IX. — Cartault. — Satires d'Horace
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nettement caractérisé comme l'un de ces misérables avec lesquels H. a maille à partir (v. 33 : omnes hi metuunt uersus; v. 70 : cur metuas me ?). H. ne le ménage pas et l'accable (v. 69) d'une hypothèse désobligeante. Puis, au v. 78 sq., il lui fait formuler de nouveau ses griefs : « Laedere gaudes »,inquit, « et hoc studio prauus facis ». Il est à remarquer que ce chef d'accusation,!!, ne le laisse pas le jeter lui-même dans la conversation, mais qu'il le recueille de sa bouche pour le transipiettre au lecteur (inquit, v. -jy g(.^ __ il me dit). Et le fait est d'autant plus notable qu'au v. 48 sq. le même interlocuteur avait été directement mis en scène avec une réplique. A partir du v. 79 H. l'attaque à la seconde personne. Après « inquit » on attendrait : Vnde petitum Hoc id me iacit? Mais H. aime mieux prendre contact plus vivement avec son interlocuteur. Il le presse de questions i et il finit par l'invectiver à son tour et par lui imputer la calomnie basse et louche (v. 79-103). Cette charge contre lui terminée, il espère qu'il désarmera, v. 104 sq. : hoc mihi iuris Gum uenia dabis, et, s'il s'y refuse, il compte que les poètes, ses collègues, viendront à son aide pour lui faire violence et l'enrôler de force dans la confrérie, v. 142 sq. : ac ueluti te ludaei cogemus in hanc concedere turbam.
Du V. 38 au v. 143 l'interlocuteur fictif paraît bien être le même personnage. Il est cependant assez singulier qu'après avoir admis l'hypothèse qu'il n'est peut-être qu'un simple brigand, V. 09 : Vt tu sis similis Caeli Birrique latronum, après l'avoir traité d'hypocrite venimeux, v. 93 sq., il lui demande son indulgence (v. 105) et qu'il veuille l'amener de force dans la troupe des gais compagnons que sont les poètes, incapables de médisance, mais aimant à dire en riant leurs vérités aux gens. Il prend évidemment son adversaire beaucoup moins au tragique à la lin qu'au milieu de la pièce. Cette contradiction apparente semble s'expliquer par ce fait que rintorlocuteur fic-
1. Au V. 8:i co n'est pas bien entendu Tinterlocutour qui est inleriiellé par les mois : hune tu, Romane, caueto. Nous sommes en présence d'une simi)le apostrophe de rhéloriciue; c'est pour : hune Romanus caueat. J. Suman, Zur Erlduning von lloraz Sa/. 1, 4, 6/-V5, Zeilschrift fur die ôsterreichischen Gymnasien, t. 48, 1897, p. 487-489 met les v. 81-85 dans la bouche de l'interlocuteur fictif : « Es emi)nehlt sich daher, die in Rede stehendeu Worte von Absenlein qui rodil bis hune tu, Romane, caucfo in den Ausgaben, wie dies auch z. B. bei Kiessling geschehen ist, ebenso wie Laedere gnudes mil den Aiifiïhrungszeiohen zu versehen. » Je considère au contraire les V. 81-8IJ comme une partie de la réponse d'H. ; c'est le commencement de son second argument.
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tif n'est pas chez H. un personnage immuable, tel à la fin qu'il a été au début, mais une matière malléable, un être à transformations, quichang-e d'aspect suivant les besoins de la discussion. H. ne nous fait entendre sa parole que deux fois, la première directement v. 48 sq., la seconde indirectement v. IS sq. Tout en le maltraitant vigoureusement, il le met pour les ripostes à la portion congrue.
Dans la S. I. 10, 20 sq., après avoir rappelé et défendu son jugement sur Lucilius, H. se fait interrompre par un interlocuteur fictif, dont rien, jusqu'alors, ne faisait soupçonner la présence. Celui-ci intervient plus brusquement que d'habitude ; car, en général, H. ne donne la parole à l'interlocuteur fictif qu'aj)rès s'être adressé à lui plusieurs fois. Il n'est pas douteux que ce ne soit le représentant collectif des admirateurs aveugles de Lucilius ; car, pour toute réponse, H. se borne à apostropher ceux-ci au pluriel, v. 21 : 0 seri studiorum... Cependant l'interlocuteur insiste, v. 23 sq. ; H. l'interpelle alors directement, v. 25 sq., et, s'il ne le fait pas répondre, c'est une manière d'indiquer qu'il l'a réduit au silence. L'interlocuteur fictif disparaît alors pour assez longtemps, pendant qu'H. nous fait des confidences. Puis, retenant k son jugement sur Lucilius, H. formule une objection qu'on pourrait lui faire, v. 50 : At dixi fluere hune lutulentum... (il ne donne pas la parole à son adversaire, bien qu'il la lui ait prêtée plus haut, V. 20 sq. Si la parole était à l'interlocuteur, celui-ci dirait : At dixisti fluere hune...). Cette objection est, bien entendu, conforme aux dispositions d'esprit de l'interlocuteur ; H, se tourne immédiatement vers lui pour la réfuter, v. ol : Age, quaeso. Tu nihil in magno... C'est bien lui qu'il a encore en vue, v. 72 sq., lorsqu'il donne des préceptes de style. Car ces conseils sur l'art d'écrire ne s'appliquent à personne mieux qu'à l'admirateur du mauvais style de Lucilius, quoiqu'ils aient une portée plus générale et le dépassent; H. oppose nettement sa personnalité, v. 76 : non ego, à celle de son advesaire.
