‹ Étude sur les Satires d'HoraceChapitre 7 sur 48 · ReifTersch., p · texte numérisé non relu

ReifTersch., p

3. Franke, F. H., p. IS sq. et note 40, montre qu'il n'y eut d'amnistie générale que pour ceux qui s'enrôlèrent dans l'armée d'Antoine et d'Octave. Les autres combattants et les proscrits durent attendre jusqu'au moment de la guerre contre Sext. Pompée.

4. Franke, F. H., p. 17, note 49 ; Dillenburger", /. c, p. 5 (contre Luc. Millier, Q. H. FL, p. 17). Orelli-Hirschfelder '•, Q. Ilor. Flaccus..., 188C, t. I, p. XIX sq., croit au naufrage près du cap Palinure et à des dangers courus dans l'Adriatique (cf. Luc. MûUer, l. c). De même J. M. Stowasser, DasSchi/fhruch des Horaz (C. I, 28), Zeitschrift f. d. ôsterr. Gymn., t. 42, 1891, p. 193-7. Mais les v. 18 sq. C. III, 27 témoignent seulement dune connaissance générale des tempêtes de l'Adriatique, dont H. parle souvent. Quant au C. I, 28 il n'a rien à faire ici. Les schol. dès lanti-

parmi les dix-huit villes italiennes dont le territoire avait été abandonné aux vétérans, lors de la conclusion du 2'"*= triumvirat (fin de 13); H. devait donc savoir que sa propriété était confisquée et n'avait pas intérêt à passer par son pays.

Ce qui est certain, c'est qu'en toutcas il n'y resta point. Il était ruiné, et c'était là une conséquence de la guerre de Philippes. Nous avons là-dessus son témoig-nage et, bien qu'il soit très postérieur aux faits, il n'y a pas de raison d'en contester l'exactitude, Vp. Il, 2, 49 s([. : Vnde simul prinium medimisere Philippi Decisis huniileni pennis inopemque paterni Et laris et fundi. Ce qui ressort avec une netteté indiscutable de ce passage, c'est qu'il, était en l'an 42 propriétaire du domaine et de la maison de son père à Venouse et que c'est par suite de la part prise par lui à la guerre de Philippes (|u"il en fut dépouillé '.

quilé ne Tayant pas compris, il n'est pas iiuitile d'en indiquei- le sujet. La fiction poéti(jue est qu'un naufragé anonyme, englouti dans les eaux de rillyrie, v. 21 s([., et rejeté sur un rivage qu'il ne nomme pas, supplie le l)rcmier navigateur qui passera près de là de l'ensevelir. Que le naufragé anonyme soit un négociant de Tarente, c'est ce que prouve le v. 28 sq., puiscpi'il appelle sur son ensovelisseur problématique la bénédiction de Neplniie, protecteur de Tarente. 11 a péri dans un voyage do Tarente en lUyrie et sa prière s'adresse à l'un quclconcpie de ceux qui font la même route. Avant de parler de son propre malheur, l'anonyme avait commencé par cette idée générale que-tout le monde est mortel et, si la pièce débutait par les v. 7 sq., elle serait parfaitement claire. Ce qui fait difficulté, c'est l'apostrophe du début à Archytas. Supi)rime/-la, toute obscurité disparaît : Archytas est mort et a été enterré sur le rivage de Matiue (^proi)ablement près de Tarente : le souvenir est tout naturel chez un Tareiilin. Cf. Const. Bulle, Die Arvhi/Uis-Odc iind der Monx Matiniist, IMiilologus, t. :;7, 1898, p. 340-342); Pélops, Tithon. Minos, etc. sont morts également : moi aussi j'ai péri.., etc. Or l'apostrophe est une pure figure de rliétorique employée ici pour éviter la monotonie de l'énnméralioii. Le naufragé interpelle Arcliytas au lieu de le mentionner tout simplenu'ul |)armi les morts antérieurs. Bien entendu la pièce n'est pas adressée à .\rehylas; d'autre part, il est évident cpi'elle est étrangère à la Inographie d'IL Const. Bulle, /. c, et L L Hartmann, De lloratii carminé 1, 28, Mnemosyne, I. 26, 1898, p. 337-338, croient à torl que l'ode 1, 28 se conqHisi" di> deux poèmes réunis en un. Vincenzo Ussani, L'ode d'Architn, S!i;/;/io su Or.izin, Uoma. 1892, a raison de n'y voir qu'un seul poème mis dans la bouche du naufragé. L'iiypolhèse de G. Friedrich, Q. Ifor. Flaccus.., 189(-, p. 31 s((., (pie l'ock' 1, 28 se rapporte à un naufrage auquel II. aurait échappé l'M 32'3I avant Aetium, sur la Hotte dOelave, est tout à fait en l'air. 1. Luc. Millier. Q. II. FI., p. 18 (contre leipu^l inilémise inutilement Dillenbiirgcr". /. c, p. 2, noie OK -- La preuve que la propriété (\o Venouse

