‹ Étude sur les Satires d'HoraceChapitre 29 sur 48 · IX. — Gahtault. — Satires d'Horace · texte numérisé non relu

IX. — Gahtault. — Satires d'Horace

178 liTUDK SLR Li:S SATIRES D IIORACI':

plus amusant. Sans cesse sur le point d'éclater, il se retient, tout en nous faisant assister à son désespoir de ne pouvoir se débarrasser de Tintrig-ant. L'ironie froide (p'il déploie contre celui-ci, Aristius Fuscus se fait un malin plaisir de la tourner contre lui. Il est lui aussi un plaisant qui joue avec sa victime. Quant au rôle de l'intrij^ant, ce qui le rend comique, c'est qu'H. fait dire au personnage juste le contraire de ce qu'il faudrait pour plaire et pour réussir. V. 23 sq., il se vante d'être un improvisateur et un danseur (choses qu'H. n'aime pas) et de chanter mieux qu'Hermo<^enes (qu'H. déteste). V. i5 sq., il lui propose de l'aider à supplanter les familiers de Mécène (ce qui est tout k fait contraire aux principes d'H.). V. 50 sq., il espère arriver auprès de Mécène en corrompant ses esclaves et en le circonvenant (ce qui est le vrai moyen de se faire prendre en

&"PP^)- , . ,. . - .n

Dans la S. 1, 10, les exposés de théories littéraires, v. /-ly,

31-35, 72-77, le tableau de l'école poétique nouvelle et de la place qu'y tient H. sont de ce style soutenu et élég-ant, qu'H. emploie lorsqu'il parle de littérature et qu'en somme il n'a pas délini. Les discussions avec l'interlocuteur anonyme, v. 1-6, 20-31, 50- 71, sont de l'» acre », les attaques contre ses ennemis personnels, V. 78-80, 90-92, du « sermo tristis ». L'énumération de ses amis est atfectueuse et familière — sermoni propiora — .

La S. I, 1 se compose de deux parties, dont H. a pris soin de signaler lui-même la dilférence de ton, v. 27 : Sed tamen amoto quaeramus séria ludo. Les v. 1-22 appartiennent donc au « sermo iocosus », les v. 23-107 (discussion avec l'interlocuteur fictif) à r« acre » et,.dans certaines parties, au u sermo tristis ». La dernière partie de la pièce, v. 108-121, est beaucoup plus calme, et elle se termine par une plaisanterie. Nous revenons au « ludus », au « sermo iocosus ».

La S. II, 2 contient des parties de discussion qui sont d'une véritable violence, v. 8-G9, 94-111, " acre », «sermo tristis ». On serait tenté de croire qu'H., qui emprunte les idées d'Ofellus. non sans les mélanger d'un fort a})poinl des siennes, a voulu faire passer dans sa polémique quelque chose de la rusticité du personnage, v. 2 sc[., Ofellus Rusticus... Cette intention ne lui est [)eut-ètre pas éti'angère. Pourtant il va prestjue aussi loin dans les parties oratoires de la S. 1. \. La constatation des avantages de la sobriété, v. 70-!)3, est d'un ton plus calme, mais qui conserve encore ([uel([ue chose d Oratoire — rhetoris — . La transition au discours d'Ofellus, v. 112-1 15, le discours d'Ofellus

lui-même, v. H6-I36, sont plus simples. H. sV rapproche du g-enre familier — sermoni propiora — .

Dans sa définition du stvle de la S. H. mentionne l'élément ironique comme devant y figurer parfois — interdum — . Il n'avait encore composé dans ce genre que la S. I, 9, et il ne prévoyait sans doute pas quelle importance il lui ferait prendre dans les S. du second livre, dont le dialogue est presque toujou^s ironique. Le « ridiculum » en est le fond.

S. II, 3. Dans les parties dialoguées, v. i-31, 300-326 Damasippe, qui est un brutal, pratique 1' « acre », H., qui se moque de lui, le « ridiculum )>, et le contraste entre les deux styles est très amusant. L'exposé de Damasippe-Stertinius, v. 31-299, appartient à 1' « acre », souvent au « sermo tristis ». Il est même plus tendu, plus violent qu'en aucune circonstance où H. parle en son propre nom. Il n'est pas douteux qu'il n'ait voulu reproduire jusqu'à un certain point la vulgarité de ton, l'exagération criarde des prédicateurs stoïciens de bas étage.

S. II, 4. Le début et la fin sont « urbane parcentis uiribus ». Quant au ton de l'exposé de Catius. H. a pris soin de le caractériser, V. 9 : Vtpote res tenues teiiui sermone peractas. Mais ceci est corrigé au v. H : Ipsa memor praecepta canam. Et c'est ce qui explique le mélange de familiarité, d'ampleur, d'élégance, de sérieux du style. Ce ne sont que des préceptes culinaires', mais la forme en est très variée, l'expression souvent distinguée et

pittoresque. Le ton devient même oratoire à la fin, v. 76-87

rhetoris — .