L'interlocuteur fictif est donc toujours dans cette pièce le même personnage. Son intervention est plus imprévue et moins préparée que d'ordinaire, et son rôle intermittent.
Dans la S. I, 1 sq., H. interpelle Mécène au début, et c'est bien à lui qu'il s'adresse encore v. 11 : Ne te morer, audi... et à la fin, V. 120 sq. : Ne... putes. Il semble que, dans le corps de la pièce, c'est avec Mécène que doive avoir lieu la conversation ; il n'en est rien, et la dédicace à Mécène ne gêne nullement H. pour l'emploi de l'interlocuteur fictif. C'est auv. 38 sq.
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qu'il engage avec lui la discussion. Il est le représentant des gens avides, dont H., v. 2S sq., adonné quatre spécimens : le paysan, lecabaretier, lesoldat et le trafiquant sur mer. Il les incarne tous, mais aucun en particulier. Au v. 38 sq., « feruidus aestus » et « hiems » peuvent convenir au paysan et au navigateur, « mare » au navigateur seul, « ignis » (sur le sens duquel on a beaucoup discuté, et qui ne saurait être un simple synonyme de (( feruidus aestus ») et « ferrum » paraissent s'appliquer au soldat (cf. l'expression usuelle ferro if/nique uastare) ; rien ne rappelle le cabaretier. Plus loin, quelques-uns des éléments qui composent le caractère de l'interlocuteur fictif reparaissent sporadiquement, jusqu'à ce que, finalement, nous nous trouvions simplement en présence d'un homme avide. V. 41 sq., H. l'entreprend par une question qui demande une réponse. Toutefois, au v. 43, je ne crois pas qu'il lui donne encore la parole, mais qu'il formule luimême la réponse sous forme interrogative, et je lis en conséquence : Quid iuuat, inmensum te argenti pondus et auri Furtim defossa timidum deponere terra? — Quod, si conminuas ', uilem redigatur ad assem? — At ni id fît... H. réfute l'objection, V. 45-51, par des arguments qui touchent, non pas 1 homme cupide en général, mais plutôt le cultivateur. Après une interrogation pressante, il donne directement la parole à l'interlocuteur, V. 51 : At suauest... Puis il le réfute de nouveau par des arguments, dont le premier concerne bien nettement le cultivateur, v. 53 : tua... granaria, et il suppose une dernière objection, qu'il formule en son nom et qu'il ne lui met pas dans la bouche, V. ()1 : At bona pars hominum... La discussion paraît se généraliser; nous ne sommes plus en présence d'un individu, mais d'une collectivité (bona pars hominum). Pourtant, c'est bien l'interlocuteur fictif qu'il, envoie promener, v. 63 : quid facias illi? lubeas miserum esse.., contre lequel il refuse de discuter et qu'il retrouve devant lui, lorsque, se décidant à reprendre 1 entretien et, observant sa mine^ il lui dit, v. 09 : quid rides?
1. Bien que conminuas puisse se prendre dans le sens de l'indéterminé on, si ce vers élail dans la bouche de rinterlocutour fictif, on attendrait phdàl conminti.im : au contraire, dans la bouche d'il., conminuas est tout à fait à sa place. II. Dïmtzer, Krit. u. Erkl., i^er Theil, p. 231, a bien compris (pie le V. 43 est prononcé par II., qui exprime la pensée de son adversaire. Au V. 't't il ne s'agit pas de l'aspect esthétique du monceau d'argent ou d'or, mais de son utilité. Je me demande s'il ne faut pas lire : At ni id lit, (piid liabcl pulchre constructus aceruus ? Cf. S. II, 3, 95 sq. : pulchris Diuiliis... (juas qui constru.\erit...
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H. dirige alors contre lui, v. 69-91, une virulente philippique, en le considérant simplement comme un avare tvpique, sans qu'il soit plus question du métier par lequel il s'est enrichi. Aux V. 80-83 H. formule lui-même, sous forme interrog;ative, une objection, qu'il suppose chez son adversaire, mais sans lui donner la parole. V. 92-100, il lui conseille de jouir enfin de ce qu'il possède, et il lui rend la parole, v. 101 sq., mais non pas pour continuer la discussion, pour y renoncer au contraire et pour demander une règle de conduite, car l'adversaire peut croire qu'on le jette d'un excès dans un autre. H. définit nettement cette règle de conduite, v. 102-107.
La présence de l'interlocuteur fictif est, dans la S. I, 1, de plus longue durée que d'habitude ; la discussion avec lui est poursuivie avec plus d'insistance, et elle aboutit à un résultat. L'interlocuteur fictif consent à voir dans H. un guide. Quant à la formation du caractère, elle est assez curieuse. L'interlocuteur fictif est le représentant de quatre corps de métier, mais non pas de l'un plutôt que de l'autre. Or certains traits particuliers transparaissent arbitrairement au début de la discussion ; ce n'est qu'à mesure qu'elle avance que le personnage devient un type tout à fait général de l'avarice.
La S. II, 2 est une leçon faite par un professeur devant un auditoire fictif. Cet auditoire paraît composé de gens au courant des questions culinaires, mais non pas de ces gourmets raffinés à l'excès, qu'H. attaque dans la pièce ; sans quoi, il ne les appellerait pas boni, v. 1. L'invitation clisquirite, v. 7, est une simple politesse, l'auditoire fictif ne prenant, en réalité, aucune part à la démonstration qu'H. fait devant lui. Du moment qu'H. suppose un auditoire, c'est à lui évidemment qu'il devrait s'adresser. Ceci, toutefois, ne l'empêche pas de recourir à l'emploi de l'interlocuteur fictif ; nous allons voir dans quelles conditions.
