à son trou. Que résulte-t-il de ceci? Que le séjour de la campagne est préférable à celui de la ville ; or c'est ce qui ressort de la première partie de la pièce; il n'y a cependant pas répétition, d'abord à cause de la dilférence des personnages, ensuite parce qu'il., à partir du v. 79 : Sollicitas ignarus opes, se place à un point de vue spécial un peu différent du précédent. Ici il est question des richesses, v. 102 : in locuplete domo ; précédemment il était question de la situation sociale due à la faveur de Mécène. Il y a une nuance. J'ai déjà signalé, dans les S. Il, 2 et II, 3, le procédé, qui consiste à reprendre deux fois un sujet, en variant le point de vue ou la forme, au lieu de le traiter largement en une fois.

La pièce se termine sans résumé, ni conclusion ; il n'en saurait guère y en avoir à de simples doléances.

S. II, 7. Dans la S. II, 'i Damasippe prend à partie II. au début et à la fin de la pièce ; mais le corps même de sa démonstration est dirigé contre tous les non-philosophes (stulti), et cela est très naturel, puis([u'il répète simplement une levon de Stertinius. 11 faut qu'à la fin H. lui-même l'avertisse qu'il n'a pas fait l'application particulière promise au début et c'est alors qu'il se retourne contre II. Ici les circonstances sont différentes et c'est contre 11. que la S. est dirigée tout entière, bien qu'au

2) V. 20-59 Sladl (Aiircnlluill in Uom mid z\var in der l mgcljunfrdes Maecenas); .3) v. CiO-TO ^viedc•^nm f.and (zuni Sclduss die l)ekannte l'aboi von dcr Stadl- und I.andmans v. 7î)-117.) Nacli moiniMii Getuld wiivde der Gegonsal/ in dtM- SoliiMiM un}; Ijoi woiten liriifli^vi- und scliunor licrvorlrcU'n voimiltclsl dor (Mulachon dualisliscluMi Thoilung : 1) Stadt und 2) Land... .Vus diMn iilxT dio Komposilion und die Tendenz des Godiclits sochen von niir gosa^:lfn ^M'hl sclion zur Gcnujj^e liervor, dass icli zuniiclisl don .\nfanj; dossclben (v. I-IO) liir inlerpolirl lialle -.

LA COMPOSITION DES SATIRES Ho

milieu elle paraisse s'élever k des considérations plus générales. La pièce est dialoguée, mais les interruptions — réelles, v. 21 sq.,ou supposées, v. 72, — d'il, n'influent pas sur la marche du développement, que Dave conduit à sa guise et d'après une idée arrêtée d avance.

Le préambule ne fait pas prévoir le contenu tout entier de la pièce, ni même 1 intention de Dave, v.21 sq. : Non dices, hodie quorsuni haec tam putida tendant; Furcifer?Mais c'est que Dave ne veut pas se démasquer tout d'abord et qu'il procède par gradation, en allant de ce qui est le plus évident à ce qui lest moins et plus délicat à dire et à démontrer. Il commence par établir que, parmi les gens vicieux, il y a deux catégories : ceux qui sont constants dans leurs vices et ceux qui les pratiquent tous à tour de rôle. Il cite deux exemples en donnant la préférence au représentant de la première classe (v. 6-20). Sur interrogation d'H. il lui fait l'application des principes et attaque vigoureusement sa versatilité (v. 21-35). Nous voyons maintenant à quoi servaient les généralités du début et nous pouvons croire que la pièce n a d'autre but que de faire la critiqiie du caractère d'H.

Mais les injures de Mulvius, le principal des scurrae. nous acheminent vers une autre idée , à savoir que les professionnels du vice sont souvent moins mauvais que ceux qui font métier de le leur reprocher, V. 40 : Tu cum sis quod ego et fortassis nequior..., et la chose se précise, quand Dave ajoute que le maître ne vaut pas mieux que l'esclave, v. 42 sq. : Quid, si me stultior ipso Quingentis empto dragmis deprenderis? En même temps, la discussion se corse, en prenant une couleur philosophique plus sensible que dans la première partie de la pièce', v. 45 : Dum, quae Crispini docuit me ianitor, edo.