CIRCONSTANT.es dans lesquelles riORACE A COMPOSÉ SES SATIRES 9

Son père n'avait jamais été riche ^; privé de la propriété de Venouse, îl. se trouva dans l'embarras, non pourtant dans le dénuement'-. Il n'avait pas de ressources sutlîsantes pour vivre à ne rien faire. La difficulté de l'existence matérielle se posa pour lui d'une façon aiguë et c'est ce qui explique pourquoi la question d'argent tient tant de place dans ses S. H. avait trop de bon sens pour ne pas voir que c est là la question fondamentale, qu'il faut résoudre avant d'aborder les autres. Il la résolut pratiquement en achetant une charge de scribe 3, sans doute avec ce qui lui restait de l'argent amassé par son père ^ dans son métier de coactor fS. I, 6. 8()), et il se vit ainsi assuré du lendemain.

Nous ignorons jusqu'à quelle époque il conserva ces fonctions. Les uns prétendent qu'il les quitta lorsqu'il fît la connaissance de Mécène ou peu après, les autres qu'il n'y renonça qu'en 31 '. Voici ce qui paraît le plus vraisemblable : S. I, 5, 34 sq. et 31 sq. H. se moque de deux scribes. Il ne nous dit pas qu'il fût le collègue de ces personnages ridicules ; mais il n'y a pas grand chose à tirer de là; car l'esprit corporatif n'a jamais dû être assez vif chez lui pour l'empêcher de railler des confrères. En revanche, dans la S. I, 6, 111 sq., il décrit son existence, qui est celle d'un parfait oisif; il est difficile d'admettre qu'il eût joui d'une si entière indépendance, s'il avait eu à remplir des

n'avait pas été vendue par le père d'H., soit lorsqu'il emmena son fds à Rome, soit plus tard, mais qu'elle fut confisquée après Philippes, résulte clairement de l'Ep. II, 2, 49 sq.

1. S. I, 6, 71, C. II, 20, .ï sq., Ép. I, 20, 20. Ce qu'il avait, il l'avait amassé lui-même, S. I, 4, 108, et 6, 79 sq.

2. Dillenburg-.'^, /. c, p. 5, <( cavendum est ne paupertatem ad inopiam aug'eas ».

3. Suétone, ReifTersch., p. 44, « scriptumquaestoriumcomparauit)). Comme H. n'atteste nulle part positivement qu'il ait été scribe, on a révo([ué le fait en doute. Mais il ne semble pas qu'il y ait lieu de suspecter l'autorité de Suétone. Cf. sur cette question Fi-anke, F. //., p. 32, note 14.

4. H. avait sans doute eu sa part du butin fait par Brutus dans ses expéditions en Asie; mais il la perdit à Philippes.

o. H. Dittmar. dans le 7. Jnhreshericlil ûher da.s istadtische) Kônifj Wilhelms-Gijmnasium zu Magclehiirr/ (Ostern 1892 bis Oslern 1803), p. 13 sq., a résumé la question. Contre Orelli, Duentzer, Dillenburgcr, Stallbaum, etc. qui pensent qu'H. renonça à sa charge de scribe lorsqu'il devint l'ami de Mécène ou lorsqu'il eut reçu la propriété de la Sabine, il admet avec Zumpt, Groebel, Wobcr, Wueslemann, Doederlein, TeulTel, Schuetz, Mueller, qu'il, ne s'en démit qu'en 31.

