‹ Étude sur les torrents des Hautes-AlpesChapitre 37 sur 50 · S SS S · texte numérisé non relu

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174 LES FOEETS

site qui existe parmi les cours d'eau ejjt la difficulté des comparaisons. On remarque notamment cette loi, que pendant les crues et par hectare de bassin, les petits cours d'eau débitent plus que le^ grands : c'est là un

effet de. la pente

Enfin, le tableau de la page 175 donne, sinon la mesure, du moins une idée de l'extraordinaire énergie avec laquelle les torrents fonctionnent sur la planète, car la masse des alluvions entraînées a d'abord été arrachée à la terre par des torrents grands ou petits.

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Plusieurs ingénieurs ont vivement attiré l'attention publique sur ce côté de la question torrentielle. On peut citer parmi les plus récents MM. Hervé-Mangon (1) et Duponchel; ce dernier est l'auteur d'un projet qui consiste à dériver sur les Landes les eaux des Pyrénées, après les avoir troublées artificiellement (2). Les grands bénéfices réalisés pendant ces dernières années dans les Landes par Touverture des chemins de fer et par les semis d'essences résineuses ont détourné l'opinion publique du projet de M. Duponchel ; mais l'examen des circonstances locales permet de supposer que cette belle conception tentera les capitaux et l'activité de la génération prochaine. Lorsqu'une tempête violente aura promené sur la surface entière des landes des incendies semblables à ceux qui ravagent la Russie ou l'Amérique, et tels que plusieurs sinistres récents permettent de les prévoir, on pensera peut-être a imiter les beaux colmatages de la Durance et à fertiliser les Landes comme on fertilise la Crau (3). Entraîné par son idée, M. Duponchel considère les montagnes comme un réservoir d'engrais destinés à la plaine, et il accepte avec beaucoup de philosophie les ravages des torrents : c'est, semble-t-il dire, un petit mal pour un grand bien. Il est impossible

(1) Expériences^ etc.. Paris, Dunod, 1869.

(2) Hydraulique et géologie agricoles^ Paris, Lacroix, 1868.

(3) Il est très-probable que les Dunes et une partie des Landes étaient autrefois boisées et que Tincendie les a dénudées. Il était de tradition chez les druides qu'un incendie parti des Pyrénées s'était propagé jusqu'aux Vosges {de Kirwan : Correspondant, 25 juillet 1869). Brémontier attribue à Tincendie la dévastation des dunes sur lesquelle il a commencé ses expériences {Annales des

ET LES COURS D'EAU. i77

d'accepter ce point de vue. Lorsque la plaine, meilleure ménagère, utilisera seulement la millième partie des limons qui vont se perdre à la mer, alors, il sera temps d'examiner si la montagne^ doit livrer ses entrailles pour nourrir les basses terres.

Tous les exemples, tous les raisonnements présentés dans ce chapitre et dans les précédents concourent à démontrer l'extrême complication des phénomènes naturels ; ils nous avertissent qu'il faut se garder des généralisations et que tous les effets ne peuvent s'expliquer par une cause unique, telle, par exemple, que le déboisement.

En ce qui concerne spécialement l'écoulement des eaux et les inondations, il est évident que le rôle des forêts a été exagéré. Les crues sont antérieures au déboisement ; lors mieme qu'on reboiserait la France entière, on ne serait pas assuré de mettre à l'abri du fléau les propriétés qui y sont exposées et qui ne forment pas le vingtième de la superficie totale.

Mais on sait aujourd'hui, par le progrès des sciences, que la crue et la tempête sont deux phénomènes du même ordre ; ils procèdent tous deux d'une cause météorologique. Les grandes eaux viennent après les grandes

ponts et cknuisées). On aura peine à comprendre dans Tavenir que ropération du boisement des landes ait été entreprise sans qu'aucune disposition légale ait prescrit des garde-feux. Des bandes d'arbres feuillus (chênes, bouleaux, etc.) convenablement espacées suffiraient, le plus souvent, pour arrêter Tincendiè auquel les essences résineuses, qui sont exclusivement préférées, livrent un aliment trop facile.

pluies, et l'histoire de l'inondation commence toujours par le tableau d'une perturbation atmosphérique.

Voici Tordre invariable des phénomènes : un cyclone plus violent que les autres traverse l'Atlantique qu'il soulève dans ses profondeurs ; il couvre du débris des naufrages les côtes de France et d'Angleterre, puis il jette un déluge sur les montagnes, et aussitôt nos plus riches vallées sont ravagées par les eaux débordées. Sur la route du météore, une douloureuse clameur s'élève; les riverains de la mer poussent le premier cri auquel répondent bientôt les riverains des fleuves. — N'est-on pas obligé de reconnaître à ces caractères que ces désastres sont produits par une de ces forces naturelles auxquelles l'humanité est soumise ainsi qu'à la maladie et à la mort ?