Cet interlocuteur fictif, H. l'interpelle dès le v. 9 sq. Au début, il est assez peu déterminé. Il ne semble pas que ce soit un de ces viveurs affadis, un de ces juges corrompus qu'H. récuse. C'est un homme qui n'a pas de parti-pris et qu'on peut espérer convertir aux bonnes doctrines. En effet, les v. 9-22 n'entament pas encore la polémique contre la gourmandise. Ils ont pour but de déterminer les conditions favorables à la juste appréciation des mets. Le caractère s'accentue à partir du v. 23, c'est-àdire au moment où commence sérieusement la discussion ; c'est bien un adversaire irréconciliable qu'H. a devant lui, qu'il
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peut malmener, mais qu'il n'espère pas convertir à des opinions saines. De fait, l'interlocuteur fictif de la S. II, 2 est celui pour lequel II. est le moins tendre ; il le bouscule et l'injurie. Il le connaît bien, car il le pourchasse dans ses retranchements, il dissipe toutes ses illusions, il perce à jour ses sophismes, mais il ne lui permet la réplique que tardivement, v. 3!) sq. C'est le procédé qui consiste à tourner et à retourner l'interlocuteur fictif dans tous les sens, à l'accabler d'un flot d'arguments pressants et de questions, à supposer les objections qu'on réfute, avant de laisser l'adversaire s'exprimer en style direct. Du reste, ici H. laisse l'adversaire à la cantonade et se borne à nous transmettre sa riposte (ait v. 40 =^ il me dit). Cette réponse : Porrectum magno magnum spectare catino Vellem, lui paraît si monstrueuse qu'il refuse de la discuter. Il lance des imprécations contre les gourmands en général, à la troisième personne : horum, v. 41, et c'est à la collectivité qu'il s'adresse, lorsqu'il reprend la discussion, V. 50 : uos.
Au V. 54 sq, H. revient à la seconde personne du singulier : uitaueris... detorseris... A qui s'adresse-t-il, au juste? Ce n'est pas au gourmand éhonté, qu'il n'a fait apparaître que pour l'écraser de ses arguments d'abord, du poids de son mépris ensuite. Il ne l'a pas converti. C'est plutôt à l'auditeur impartial, auquel il s'est adressé d'abord. C'est bien lui qu'il a en vue, v. 79 : accipe nunc... (on attendrait plutôt : accipite, en souvenir du début; l'individu est substitué à la collectivité), et c'est avec lui qu'il converse jusqu'au v. 80. Le personnage qu'H. interpelle ne saurait être ni le glouton, puisqu'il lui met le glouton sous les yeux^ V. 70 : uides ut pallidus omnis. .., ni l'homme sobre par principe et par régime, qui lui est proposé pour modèle et qui figure à la troisième personne, v. 80 sq. : aller... hic... Ce ne peut être qu'un individu sans idées préconçues, disposé à accepter les leçons du maître et à les pratiquer.
Au contraire, nous revenons au gourmand incorrigible, v. 80, à celui qui l'est de propos délibéré et depuis son enfance. Le ton devient plus incisif, l'argumentation violente (v. 00 : iurgatur) ; puis IL, sans entamer avec son adversaire un véritable dialogue, nous- transmet sa réponse, v. *)'.)-IOI (inquit = il me dit) ; alors, se tournant contre lui, il l'entreprend avec la dernière vigueur. En général, lorsqu'H. consent à exprimer en style direct luio opinion de l'adversaire, c'est qu'il arrive à la lin de sa polémi(|ue, et c'est là le trait ([ui annonce son triomphe définitif.
Aux V. 112 s(|. : Quo magis his credas... uideas..., la discus-
PROCÉDÉS d'exposition DANS LES SATIRES 131
sion est terminée ; il semble qu'H. revienne à l'auditeur impartial des V. 54 sq., 70 sq.
Dans cette pièce, l'interlocuteur ne prend pas la parole; H., qui l'invective vigoureusement , se borne à rapporter en style direct deux de ses objections. Peut-être est-ce la fiction d'un auditoire, qui a empêché H. d'aller jusqu'au bout du procédé et d'établir un véritable dialogue. 11 ne semble pas que l'individu auquel s'adresse H. soit toujours le même personnage.
Dans la S. II, 3 Damasippe répète les propos que lui a tenus Stertinius sur le pont Fabricius et ensuite une leçon de son nmître sur la folie des hommes ; c'est là un scénario qui n'est pas favorable à l'introduction de l'interlocuteur fictif. Au v. 39 sq. Stertinius s'adresse à Damasippe, mais aux v. 66-76 il fait de l'emploi de la deuxième personne du singulier un usage qui déroute au premier abord. Il veut montrer que le créancier de Damasippe est plus fou que Damasippe lui-même. Or il transforme par hypothèse et momentanément Damasippe en créancier v. 69: Scribe decem aNerio..., v. 72 : Cum rapies in ius... et le créancier, transformé en débiteur, est la troisième personne, v. 71 : EfTugiet..., v.73:fiet aper. Les choses rentrent dans l'ordre v. 7o sq. : quod tu numquam rescribere possis. Ici Damasippe est bien redevenu, comme dans la réalité, le débiteur qui ne peut satisfaire aux obligations qu'il a prises. Au v. 69 c'était lui qui les imposait. Il y a là un renversement des rôles qu'il faut quelque attention pour démêler.