10 ÉTIDE SUR LES SATIIU':S d'hOUACE

fonctions rég-ulières et rétribuées. Tout le monde s'accorderait sans doute à convenir qu'il n'était plus scribe k ce moment sans les V. 32 sq. de la S. II, 0. Dans ces v. il s'agit des aliéna ncf/otia, qui assaillent H., lorsqu'il va dans la matinée faire sa cour à Mécène. 11 est bien certain qull. nest pas directement intéressé à l'affaire pour la(|uelle lioscius lui fait demander au V. 3o de l'assister, ni à ce que Mécène appose son sceau aux tablettes qu'on lui remet au v. 38. Il doit en être de même de la délibération à laquelle les scribes le convoquent au v. 30 sq. Il s'ag-it d'une question visant la corporation (de re communi), mais qui ne touche point H. On compte seulement sur ses lumières et surtout sur son influence pour la résoudre au mieux. Le passage n'empêche nullement de croire qu'à l'époque de la S. I, 6 il eût déjà donné sa démission.

Quoi qu'il en soit, les renseignements que nous fournit H. sur sa situation matérielle pendant la période des S. sont les suivants : les plus anciens sont ceux de la S. I, (i, 111 sq. Ils sont postérieurs de cinq ou six années à la bataille de Philippes et II. est déjà l'ami de Mécène. Il vit fort frugalement — de légumes, V. 115 — et il s'enquiert lui-même au marché du prix des denrées, V. 112. Son mobilier est simple; mais enfin il a une situation indépendante et trois esclaves pour servir son dîner, V. 110. Il mange à la table de Mécène, v. 47 — conuictor — , mais seulement lorsqu'il est invité (cf. S. II, 7, 32 sq.). D'où lui vient cette modeste aisance? Des économies faites sur ses émoluments de scribe ou des libéralités de Mécène? C'est ce que nous ignorons. H. ne parle point de cadeaux d'argent. Reste à savoir si c'est une raison suffisante pour qu'il n'}^ en ait pas eu.

A l'époque de la S. I, 6 II. vit à Rome. Il peut voyager, v. 104 sq., mais il n'a pas de maison de campagne. La situation a changé dans la S. II, 3; ici il a une villa assez bien aménagée pour qu'il puisse y venir travailler en plein hiver*. Sur la valeur de cette propriété, il nous a laissé quelques indications. Dans l'I^pod. I , écrite au moment des préparatifs de la campagne d'Ac-

I. Sur la siliiiitioii de la villa d'H. dans la Sabine (qu'on appelle souvent iinpioprement le Sahiniim), on est revenu dans ces derniers temps — avec raison, à ce qu'il semble, — aux résultats obtenus à la lin du xviii" sièfle par De Sanctis et Capniartin de Chaupy, en abandonna ni les indications diverfrentes de Pielro Hosa et de Noël des Vergers, c'est-à-dire qu'on place la maison d'il., toujours dans la vallée de la Licenza, mais près des vigne f/t San IHetro et non à Capo le Voile. Cf. Tito Herli, dans la F.infiilLi du l" novembre 1885 (Tirage à part : La rilla ili

tium, c'est-à-dire sans doute en 32, il déclare qu'elle suffit à ses besoins et qu'il ne désire rien de plus, y. 31 sq. : Satis superque me benignitas tua Ditauit. Pour lui c'est la fortune, telle qu'il l'avait rêvée, et il la doit à Mécène. Même appréciation plus tard, C. Il, 18, 14 : Satis beatus unicis Sabinis. Il convient pourtant que sa propriété n'est pas grande, C. Il, 16, 37 : mihi parua rura..., et, dans l'Ep. 1, 10, 1 sq., quand Quintius le traite en riche propriétaire, il lui répond, tout en parlant de ses troupeaux, v. 10, que le plus beau revenu de son domaine, c'est encore l'agrément qu'il y trouve et la santé dont il y jouit. Il n'en est pas moins certain c{ue le cadeau du fonds de la Sabine a sing-ulièrement ausrmenté son aisance. S. Il, 6, il a une habitation à la ville et une autre aux champs; à sa maison des champs, son menu est toujours frugal, v. 63 sq., mais il peut inviter ses amis, des voisins, et l'on boit à sa soif. La S. Il, 7 nous apprend qu'il occupe huit esclaves sur ses terres, v. 118, et qu'à la A'ille, si son ordinaire est simple, il a cependant, tout comme un grand seigneur, des parasites qui viennent égayer le repas, v. 36 sq.