Que faire cependant? faut-il rester les bras croisés comme les musulmans fatalistes? —Non; mais de même que, par les progrès de l'architecture navale, des phares, des sémaphores, des assurances maritimes, les armateurs cherchent à diminuer les effets de la tempête sans prétendre écarter la tempête elle-même ; de même, il faut par des reboisements locaux, par des ouvrages d'art, par lé choix des cultures, par des assurances (1), etc., organiser le pays en vue des hautes eaux qui sont inévitables. Il est surtout nécessaire que les populations, mesurant ce qui est possible, ne s'endorment pas dans une sécurité trompeuse, sauf à maudire ensuite l'admi-

(i) jéragOj Dupuit^ etc.

nistration si elle n'a pas fait ce qu'il était impossible de faire.

Les cas où il est incontestable que Thomme peut diminuer le mal sont ceux où il est certain qu'il a contribué à le développer. Toute rivière, tout fleuve qui divague daûs les graviers et qui exhausse son lit peut être assimilé à un torrent ; les plaines basses où les aUuvions s'accumulent sont un Cône de déjection trèsaplati ; dès lors il y a un Bassin de réception dont l'érosien alimente le charriage : c'est là qu'il faut agir, et si grand que soit le bassin, de même qu'on éteint un torrent en effaçant chaque ride élémentaire de ses berges ( voir ci-après chapitre Vlll)j de même on améliorera le cours d'un fleuve en maitrisafat toutes les eaux torrentielles qui le troublent. C'est là une œuvre de longue haleine : raison de plus pour l'attaquer sans tarder.

L'heure est sonnée d'organiser enfla sur des bases utiles le service hydraulique ou plutôt le service agricole. Les roules, les canaux, les chemins de fer déjà presque achevés et d'aiUeurs devenus des objets de fabrication . courante, ne suffisent plus à absorber les capitaux et l'attention du pays. C'est à la mise en valeur du sol lui-même, à l'aménagement des eaux, à l'apphcation pratique des découvertes de la géologie, de l'hydrologie, de la chimie, de la météorologie et des autres sciences qui intéressent l'agriculture, qu'il faut désormais s'appliquer. Là est le champ ouvert à l'ambition de la génération qui nous suit; là sont les services à rendre, là est l'avenir.

Après avoir ainsi passé en revue les principaux ouvrages, qui depuis trente ans, ont traité la question des forêts, nous sommes ramenés en définitive à des conclusions qui ne seront pas nouvelles pour les lecteurs de Y Etude sur Us torrents des Hautes-Alpes.

En ce qui concerne l'action climatérique des forêts : celte action esta peine probable; on t'appuie sur des présomptions plutôt que sur des observations positives; elle est, en tous cas, variable suivant Us circonstances /ocaUs (1). // faut la reUguer parmi Us infiniments petits de la météorologie.

En ce qui concerne l'action hydrologique des forêts : cette action dépend des circonstances particulières à ckaque cours d'eau et même à chaque affluent.

Cette action est d'autant plus certaine et plus énergique que U cours d'eau est plus torrentiel.

Mais ce qu'il est impossibU de discuter, ce qui est audessus de toute contestation c'est l'influence qu'exercent Us forêts sur la conservation du sol des montagnes (2).

En conservant U sel, c'est-à-dire en s' opposant au ravinement. Us forêts modèrent FécouUment des eaux.

Le seul critérium certain de futilité hydrologique des forêts, c'est donc U ravinement.

Par suite, une distinction radicaU et profonde est à faire entre les forêts de plaine et Us forêts de montagne :

(4) Comparez Surell^ page 145 de la V édition. (2) Page 145 de la 1" édition.

h premières sont d'intérêt privé, celUs-ci d'intérêt pu-

Ces propositions nous amènent à rechercher ce qui a été fait pour appliquer à ce mal des torrents dont souffrent les montagnes le seul remède dont Tefficacité est maintenant par tous reconnue.

(i) Pages 144, 225 et suivantes de la 1" édition.— La dernière de ces propositions ne se rapporte, comme les précédentes, qu'à raction hydrologique des forêts. Une forêt de plaine peut, à d'autres points de vue, représenter aussi un intérêt public. Telles sont, par exemple, les hautes futaies, que l'État seul peut conserver et que les particuliers sont fatalement portés à détruire.

i82 BOISEMENT ET GAZONNEMENT

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