Nous voici au vif du sujet et Dave le prend k un point de vue spécial, au point de vue des mœurs. Il montre que la débauche rafïlnée ne vaut pas mieux que la débauche simplement naturaliste. Loin de Ik; elle témoigne d'une démoralisation plus profonde et d'une corruption plus avancée (v. 46-74). Il semble que, dans l'ardeur de sa prédication philosophique, il oublie un peu H., comme l'avait fait Damasippe dans la S. II, 3, et il s en aperçoit en formulant l'objection « non sum moechus » au

1. Duntzer, KrlL u. Erkl., 2'" Theil, p. 380, considère les v. 6-20 comme lexpression d'un paradoxe des Stoïciens, « welche die Unbestiindigkeit, das â-ajAçoTcpîî^Eiv, als Hinderniss, je zu etwas zu gelangen, darstellten ». Mais Dave n'insiste pas sur le côté stoïcien de robscrvation, et ce n'est que plus tard <{u'il se réclame de Crispinus.

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V. 72; puis il ajoute que, si H. ne pratique pas l'adultère, ce sont simplement les dangers et les inconvénients qui le retiennent. Comme ce sont là les seuls arguments que fasse valoir 11. dans la S. 1, 2, il semble qu'il reconnaisse ici la faiblesse de son argumentation : Dave a bien mis le doigt sur la plaie.-

La démonstration parait terminée; mais, dans les v. 40-74, il y a quelques traits qui sont comme des avertissements. Ce n'est pas seulement l'abjection du débauché élégant que Dave a signalée, c'est aussi la servitude à laquelle il se condamne, l'acceptation d'une domination honteuse, v. o8 sq. : Quid refert,uriuirgis ferroque necari Auctoratus eas... ; v. 70 : 0, totiens seruus, et c'est ce qui nous amène au troisième point : le maître est moins libre que l'esclave (v. 75-9 i), cette dernière argumentation empruntant des formes stoïciennes, qui ne sont pas familières à II. lorsqu'il parle en son propre nom, à savoir la peinture du sage idéal .

Ceci achevé, Dave énumère un certain nombre des défauts d'H., défauts bien portés, mais aussi condamnables, en somme, que les défauts jjlus grossiers et plus naturels de l'esclave. ()u'il revienne sans le dire à son second point, c'est ce qui est certain. Il ne s'agit plus, en elfet, d'une question d'indépendance, mais de valeur morale comparée. V. 95 : Quipeccas minus atque ego...? é({uivaut à : Tu cum sis quod ego et fortassis nequior (v. 40 1, Peccat uter nostrum cruce dignius? (v. 47). De sorte qu'en réalité ces développements viendraient plus logiquement après le second point qu'ici. Dave compare successivement la passion maladive des beaux-arts chez l'homme instruit à la badauderie de l'esclave qui s'arrête devant les afïiches (v. 95-101), l'amour de la bonne chère chez l'homme du monde à la gloutonnerie chez le pauvre hère (v. 102-111), et, pour revenir au point de départ, il critique encore une fois la versatilité de son maître (v. 1 i 1-1 15j; c'est le même vice qu'aux v. 23-.'}5, mais qui se manifeste autrement.

La caracléristicjue de la composition dans cette pièce est donc la suivante : la démonstration de Dave procède par étapes et obéit à une direction consciente, mais cette direction nous la constatons à mesure (|u'elle s'allirme, nous n'en sommes pas prévenus d'avance et, connue il s'agit d'une tentative hardie et ])érilleusi' de l'esclave contre son maître, il est naturel ([u'il ne démas(|ue pas du premier coup ses batteries. Le principe n'est l)as toul à lail !,« même (jue ci-lui des })rcaml)ules ù surprise des

S. du premier livre. En outre, à partir du v. 95, Dave revient, avec des aperçus nouveaux, à son second point, et, à partir du V. 111, à son premier. C'est le procédé déjà signalé chez H. et qui consiste à ne pas presser d'abord une idée jusqu'à l'épuiser, quitte à la reprendre ensuite.

La pièce n'a pas de conclusion. H. envoie simplement Dave promener (v. 116-118). Avec Damasippe il s'en était tenu à l'ironie; avec son esclave il recourt à la violence.

