‹ Étude sur les Satires d'HoraceChapitre 8 sur 48 · IX. — Cautaii.t. — Satires (VHorace · texte numérisé non relu

IX. — Cautaii.t. — Satires (VHorace

^8 KTL'DE SLH LliS SATIIŒS d'uOKACE

mois des se II rrac^ il les imite ; plusieurs de sesépodes,4,6,8, 10, 12 rappellent de très près les aménités qu'échangeaient si gaillardement les Sarmentus et les Gicirrus ; H. a donné un ton littéraire à leurs expectorations, mais il en garde la vigueur primesautière et le tour inattendu. Quant à l'ironie plus fine de Nomentanus dans la S. II, 8, elle est répandue à pleines mains dans les S. Sans doute il serait fort exagéré de dériver des habitudes des scun-HC toute l'œuvre satirique d'H. ; elle renferme bien des éléments qu'il ne leur doit point ; mais, quand on l'accusa de méchanceté, quand il eut à défendre le côté agressif de ses S., c'est derrière la tolérance traditionnelle accordée à Rome aux scurme qu'il s'abrita (S. I, 4,86sq.). Ses contemporains voyaient donc quelque analogie entre les deux genres; et il put attester que l'un des vers incriminés : Pastillos Rutillus olet, Gargonius hircum (S. I, 2, 27), n'était qu'une de ces gamineries, qu'on excusait volontiers chez les professionnels de la plaisanterie. G'est donc dans le commerce des scurrae qu'H. a pris un des traits caractéristiques de sa S. Indulgent pour eux dans les S., ce n'est qu'à l'époque des Kp. qu'il s'est dégoûté de leur personne et a fait ressortir le côté humiliant et bas de leur condition.

Il serait intéressant de savoir qxielle situation personnelle avait II. dans le monde du plaisir, où il se lança un peu à la légère lors de son retour de Philippes. Ce monde était à demi grec ; les danseuses, joueuses de lyre, joueuses de flûte, courtisanes, qui y attiraient les jeimes gens de famille, étaient en majeure partie de Grèce, d'Asie ou d'Egypte ; mais elles n'étaient pas seules ; les musiciens leurs jirofesseurs, les danseurs, les acteurs, les charlatans et bouffons de toute espèce, une partie des fournisseurs de toute cette bohème, les représentants de l'astrologie, de la magie, des religions exotiques étaient également grecs ou orientaux. Parmi les jeunes gens, qui n'étaient pas les moins en faveur auprès des courtisanes, nous trouvons dans les ciirminn des Grecs authentiques, Xanthias de Phocide. Gygès de (',ni(l(\ Or II. l'Iait lui-même de la grande Grèce; on a prétendu, à tort ou à raison, qu'il avait du sang grec dans les veines; il venait de })asser trois ans en Grèce et en Asie ; nous savons qu'il composait des vers légers en grec ' ; nous ignorons (puind il commenta et (piand il cessa; mais il est bien vraisemblale qu'il eu laisait encore dans les premières années de son st^jour en Italie. 11 est probai)le (pi'au début il fut considéré par les

l. S. 1, m, ;ti Ml,

artistes grecs à peu près comme un des leurs et il est remarquable que la vieille coquette de l'Épod. 12 lui ait donné dans ses bonnes grâces la succession d'Amvntas de Cos. C'était là une situation équivoque, dont H. voulut sortir. On a supposé qu'il avait pu à un moment être protégé par Tigellius le Sarde, un artiste arrivé, qui avait plu à César, à Cléopàtre, à Octave, qui était célèbre, riche, qui, grâce à son talent, faisait accepter ses frasques et qui protégeait ses confrères peu fortunés. La protection n'aurait pu être de longue durée, puisque, au moment de la S. I, 2, qui ne paraît pas de beaucoup postérieure à Philippes, Tigellius vient de mourir. En outre H. y parle de sa clientèle, V. 1 : Ambubaiarum coUegia, pharmacopolae, Mendici, mimae, balatrones, dans des termes qui montrent qu'il n'aurait pas été fier d'y figurer. Le portrait qu'il fait de lui (S. 1, 3, 3 sq.) n'est guère favorable ; il donne ce portrait comme un exemple de médisance mais peut-être simplement de médisance contre le prochain, bien qu'il en tire immédiatement des conclusions sur la sévérité des jugements entre amis, v. 26 : amicorum. Tout ce qu'on peut déduire de là, c'est qu'H. connaissait Tigellius le Sarde, non qu^il fût son obligé.

C'est avec Tigellius Hermogène — parent ou affranchi de Tigellius le Sarde — que commença la querelle. Celui-ci est encore loué dans la S. I, 3, 129 sq. ' ; mais, dans la S. I, 4, 20 sq., nous trouvons Fannius, son commensal (S. 1, 10, 79 sq.), tourné en ridicule, et lui-même figure confondu avec le vulgaire malpropre (v. 72), comme un lecteur dont H. ne se soucie pas. H. n'a pas voulu nommer les détracteurs auxquels il répond si A'ivement et cela semble indiquer que quelque chose le retenait encore et qu'il ne voulait pas faire un trop grand éclat. Il est possible qu'Hermogène avec ses satellites fût justement l'un des mécontents et le principal. Ce qu'on reproche à H., c'est évidemment la S. I, 2; c'est à cette S. qu'appartient le seul vers expressément incriminé (v. 91 sq.). Or,dansla S. I, 2^ H. avait stig-

I. Vt, quamuis tacet Hermogenes, cantor tamen atque Oplimus est modulator. Rien n'indique qu'il faille prendre le passage dans le sens ironique. Il n'en est peut-être pas de même S. I, 9, 23 : l'intrigant, qui est un maladroit fort peu au courant des habitudes d'H., se vante, comme s'il ignorait les V. 13 sq. de la S. I, 4, d'être un improvisateur — genre qu'il ne pouvait sentir — , et, comme s'il ne se rappelait pas qu'Hermogène est antipathique à H (S. I, 4, 72), de chanter aussi bien que lui. Je crois cependant le passage antérieur à la brouille définitive.