V. 77 sq., Damasippe-Stertinius imagine un auditoire fictif composé de gens corrompus qu'il va successivement démasquer et il lui adresse la parole au pluriel, v. 81 : uos ordine adite. Conformément à cette mise en scène, l'avare, dont le cas est examiné le premier, est à la troisième personne. V. 97, l'interrogation « sapiensne ? » est faite soit par l'orateur lui-même, soit par un de ces personnages tout à fait indéterminés, comme les Stoïciens en introduisent dans leurs brèves récapitulations. Mais au v. 122 sq. c'est bien l'avare-type que Damasippe interpelle vigoureusement à la façon d'H., seulement il ne lui cède point la parole ; il exprime en son nom, sous forme interrogative , les raisons qu'il pourrait donner et les réfute. 11 ne va pas. comme II. jusqu'au dialogue, v. 122-141.
Les demandes et les réponses des v. I08-I6O sont caractéristiques du procédé de la dialectique stoïcienne signalé au v. 97. Il s'agit d'un personnage tout à fait indéterminé et non de l'interlocuteur fictif usuel chez H ; peut-être même est-ce le philosophe lui-même qui s'interroge et qui se répond.
Au V. 166 sq. on peut se demander si dones est pris dans le sens indéterminé de on ou si Damasippe-Stertinius n'apostrophe pas un nouveau vicieux, le prodigue.
Dans ses deux dernières éditions, Luc. Miiller arrête le discours d'Oppidius à ses fds au v. 181. Les v. 182-186 seraient adressés par Stertinius àl'ambitieux-type. « Nummis... paternis » paraît militer en faveur de la continuation du discours d'Oppidius. Mais la question est discutable. Cf. p. 136, note 1,
La même question se pose pour les v. 214-223, où l'on se demande si c'csile pleheius qui continue son argumentation contre Agamemnon ou si c'est Stertinius qui reprend la parole, comme lèvent Luc. Miiller. Ce qui empêche de donnerune réponse décisive, c'est que le pleheius est conçu exactement comme un dialecticien stoïcien, si bien qu'il est impossible de dire si c'est lui qui continue ou si c'est Stertinius qui recommence. C'est une affaire de préférence personnelle. Quant à l'hypothèse que, dès le v. 187 sq., \e pleheius ne serait autre que Stertinius lui-même, elle ne paraît pas conforme au scénario adopté, puisque les choses se passent évidemment à Troie même, avant le retour des Grecs. D autre part, le pleheius est un stoïcien, et il n'y en avait pas dans l'armée d'Agamemnon. Le personnage reste donc très indéterminé.
Au V. 224, Nunc âge... Nomentanum arripe..., Damasippe- Stertinius interpelle son auditoire au singulier en l'associant pour la forme à ses recherches. Cf. v. 233 : accipe.
En revanche, c'est l'amoureux, considéré comme un interlocuteur fictif, qui est mis sur la sellette v. 252 sq. : ludas opus. . .plores. . . faciasne... ponas, v. 258 sq. : porrigis.., si non des..., v. 272 sq. : quid, cum gaudes... etc.. Mais l'interlocuteur fictif n'est ici qu'un but d'invectives et il reste muet.
Au V. 279 : absolues hominem, il semble que nous revenions à l'auditeur l)enévolc.
Kn résumé, Damasippe-Stertinius fait dans cette pièce un très large emploi de la seconde personne. Parfois il se rapproche de l'usage d'il., sans pourtant en tirer des conséquences aussi développées et aussi complètes. Parfois il use d'un procédé de l'école étranger à H .
Dans la S. II, 4 Caiius énumère \m certain nombre de recettes culinaires. Il était imj)ortant d'en varier la forme. Il prendquelquefois la lormedu précepte h la seconde personne destiné à un auditeur tout à fait indéterminé, V. 12 : mémento; 17 sq. : Si... teoppresserithospes... Doctus eris ; 27 : prolueris; 51 : si... suppones; 58 :
PROCÉDÉS d'exposition DANS LES SATIRES 153
recreabis; 68 : insuper addes... ; 72 : duraueris. Au v. 83 : Ten lapides uarios..., il va une apostrophe très vive adressée à un interlocuteur fictif, suivant l'usage de la discussion d'H., mais celle-ci s'éteint aussitôt. Ce n'est pas du reste la présence d'H. comme auditeur qui pourrait gêner Catius pour l'introduction de l'interlocuteur fictif, puisqu'il ne fait que répéter l'exposition d'un autre sans y rien changer.
S. II, 7, 22 sq. : Ad te inquam...laudas.,. etc., Dave a la prétention de s'adressera H., qu'il a devant lui. 11 ne semble donc pas qu'il puisse recourir à l'interlocuteur fictif. J'ai expliqué, p. 118, que le v. 46, donné sous une forme indépendante, ne contient logiquement qu'une proposition hypothétique. Il en résulte que, dans la suite, Tu...v. 33, Non es quod simulas... v. 36, etc. s'appliquent bien à H., mais à H. placé dans une situation supposée. Au V. 72, (' Non sum moechus » ais est une objection supposée d'H. ; dans la suite, v. 73, Tune mihi dominus... ? c'est bien contre le véritable H., tel qu'il est, avec son caractère réel, que déclame Dave, bien qu'il y ait çà et là quelques assertions qui paraissent le dépasser, v. 80 sq., v. 107 sq. Dave reconnaît, du reste, que tout ne convient pas à H., puisqu'au v. 110 il emploie la troisième personne indéterminée : qui praedia uendit.