S. II, 8. La S. IL 8 est un récit, qui, naturellement, suit les phases du repas de Nasidienus. Sur un point pourtant elle reproduit les libertés de la conversation. H. commence par demander à Fundanius ce qu'il a mangé d'abord de sérieux, v. o : Quae prima iratum uentrem placauerit esca. C'est l'inviter à suivre l'ordre des choses; mais, dans le cours du récit, il s'aperçoit qu'il ne lui a pas demandé le nom des invités, v. 18 sq. : Sed quis cenantibus una, Fundani, pulchre fuerit tibi, nosse laboro. Fundanius s'interrompt donc pour lesénumérer (v. 20-24), puis,v.2o,il reprend le récit par le rôle de Nomentanus. Logiquement c'est par l'énumération des invités que la pièce devrait débuter.

S, II, 1. La S. II, 1 est la seule dans laquelle la forme du dialogue produise pleinement toutes ses conséquences, c'est-àdire que le résultat final provient de l'échange de vues des deux interlocuteurs. Naturellement ce n'est là qu'une fiction, mais elle est habilement exécutée; en réalité, H. conduit sa discussion comme il l'entend et les répliques de Trebatius sont justement calculées pour amener ce qu'il veut dire.

Il feint de venir le consulter sur un point embarrassant: parmi les critiques, les uns le trouvent trop énergique, les autres trop moui. Il demande donc à Trebatius de lui dicter une règle (v. 1- 5). Trebatius lui fait une réponse imprévue; il lui impose un moyen radical, cesser d'écrire : quiescas, v. S. C'est sur cette prescription inattendue que part toute la pièce. Trebatius maintient d'abord son ordonnance contre les protestations d'H., puis, entrant dans la voie de la conciliation, il lui conseille d'abandonner la S. pour chanter les victoires d'Octave, ce dont H. se déclare incapable, ou tout au moins de célébrer ses vertus civiques, comme

1. V. 1 sq.on ponctue généralement : Sunt quibus in satura uideor nimis acer et ultra Legem tendere opus ; sine neruis altéra... etc. Mais tendere opus est une expression bizarre et difficilement explicable; je préférerais lire : Sunt quibus in satura uideor nimis acer et ultra Legem tendere ; opus sine neruis... etc. Vitra legem tendere, c'est dépasser les bornes du genre ; opus sine neruis = opus enerue.

^^- — Cartavlt. — Satires d'Horace. 7

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Lucilius faisait pour Scipion (ce qui est une annonce adroite en vue du lecteur pour amener le développement sur Lucilius). H. ne dit pas non ; mais il faut attendre Toccasion et Trebatius poursuit en lui montrant combien les attaques personnelles sont chose misérable et dangereuse (v. 5-23).

Assez interloqué en apparence, v. 24 : Quid faciam ?, H. réplique que chaque homme a sa marotte et qu'on ne saurait résister à son instinct dominant. Le sien est d'imiter Lucilius. Il fait pourtant une concession; il ne sera plus agressif; il se tiendra sur la défensive; mais, si on l'attaque, il se vengera d'une façon terrible. La nature a donné à chaque être les armes dont il se sert. Il conclut, v. 60 : Quisquis erit uitae scribam color (Le V. 00 n'est, sous une autre forme, que la répétition des v. 7 et 28 sq.).

Trebatius n'a pas grand chose à répondre, sinon que le métier est dangereux (v. GO sq. rappelant le v. 23 en enchérissant). H. le rassure par l'exemple de Lucilius (v. ()2-79) ; ébranlé Trebatius conseille pourtant la prudence et rappelle qu'il y a des lois contre les auteurs de libelles médisants (v. 79-83). H. s'en tire par une plaisanterie et par l'allusion à la faveur d'Octave (v. 83- 85) ; Trebatius n'a plus qu'à acquiescer (v. 80). H. est venu sous prétexte de lui demander une consultation, en réalité pour le convertir à ses propres idées; il a joué avec lui sans qu'il s'en aperçoive.

J'ai fait ressortir à la fois les ressemblances et les différences de composition dans les S. de discussion. Ce ne sont ni des constructions géométriques rigoureuses — comme le croient trop souvent les critiques — ni un assemblage d'idées jetées pêle-mêle et au hasard — comme il semble, lorsqu'on n'approfondit pas suffisamment— . Elles n'ont rien à voir avec les règles établies par la rhétorique courante. La composition y est sui generis, c'està-dire qu'elle est l'expression du fonctionnement naturel du cerveau d'il., des lois suivant lesquelles se faisait chez lui l'association des idées. Sans nier qu'H. ait eu des modèles pour ses S., il résulte des faits qu'il n'en a pas emprunté l'organisme; il 1 a créé.