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niatisé toute une série de personnages appartenant au monde <>;tlant ; c'est là que Témoi dut être vif; si, d'autre part, on se rappelle que les 1"'^ v. des S. 2 et 3 sont peu aimables pour Tigellius le Sarde et son entourag-e, on comprend qullermogène et sa coterie se soient mis en mouvement. C'est, du reste, ce qui explique dans la bouche des critiques d'H. des vers comme celui-ci, S. I, 4, 35 : non hic cuiquam parcet amico, et le soin que prend H. (v. 80 sq.) de déclarer qu'il ne médit pas de ses amis. Les gens douteux, (|u*n. côtoyait dans le monde interlope, le regardaient comme leur ami; il leur montre qu'il n'en est rien. En un mot, je consi(l{;re la S. I, 4 comme une première tentative d'H. pour se dégager de promiscuités compromettantes, qui auraient arrêté l'essor de son talent et sa marche ascensionnelle.

La querelle ne s'arrêta pas là et la S. I, 10 nous présente une étape nouvelle : la S. I, 10 atteste des circonstances tellement dillérentes de celles de la S. I, 4, qu'il faut nécessairement qu'entre la composition des deux pièces un certain laps de temps se soit écoulé. Ici H. ne craint pas de désigner ses ennemis de la façon la plus formelle, Tigellius Hermogène et sa coterie, Démétrius^ Fannius, Pantilius, toute la bande en un mot, et il la traite avec une telle virulence d'expressions qu'il s'agit bien évidemment d'une rupture définitive. Il y a plus : dans la S. I, 4, H. porte sa cause devant l'opinion publique et, pour triompher, il ne paraît compter que sur ses propres ressources et son bon droit. Dans la S. I, 10, il a pour lui tout un parti, composé de grands seigneurs et d'écrivains — quelques-uns l'un et l'autre à la fois — . (^e ne sont plus des musiciens grecs, capables tout au pUis (le chanter les poèmes d'autrui et se haussant mal-' adrttiti'ment jusqu'à la critique. Ce sont des gens compétents — V. iST : doctos — . devant le savoir desquels il faut s'incliner, et c est paiini eux qu'il, a ses vrais amis, ihid. : amicosque. Lui-uième n'est plus tm simple faiseur de vers galants sans grauch' importance, conune il y en avait une foule dans le monde du plaisir; il est enrôlé à son rang dans l'école qui s'est donné jjour tâche de lenouveler la poésie latine et d'où sont sortis les chefs-d'd'uvre {[ui illustreront le principat d'Auguste; Fundanius a pris pour lui la comédie, Pollion la tragédie, "Varius l'épopée ; ^ irgih" est le chantre de la campagne; H. cultive la satire, v. iO s(j. C'est là toute une })halange organisée, à laquelle il es! jiouorabh' d'appartenir; IL a rompu avec la tourbe des artistes givcs. (h's faiseurs de petits vers; il est passé du côté tles gens séiieux.

H. était définitivement classé comme écrivain; il dut cette situation enviée à l'amitié des chefs de Técole nouvelle, Varius et Virgile, et à son introduction dans le cercle de Mécène. Nous pouvons fixer la date de cette introduction grâce aux v. 40 sq. de la S. II, 6 : Septimus octauo propior iam fugerit annus, Ex quo Maecenas me coepit habere suorum In numéro, passag-e très controversé, mais qui ne paraît pas pouvoir avoir d'autre sens que le suivant : octauo propior est un qualificatif, qui remplace une proposition causale : septimus iam fugerit annus. [quippe qui] octauo propior [sit] : la septième année aura bientôt disparu, car elle confine de près à la huitième; en d'autres termes, la septième année va finir et la huitième commencer'. Or la S. II, 6 est sûrement datée, comme nous le verrons plus loin, des derniers mois de l'an 31, octobre probablement. L'introduction dans le cercle des amis de Mécène ayant eu lieu sept ans presque révolus auparavant date vraisemblablement de novembre 38. Mais H. nous apprend (S. I, 6, 61) qu'il s'écoula près de neuf mois entre la première présentation et la décision longuement pesée de Mécène; la présentation est donc de février ou mars 38. C'est sur la recommandation d'abord de Virgile, puis de Varius, que Mécène consentit à recevoir H. Or j'ai démontré ailleurs- que Virgile, menacé de voir englober son domaine d'Andes dans les terres prises à Mantoue pour être distribuées aux vétérans, alla à Rome en Fan 39 et qu'au mois d'août il eut une entrevue avec Octave lui-même qui le garantit contre la spoliation, que cette spoliation n'en eut pas moins lieu, que Virgile retourna à Rome et qu'il s'y trouvait à la fin de 39 el au commencement de 38; Octave, qui sans doute ne voulait pas mécon-

1. t'i'anke, F. IL, p. 121, note 2, dit avec raison : « Es sind heinake sieben voile Jahre ». De même P. S. Frandsen, C. Cilnius Maecenas, 18'f3, p. 199: .( Kirchner und nach ihm Frankeund Dïmtzer stimmen dem gelehrten Lambin bei,dass es fast sieben voile Jahre sind,wahrend Andere,die ihr Latein auch noch nicht vergessen haben, wie Masson, Wieland, Doring, Passow, Grotefend, Weichert, Jahn « acht fast verflossene Jahre darunter verstehen ». Orelli-Mewes ', 1892, ad S. 11, 6, 40-44 : « Poetae... verba aperte significant sex annos maioremque partem septimi inde praeterisse, neque video quo iure alii, ut Orelli, dicere potuerint octo prope annos ». C'est aussi l'interprétation de Dillenburger", Luc. Millier (édit. de Vienne, 1891), Kiessling=2, Kriiger'-^ (toute la question est de savoir combien de mois de la 7™« année se sont écoulés). Au contraire, Schiitz-* ad h. l. : « Ailes erwogen ziehe ich die Erklarnng « beinahe 8 Jahre » vor ».

