III. Pouvoirs des gérants et de rassemblée générale
Hors le cas où l'on voudrait réformer les statuts en dehors du délai fixé par ces mêmes statuts, l'assemblée générale doit être tout-à-fait souveraine. C'est par têtes qu'il faut compter, et non par actions. Que chacun se sente maître dans la même mesure de la direction de la Société, et personne ne sera découragé ; tout le monde voudra jouir de son droit.
Chaque membre doit avoir la faculté de présenter une proposition; pour qu'elle mérite une discussion, il doit être inutile qu'elle soit appuyée. Il n'y a rien de plus respectable qu'une minorité, si ce n'est la simple unité qui en est l'expression la plus réduite.
Si l'assemblée générale est nombreuse, il sera ])on de constituer un conseil de gérance à côté du gérant. Les pouvoirs de ce conseil devront être scrupuleusement délimités ; il serait peut-être bon de le constituer pour un certain délai , après lequel, du reste, les membres pourraient être réélus. En cas de révocation du gérant, le conseil pourra représenter la tradition auprès du nouveau gérant. Le gérant doit être unique, à moins que la même Société n'embrasse des opérations tout-à-fait différentes, auquel cas on devrait placer des gérants différents à la tête de chaque département d'affaires.
Les gérants seront essentiellement révocables, il faut qu'ils sentent toujours leur responsabilité. Ils ne doivent point s'endormir dans de pareilles fonctions; à tout prix l'on doit éviter que le mandataire soit jamais autorisé à se croire le maître, le propriétaire de sa fonction ; seulement, pour ne point multiplier les élections et les pertes de temps, la durée du pouvoir du gérant peut être illimitée.
Ses fonctions ne devront pas être gratuites, quand même l'on trouverait des dévoûments prêts à accepter des charges sans compensation. Ce seront des fonctions pénibles, difficiles, demandant une activité de tous les instants ; c'est ici ou jamais le
cas d'appliquer les principes économiques : les services se rémunèrent par réchange.
Le rôle et l'étendue du rôle du gérant seront bien différents suivant la Société ; mais un principe juridique doit en fixer les limites. Le gérant ne sera jamais, au fond, que le pouvoir exécutif ou administratif dans la Société; donc, les actes d'administration lui seront seuls permis ; les actes d'emprunt ou d'aliénation ne pourront être accomplis sous sa seule responsabilité; quelques-uns cependant pourraient avoir lieu avec l'assentiment du conseil de gérance.