CHAPITRE QUATRIEME Procédés de développement et de raisonnement dans les Satires.

C'est surtout lorsqu'on entre dans le détail des procédés particuliers, qu'on constate que la méthode d'H. est ennemie de la régularité extérieure et peu respectueuse des formes log-iques.

S. I, 2, 1-36. H. veut démontrer la vérité suivante : Dum uitant stulti uitia, in contraria currunt.Il pourrait, soit mettre cet axiome entête, puis le prouver par des exemples, soit commencer par les exemples et en tirer l'axiome comme conclusion. Il n'adopte ni Tune ni l'autre de ces deux formes, qui seraient logiques. 11 cite d'abord quatre exemples d'excès contraires opposés deux à deux (sans que nous sachions où il veut en venir, comme il l'indique lui-même, \. 23 : Si quis nunc quaerat « quo res haec pertinef? »...). Puis il formule l'axiome, v. 24, et, au lieu de s'arrêter là, il donne encore six cas d'excès contraires opposés deux à deux. L'idée générale se trouve ainsi au milieu des exemples concrets, d'où elle se dégage. Remarquons encore qu'elle est reprise sous une autre forme au v. 28 : Nil mediumst; elle est donc formulée deux fois sans nécessité logique et, la seconde fois, elle est encore suivie d'exemples. Enfin les deux derniers exemples (v. 28-30) sont doublés par l'expression de l'opinion de Caton et de celle de Cupiennius (v. 31-36) (Cf. v. 11 : laudatur ab his, culpatur ab illis).

Au premier abord, les v. 1-3 paraissent n'avoir aucun rapport avec le sujet traité. Quel est en eflet le but d'il.? Non pas de peindre d une façon anecdotique l'etfet produit par la mort de Tigellius sur le monde des bohèmes, mais d'opposer la prodigalité de Tigellius à l'avarice d'un autre individu. C'est la mention de cette prodigalité qui est l'important : or elle ne vient que

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comme explication du fait précité, v. I : quippe benignus erat. Logiquement nous devrions avoir : ita benignus erat Tigellius, ut ambubaiarum collegia..., hoc genus omne maestum... sit. L'idée logiquement subordonnée est coordonnée grammaticalement; elle paraît même prendre, étant en tête du développement et indépendante, une importance qu'elle n'a pas en réalité. Or c'est là un procédé fréquent chez II. et qui rend sa pensée obscure, si on n'est pas prévenu ; il faut rétablir mentalement le rapport logique, auquel la construction grammaticale n'est pas assujettie.

Au V. 12 sq. même procédé. Coordination au lieu de subordination' ; en outre, l'idée qui devrait être subordonnée est en tête, comme si c'était la principale. Fufidius est opposé comme avare à un prodigue qui précède : c'est donc son avarice qui est le principal ; la mention de sa richesse et de l'insistance avec laquelle il l'accroît n'est là que pour la rendre plus scandaleuse. Nous devrions donc avoir : Fufidius, cum uappae famam timeat..,, ita sibinon est amicus, ut...etc..., quamuis diuesagris sit^...etc... Voilà le rapport vrai des idées, qu'il, a rompu pour la vivacité de l'expression ; mais il faut le rétablir mentalement sous peine de ne rien comprendre.

Autre remarque. Comme exemples d'excès contrastés H. prend d'abord la prodigalité et l'avarice. Il semble qu'il devrait choisir un caractère de prodigue, en indiquer suffisamment les traits, puis l'opposer à un caractère d'avare suffisamment décrit. Au lieu de cela nous avons : un prodigue^ puis un avare, et de nouveau un prodigue, puis un avare. H, a dahs l'esprit difïérents types concrets qu'il tient à produire les uns après les autres. (Tigellius donne à tout venant. Le prodigue des v. 7 sq. ne se refuse

i. N. Wocklciii, Die Konipositionsweise..., p. 387 : « Gut bcmerkt Mor Schmidt Ilor. Blatter S. 8 : « Unser Horaz ist melir als eia anderer ein. Freuiid der paraUiktisclien Ausdnickwcise : er slellt ohne Umsltuide zwei Bilder nebeneinander, ohno sicli auf oinc umstandliche Erlauterung diescr ZusamimMislolhm^^ eiiizulassen. Kr rechnet obonaiifdie schnello Kassun-îsgabo soinerLesoraiich ohne begrïindendon Kommontar » ; p. 388 : « Zu den Frciheiten der Disposition gohort bei Horaz die selbstandige Ausfuhrung cine.s Nebengedankens und die Einfiigung von Gedanken, welche zwar dcm Thema in AUgemeincn, nicht aber deni in Rode slehenden Punk le der Ausfiihrung enlsprechcn ».