2. Étude sur les Bucoliques de Virgile, 1897, p. 69, 3.39 sq., 3.';:; sq.

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tenter les vétérans, chargea Mécène de s'occuper de Virgile et de lui trouver une compensation. C'est à ce moment que Virgile devint l'ami de Mécène et qu'il eut l'occasion de lui parler d'H. Il est probable que Mécène dédommagea Virgile en mettant à sa disposition une propriété dans le S. de l'Italie, peut-être à Nola'. Si ceci est exact, Virgile dut être pressé d'en i)rcndre possession — rien du reste ne le retenant plus à Rome — et c'est ce qui exjDlique qu'après la première présentation d'il, les choses traînèrent en longueur. Virgile n'était plus là pour rappeler à Mécène son ami et ce fut sans doute Varius ([ui lui rafraîchit la mémoire. Dans le voyage à Brindes, qui eut lieu peu de temps après la réception d'H. dans l'amitié de Mécène, Virgile en compagnie de Varius et de Plotius vient à sa rencontre jusqu'à Sinuesse (S. I, 5, 40 sq.). S'il était à Nola ou à Naples, il eût été plus court pour lui de l'attendre tout simplement à Capoue; peut-être II. lui avait-il exprimé son impatience de le voir. D'autre part, la rencontre donne lieu à des effusions extraordinaires, V. 4H : a 0 qui conplexus etgaudia quanta fuerunt ! » Sans doute H. est d'ordinaire très atTectueux et démonstratif avec ses amis; on se demande pourtant s'il n'avait pas ici une raison particulière de l'être plus que de coutume et cette raison on la trouve tout naturellement, si l'on admet qu'il, n'avait pas encore revu Virgile et peut-être Varius, depuis que leurs recommandations avaient abouti ; il y avait là un tel changement de situation, qu'H. devait être débordant de reconnaissance.

Pour que Virgile ait recommandé H. à Mécène, il fallait qu'il le connût. Or entre Virgile, né à Andes, et H., né à Venouse, il n'y avait originairement rien de commun. Tous deux ont fait leurs études à Rome; mais Virgile avait cinq ans de plus qu'H.; ils n'ont donc pas dû se rencontrer sur les bancs. Le plus vraisemblable, c'est qu'entre H. et Virgile il s'établit a])rèsPhilippes des rapports littéraires. Virgile se tenait au courant de ce qui se passait à Rome; il a pu avoir connaissance des débuts d'H. Ce qui est certain, c'est qu'il, a lu les Bucoliques de Virgile, (ju'elles ont fait sur lui une grande impression et qu'on en trouve la preuve dans ses ïambes-. L'Kpode 2 est isolée dans l'cvuvre

1. (i.Thilo,/*. Vcrc/ili Maroiiis cannin.i, 1886, p.xi, n. 37 :« Philargyrii... (ad Geoifî. II 22;)) cl Gollii (VI îiO, 1 sqq.) testimoniis probatur, quo tompore poor^'ica scril)orcl Voi-jj^iliuin prope Nolani praediuin possodisse ».

2. Lo I" travail d'cnscnil)le sur les rapports littéraires entre Virgile et

d'H., non que la supériorité de la vie des champs sur l'existence à la ville ne soit un de ses thèmes favoris (S. Il, 6; Ép. I, 10 et 14) ; mais ce qui est particulier ici, c'est la couleur idyllique, et c'est pourquoi il est très vraisemblable qu'en le traitant pour la première fois H. s'est inspiré de Virgile. C'est là, en etfet, une idée des Bucoliques. Èg\. 2, 60 sq. Corydon déplore qu'Alexis ne soit pas sensible aux plaisirs simples des champs. Égl. 10, 35 sq., Gallus regrette de n'avoir pas été tout bonnement un pâtre arcadien et de s'être épris d'une jeune fille de la ville. H. a voulu reprendre à son tour la même idée, mais, tandis que Virgile pense en rêveur, H. pense en satirique. Il montre que, quoi qu'il fasse, le véritable citadin n'a pour la campagne qu'un engoùment passager, et qu'il revient toujours à ses affaires '. L'emprunt de l'idée fondamentale est souligné par des