Ainsi, pendant la période des S., Horace est arrivé à une aisance modeste, et cette aisance il ne l'a pas dépassée : tel était son tempérament. De là toute sa théorie sur l'acquisition et la jouissance des richesses. Il la formule dès le premier livre des S., et c'est un point sur lequel il n'a pas varié. S. I, 1, S9, l'homme véritablement raisonnable est celui «qui tantuli eget, quantost opus » ; S. II, 2, 70, l'idéal est le <( uictus tenuis » (cf. v. 53). S. Il,

3, 166 sq., il condamne également le prodigue qui jette l'argent au gouil're et l'avare qui ne sait pas s'en servir. S. Il, 6,

4, il ne demande rien de plus que ce qu'il possède, et

il fuit le tourment des richesses, v. 79 : sollicitas... opes. Epod. 1, J^ 32 sq., il formule ainsi ses principes : haud parauero, Quod aut ^ auarus ut Chrêmes terra premam, Discinctus aut perdam nepos. Sur la question d'argent, il n'y eut pas chez H. d incertitude et de fluctuations ; avoir le nécessaire et s'en servir, tel est le but qu'il s'est proposé tout d'abord ; telle est aussi la doctrine qui domine les S.

A son retour de Philippes, H. entrait dans sa vingt-quatrième

Orazio, Rome, Armanni, J886, avec une carte), Achille Mazzoleni, La villa di Quinto Orazio Flacco, Rivista di Filologia, t. 10, 1891, p. 173-241, 6 planches, Dr. Selliq, Das Sabinische Landr/iif des Iloraz (Progr. de Schwerin i. M., 1896), 19 j)., 2 pi., etc.

ÉrLDE SCR LES SATIHIOS l) HORACE

année; il était enclin au plaisir* et se jeta dans le monde où l'on s'amuse ~. Ses ïambes en font foi; ils ne donnent pas de lui une idée bien favorable, ce qui n'est pas une raison sullisante pour ne pas prendre à la lettre leur ténioignaj^^e '^. L'incertitude où nous sommes de la chronolofçie des ïambes ne nous permet pas de rétablir la succession des aventures «calantes d'H. ; mais voici les renseif^i'nements certains qu'ils contiennent : une de ses premières liaisons paraît avoir été celle qu'il eut avec une certaine Inachia, une Grecque, comme l'indique le nom; il la raconte (Épod. 11, 5 sq.) trois ans après qu'elle était terminée ; il y fit preuve d'une fougue et d'une naïveté qu'il faut noter, car ce sont des traits de début, qui ne se rencontrent plus ensuite chez lui au même degré. Il en est lui-même tout honteux et aux regrets, v. 7 pudet, v. 8 paenitet. Ce fut le roman traditionnel du jeune poète pauvre avec la femme à la mode; H. n'avait à offrir que son talent et il s'indignait — comme presque tous les élégiaques — de ne pas prévaloir contre des adorateurs plus sérieux. Dans les soupers, il prenait des airs langoureux et mélancoliques pour déclarer sa flamme ; puis, comme il était d'un caractère irritable, il jurait

i. SiuU., RpilT., p. 47, «ad ros Venerias intemperantior traditur ».

2. Sur les amours d'il., v. S. Teuffel, De Horatii arnorihus, N. Jahrb. f. Phil. u. Paed., O*^'^'" Supplemenlband, 1840, p. 325-374, où l'on trouve les systèmes antérieurs el les idées des défenseurs de l'honneur d'il.

