‹ Étude sur les torrents des Hautes-AlpesChapitre 14 sur 50 · COUP D^GEIL SUR L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

COUP D^GEIL SUR L'HISTOIRE

tiers y rien n'arrêtera plus la marche accélérée et vraiment effrayante du déboisement, et les hommes, bien rares alors, que préoccupe le bien public, commencent ce concert de lamentations dont nous entendons, encore aujourd'hui, les échos obstinés.

La première ordonnance sur les forêts est de Philippe- Auguste (1219). Déjà, plus anciennement, de hauts personnages prenaient, auprès du roi, le titre de maîtres des eaux et forêts ; mais leurs attributions ne furent définies qu'au xni® siècle, par une ordonnance de Philippe le Bel (1291). 11 paraît d'ailleurs, par les considérants mêmes des ordonnances, que les agents forestiers furent les plus cruels ennemis des forêts : ils encourageaient les abus pour en tirer profit. Saint Louis défend aux forestiers de recevoir aucun cadeau (1). Charles V, dit le Sage, et qui mérite ce nom, car on trouve sa trace chaque fois qu'on recherche les origines de l'administration française , Charles V, qui, le premier, songea à créer une marine, réglementa l'aménagement des forêts en vue des constructions navales : il fit un Règlement général des eaux et forêts (1376) (2).

Au XV® siècle, nous trouvons la noblesse abaissée et, à la place' du seigneur, le roi plus éclairé, plus paternel,

(1) Voyez, dans la vie de saint Louis .par Joinville, comment le saint roi lui-môme accepta un cadeau, en fut repris par son sénéchal et reconnut son iovt {Histoire de saint Louis^ Paris, 1867, p. 439.)

(3) De Kirwan : Correspondant , 25 juillet 1869.

mais plus éloigné de son peuple. Les communes affranchies et fortement organisées développent partout la culture et l'industrie aux dépens des forêts ; les usages se multiplient ; mais, bientôt, la rareté du bois fait monter le prix du combustible et des pièces de charpente : une clameur s'élève contre les abus. François P' et ses successeurs multiplient les édits (1515, 1588) ; ils étendent aux forêts privées la juridiction des maîtres royaux des forêts (1543); ils interdisent les défrichements aux évêques(1537); réglementent l'établissement des forges et usines destructrices des forêts (1543); établissent des juridictions et des fonctionnaires . Mais les vices de l'ad- • ministration, les discordes religieuses, la guerre civile ou étrangère, frappent de stérilité ces efforts dont l'histoire cependant a fait honneur à François I".

Avec Henri IV et Sully, Louis XIV et Colbert, le îvii® siècle fut une ère de* réparation. Deux ordonnances capitales dominent la législation : l'Edit de 1597, portant Règlement général des eaux et forêts, et la célèbre ordonnance de 1 669 , véritable code forestier auquel les propriétés particulières furent soumises comme celles de rÉtat. Il est remarquable qu'une réforme, qui paraît aujourd'hui si utile, fut combattue par les parlements : il fallut un lit de justice pour faire enregistrer l'ordonnance. Mais Colbert ne se bornait pas à faire des lois, il en poursuivait obstinément l'application. Sa correspondance le montre constamment occupé des forêts ; persuadé que l'État seul peut entretenir les hautes futaies nécessaires à la marine, il augmenta par des achats le domaine forestier de la Couronne.

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