H. est celui de H. Duatzer, Vergilius und Horatius, N. Jahrb. f. Phil. u. Paed., t. 99, 1869, p. 313-3.30, bien que les éditeurs depuis Bentley aient fait nombre de rapprochements partiels (Cf. en outre Franke, F. II., p. 83 et p. 84, note i). Le sujet a été repris par Martin Hertz, Analecta, I, 1876. M. Hertz croit que, dans ses S., H. a eu sous les yeux les Géorg. et qu'il en a fait spécialement usage dans la S. I, 1. Partant de ce fait, il renonce à l'opinion généralement adoptée depuis Bentley de la publication des S. en deux livres et croit (avec Zumpt et Kirchner) que les deux livres ont été édités ensemble, très peu de temps après l'édition des Géorgiques, qu' H. a surtout utilisées dans la S. I, 1, qu'il a écrit alors, pour servir de prologue à son recueil, p. 13 : « Censeo Horatium per totam illani Satiram Georgicon libros ita fere discerpsisse, ut haud paucis locis, ipsius poetae amicorumque memoria novicium Vergilii carmen probe tenentium risus facete excitaturus, res, sensus, verba Vergiliana sive aperte mutuarelur sive paulo tectius indicaret. » Il s'en faut que tous les passages rapprochés par les critiques prouvent un rapport direct entre les deux poètes; dans aucun cas, je n'admets l'imitation des Géorg. dans les S. Pour le passage le plus saillant, il est, je crois, certain que c'est Virg. qui a imité H., se souvenant sans doute des nombreuses imitations des Bucolicjues dans les ïambes. S. I, 1, 114 sq. : Vt, cum carceribus missos rapit ungula currus, Instat equis auriga suos uincentibus, illum Praeteritum temnens extremos inter euntem. Géorg. I, 512 sq.:Vt, cura carceribus sese efTudere quadrigae, Addunt in spatia et frustra retinacula tendens Fertur equis auriga neque audit currus habenas. La différence du style, plus noble chez Viigile, plus terre à terre chez H., ne prouve pas pour ou contre l'antériorité de l'un ou de l'autre morceau. Mais de la coupe trochaïque après auriga, dont H. n'avait rien tiré, Virgile a tiré par l'addition d'une coupe de sens un très bel effet pittoresque; c'est bien ainsi qu'il procède dans ses imitations, et par conséquent c'est lui qui s'est inspiré d"H.. et non le contraire.

1. J. May, Der Eniwicklungsgang des Horaz in den J. J. 3o-30 v. Chr.

2i KTI DK SI It M;.S SAlIliKS d'iIOUACK

similitudes de détail qui ne sont pas fortuites. Epod. 2, 11 sq. : Aut in reducta ualle muf^ientium Prospectât errantes grèges. Kgl. I, 9: lUo meas errare boues... ; II, 21 : Mille meae Siculis errant in montibusagnae. Epod. 2, 17 : mitibus pomis. Egl. I, 80 : mitia poma. Epod. 2, 19 : Vt gaudet insitiua decerpens pira. Egl. IX, oO : Insère, Daplini, piros : carpent tua poma nepotes. Epod. 2, 23 sq. : Libct iacere modo sub antiqua ilice, Modo in tenaci gramine. Egl. VII, 1 : sub arguta consederat ilice Daphnis ; V, 4G : Quale sopor fessis in gramine. Epod. 2, 28 : Somnos quod inuitet leues. Egl. I, 55 : Saepe leui somnum suadebit inire susurro. Epod, 2, 37 sq.: Quis non malarum, quas amor curas habet, Haec inter obliuiscitur. L'idée fait penser au revirement de Corydon, qui veut reprendre ses travaux rustiques pour oublier Alexis (Egl. II, 69 sq.). Epod. 2, 45 sq. : Claudensque textis cratibus laetum pecus Distenta siccat ubera. l^gl. VII, 15 : domi quae clauderet agnos ; IV, 21 sq. : distenta... ubera; II, 42 : Bina die siccant ouis ubera. Epod. 2, ()1 s([. : ut iuuat pastas oues Videre properantes domum, Videre fessos uomerem inuersum boues CoUo trahentes languido. Egl. VII, 39 : Cum primum pasti répètent praesepia tauri; I, 75 sq. : Non ego uos posthac... uidebo; II, 60 : Aspice, aratra iugo referunt suspensa iuuenci. Mais ce qui est plus concluant que tous les rapprochements de détail, c'est l'esprit même de la pièce, le tour idyllique tout à fait étranger au tempérament d'H. et qui ne peut être chez lui quun reflet momentané de la poésie de Virgile.

Virgile, dans la seconde partie de 1 Egl. VIII, a décrit d'après

(Pro^r. (rOffciih'iriif p. 1886-87), considère cette Épode comme une réponse à l'éloge de la vie clianipètre dans les Géorgiques, p. 8 : « So stellt sich das Gedichl als cine salirische Antuorl aiif das Vergil'sche Lobgedicht an mil deni (îedanken : Schon isl das Land und jeder preist es, aber seht, wie die Probe an Aliius ausfiel !... Das Gedieht ist einerseits eine Satire auf des AHiiis sclilcclil erproble Schwarnierei, andrerseits nicbt ohne ironische Nebenhe/ieluin'^aurVerjriis etwas iiberscliwenfïliebes Lob des Landlebens ». .1. K. Aniinqnn, Zur Kr/iliirun;/ (1er zweilen Epode des Horaz (Progr. de IJruclisal p. 1887-88), après avoir exposé les difTérentes tentatives d'explication données de cette pièce, croit (pie c'est une satire contre le poète Tibulle, passionné en apparence pour la vie de la campagne et en réalité ne pouvant se décider h renoncer à la ville, p. 4. Ce serait une sorte de parodie de Tibul!.'. 1». ;; s(|. rii. Pluss, N. Jahrb. f. Phil. u. Paed., t. 155. 1897, p. 79, croit (pie IKpode 2 parodie « in grazi()ser weise die schwarnierei fur das binillcbeii ■>.