3. Tli. Oesterlen, Komik und Humor hei Iloraz, l*'*^* Heft, 1883, considère comme irréelles les Épod. 8, p. 113; H, p. 115; 14, p. 117; 13, p. H8, etc. I. I. Harlman, De Iloratio poeln , 1891, traite également d'irréelles, p. 149, rK[)od. M : « Quid est de amore nugari, cjuum ipse ab aniore [remotissimus sis, nisi hoc est? »; p. lOl, les Épod. 4 et 12 : » \am qui cerlum hominem certamve fcminam carminibus persequitur operam tainen dat ut verbis suis aliquod acumen insil, non sic temere maledicla et convitia evomit » etc.. Mou point de vue est diamétralement opposé; tout en reconnaissant dans les ïambes, sur l'indication d'il, lui-même, l'imitation directe d'Archiloijue, je crois cpie cette imitation est de pure forme et appliquée h des faits de la bioLfraphie d'il. Du reste, la peinture de la passion dans les ïambes et dans les cnrminn est très dillérente. Luc. Mûller, Q. II. FL, p. 100 : « Die Liebeslieder derselben (epoden) zeigen... grôssere Wiirme und... grflssere Wahrheit der Empfindunfj: als die der Oden... » On dira peut-être que cela provient de la diversité des modèles; mais la passion dans les ïambes est d'un tout jeune homme qui se livre et s'abandonne, dans les rarmina elle est d'iui homme mûr qui rélléchit. D'où la preuve que, dans les deux cas, II. l'xprime justemenl ce ipi'il sent sur le moment même. Cf. G. rriedricli, Q. Ilor. Flacciis.., p. 84.

de se venger; on le mettait à la porte et on Feng-ag-eait à retourner chez lui; alors il allait, suppliant et furieux, attraper des courbatures sur le seuil inhospitalier de la maison d'Inachia.

Il paraît avoir rempli auprès d'elle les intermèdes ; c'est un rôle qui n'a rien de brillant ; mais la passion était la plus forte

— tout ceci est très juvénile — ; le moins beau de l'aifaire, c'est qu'à la même époque ^ H. avait inspiré de la tendresse à une vieille coquette, ([ui remplaçait les charmes absents par des cadeaux, et que, tout en lui faisant regretter son prédécesseur, Amyntas de Cos, tout en traçant d'elle un portrait repoussant, il acceptait cependant ses présents, Epod. 12. 1 sq. C'était ^ràce à elle que, dans les festins, il était le mieux nippé des jeunes gens de son âge, qui — jolie société — voyaient dans leur mise plus ou moins luxueuse la preuve de l'amour plus ou moins g^rand de leurs maîtresses, v. 21 sq. Pour Horace, qui n'était pas un Hercule et qui était un dégoûté, v. 3, la situation était pénible, mais il la supportait. L'Kpod. 8 paraît être contemporaine de l'Epod. 12 et s adresser à la même personne. Dans 1 Epod. 15 il est question dune certaine Neaera, une Grecque comme Inachia, vis-à-vis de laquellç il avait les mêmes sujets de dispute. Elle lui avait fait des serments de l'aimer; mais elle le trompait avec un plus riche et H. la menaçait rageusement de l'abandonner. Après la connaissance avec Mécène, nous trouvons encore une alFranchie grecque, Phryné, qui ne se piquait pas de plus de fidélité avec H. que ses congénères et H. en était marri, Epod. 14, io sq. : me libertina, nec uno Contenta, Phryne macérât. Décidément il n'était pas heureux dans ses amours. Evidemment sa situation de fortune

— surtout au début — ne lui permettait pas d'être le rival des jeunes viveurs, qui dépensaient sans compter. Cinara seule, qui paraît à peu près de la même époque, eut, bien qu'elle fut avide, le bon goût de ne lui demander que la vivacité de son affection et il lui en a conservé plus tard un souvenir attendri, Ep. I, 14, 33 : Quem scis inmunem Cinarae placuisse rapaci. Elle n'en voulut point à sa bourse.

Très ardent, très impétueux, et très volage, tel nous apparaît H. pendant la période des ïambes. Il courait d'une aventure à l'autre et. trahi sans cesse, ne pratiquait point la fidélité. Il ne

i. Épod. 12, 13 sq. L'Épod. 12 est évidemmenl antéiiourc dau moins Irois ans à l'Épod. 11, puisqu'elle est contemporaine de la liaison avec luachia.