S. II, o. C'est un type du « ridiculum ». H. n'a pas voulu déployer contre les captateurs de testaments l'énergie qu'il déploie contre les débauchés, les avares, les ambitieux. Il a mieux aimé faire professer par Tirésias un cours de captation. Ici, comme précédemment, ce sont des choses familières, mais dites avec une certaine emphase oratoire, et le comique résulte du contraste. Comme précédemment, H. a écrit un fragment de poème didactique burlesque. Le style est adapté aux deux personnages : Ulysse, d'abord un peu gêné de son rôle et désirant sauver les apparences, ensuite naïvement cupide et prêt à tout ; Tirésias, indifférent et hautain, comme un devin qui se moque du consultant, mais amusé lui-même de son rôle , à la fois pompeux et subtil, railleur et persuasif.

La S. IL 6, étant de confidences personnelles, appartient au genre lamilier ; mais cette familiarité est bien supérieure à celle de la conversation ordinaire et elle prête à des nuances très

|J}0 ÉTUDE SUR LES SATIRES d'hORACE

fines. Lorsqu'il, parle de su maison de campagne, il est pénétré de son bonheur ; son cœur déborde, et le style est d une émotion discrète mais profonde, v. 1-19, 60-76; il est tendre, lorsque H parle de Mécène, v. 32; plaisant, lorsqu'd décrit avec un désespoir comique les ennuis de la ville, v. 20-51). Dans la fable de Cervius, v. 77-117, le style est soutenu, élégant, poétique. H. a voulu relever par une forme choisie la ténuité du sujet.

S. II, 7. Le dialogue n'a pas la couleur ironique qu'il a dans les autres S. H. n"a pas à ménager Dave ; il l'écoute avec une certaine patience d'abord, puis il le rembarre brutalement. Mais la pièce est un type du « ridiculum », qu'H. emploie cette fois contre lui-même ; il se fait administrer par son esclave une verte mercuriale. L'exposition de Dave est d'abord amusante, v. 6-20, — sermo iocosus— . De même, le portrait d'H. et la mésaventure des scurrae déconfits, v. 21-42. Mais, lorsque Dave commence sa philippique contre son maître, il s'élève tout de suite à 1' « acre », au « sermo tristis » qu'il ne quittera plus, v. 42-115. Il atteint même à une éloquence violente, qui dépasse celle d'H. lorsque celui-ci parle en son propre nom. H. a voulu rendre d une façon sensible la brutalité de l'esclave et du néophyte stoïcien ; le procédé est analogue à celui de la S. II, 3.

S. II, 8. Les quelques paroles échangées entre H. et Fundaniussont de simple conversation; le récit de Fundanius est le type du « ridiculum». Nasidienus est bafoué par tout le monde. Le style, accommodé aux personnages et aux circonstances, est très varié. Nasidienus est d'abord vaniteux, v. 16-17, puis timide, V. 36-38, ensuite doctoral et plein de son sujet, pendant qu'il disserte sur la murène, v. 43-53. Anéanti par la chute du baldaquin, il se laisse cependant réconforter ; il remercie Balatro qui se moque de lui, V. 75-76, et il revient triomphant, v. 84-85. Nomentanus, le factotum, all'ecte l'émotion (v. 61-63), Balatro la philosophie (v. 65-74). Vibidius est un buveur épique (v. 34-35).

S. II, 1. C'est encore un type du « ridiculum ». Moins pompeux queTirésias([ui est un prophète, Trebatius a la gravité du jurisconsulte qui donne une consultation. Il est du reste bienvedhint. IL, dans le rôle de l'homme d'esprit « urbane parcens uiribus », d abord incertain et embarrassé en apparence, plaide si adroitement sa cause qu'il la gagne. Familier dans son portrait de Lucilius et dans ses confidences (v. 24-39), il aborde 1' « acre », lorscpiil proteste de ses bonnes intentions aux v. 39-46, et le « sermo tristis ». lorsqu'il se livre de nouveau aux attaques personnelles que lui avait déconseillées Trebatius (v. 47-60). Le passage où il s'abrite der-

Hère Lucilius fv. 62-79) est de V « acre », avec des détails dune familiarité élégante sur l'intimité de Lucilius avec Laelius et Scipion. La fin de la pièce relève du « sermo iocosus ».

Après ces vues générales, il reste à énumérer les procédés les plus saillants du style d'H. dans le détail.