H. emploie l'interlocuteur fictif pour avoir en face de lui quelqu'un à qui adresser son argumentation et ses invectives ; quelquefois il rapporte ses répliques en style direct ou il les lui fait exprimer à lui-même. Dans un grand nombre d'autres cas, il fait parler ses personnages ; par exemple, il rapporte une conversation; ou bien il fait un portrait et, après avoir caractérisé l'individu, il met dans sa bouche quelques mots, qui nous en apprennent plus sur lui que de longues considérations; ou encore, dans une anecdote à plusieurs personnages, il les fait converser entre eux. Tout cela donne à son exposition quelque chose de vif, de concret, de dramatique.
S. I, 7. Le sujet de la pièce c est la prise de bec entre deux personnages ridicules, Rupilius Rex et Persius, à qui reste le
dernier mot, par suite l'avantage (v. 2 : quo pacto sit Persius ultus). Une partie du plaidoyer de Persius est résumée en style indirect ; celui de Rupilius est simplement caractérisé par une comparaison K Enfin la dernière saillie de Persius, celle en l'honneur de laquelle toute la pièce est écrite, est rapportée telle ([u'elle a été dite, v. 33 sq. : Per magnos, Brute, deos te... Le style direct vient seulement à la fin, après des préparations narratives et en style indirect, pour terminer d'une façon très vive.
S. I, 2, 17 s([. H. vient de raconter des choses extraordinaires sur Fufidius. Elles soulèvent un étonnement g^énéral. Il aurait pu constater simplement cet étonnement et décrire l'effet produit sur l'auditeur. Pour plus de vivacité, il donne la parole à l'auditeur lui-même, dont il nous fait entendre la voix : « Maxime » quis non « luppiter ! » exclamât...? etc..
De même, v. 23, il suppose que l'auditeur pe sait pas trop où il veut en venir; il rapporte sa question au style direct : « quo res haec pertinet? »
V. 31 sq. Anecdote de Caton et du débauché. H. pourrait raconter l'aventure. Au lieu de cela, il pose très brièvement la scène et il donne i?i extenso le petit discours de Caton. Le récit est réduit au strict minimum et le discours s'épanouit librement. Nous n'avons pas seulement la manière de voir de Caton, mais la façon dont il lexprime. De même pour Cupiennius; au lieu de dire simplement que celui-ci ne voudrait pas se mettre dans le cas de recevoir un compliment pareil, H. lui fait formuler son sentiment, V. 35 sq. : « Nolim laudarier... Sic me ». Au lieu d'opposer deux points de vue abstraits, il oppose deux discours.
V. 46. Après avoir raconté le châtiment d'ini rnoechiis, au lieu de dire que tout le monde 1 approuve, H. donne la parole à l'opinion publique : « lure » omnes. Le procédé tient singulièrement à cœur à H,., puisqu'il l'emploie pour un simple mot, qui pouvait aussi bien être mis au style indirect.
1. Les V. 26-27 ne me paraissent s"expli<juer quo si l'on adniot (jue deux hémistiches ont été passés. Il est impossible bien onlenchi d"en retrouver le texte, mais le sens devait être celui-ci :
Ruebat, Flunien ut hihernum < per saxa sonanlia laie Kt siluani auliquam >, i'crlur quo rara socunis. l.e copiste a pu j)assef dun hémistiche à l'autre parce quo lo l"""" common(,'ail par/)c/-, le second par forliir. Quo |)our in (/u;un est i.n fait grammatical l)ioii connu. I/idée do foret ne peut guère manquer; c'est dans la forêt (ju'on |)orlc la hache
V. 54 sq. La justification de Salluste sur ses excès avec les affranchies, la profession de foi de Marsaeus sont rapportées en style direct.
V. G9 sq. H. suppose que ïa animus » de Villius lui fait, par l'org-ane d'une partie vulg-aire de son individu, des reproches sur ses idées fausses et malencontreuses et il imag-ine sa réponse qu'il juge très faible ^ Pour instituer en pareil cas un dialogue, au lieu d'exposer simplement les tribulations de Va animus », il faut qu'H. soit très épris du procédé. Il en tire ici un effet assez comique.
V. 120 H. veut caractériser la matrone qui fait des difficultés pour accorder ses faveurs. Au lieu de nous la faire connaître par une analyse psychologique, il rapporte une de ses réponses qui nous montrent tout de suite à qui nous avons à faire : lllam « Post paullo; sed pluris... si exierit uir »... etc..
Ainsi dans cette pièce prennent successivement la parole (indépendamment de l'interlocuteur fictif), les auditeurs d'H. (deux fois), Caton, Cupiennius, l'opinion publique, Salluste, Marsaeus, l'u animus )) de Villius, la matrone impudique mais craintive. La pièce n'est pas une comédie, mais on entend les acteurs comme sur un théâtre.
S. I, 3, 1 sq. H. peint par une série de traits particuliers la versatilité et la bizarrerie de Tigellius. Sur un point spécial, son train de vie, il nous indique non pas seulement ses opinions, mais la façon dont il les exprimait, v. 12 sq., et enfin, v. 13 sq., il rapporte textuellement quelques-unes de ses paroles. Ces quelques saillies nous mettent en communication bien plus intime avec le personnage que de longues descriptions.
V. 19 sq. Après avoir donné un exemple de sévérité dans les jugements sur autrui, H. se fait interrompre par un anonyme et il lui répond d'une façon qui est justement l'expression du travers qu'il réprouve -. Dans l'anecdote de Maenius, il réduit au
1. Je crois que cette réponse est interrogative et qu'il faut écrire, v. 72 s([. : Quid responderet? « Magno pâtre nata puellast? » At quanto meliora monet... etc., A l'objurgation, v. 69 sq. : « numquid ego a te...? », Villius ne peut pas répondre tranquillement <( Magno pâtre nata puellast ». C'est justement ce dont ï" animus » vient de lui dire qu'il se moquait. Mais H., cherchant quelle réponse pourrait bien faire Villius peut dire : il ne lui resterait guère que celle-ci; (or, s.-ent., elle est impossible).