2. Le V. 13 : Diues agris... etc..., me paiail avoir été suspecté à torl. Il s'oppose II : eonduclis... nummis du v. '.>. I.c [uodigue emprunte pour satisfaire sa gloutonnerie. L'avare esl riche et i)ourlant il se prive de tout. Ce sont là deux traits qui soulignent le contraste.

rien. Lavare des v. 4 sq. est dur pour ses amis, Fufîdius l'est pour lui-même. Ce sont là des variétés dans une même espèce). Le développement par fragments est substitué au développement total.

Au premier développement (v. 1-36) en succède un autre (v. 37-79). Les limites en sont marquées par une correspondance de mots. V. 38 : ut omni parle lahorent\ v. 78 sq. : unde laboris Plus haurire malist. (Cf. v. 76 : lahores). Il est introduit brusquement, sans lien avec le précédent, sans qu'on sache même que celui-ci est terminé, puisque l'idée générale n'est pas à la Hn. Entre le v. 36 et le \. 37 il y a une idée intermédiaire sous-entendue, par exemple : pourtant le métier des Cupiennius n'est pas sans inconvénients ; car... 11 faut la rétablir mentalement, si l'on veut saisir la suite logique ^

La structure du développement contenu dans les v. 41-79 est très particulière. Après l'énumération des dangers courus par les adultères (v. 41-46) vient une opposition, v. 47 : Tutior at quanto merx est..., qui peut faire croire que l'énumération est terminée : or il n'en est rien, puisqu'elle reprend au v. 64. En outre, à cette opposition non développée se rattache incidemment une digression, \. 48 : Sallustius in quas... Cette digression est en somme une restriction à l'idée précédente : le commerce des affranchies est plus sûr que celui des matrones ; pourtant, même avec les affranchies, on peut commettre bien des folies. Or, au lieu d'introduire la restriction par une forme restrictive, H. se contente du simple relatif : in quas, qui n'exprime nullement le rapport des idées. En outre, la digression devrait, pour la netteté, débuter par l'idée générale que je viens d'exprimer, tandis qu'H. commence par un fait particulier. La substitution du particulier au général est un procédé fréquent chez lui ; il faut, pour l'intelligence exacte, rétablir mentalement le général. La digression (on peut se compromettre avec les affranchies aussi bien qu'avec les matrones) est conclue par le v. 62 sq. : Quid inter Est in ma trôna, ancilla peccesne togata, et, avec le v. 64, reprend le développement en

1. N. Wecklein, Die Komposilionsweise..., p. 385 : « Aus dem Bestreben, durch die Gedankenfolge zu uberraschen, ist auch die Verschleierung des inneren Zusammenhangs der Gedanken hervorgogangen. Sehr richtig bemerkt ein Gelehrter im \. Lausitz-Magazin 1876 S. 354 : " Horaz bat die Ubergange seiner Gedanken mit solciier Sorgfalt verwiscbt, dass ein dem gewôhnlichen Schematismus uhnHcher Gedankengang oftmals gar nicht aufzuweisen ist "'. Darum muss man nicht selten den inneren und den ausseren Zusammenhane- der Gedanken wohl unterscbeiden ».

102 ÉTUDF-: SIM LES SATIRES o'hORACE

cours sur les dan<j^ers auxquels s'exposent les adultères. Rien ne l'indique; la transition, qui pourrait être « ad moechos redeo », est supprimée.

Le développement contenu dans les v. 41-79 se termine par une conclusion, v. 77 sq. : Quare, ne paeniteat te, Desine matronas sectarier... Cette conclusion est en réalité celle de toute la pièce et non pas d'un fragment. Elle vient pourtant à la suite d'un des deux développements principaux. D'où une observation analogue k celle qui a été faite à propos du v. 24. En outre, j'ai fait remarquer, p. 65, que les mots: quam ex re decerpere fructus, v. 79, étaient un acheminement vers le développement suivant et un acheminement incomplet. Pour la netteté, il faudrait une transition formelle : de plus, le commerce avec les affranchies, comporte des plaisirs plus réels que le commerce avec les matrones, transition qui aurait l'as^antage de poser l'idée générale qui domine toute la démonstration suivante, tandis qu'H. l'entame par des traits particuliers.