ClRCONSTANr.ES DANS LESQUELLES HORACE A COMPOSÉ SES SATIRES 25

Théocrite les rites magiques accomplis par une femme anonyme qui tente de ramener à elle Daphnis. H., dans l'Épode 5, décrit le sacrifice d'un enfant par Canidie, qui veut composer un philtre avec sa moelle et son foie. Ce n'est point chez H. un pur exercice poétique; non point qu'il ait assisté au meurtre. Mais les pratiques magiques étaient très en honneur dans le monde galant; elles lui faisaient horreur; on racontait sur Canidie des histoires épouvantables : c'est à ce propos qu'il l'a vivement attaquée. Au premier abord les deux poèmes semblent indépendants : entre la pièce pittoresque et curieuse, mais assez inolfensive de Virgile, et la peinture sombre et cruelle d'H., on ne voit pas de rapport. Pourtant certains rapprochements de détail s'imposent, et, s'il y en a qui ne signifient rien, parce qu'ils résultent de l'identité du sujet, d'autres donnent à réfléchir. Épod. 5,21 : Herbasque, quas Iolcos...,61 sq. : dirabarbarae... VenenaMedeae. Egl. VIII, 95 : Has herbas atque haec Ponto mihi lecta uenena... Epod. 5, i6 : Lunamque caelo deripit. Égl. VIII, 69 : Carmina uel caelo possunt deducere lunam. Épod. 5, 75 : Ad me recurres... Egl. VIII, 68 etpass. : Ducite ab urbedomum... Épod. 5, 75 sq. : Nec uocata mens tua Marsis redibit uocibus. Égl. VIII, 66 : Coniugis ut magicis sanos auertere sacris Experiar sensus (les deux magiciennes veulent affoler leur amant). Épod. 5, 81 sq. : Quam non amore sic meo flagres uti Bitumen atris ignibus. Egl. VIII, 82 sq. : incende bitumine laurus : Daphnis me malus urit, ego hanc in Daphnide laurum. Certainement, ce sont là des pratiques qui faisaient partie du métier; il semble bien pourtant qu'H. ait eu sous les yeux l'Égl. de Virgile et qu'il lui ait fait volontairement des emprunts.

Virgile (Égl. III, 90) lance en passant un trait mordant contre un ennemi littéraire : Qui Bauium non odit amet tua carmina, Maeui. H. (Epod. 10) lance contre Maevius une virulente invective 1. Ceci est très caractéristique : quand deux écrivains ont les mêmes ennemis littéraires, c'est qu'ils sympathisent de doctrine et de goûts. H. appuie vigoureusement avec son tempérament emporté sur une allusion faite légèrement par Virgile ?.

1. I. I. Hartmann, Op. cit., p. 29 sq., croit qu'il ne s'agit point de circonstances réelles, parce que la pièce serait trop cruelle. S'il avait entendu des Napolitains s'injurier à bouche que veux-tu, il n'éprouverait pas ce scrupule respectable, mais risible.

2. Ce ne serait, bien entendu, qu'une hypothèse — mais on peut toujours la présenter — que le lâche aboyeur de l'Epod. 0 soit justement un ennemi de 'Virgile et qu'H. le provoque pour venger son ami.

20 ÉTUDE Sim LES SATIRES d'hORACË

Vir^nle (Éj?l. I, 70 sq.) et H. (Épod. 7 et 16) ont déploré les {guerres civiles. Ce sont des sentiments que justifie leur situation personnelle et qu'ils ont pu éprouver chacun d'une façon indépendante; ils n'en constituent pas moins un point de contact. Virj^., dans l'Hgl. IV, a fait prévoir à ses contemporains le retour de l'âge d'or. H., dans l'Épod. 16, leur conseille d'aller le chercher dans les Iles Fortunées. Il y a là une similitude d'inspiration qui ne paraît pas fortuite, d'autant qu'elle s'accentue dans le détail ; tout en tenant compte de ce fait que la description traditionnelle de l'àg-e d'or devait contenir un certain nombre de traits consacrés, la pièce d'H. ne semble pas absolument indépendante du modèle virfii'ilien ^ : Kpod. 16, 43 sq. : Reddit ubi cererem tellus inarata quotannis Et inputata floret usque uinea. Egl. IV, 40 sq. : Non rastros patietur humus, non uinea falcem, Robustus (juoque iam tauris iuga soluetarator. Epod. 16, 47 : Mella caua manant ex ilice... Egl. IV, 30 : Et durae quercus sudabunt roscida mella. Épod. 16, 49 sq. : lUic iniussae ueniunt ad mulctra capellae,Refertque tenta grex amicus ubera, Nec uespertinus circumgemit ursus ouile, Nec intumescit alta uiperis humus. Eg-l.III, 30 : Bis uenit ad mulctram...; Egl. IV, 21 sq. : Ipsae lacté domum réfèrent distenta capellae Vbera nec magnos metuent armenta leones, 24 ; Occidet et serpens... Epod. 16, 61 : Nulla nocent pecori contagia... Égl. I, 50 : Nec mala uicini pecoris contagia laedent.

Il est incontestable qu'il, a beaucoup lu, beaucoup aimé les Egl. de Virgile et qu'il les a imitées dans ses ïambes, dont le genre n'était pas fixe et dont il pouvait faire ce qu'il voulait, tandis que les S. ne se prêtaient pas à l'imitation. Parmi ces hommages rendus à Virgile combien sont antérieurs à la présentation à Mécène? L'incertitude de la chronologie des ïambes ne permet pas de le dire. Toutefois, je rangerais à peu près sûrement dans cette catégorie l'I^pode 10 qui doit être assez rapprochée de l'Egl. 111. Quant aux Epod. 7 et 16, elles me paraissent relativement récentes. Elles ne sauraient se rapporter aux préparatifs de la guerre contre Sext. Pompée. IL, en effet, n'a pas n'prouvé la guene contre Sext. Pompée et ne l'a pas considérée comme uni- guerre civile, mais comme le châtiment nécessaire

I. I. I. Iliii linaiiM, Op. ril., p. 77 sq., croit l'Kpode antérieure à TÉglogue (>l li()iiv(> la i)ii'miir(> (rime |ilalilii(lo désespérante, comparée à la seconde. Je ne parlii^^i. point son sentiiiionl et je pense (jn'II. s'inspire de Virgile, Kgl. IV et passim.