2. V. 19 sq. : « Quid? tu NuUane habes uitia?» — « Immo alia cl foitasse minora ». C'est le texte des mss. et il est à conserver. H. vient de se montrer sévère envers Tigellius; par cette réplique il se montre indulgent
strict nécessaire l'introduction narrative et il met immédiatement en présence deux personnages échangeant leurs impressions en style direct. Il réussit ainsi à faire ressortir en pleine lumière ce qui est important, à savoir la réponse typique de Maenius.
V. t)5 sq. H. vient de décrire Tespèce de malveillance avec laquelle nous incriminons jusqu'aux qualités de nos amis. Il a rapporté un certain nombre de jugements acerbes. Il termine en en citant un dernier sous sa forme directe, comme une saillie qui échappe ^ Le travers est ainsi d'abord caractérisé par H., puis mis sous nos yeux par son expression même.
Ici le procédé est moins développé que dans la S. précédente. Nous entendons parler Tigellius, deux interlocuteurs anonymes (aliquis v. 19, quidam v. 22), H. lui-même et Maenius, un ami trop sévère.
S. I, 4, 13 sq. Provocation de Grispinus. La partie narrative est réduite au strict minimum. H. ne nous dit rien sur les circonstances du défi introduit très brusquement. Mais le défi luimême, qui est la chose importante, est en style direct.
V. 34 sq. Avant de combattre ses ennemis, H. leur fait formuler leurs griefs en style direct et très brusquement, sans même ajouter : disent-ils. Nous sommet mieux et plus vite renseignés que par de longues considérations, et, au moins en apparence, plus exactement. Les intéressés déposent devant nous leur plainte, sans qu'un interprète paraisse l'arranger et la travestir.
V. 96 sq. H. accuse son adversaire de basse malignité; il pourrait le caractériser comme un hypocrite; il préfère nous mettre les pièces sous les yeux et nous faire juges. La médisance se révèle mieux à nous en se faisant entendre. Il s'agit ici de propos supposés tenus réellement ; il est naturel qu'ils arrivent à nos oreilles sans être altérés dans la forme.
V. 109 sq. H. rappelle les leçons de morale que lui donnait son père ; il pourrait se borner à- en rapporter l'esprit ; il préfère en reproduire les termes. Nous y assistons en (juelque sorte et nous écoutons les conseils mêmes que le père faisait entendre
envers lui-même. Le cas est le même qu'au v. 21 sq. pour Maenius, (■^paiement blâmé par un anonyme et se défendant éfïalement. Il faut donc au V. 20 une réplique d'H., et cette réplique doit être, sous une autre forme, identi(|ue de sens avec celle de Maenius : « Egomet mi ii^nosco. » Or, en répondant .. Immo alia et fortasse minora », H. sibi ignoscit.
i. Il n'y a pas de raison décisive pour rattacher molestnx h inpcUat ou pour en faire une partie du jugement de l'ami trop sévère.
Procédés d exposition dans les satires I5t
au fils dans les diverses circonstances de la vie. Puisqu'il s'agit de faire revivre un enseignement oral, le discours direct est le procédé le plus exact et le plus naturel.
V. 134 sq. H. veut nous initier à ses méditations. Il répète tout haut pour nous ce qu'il se disait tout bas. La méditation étant en somme une conversation intérieure, la forme choisie est parfaitement justifiée.
Nous entendons ici Crispinus, les ennemis d'H. pris comme une collectivité, un de ses adversaires particuliers, son père et lui-même.
S. I, 5, 11 sq. H., sur le bord du canal des marais Pontins, écoute les esclaves et les mariniers qui se disputent. 11 reproduit quelques-uns des propos qu'ils échangent. Evidemment nous n'avons pas tout et le procédé comporte une abréviation nécessaire. Mais la chose est bien plus vive '.
V. 51 sq. C'est la prise de bec de Sarmentus et de Gicirrus. Leurs facéties sont plus piquantes, si elles arrivent directement à nos oreilles. Seulement H. a compris qu'il ne pouvait en transcrire qu'un petit nombre. 11 y en a eu bien d'autres, permulta v. 62, multa V. 63. A nous déjuger de l'ensemble par quelques traits saillants peu nombreux, mais qui ont l'avantage d'être fidèlement rapportés. Sarmentus a les honneurs du style direct pour quelques-unes de ses inventions drolatiques, Gicirrus pour une réplique seulement. La plupart des plaisanteries sont indiquées en style indirect.
S. I, 6, 29. Il s'agit des propos malveillants, qui chagrinent les oreilles d'un ambitieux. H. introduit brusquement quelques-uns des plus habituels, sans même nous dire par qui ils sont tenus. C'est la voix de la foule.
V. 38 sq. Continuation des mêmes propos. Seulement ce ne sont plus des réflexions désobligeantes entendues en passant. Le candidat est mis en présence des électeurs, qui expriment librement leur opinion sur son compte ; il répond, et les électeurs lui répliquent de façon à le réduire au silence. C'est tout un petit
1. « IIuc adpefle » doit évidemment être mis dans la bouche de lun des esclaves. Pour « trecentos inscris; ohe ! lam satis est », la chose est plus douteuse. Il se peut que ce soit un esclave, qui, prenant les intérêts de son maître, ne veut pas qu'on embarque trop de monde. Il se peut aussi que ce soit le marinier qui s'oppose à l'envahissement de son bateau. Rien de décisif ne force à adopter une hypothèse plutôt que l'autre; j'incline pour la première. En tout cas, le fragment de conversation des v. 12- 13 ne parait pas être identique avec les conuicia du v. 11.
