IX. — Gartault. — Satires d'Horace. II
\{^2 liTLDE SIJU LES SATIKES d'iIOKACE
telle qu'il la prononce, et, dans cette prière, il intercale, en style direct, v. 8-13, celle des gens avides qu'il n'imite pas.
V 23 sq. II. ne se borne pas à rappeler que, pendant son séjour à la ville, Janus, le dieu du matin, lui impose une foule de corvées; il met dans la bouche du dieu une injonction directe: « Eia, Ne prior ofTicio... etc.. »
V 29. Il rapporte textuellement les plaintes des gens qu il bouscule dans la foule pour passer le premier, parce qu'il montre qu'ainsi chacun se rend bien compte de ses secrètes
pensées. .
Toutes les suppliques qu'on lui adresse, il nous en tait part dans les termes mêmes où elles lui sont faites, v. 34 sq. (Roscius), V. 31) sq. (les scribes), v. 38 sq. (un anonyme). L'exposition devient ainsi très concrète ; si nous ne voyons pas les quémandeurs (car. H. ne dit rien de leur attitude ; deux d'entre eux sont des messagers quelconques), nous les entendons; or ce sont justement leurs demandes, bien plus que leurs personnes, qui sont intéressantes et qui piquent notre curiosité. V. ii, pour caractériser les entretiens de Mécène avec lui dans les premiers temps, H. nous en cite quelques fragments : « Hora quotast? » etc. V. 49 il exprime la jalousie du public à son égard par une exclamation : « Fortunae "liliusl »; V. ol scj. il met en style direct les demandes de renseignements politiques, dont rennuient les flâneurs, et les réponses négatives par lesquelles il se débarrasse d'eux.
V. 70 sq. II. caractérise d'abord d'une façon narrative les conversations, qui ont lieu à sa table, le soir, à la campagne, entre lui et ses amis; il en énumère les principaux sujets, puis, v. 79 sq., il donne la parole à Cervius pour raconter la fable du rat de ville et du rat des champs; elle est trop longue, pour qu'on puisse la concevoir en style indirect. Dans la fable même de Cervius. les personnages causent ensemble, v. 90-97 ; le rat de ville fait un discours à son ami, pour le convertir à son genre d'existence, et il s'étend avec une certaine complaisance sur sa proposition. Après la mésaventure, v. 115-117, le rat des champs adresse brièvement ses adieux à son compagnon. La S. se termine d une façon très vive.
Le discours direct est employé dans cette pièce avec une fréquence très remarquable ; elle se compose de beaucoup de petits détails, (pi'II. a réussi à rendre ainsi très vivants pour nous.
S. 11,7, 22 s([. Dave prouve l'inconstance d'il, en montrant que, sur les mêmes choses, il pense et parle tout diiïéremment sui-
PROCÉDÉS d'eXPOSITIOiN DANS LES SATIRES 163
vant le moment. C'est un portrait intéressant, mais qui ne met pas H. en scène. Aussi Dave termine-t-il en lui donnant la parole un soir d'invitation tardive chez Mécène, v. 32 sq. ; nous l'entendons tempêter contre ses gens.
Au V. 36 sq. Dave ne rapporte pas les imprécations, par lesquelles Mulvius et les autres scurrae déchargent leur colère contre H., qui leur a manqué de parole. Elles ne se prêtaient sans doute pas à être répétées. Mais, dans un discours qu'il suppose — dixerit ille — , il donne une forme concrète aux sentiments que nourrit Mulvius contre son patron et il lui prête un discours.
V. 92. Dave exhorte son maître à s'affranchir du joug avilissant de la passion ; il ne lui indique pas seulement la résolution à prendre ; il veut que cette résolution se traduise par des paroles, et ces paroles, il les lui dicte : « liber, liber sum » die âge !
S. II, 8. C'est un récit mis dans la bouche de Fundanius, le poète comique. Que celui-ci y fasse preuve de ses qualités d'homme de théâtre, c'est ce qui est clair *. Mais, s'il dramatise de temps en temps le récit en rapportant les propos tenus dans le dîner manqué de Nasidienus , il ne fait que pratiquer un procédé, qui est perpétuel chez H,; nous ne trouvons rien là, qui doive être attribué à Fundanius lui-même et qui dépasse les moyens ordinaires d'H. Les intermèdes en style direct, qui interrompent la teneur de la narration, sont : v. 6 sq., le rappel des propres paroles de l'amphitryon à propos du sanglier, v. 16-17, l'offre des vins par Nasidienus, v. 34, la provocation héroïque à boire adressée par Vibidius à Balatro, v. 43-o3, la dissertation de l'amphitryon sur la murène capturée pleine et sur la sauce dont elle est accommodée (c'est par ces développements culinaires qu'il se rend insupportable), v. 61-63, la part prise par Nomentanus au chagrin que cause à son patron la chute du baldaquin, v. 6o-7i, la consolation ironique de Balatro et, v. 7o-76, les remerciements de Nasidienus réconforté. Tous ces propos ont été évidemment l'élément comique de la fête ; de là la nécessité de les reproduire.
S. II, 1, 45. H. voulant effrayer ses ennemis leur adresse une menace en style direct : « melius non tangere », clamo.
L'emploi si abondant dans les S. du procédé, qui consiste à
1. J. Helmbold, Das Gastmahl des Nasidienus [Horaz Sat. II, 8) (Progr. du Gymnase de Mulhouse p. 1887-1888), p. 27, insiste beaucoup là-dessus et restitue, naturellement avec un certain arbitraire, toute la mimique du repas de Nasidienus.
164 ÉTUDE SUR LKS SATIRES d'iIORACE
donner la parole on style direct aux personnaj^es, provient sans doute en partie d'une cause toute matérielle; le slyle indirect, lourd et embarrassé, est en vers d'un maniement difficile. Mais la raison principale est évidemment la prédilection d'H. pour les formes dramatiques. La substitution du discours tenu par l'intéressé à la description faite par l'auteur a des avantages et des inconvénients. L'avantage c'est que, la parole étant l'expression de la pensée même de l'homme, quelques mots prononcés de vive voix par un personnage nous le font souvent mieux connaître que toute une dissertation sur son compte. Il y a là quelque chose de très concret, qui était dans le goût d'H. En revanche, nous n'obtenons ainsi sur l'individu qu'une vue fragmentaire et momentanée. Une caractéristique établie par l'auteur serait plus complète. Mais H. n'aimait guère les considérations d'ensemble, et le particulier avait j)our lui plus d'attrait. De sorte que le défaut même du procédé le séduisait peut-être autant que ses qualités.
Je ne m'occupe pas ici des anecdotes qui figurent dans les S. de récit et qui forment soit le fond, soit une partie de la narration, mais de celles qu'il, introduit dans les S. de discussion par intention spéciale. Nous avons à examiner d'où proviennent ces anecdotes, car elles sont d'origine diverse ; quelle forme II. leur a donnée, car la forme nedilfère pas moins que l'origine ; quel rôle elles jouent dans la teneur de l'exposition, soit qu'elles aient pour but de la rendre plus vive, plus piquante, de distraire le lecteur, soit qu'elles remplacent un argument et fournissent la preuve d'une théorie ; enfin, comment elles se répartissent entre les S.
S. I, 2, 1 sq. Deuil des bohèmes à la mort de Tigellius. C'est un fait contemporain, qu'il, a constaté par lui-même. Il le signale en vedelte pour rendre plus sensible et plus concrète Video que Tigellius était un prodigue.