Cette démonstration va du v. 80 au v. 1 18. Elle se compose de deux arguments et de la réfutation d'une objection.

Premier argument. V. 80-82. Parce qu'elle a de plus belles parures, la matrone n'est pas mieux faite que la courtisane; c'est même souvent le contraire. H. exprime la chose par un trait particulier. Donc ici il faut substituer mentalement le général au particulier.

Deuxième argument. V. 83-105, (Les limites de cet argument sont nettement marquées par des répétitions de mots. V. 83 sq. : quod mercem sine fucis gestat... Quod uenale liabet ostendit ; V. 105 : Quam mercem ostcndi). La courtisane montre librement ce qu'elle a de bien et de mal ; avec elle on n'est point déçu. La matrone se dissimule ; on n'est jamais sûr de n'être pas trompé.

Au V. 84 sq. coordination au lieu de subordination. Il faut entendre : nec quaerit quo turpia celet, cum iactet habeatque palam, siquid honosti sit.

De même au v. 80 sq. Les mots: Regibus hic mos est..., sont introduits sans lien avec ce qui précède et comme ime propo- .sition indépendante ; or c'est en réalité une comparaison. La suite des idées est : la courtisane ne cache ni ce qu'elle a de bien, ni ce qu'elle a de mal (s.-ent : c'est un avantage, car), de même que les grands seigneurs ont raison d'examiner séparément les diverses parties du corps d'un cheval, de peur que les qualités n'empêchent de voir les défauts, de même il ne faut point se lais-

ser aveugler sur les imperfections physiques de celle qu'on aime par ce qu'elle a de bien. Les formes grammaticales de la comparaison ont été supprimées : il faut les rétablir pour l'intelligence logique.

En outre, les v. 83-85 et 101-103 expriment la même idée. Logiquement H. devrait dire d'abord comment se présente l'affranchie, ensuite comment se présente la matrone. Au lieu de cela, il parle d'abord de l'aifranchie, v. 83-8o,puis de la matrone, V. 94-100', puis il revient k l'affranchie, v. 101-103. C'est le procédé qui consiste à esquisser un développement et à y revenir ensuite.

Au V. 103 il y a une idée intermédiaire sous-entendue qu'il faut restituer : il faut donc préférer la courtisane à la matrone, k moins que... C'est la conclusion du développement, qui n'est pas exprimée.

Au milieu du v. lOo, sans que rien nous avertisse que nous passons k un autre ordre d'idées, est formulée l'objection qu'H. va réfuter. Elle est donnée sous une forme particulière correspondant à l'idée générale : oui, mais c'est quelque chose que la difficulté vaincue.

S. I, 3, 1-19. Le portrait de Tigellius est composé très régulièrement. Nous avons d'abord une idée générale sur les caprices des artistes, qui est appliquée au cas particulier de Tigellius. Les bizarreries de l'homme sont précédées de l'idée générale, v. 9 : Nil aequale homini fuit illi, et résumées à la fin par la même idée répétée, v. 18 sq. : Nil fuit umquam Sic impar sibi. C'est un contraste complet avec les libertés signalées dans le préambule de la S. I, 2.

Les habitudes d'esprit signalées dans les v. 19-23 sont condamnées par cette vérité générale, v. 24 : Stultus et inprobus hic amor est dignusque notari, que les v. 2S-37 sont destinés k démontrer. La démonstration commence par une proposition générale — nous avons tort de nous dissimuler nos défauts et de voir si clair dans ceux des autres, v. 25-27 — qui est prouvée par trois arguments : V. 27-28, 29-34, 34-37. Le dernier seul est introduit par une conjonction : denique. Aucun signe extérieur n'indique où finit le premier et où commence le second. H. n'aime pas k numéroter régulièrement ses arguments. Le premier : Attibi... et le troisième : Denique te ipsum... débutent dans le corps

1. Au V. 96 sq. je crois qu'il faut lire : (uallo circumdata nam te Hoc facit insanum), circumdata, sinf,nilier féminin, se rapportant au sujet sous-entendu, hoc, abl. neutre, représentant uallo circumdata.