dune bande de brigands et d'esclaves fugitifs, Épod. 4, 19 : latrones atque seruilem manuni, Épod. 9, 9 sq. : Minatus urbi uincla, quae detraxerat Seruis amicus perfidis. Il faut donc choisir entre la guerre de Pérouse et les préparatifs de la guerre d'Actium. Or, au moment de la guerre de Pérouse^ H. qui revenait de Philippes ne devait pas être tenté de dire son mot sur la politique. Mais la raison décisive est la suivante : Épod. 1, 2sq., Parumne campis atque Neptuno super Fusumst Latini sanguinis est une allusion à l'Épod. 9, 7 sq. : Neptunius Dux. Donc lÉpod. 7 est postérieure à la guerre contre Sext. Pompée. D'autre part, dans l'Épod. 16, 11 sq., on craint l'intervention des barbares : Barbarus heu cineres insistet uictor et urbem Eques sonante uerberabit ungula. Or, au moment de la campagne d'Actium, on redoutait une invasion des peuplades des bords du Danube (S. 11, 6, 51 sq.); rien de pareil à l'époque de la guerre de Pérouse. Je place donc les Epod. 7 et 16 en l'an 32 K Elles expriment la panique, qui s'empara de l'Italie aux premières rumeurs de la rupture inévitable entre Antoine et Octave. On crut h une invasion irrésistible et à une sorte d'écrasement. Beaucoup songèrent sans doute à se mettre à l'abri par la fuite. QuH., qui, à ce moment, n'était pas encore l'instrument de la politique impériale, ait cédé à l'émotion universelle , cela n'a rien d'impossible. Ce n'est que plus tard, une fois la situation éclaircie, qu'il adopta les vues d'Octave sur la campagne d'iVctium, en vertu desquelles celle-ci n'avait pas été la dernière des guerres civiles, mais une expédition entreprise pour sauver l'empire romain contre la brutale agression de l'Orient révolté. L'imitation des Egl . dans les Épod. prouve, qu'en obligeant H., Virgile ne rendit pas service à un ingrat. H. a. du reste, caractérisé les Bucoliques avec le bonheur d'expression qu on lui connaît dans la S. 1, 10, 44 sq. : « molle atque facetum Vergilio adnuerunt gaudentes rure Camenae ». A ce moment, les Géorgiques n'étaient point publiées et l'appréciation ne leur conviendrait qu'à moitié, car la vie rustique y est autrement sérieuse que dans les Eglogues et la loi du travail la domine; au contraire, le

1. A. Kiesslin<,r, Philolog. Unfersuch., 2'^» Heft, 1881, p. 112, considère lÉpod. 16 comme une des plus anciennes : « Danach wûrde die sechszehnte EpodeunterdenWirrendesPerusiner Krieges oder unterdem Eindrucive der Landung des Antoniusin der estern Halfle des Jahres 714 gedichtet sein ». Th. Pluss, au contraire, Die sechzehnte Epode des Iloratius, N. Jahrb. f. Phil. u. Paed., 1897, t. 155, p. 73-82, place Tépode 16 en 31/30, p. 80 « dann wurde epode 16 mit epode 1 und 9 in éine reihe kommen ».

28 ÉTiDR si:k les satires d'iiorace

(( molle atque facetum » s'applique à merveille à la grâce indolente et à l'élégance enjouée des pâtres virgiliens.

L'admission d'H. dans l'intimité de Mécène fut le résultat des bons offices d'amis excellents. C'est sous le coup de l'émotion ressentie qu'il écrivit la S. I, 3. Elle est en elîet pleine dune chaleur communicative, qui ne permet pas d'y voir simplement le développement à tète reposée d'un thème conçu par l'esprit ; les particularités qu'elle contient ne s'expliquent que si elle a été composée dans les circonstances spéciales que je viens d'indiquer. Elle sort du cercle habituel des observations d'H. Elle formule sur l'amitié une théorie un peu molle. Ailleurs H. reconnaît que l'ami a des devoirs, qu'il doit, non pas tout faire pour plaire, mais corriger, au besoin^ par ses conseils et son franc parler, S. I, 4, 132 : liber amicus. Ici il veut qu'on soit aveugle sur les défauts de ceux qu'on aime ; il regrette qu'on n'y trouve point de charme, comme à ceux d'une maîtresse. Le grand mérite de l'ami est d'être aimable et complaisant, S. I, 3, 69 : amicus dulcis. Cet oubli des devoirs sérieux de l'amitié, cette tendresse faible et presque maladive, si peu conforme à la nature lucide et critique d'H., viennent d'une émotion encore récente, d'une reconnaissance qui déborde. De là aussi les explosions de la S.I,o, 43 sq. : 0 qui conplexus... etc. Ce point de vue jette beaucoup de lumière sur la S. I, 3. Au V. 29 sq., le Pseudo-Acr. et le Comm. Craq. voient une allusion à Virgile et leur opinion a été tantôt acceptée, tantôt rejetée par les commentateurs modernes (Bentley croit qu'il s'agit d'il, lui-même). Mais si on admet que Virgile, qu'H. adminiit déjà comme poète, vient de lui rendre un service inappréciable, alors les mots « at est bonus, ut melior uir Non alius quisquam, at tibi amicus, at ingenium ingens Inculto latet hoc sub corpore » prennent un accent extraordinaire et le ton enthousiaste s'explique. Les mots (( iracundiorest pauUo... etc. » reçoivent également un sens très satisfaisant. Virgile n'était point naturellement colère; mais il venait de subir une spoliation cruelle, contre laquelle il se croyait garanti ; il n'était pas d'humeur à se laisser tourner en ridicule par les scnrrar de Mécène portés à s'amuser (le son air rusti({ue ; outre qu'il n'était pas d'un naturel plaisant, il se trouvait dans une situation où les meilleures plaisanteries sont hors d(> saison.