158 ÉTUDE SUR LES SATIRES d'iIORACE
dialogue. La justification du candidat est assez efFacée et ne le fait pas connaître; il en est autrement des propos des électeurs; si brefs (|u'ils soient, ils nous en apprennent sur leur compte tout autant qu'une étude psychologique détaillée.
V. 54 sq. II. ne rapporte pas les termes mêmes de la recommandation de Virgile et de Varius auprès de Mécène ; il n'en connaissait sans doute que le sens général. Pour sa première entrevue avec Mécène, il rappelle simplement le fond de ses déclarations ; il ne pouvait guère se citer et les quelques mots de Mécène inqjortent j)eu, puisqu'ils furent insignifiants.
S. I, 8. C'est la mise en œuvre, avec des proportions plus amples, du procédé qui consiste à donner la parole à l'intéressé. Priape raconte sa mésaventure.
S. I, 9. Naturellement l'entretien avec l'intrigant, ou tout au moins les parties saillantes de cet entretien sont rapportées en style direct. La conversation perdrait beaucoup à ne pas nous être soumise telle quelle. A un moment, v. M sq., H., qui se parle à lui-même — aiebam tacitus — , nous communique en style direct l'expression de son impatience i.
S. I, 10, 31 sq. , H. mentionne comme une erreur de jeunesse la manie qu'il a eue jadis de faire des vers légers en grec. Quirinus l'a vertement rappelé à l'ordre. La prescription du dieu est la chose importante ; aussi est-elle en style direct.
Y. 70 sq. En prenant à son compte les sentiments de la mime Arbuscula à l'égard du gros public, H. reproduit un des propos de l'actrice. La chose est plus brève et plus vive.
S. I, 1,4 sq. H. vient de déclarer que les gens envient le sort du voisin. Il prend des exemples et il pourrait dépeindre d'une façon narrative ce mécontentement. Il préfère nous en faire " entendre l'expression directe et, pour deux des individus cités, il renqjlace la caractéristique par quelques paroles, qui nous font pénétrer dans l'àme même des personnages.
V. 15 sq. Dans la petite scène théâtrale reproduite par IL. la part du récit est aussi réduite que possible, puisque nous ne
1. On partage généraloment entre H. et Tintrigant le couplet des v. 20- 31. Avec 11. Diinlzer, Kril. und Erkl., 2'«'' Theil, p. 202 sq., je. crois cju'il faut le donner tout entière M. H. désespère de se débarrasser de l'intrigant; il n'y a pins (|uun moyen, c'est que l'un ou l'antre des deux adversaires meure ; H. déclare ironicpienient qu'il est jilus naturel que ce soit lui: « Tu as sans doute encore une mère, des parents, qui s'intéressent à ton existence? Moi, je u'ai plus personne; j'ai enterré tous les miens ; bien heureux sontils ! Je reste seul ; achève-moi ; car... » II. est résigné à son triste sort.
PROCÉDÉS d'exposition DANS LES SATIRES 459
savons pas dans quelles circonstances les choses se passent. Mais le discours du dieu nous met vivement au fait. H. ne va pas ici jusqu'au dialogue; les principaux intéressés n'expriment leur refus que par leur attitude.
Au V. 28 sq. les illusions des gens avides, qui en arrivent k se tromper eux-mêmes, sont rapportées par H. en style indirect.
V. 54 sq. H. suppose un sentiment chez l'interlocuteur fictif et l'exprime en style direct : Vt... et... dicas « magno de flumine malim... etc.. ». Le style indirect aurait suiïi; on voit combien le procédé de la parole donnée au personnag-e est inhérent à la manière d'H. et se présente de lui-même sous sa plume.
V. 6i sq., H. pourrait décrire les sentiments de l'avare athénien à l'égard du public qui le siffle ; il préfère reproduire les propos qu'il se tient à lui-même. Nous sommes ainsi plus nettement fixés sur son compte.
Ce procédé peut être considéré comme l'embryon logique des S. dialoguées, dans lesquelles, du reste, il se retrouve.
S. Il, 2, H. fait une sorte de conférence, dans laquelle il prétend reproduire les théories d'Ofellus (quae praecepit Ofellus, v. 2), non pourtant sans y mêler du sien ; mais de peur que l'interprète n'enlève quelque chose à l'autorité de l'enseignement du maître, il veut que finalement nous entendions sa parole vivante dans toute son originalité et il lui fait tenir un discours, v. 116-136.
S. Il, 3, 38-293. Damasippe rapporte en stj'le direct l'exhortation spéciale que lui a adressée Stertinius et toute une leçon du maître envisageant la question à un point de vue général. La longueur du développement excluait évidemment le style indirect.
V. 59. Avertissements donnés à un fou qui va se tuer. Ils s'expriment naturellement à haute voix : clamet, v. 57. Damasippe les reproduit tels quels.
V. 60 sq. 11 s'agit d'un acteur ivre, qui s'est endormi sur la scène et que les spectateurs n'ont pas pu réveiller en reprenant en chœur le début du couplet de son partenaire. L'interpellation bruyante des spectateurs est la chose importante. Damasippe donne le début de la tirade.