\Ù ÉTLUK SUK LES SATIHKS d'iIOUACE

semble point avoir eu d'intrigue avec des femmes mariées. Quant au reproche que lui adresse Damasippe, S. II, 3, 32o : Mille puellarum, puerorum mille furores, il est sans doute exaf^éré au point de vue de l'arithméticpie, mais à ce point de vue là seulement. Il concorde du reste parfaitement avec l'aveu de TEpod. 11, 23 sq., où II. déclare que ni les conseils, ni les injures de ses amis ne le détacheront de Lyciscus et quil ne le quittera que lors({u"il sera en proie à une autre passion. A cette époque l'amour le domine et assez impérieusement pour qu'il y ait des périodes entières où il ne son^e plus à écrire et où il n'en est plus capable, Épod. 11, 1 sq., Épod. 14, 1 sq. (Celle-ci sûrement postérieure à la connaissance avec Mécène.) De la fréquentation du monde galant par H. est résultée la S. I, 2; H. aime à philosopher sur les faits, à tirer de ses observations une théorie, une règle de conduite ; or la S. I, 2 contient au sujet des mœurs quelques points de doctrine très nets. H. y condamne absolument l'adultère, comme entraînant avec lui des inconvénients et des dangers hors de proportion avec les plaisirs problématiques qu'il procure ; il a pu constater par lui-même que, dans les relations faciles du demi-monde, on trouvait sans péril tout ce qui peut plaire aux sens et qu il n'y a pas lieu de chercher plus loin. Il condamne également les prodigalités insensées des viveurs, qui se rainent pour les belles allVanchies; c'est un excès, dont son bon sens naturel, non moins que la modicité de ses ressources, l'a préservé. Il déclare que, (puint à lui, la satisfaction des sens avec une personne sans prétention et d'abord agréable est tout son idéal. Ainsi la S. I, 2 est une œuvre de rétlexion. Du spectacle des folies qu'il voyait commettre autour de lui H. a tiré une sorte de code de linconduite modérée et rationnelle. Mais il n'e'n est pas ici tout à fait comme pour la question d'argent, où la pratique et la théorie d'il. se confondent; lors des éclats, où l'enqjortait ga passion pour Inachia, les satisfactions purement matérielles, dont il se contente à la fin de la S. I, 2, lui eussent sans doute paru méprisables. Les ïambes sont pleins de cette passion débordante qu'il veut canaliser dans la S. En outre plus tard, dans les carmina, nous retroiivons fréquemment les coups d'une passion plus nu'suréc sans doute et plus nu\re, mais encore rebelle au joug, qu'il. lui-nuMue s'étonne de voir reparaître, mais qui n'est pas éteinte. Lt»rs(pi'il rèvc d'un amour éternel avec Lydia — amour tlonl ni Lydia ni lui-nvème n'étaient ilu reste capables — , on sent 111 lui des idces moins terre à terre que celle qui conclut

la S. I, 2. La S. I, 2, qui contraste par son calme avec les agitations des Épodes, tend donc à poser une règle qu'H. considérait comme raisonnable, comme d'une application désirable, mais à laquelle pourtant il ne s'est pas strictement asservi. Les points sur lesquels il a tenu ferme sont d'éviter l'adultère et les prodigalités ruineuses.

Je n'ai pas à retracer ici l'évolution d'H. dans le monde galant : évidemment il ne fut pas toujours le soupirant plaintif et souvent éconduit dune Inachia. Lorsque la générosité de Mécène l'eut mis à son aise, il put choisir et s'imposer : c'est ainsi qu'il nous apparaît dans les carmina. Mais la familiarité avec Mécène ne fut pas pour lui une raison de rompre avec le demi-monde, que Mécène fréquentait aussi, tout en ayant des prétentions plus relevées cju'H. (lipod. 14, 13 sq.). C'est là. dès le début, qu'il coudoya les moechi endurcis comme Cupiennius, les prodigues comme Salluste, les grandes dames impudiques, qui rivalisaient avec les beautés professionnelles, comme Gatia, les usuriers à l'affût des petits jeunes gens naïfs comme Fufidius, en un mot la plupart des types qui peuplent ses premières S.