II. parle souvent de ses débuts et de ses progrès dans l'amitié de Mécène. Il ne semble pas (piil ait cherché dès l'abord dans son conmierce les avantages (pie les clients atten-

daient alors de la fréquentation d"un patron riche et puissant i. Il agit en toute simplicité et sans calcul. Il ne se prévalut même pas de son talent poétique, qui cependant fut la clef qui lui ouvrit la porte et il se vante d'avoir plu S. I, 6, 64 : uita et pectore puro. De son côté, Mécène vit en lui un gai compagnon, agréable à emmener en voyage, avec qui on pouvait échanger des banalités (S. II, 6, 42 sq.) et qui prenait bien la plaisanterie (Epod. 3, 1 sq.).Il y eut là toute une première période, dont H. nous a conservé un fidèle souvenir. Mécène faisait du sport avec H. au Champ de Mars; il l'emmenait assister aux jeux (S. II, 6, 48 sq.) et H. n'en était pas plus fier. Dans la S. I, 9, il ne songe nullement à tirer parti de sa situation et nous ignorons si la générosité de Mécène est pour quelque chose dans la petite aisance dont témoigne la S. I, 6, 111 sq. Nous ne savons combien de temps dura cette première période et comment ces relations agréables et superficielles se changèrent en une amitié solide et tendre. Cedernierfait n'est pas douteux, et il se produisit à l'époque des S. Le cadeau de la propriété de la Sabine j est sans doute pour quelque chose. En tout cas, c'est postérieurement qu'il, commence à témoigner d'une affection profonde pour Mécène, S. II, 6, 32 : Hociuuat et mellist... Dans l'Epod. 1 , écrite à un moment où l'on croyait que Mécène prendrait part à la campagne d'Actium, il exprime cette affection (v. 19 sq.) par des expressions qu'on a trouvées plutôt ridicules (il se compare à un oiseau couvant sa nichée encore sans plumes) et qui sont touchantes, parce que leur maladresse même témoigne dune émotion sincère.

Bien qu'H. ait mis une certaine coquetterie à ne pas se présenter à Mécène comme poète, ce n'était là qu'un sous-entendu, et son admission dans le cercle de Mécène eut sur sa production littéraire immédiate une influence considérable. L'origine de la S. I, 5 est trop évidente pour qu'il y ait lieu d'y insister. Mécène avait fait à M. la gracieuseté de le prendre pour compagnon de voyage; celui-ci répondit à cette attention en racontant d'une façon humoristique les incidents de la route. La S. I, 6 a été inspirée par des circonstances très spéciales : elle est l'écho et le résumé de conversations sérieuses, où l'avenir même du

1. Il a codifié dans les Ép. I, 17 el 18 les résultats de son expérience dans le commerce avec les grands seigneurs. Il navail pas cette science en l'an 38 et il eût été incapable d'écrire alors ces deux Ép. Il n'y songeait pas.

30 ÉTUDE SUR LES SATIRES u" HORACE

poète était en jeu. Bien que de noble extraction, Mécène n'avait pas le [)réjii^é nobiliaire; il était d'avis qu'un homme de naissance libre, ayant reçu une éducation suflisante, était capable de remplir les fonctions publiques, qu'il pouvait, bien entendu s'il avait de l'application et du talent, y rendre plus de services qu'un g-rand seig-neur qui n'avait eu que la peine de naître; en un mot, il faisait passer le mérite personnel avant les titres. C'était là une conception très libérale et qui, bien qu'H. ne le soupçonne point, était en parfait accord avec l'intérêt politicjue d'Octave. Chef du parti césarien, Octave ne pouvait espérer rallier franchement à sa cause l'aiicienne aristocratie; il avait besoin d'hommes nouveaux, honnêtes, actifs, sur lesquels il pût compter, pourpeuplcr les mag'istratures ; c'est un principe que lui et ses successeurs du premier siècle ont appliqué fermement ; Mécène ne faisait ({ue le formuler. D'autre part, H. était jeune; il venait de tenir le grade de tribun lé^^ionuaire; on ne savait s il n'avait pas d'ambition et Mécène put penser qu'il ferait bonne fissure dans les fonctions publiques. Ce fut entre eux un sujet de discussions et ces discussions inspirèrent la S. l, 6'. H. avait irop d'intérêt personnel à être d'accord avec Mécène sur l'inanité du préjugé nobiliaire, il avait l'esprit trop lar^^^e pour ne pas applaudir à ses vues en théorie; mais, personnellement, il aimait trop ses aises et son repos pour se laisser entraîner dans la voie où Mécène voulait l'enjjager. Il admettait donc le principe," mais, en ce qui le concernait, il en déclinait les conséquences. Or la S. 1. (i est trop nettement accommodée à une situation particu-

I. P. Willonis, Nofpn de critique et d'exégèse sur Horace, sixième satire du premier livre (Extrait des Bulletins de l'Académie royale de Belgique, 2" série, t. X.XXV, n»» 2 et 3, IHT.'i), p. 0 : « La satire est une réponse, et une réponse énergiquenient néf^ative h la (juestion : Convient-il à un homo nouus (le tenter la caiiière des honneurs? Cette question a-t-elle été posée et résolue par Horace d'une manière purement objective et sans que le poêle (pu était ignohilis, bien plus lihertino pâtre nafus, y fût directement intéressé? A en juger d'après le soin avec lequel il mêle constamment sa propre personne à toutes les pensées qu'il développe, on est tenté de croire (|iie la (pieslion le concerne un peu personnellement ». P. 8 sq., l'auteur suppose (pi'II., (pii était à l'âge re(piis pour Irriguer la (piesture, fut poussé par les conseils de ses amis à le faire aux comices de l'année suivante : « La 0" satire est une réponse à ces conseils. Le poète renonce formellement aux chances de briguer la ipieslure; et il motive sa décision ». Je crois (pie les choses n'étaient pas aussi avancées que cela et qu'en tout cas, comme le texte l'indique, la discussion a eu lieu entre Mécène et U.