404 ÉTIDE sru F>ES SATIRES d'hORACE

même du vers. Le second (v. 29-34) est donné sous une forme très particulière, à laquelle il faut substituer mentalement l'idée générale. Au lieu de dire : tout homme a des qualités à côté de ses défauts, H. prend un individu, dont il nous fait le portrait et qui est un mélange de bien et de mal. Le particulier vaut ici pour le général.

V. 43-r34. Dans le développement sur les procédés d'indulgence des pères vis-à-vis de leurs enfants ^ et sur l'application que nous en devons faire à nos amis, les exemples sont précédés de l'expression de l'idée générale qui les domine. Mais, après l'énumération assez longue des exemples, nous passons brusquement (v. 49) à la conduite à tenir envers nos amis. Il y a, avant le v. 49, une idée intermédiaire sous-entendue à reprendre du v. 43 sq. : faisons de même pour nos amis.

V. 55-66. La constatation de la conduite fâcheuse que nous tenons vis-à-vis de ceux qui nous sont chers est encore ici précédée de Lidée générale qui domine les exemples particuliers : At nos uirtutes ipsas inuertimus... A ce point de vue le procédé d'H. est tout à fait différent de celui que j'ai signalé dans la S. précédente.

Du V. 66 au v. 95, nous avons trois développements, v. 66- 69, 69-75, 76-95, sur la nécessité de l'indulgence envers nos amis. Au milieu du v. 69, avant : Amicus dulcis..., il semble qu'il y a une transition à rétablir. Par la sévérité nous nous exposons à des représailles, car tout le monde a ses défauts, v. 66-69; (s.-ent. : soyons donc indulgents et) compensons les défauts par les qualités.

Des trois développements, v. 66-69, 69-75, 76-95, les deux premiers : Eheu... et : Amicus dulcis... débutent dans l'intérieur du vers ; le dernier seul est introduit par une conjonction : denique. (Cf. les trois développements contenus dans les a'. 27-37.)

Les V. 83-86 offrent un curieux exemple de coordination au lieu de subordination. La construction logique serait : Quanto furiosius... est, amicum, quod paullum deliquerit, odisse... etc.. Au lieu de cela nous avons trois propositions indépendantes. De même au v. 90 : Conniinxit lectum potus...

1. Malgré O. Ki^Wcv, Epilcf/nm., ad h.l. : « Dov Sinn vorlaiii^t das l)Ostl>ezcufîle ac » cl Luc. Millier, ilans ses deux dernières éditions, je lis, au v. Vi, at, qui me paraît conimandé par le sens. II. vient de l'ornuder un souhait irréalisai)le : Vellem...; à ce souhait irréalisable il oppose (a/ = mais du moins) la réalité non seulement possible, mais obligatoire : sic nos debemus...

est pour une proposition hypothétique : si par hasard... etc., faut-il pour cela que je Ten aime moins?

Au V. 96 H. se heurte à une objection et rien ne nous en avertit ; il aurait pu la formuler plus nettement : Mais, d'après une certaine théorie, toutes les fautes sont égales; cette théorie ii»est pas d'accord... etc.

S. I, 4, 1 sq. Portrait de Lucilius. L'idée importante, par laquelle débute le portrait', c'est que, si Lucilius attaque librement les personnes, c'est par imitation des poètes de la comédie attique ancienne. Or la pièce commence par une caractéristique d'Eupolis, de Cratinus, d'Aristophane, comme si H. allait écrire une histoire de la Comédie ancienne. Ce n'est là qu'une idée accessoire qui vaut, non par elle-même, mais parce qu'elle est indispensable k l'intelligence du talent de Lucilius. Elle devrait être subordonnée, non coordonnée. Au lieu de cela, elle prend la tête du développement et elle joue grammaticalement un rôle qui n'est pas son rôle logique. J'ai déjà signalé ce procédé.

Même observation au v. 13. La provocation de Crispinus est tout à fait inattendue et rien en apparence ne la rattache à ce qui précède. Or la suite des idées est celle-ci : je ne me soucie pas

1. Le V. 11, dans ce portrait, interrompt la construction, qui se rétablit tout naturellement si on le supprime :

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