Ce monde interlope avait ses professeurs de morale, les philosophes cynico-stoïciens, qu'H. appelle toujours des stoïciens. Dans le boudoir de la vieille patricienne riche et débauchée de l'Epod. 8, leurs traités traînent sur les coussins de soie, v. 15 sq. Il rencontrait les philosophes eux-mêmes dans la rue, où ils étaient le jouet des gamins ; car la scène de la S. I^ 3, 133 sq. est évidemment prise sur le vif. Il a dû assister à leurs leçons, dont il reproduit jusqu'à un certain point la forme (S. II, 3, 77 sq.). Parmi ces philosophes, il y en avait sans doute de différentes catégories, des écrivains comme Fabius, Crispinus, des prédicateurs ambulants comme l'anonyme de la S. I, 3 et Stertinius, puis des élèves tout frais émoulus des leçons du maître comme Damasippe et l'esclave Dave. Que faisaient-ils dans le monde très mélangé où les trouva H. ? A coup sûr, ils répandaient la doctrine, une doctrine violente, mais attachante par sa violence même et son mépris des préjugés, consolante lorsqu'elle empêchait un Damasippe de se noyer dans le Tibre, révolutionnaire lorsqu'elle persuadait à un esclave que son maître n'était ni meilleur ni plus libre que lui. Il est visible qu II. ne leur est jjas favorable(S. I, 3, 133 sq.), et l'on se demande pourquoi. L'aspect misérable du rôdeur de rues, qui ne va qu'aux bains à bon marché, y est pour quelque chose. La guenille cynique répugnait à H. Il est bien certain que nombre d'entre eux joignaient à une morale sévère

M'} ÉTUDE SLM LES SATIRES d'hORACE

(les lutJL'uis foi'L relâchées, ce qui pouvait être encore pour II. un molil" de répulsion. Enfin, il peut y avoir eu jalousie de métier. Les stoïciens étaient des directeurs de conscience : II. prétendait l'être aussi, et, sans doute, il se croyait bien supérieur à ces gueux. C'est du reste moins aux chefs mêmes de l'école qu'il s'en prend qu'à leurs sectateurs grossiers et bavards, et, quant à la doctrine, il se montra moins hostile à mesure qu'il l'étudia davantage. Ce qui n'est pas douteux, c'est que la fréquentation de ces philosophes, tout en froissant l'amour-propre d'il., lui a pourtant été utile et a fait sur son esprit une impression profondie. Il a continué à s'occuper d'eux, lorsqu'il fut devenu le familier de Mécène; il s'est rendu compte que, dans ses S., il acconq)lissait une œuvre parallèle à la leur, qu'il leur devait ({uelque chose ; il leur a consacré toute la seconde partie de la S. I, li et les S. II, 3 et 7 tout entières. Il n'en parle jamais sans une certaine malveillance, mais ils n'en remplissent pas moins une place considérable dans son œuvre satirique.

Une autre catégorie importante de personnages, qui tiennent autant au cœur d'il, que les philosophes stoïciens lui déplaisent, ce sont les scurrae. Ce sont des individus d'origine très différente. Sarmentus (S. I, o, 55) est un ancien et un mauvais esclave. Maenius (Ep. 1, 15, 2G) est un homme riche, qui a complètement mangé son patrimoine. Entre ces deux extrêmes on peut imaginer tous les anneaux intermédiaires. Partis de bas ou tombés de haut, et malgré les dillérences individuelles, ils paraissent avoir eu une sorte de caractère corporatif. Ils avaient tous les vices; ils étaient dominés par leur gourmandise, sans énergie, fainéants, piliers de taverne (S. II, 7, 38 sq.), joueurs iiK'()i'rigil)les(S. II, 7, 15sq.),flagorneursd"une obséquiosité dégoûtante [\i\). I, 18, 10 sq.). Toute leur préoccupation était de vivre aux dépens d'autrui; ils ne connaissaient pas de scrupule (Ep. I, 15, 30), agissaientpar la flatterie ou par l'intimidation (l'ip. I, 15, 33), ne craignaient pas d'injurier leur patron quand celui-ci les laissait en j)lan (S. Il, 7, 30); avec cela, capables d'une certaine philosophie, quand ils étaient réduits à leuis propres ressources [\\\). I, 15, 30 sq.). Ils ressemblaient beaucoup ilans la vie réelle aux parasites de la comédie grecque. Malgré leurs défauts ou plutôt à cause de leurs défauts mêmes, c'étaient pour les viveurs romains des gens indispensables, tout comme les fournisseurs (S. II, 3, 22ÎI). On ne concevait point un repas un peu gai sans eux, non seulement ([uand il s'agissait de réunions déjeunes gens, mais d'un dîner apprêté comme celui de Xasidienus. Ils étaient pleins de