Hère, H. s y met trop franchement en scène, pour qu'il ait simplement voulu traiter k un point de vue abstrait et général la question de savoir si les magistratures doivent être réservées aux fils de famille sans capacité ou à des hommes obscurs mais intelligents. Tout y est pris par un côté très spécial ; la pièce est pleine de dessous personnels ; c'est justement parce qu'elle reproduit les entretiens très individuels d'H. et de Mécène sur le sujet, qu'elle ne l'aborde point dans toute son étendue et sous toutes ses faces, et, pour la bien comprendre et pour la juger, il faut la replacer dans les circonstances particulières d'oii elle est née.

La S. I, 1, adressée comme la précédente à Mécène, aune portée plus générale : elle repose sur ces deux observations que les hommes sont toujours mécontents de leur sort, envieux de celui du voisin, que, dans leur avidité pour augmenter leurs richesses ou dans la crainte qu'ils ont de les diminuer, ils oublient de jouir. Ce sont là des choses qui intéressent l'humanité tout entière et, sauf v. 78 sq. où H. se défend d'être avare, il ne marque point de rapport entre le sujet de la pièce d'une part, l'auteur et le destinataire de l'autre. Pourtant H. a toujours fait profession d'être satisfait de sa situation, et Mécène n'a jamais voulu s'élever officiellement au-dessus de son rang de chevalier romain; ni 1 un ni l'autre n'étaient donc mécontents de leur sort. En outre H. a déclaré en toute circonstance qu'il ne poursuivait point la fortune etque, s'il s'était attaché à Mécène, ce n'était pas pour recueillir ses largesses ; Mécène fut immensément riche — sans doute par suite des libéralités d'Auguste — mais n'a jamais été ni avide ni avare. De sorte que le sujet de la S. 1, 1 est fort bien approprié aux dispositions d'esprit de celui qui l'écrivit et de celui qui la reçut, (^uant au moment de la composition de la pièce, on peut supposer qu'H., admis auprès de Mécène, voulut lui donner immédiatement un échantillon de son savoir-faire (Ép. I, 7, M, il s'intitule en s'adressant k lui : uates tuus). Mais il est également possible qu'il n'ait écrit cette pièce que plus tard, lorsque certaines affinités psychologiques, la répulsion identique pour certains défauts de 1 humanité se furent révélées entre les deux amis.

La S. I, 8 a été inspirée par la transformation pittoresque et salubre (v. 14 sq.), que Mécène fit subir k l'Esquilin avant d'y transporter sa demeure, et, k ce qu'il semble, par un incident particulier. On avait, suivant l'usage, installé dans les nouveaux jardins des Priape tout neufs en bois. L'un d'eux (peut-être le seul qui y fût encore placé, ou celui qui était le plus en vue) se fendit lar-

'V2 ÉTUDE SLR Li:S SA'IIIIRS d'hOHACE

«^^cmcMit par suite des inlenipëries (d'une gelée ou du grand soleilj à un endroit diflicile à nommer '. i'^e lut un sujet de plaisanteries et on accusa d'incongruité (v. 4(i sq. : pepedi Diffissa nate ficus) le j)ersonnage indécent par excellence. Le v. d'H. ne peut s'expli(juer et n'a quel(j[ue sel que si l'on avait constaté sur la statue une tissure réelle. H. cherche la cause du fait et la trouve dans une grande frayeur que l'apparition de sorcières nocturnes — coutumières du lieu — aurait fait ressentir au malheureux Priape. Ce qu'il y a de réel là-dedans, ce n'est pas la scène des sorcières (bien qu'il y en eût de similaires), c'est l'éclatement matériel du Priape.

La S. I, 0 est également une pièce de circonstance. Devenu le u conuictor Maecenatis », H. était en butte aux sollicitations de tous ceux qui le connaissaient de près ou de loin pour obtenir sa protection et il ne se prêtait pas au manège des intrigants qui voulaient arriver par lui jusqu'à Mécène. La pièce a donc un fond réel; toute la question est de savoir si H. a résumé dans une aventure-type de pure invention les tentatives intéressées dont il était perpétuellement Tobjet ou s'il s'est borné à arranger plus ou moins une histoire qui venait de lia arriver. Tout est trop j)arfaitement agencé et avec trop d'agrément, la scène est trop bien menée, les caractères trop iinement dessinés pour que l'arrangement soit niable. Mais il y a des détails qui sont pris du vif, l'indillerence jouée d'Aristius Fuscus, l'arrivée de l'adversaire, certaines illusions de l'intrigant, si bien qu'on est tenté de croire qu'il, a reproduit la réalité en lui donnant un ton plus piquant.

On voit quelle importance eut pendant quelques années dans le développement du talent poétique d'il, l'admission parmi les amis de Mécène. Le rapport n'est plus le même dans le second livre, bien que les liens d'amitié se soient resserrés. Et ceci s'explique. Les petits faits de l'entourage de Mécène ne pouvaient alimenter perpétuellement la production poéticjue d'H. Pourtant la S. II, <) se rattache encore étroitement à Mécène : ce n'est pas un remerciment pour le don du domaine de la Sabine, mais c'est une constatation du changement ((ui s'est opéré dans l'existence d'il. 11 n'est plus le bourgeois inconnu de la S. I, G, qui vit isolé à Home et sans obligations sociales. Il a maintenant maison de ville et maison de campagne ; il se partage entre l'une et l'autre et, à Home, il plie sous le poids des of/icia. La S. II, 3 a déjà fait pressentir (ju'il ne travaille plus comme au temps de la S. I, !>, où il allait le nez au vent dans les rues de Rome. Il a besoin

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