I. L'interrogation. H. fait un emploi très fréquent d'un genre particulier d'interrogation, l'interrogation à réponse forcée. Elle n'est qu'une forme plus énergique de l'affirmation sûre d'ellemême. L'auteur ne la formule que lorsqu'il a absolument coupé la retraite à son adversaire et que celui-ci n'a plus qu'à se taire ou à opiner comme on le lui impose. C'est une figure de raisonnement plus encore que de rhétorique. H. en fait grand usage dans la discussion avec l'interlocuteur fictif. Souvent il multiplie les interrogations, de façon à donner à son argumentation un tour très pressant. Il aime à terminer ainsi un développement; la réponse étant évidente n'est pas formulée et H. passe à un autre ordre d'idées sans transition. Si l'on veut se représenter dramatiquement les choses, il faut supposer, après la question finale, une pause, pendant laquelle le personnage interpellé ne répond rien, parce qu'il n'a rien à répondre. Le débat est donc vidé et l'orateur repart sur un nouveau sujet.

S. I, 7, 34 sq. Cur non Hune Regem iugulas? A la fin du plaidoyer de Persius. (Rép. forcée s.-ent. : il n'y a pas de raison pour cela, car...) C'est, sous forme d'interrogation n'admettant qu'une réponse, une invitation pressante adressée à Brutus.

S. L 2, o9 sq. An tibi abunde... est...? H. suppose à son adversaire sous forme interrogative une idée qu'il trouve ridicule. (Rép. s.-ent. : ce serait absurde, car...)

V. 62 sq. Quid inter Est...? La réponse forcée est : évidemment il n'y en a pas (de différence). Aussi l'adversaire ne répond-il pas. La question termine la digression des v. 48-63. Immédiatement après et sans transition un autre développement commence.

V. 76 sq. Tuo uitio... Nil referre putas? Toujours dans la discussion avec l'interlocuteur fictif. (Rép. forcée s.-ent. : évidemment si, cela importe beaucoup), « Quare » suppose cette réponse qui n'est pas exprimée.

V. 103 sq. An tibi mauis...? Même cas qu'au v. o9 sq. H. suppose à son adversaire une idée ridicule. (Rép. forcée s.-ent. : évidemment non). L'interlocuteur prend alors la parole pour présenter la chose sous un autre point de vue. (Transition s.-ent. après la réponse supposée faite : évidemment non, mais. )

182 étkdf: sur lks satihf.s d'iioracf:

S. 1, -J, 21) sq. Cur in amiciMum uitiis...? Dans la discussion avec l'interlocuteur fictif. (Uép. forcée s.-ent. : il n'y a pas de raison pour le faire). Eh! bien en revanche... etc..

V. 77 sq. Cur non Ponderibus modulisque suis ratio utitur...? Toujours dans la discussion. (Rép. forcée s.-ent. : il n'y a pas de raison pour ne pas le faire). Puis H. démontre qu'effectivement il est déraisonnable de ne pas ag-ir ainsi.

V. 93 sq. Minus hoc iucundus amicus Sit mihi? quid faciam, si...? H. s'adresse ici à lui-même la question préjug-eant la réponse. Il y en a deux de suite, ce qui arrive fréquemment en pareil cas et ce qui est naturel, car la situation est pathétique. (Rép. forcée s.-ent. à la première question : évidemment non, à la seconde : je n'aurais rien à faire). Les deux questions terminent un raisonnement, puis, sans transition, H. passe à un autre ordre d'idées.

S. I, 4, l\2 sq. II. ré])ond à une objection de l'interlocuteur fictif : Numquid Pomponius...? (Rép. forcée s.-ent. : évidemment non). La réponse est si bien supposée exprimée qu'H. continue: Ergo... etc..

V. 70. Cur metuas me? Dans la discussion avec l'interlocuteur fictif. (Rép. forcée s.-ent. : il n'y a pas de raison à cela). Régulièrement c'est cette question qui devrait clore l'argumentation et elle n'est pas à sa place, Cf, p. 106.

V. 79 sq. Vnde petitum...? Est auctor quis...? L'interrogation est redoublée. ( Rép. s.-ent, à la première : de nulle part, à la seconde : personne). Les deux questions composent à elles seules l'argumentation d'H, Il a réduit sur ce point son adversaire au silence et, sans transition, il passe, au milieu du vers, à un second argument,

V. 93. Liuidus et mordax uideor tibi ? (Rép. forcée s.-ent. : évidemment cela est impossible). La question termine le second argument et, dans le même vers, sans transition, H. entanie le troisième argument.

V. 109 sq. Nonne uides... ut maie uiuat... ? Dans une conversation du père d'H. avec son fils, La réponse : si, est tellement évidente qu'il la suppose faite et continue : Magnum documentum.,, etc..

V. I2i s(j. An... addubites...? Le père d'il, suppose à son fils une incertitude d'appréciation qui serait absurde. (Rép. forcée s.-ent. : évidennnent non). C'est cette question qui termine le résumé de l'enseignement paternel, et, dans le même vers, sans transition, II. se met à en décrire les efïets.

Page 1