CIRCONSTA.NCKS DANS LESQL ELLES HOKACK A COMPOSÉ SES SATIRES 17

ressources pour exciter le rire. Dans la S. II, 8, les parasites, qui ne sont point qualifiés par H. de scun-ae, mais qui le sont sûrement, ont des talents divers : Porcins avale d'un seul coup des gâteaux tout entiers'. Nomentanus aide l'amphitryon dans ses fonctions de maître de maison et finit par se moquer de lui sans qu'il s'en aperçoive ; Vibidius et Balatro boivent comme des trous, Balatro invente des prétextes à faire rire. Mais, suivant H., la qualité propre du scurra, ce qui le faisait rechercher en société, c était d avoir de l'esprit, un g-enre particulier d'esprit, qui consistait à déverser sur les convives un torrent de pantalonnades, d'invectives et d'ironies, qui amusaient tous les assistants'-. H. avait pour ces saillies un goût tout particulier et il l'avoue franchement; ainsi, lorsque, dans la S. I, o,ol sq., il a raconté la prise de bec — plutôt bizarre — de Sarmentus et de Cicirrus, il ajoute qu'il s'est bien amusé, v. 70 : Prorsus iucunde cenam producimus illam. Il y a là de quoi étonner; mais c'est un fait. L'urbanité d'il, était très différente de ce que nous entendons par ce mot. De ce goût très prononcé pour les facéties et la verve des scurrae provient le rôle important que ceux-ci jouent dans les S. On s'est demandé, non sans surprise, pourquoi H. a jugé digne de la postérité la scène, en somme assez insignifiante, où la faconde grecque de Persius est opposée au vinaigre Italien de Rupilius : c'est que, sans doute, il la trouvait fort drôle et la preuve est que justement il a reproduit aussi les invectives de Sarmentus et de Cicirrus, en disant qu'elles lui avaient fait passer un bon moment. II faut être Italien pour comprendre le plaisir qu'on peut éprouver en écoutant couler de source de belles et joyeuses invectives. Mais H. ne se borne pas à rappeler dans ses vers les bons

1. V. 24, spmel et siinul sont à peu près également autorisés d'après 0. Keller, Epile(join., ad h. 1.; semel est adopté par Kelier, Orelli-Mewes ■♦, siinul par Schiitz, Kiessling-, Luc. Millier, Krûger'-^.. etc... Sirnul signifierait que Porcins avale plusieurs gâteaux tout entiers en même temps ; semel qu'il avale des gâteaux tout entiers en une fois, c'est-à-dire sans les mâcher (comme une oie ou comme une dinde), ce qui me paraît suffire pour le comiiiue.

2. S. I, 4, 86 sq. : Saepe tribus lectis uideas cenare quaternos, E quibus unus amet quauis aspergere cunctos Praeter eum qui praebet aquam, post hune quoque potus. Praeler eum qui praebet aquam signifie évidemment l'amphitryon; les commentateurs se sont demandé s'il s'agissait de l'eau ({ui servait à laver les mains ou de celle qu'on mélangeait au vin. Je crois qu'il y a là une plaisanterie : aspergere éveille l'idée d'asperger avec de leau : or qui fournit leau c'est-à-dire en somme les plaisanteries du scurra'l La bonne chère de l'amphitryon; c'est lui qui alimente sa verve.

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