V. 66. Ce sont des paroles supposées échangées dans la réalité. Damasippe les met en style direct.
V. 87 sq. Damasippe vient de raconter comment Staberius a libellé son testament. Il ajoute qu'il n'a voulu écouter aucune des objections qu'on aurait pu lui faire. Damasippe ne formule
jjas ces objections, mais bien la réponse par laquelle Staberius les a écartées : c Siue eg-o praue Seu recte hoc uolui, ne sis patruus mihi ». « Hoc », au v, 89, se rapporte k ces objections possibles (tandis que <( hoc », au v. 88, représente les dispositions du testament) , et le vers sig-nifie que Staberius les avait bien prévues. Nous venons de voir qu'il les a repoussées par la question préalable. Le sens est en somme : Staberius était trop éclairé pour ne pas s'attendre à des remontrances. Il n'a rien voulu écouter. Quel était donc le fond de sa pensée en ordonnant... etc.?
V. 142-456. Anecdote du riche Opimius, qui aime mieux mourir que de se payer une potion. Damasippe commence par un récit détaillé, et il termine par le dialogue du médecin et du malade.
V. 168-186. Dernières recommandations d'Oppidius à ses fils. Après une courte introduction narrative, Damasippe reproduit les recommandations en style direct. Nous assistons à la scène.
V. 187-213. Anecdote d'Agamemnon et du plebeius. Aucune partie narrative. Ce n'est qu'incidemment et par la conversation même que nous apprenons que la chose se passe au camp devant Troie, après la mort d'Ajax. La scène étant de pure invention, toute narration, qui aurait paru vouloir lui donner une réalité historique, aurait été maladroite. L'important, c'est l'argumentation du plebeius et les vains efforts d'Ag^amemnon pour s'y soustraire. G est pourquoi Damasippe reproduit les termes mêmes de la conversation.
V. 226-238. Anecdote du viveur qui distribue une partie de son héritage à ses fournisseurs. Une courte introduction narrative était nécessaire pour nous mettre au courant et nous présenter les intéressés. Les quelques mots du leno peignent à merveille sa platitude et celle de ses compères ; mais 1 important, c est le petit discours du viveur, discours qui met k nu sa folie stupide, mieux que ne pourraient le faire toutes les appréciations de Damasippe.
V. 251). Damasippe est amené par la suite de son raisonnement k reproduire une petite scène, dans laquelle quelqu'un offre des fruits k un enfant capricieux. Il nous fait entendre les paroles caressantes : (( Sume, catelle », par lesquelles on essaie de les lui faire accepter.
V. 259-271. Pour rendre sensible la faiblesse de caractère de l'amoureux mis k la porte par sa maîtresse, puis rappelé, Damasippe reproduit le commencement de \ Eunuque de Térence, C'est justement par le dialogue avec l'esclave que la versatilité de l'amoureux se manifeste. Du reste, la scène étant empruntée au théâtre, il fallait bien lui conserver sa forme
PROCÉDÉS d'exposition DANS LES SATIRES 161
originale; en la racontant, H. eût été contre ses propres tendances, qui le portent plutôt à accentuer quà effacer le caractère dramatique.
V. 281-287. Anecdote de Taf Franchi dévot. Après une courte partie narrative, destinée à nous mettre au courant, Damasippe rapporte les termes mêmes de la prière de l'affranchi.
V. 288-295. Il en est de même de la prière de la mère superstitieuse, dans des circonstances tout juste suffisamment caractérisées pour que nous sachions de quoi il s'ag-it.
\. 314-320. Fable de la g-renouille qui veut se faire aussi g^rosse que le a- eau. La fin en est dramatisée par le dialogue de la mère avec lun de ses petits.
Le procédé de la [larole donnée aux personnages est, dans l'exposition de Stertinius-Damasippe, le même que dans les S. personnelles d'H. 11 est employé plus fréquemment que partout ailleurs et prête a l'exposition une vivacité très remarquable.
S. II, 5, 32 sq. Tirésias indique au captateur de testaments un moyen de se rendre particulièrement agréable : se charger des intérêts dun homme riche, dans une affaire où il a tort. Il lui dicte en style direct le discours, qu'il aura à tenir à sa future victime. La leçon est toute faite ; il n'y a qu'à la débiter. Des conseils généraux iraient évidemment beaucoup moins bien au but. V. 42 sq., les assistants admirent le dévouement du captateur. Tirésias pourrait décrire leurs sentiments ; au lieu de cela, un anonyme les exprime en quelques mots.
V. 96 sq. Tirésias veut traduire les sentiments d'un individu qu'on accable de compliments et qui finit par en être gêné : il pourrait dire que celui-ci trouve la mesure suffisante. Au lieu de cela il nous communique l'exclamation de l'intéressé : donec « ohe ! » iam Ad caelum manibus sublatis dixerit,
V. 100 sq. A la lecture d'un testament, Tirésias transcrit en style direct la teneur de la clause qui intéresse le captateur : « quartae sit partis Vlixes... hères », et il lui indique les termes, dans lesquels il devra exprimer son émotion. Ces termes mêmes sont la chose capitale, puisque ce sont eux qui allécheront les assistants et fourniront au captateur de nouvelles dupes. Ce n'est donc pas uniquement pour la vivacité de l'exposition qu'ils sont donnés en style direct. La forme ne doit pas être laissée au hasard et un bon professeur la confiera toute prête à la mémoire de son élève, qui n'aura plus qu'à réciter sa leçon. C'est le même cas qu'au v. 32 sq.
S. II, 6, 4-15. H. nous fait entendre sa prière à Mercure,