IX.— C.vRTAiLT.— Satires d'Hornce
338 ÉTL'DE SUR LES SATIHES d'iIOHACE
l'épicurisme vrai — mais d'attaquer, et il le fait ici avec une piquante ironie, des prétentions philosophiques, qui n'étaient plus que la justification de tous les plaisirs des sens. C'est là ce qui distingue de la S. II, 2 la S. II, i. Dans celle-ci H. se moque des soi-disant principes de sagesse derrière lesquels s'abritaient les viveurs. Il n'est pas impossible que le maître de l'interlocuteur d'H. fût un grand seigneur bien connu, qui avait autrefois suivi les leçons de l'épicurien Catius, qui avait recueilli ses affranchis, et qui se donnait comme son successeur en faisant dévier son enseignement dénaturé vers le développement de l'art culinaire.
Ce même épicurisme mondain est représenté, dans la S. II, (). par un personnage évidemment ridicule, le rat de ville, qui donne au rat des champs des conseils dont la condamnation résulte de l'issue de l'aventure, v. 93 sq., terrestria quando Mortales animas uiuunt sortita neque ullast Aut magno aut paruo leti fuga : quo, bone, circa, Dum licet, in rébus iucundis uiue beatus... Suivant le rat de ville, le secret d'être heureux, c'est de faire bonne chère. Ce qui est intéressant, c'est que les considérations, par lesquelles le rat de ville autorise sa manière de voir, sont justement celles qui reviennenttrèsfréquemmentdansles CHrmina d'il, et qui forment le fond de sa morale courante : songer à la brièveté de la vie et partir de là pour jouir du présent. H. ne paraît pas encore en être arrivé là dans les S. Au contraire, il accueille Catius, représentant de l'épicurisme abâtardi, disciple infime qui a plus d'enthousiasme que de bon sens, avec la même ironie que Damasippe, néoph}' te de condition basse et vulgarisateur grossier du stoïcisme. 11 témoigne donc dune certaine liberté d'appréciation tout à fait remarquable.
La S. II, G, bien qu'elle soit de confidences personnelles, contient un passage intéressant au point de vue philosophique. Au V. 72 sq. H. caractérise les conversations qu'il a chez lui à table avec ses amis, et énumère un certain nombre de sujets : cjuod magis ad nos Pertinet et nescire malumst, agitamus, utrumne Diuitiis homines an sint uirtute beati, Quidue ad amicitias, usus rectumne, trahat nos. Et quae sit natura boni summunufue (juid eius. Le premier, c'est le thème de Crantor, lacadémicien populaire ' ; le second, c'est la question du fondement de l'amitié : H. oppose ici très nettement la solution épicurienne et la solution stoïcienne; il ne considérait donc pas