ANESTHÉSIE DE LA VESSIE
L'étude de l’anesthésie vésicale vient bien à sa place à la suite du chapitre précédent, puisque la condition nécessaire à la production de la miction inconsciente est le défaut de perception d’une sensation qui a son point de départ à la muqueuse vésicaie.
Dans certains cas de paraplégie où les centres médullaires qui président à la miction se trouvent lésés, et où l’on voit survenir de la rétention complète ou de l'incontinence absolue, la muqueuse vésicale est presque toujours anesthésiée.
Mais dans tous ces cas, les filets nerveux moteurs sont atteints aussi par la lésion. Je veux étudier maintenant ce qui se passe quand les filets sensiufs sont seuls lésés. |
Là encore, il faut me reporter au schéma physiologique où j'ai montré l'existence de deux arcs : vésicocérébral vesico-spinal.
NÉ Quand ce dernier conserve son intégrité, la miction réflexe s’accomplit tout à fait bien, mais le cerveau n'a pas connaissance de l’acte; si la conduction des sensations venues de la vessie ne se fait plus au-dessus du centre vésico-spinal, ce sera done la miction inconsciente, avec cette particularité, toutefois, que, par suite de la différence fondamentale qui distingue les opérations du cerveau de celles de la moelle, le cerveau pourra envoyer une incitation motrice pour provoquer la miction, alors même qu’il n’aura reçu aucune perception sensitive venue de la vessie, Nous pouvons, à l’état normal, par un effet de notre seule volonté, uriner alors même que nous n’en sentons pas le besoin, il en sera de même dars le cas pathologique actuel. C’est une incitation venue d’une autre sphère cérébrale, qui, à défaut de la perception sensitive, sera le point de départ d'une miction volontaire. | Je m’empresse d'ajouter que c’est là une simple vue de l'esprit. En effet, je ne connais pas une seule observation où se trouvent réunies les conditions de l’hypothèse précédente, à savoir : la perte de la conductibilité sensitive de la moelle pour les sensations venues de la vessie, et la conservation de la conductibilité motrice se dirigeant vers la vessie; l’arc réflexe vésico-spinal restant d’ailleursintact (1).J’ai connu des malades, les unes hystériques, les autres ataxiques qui, comme c’est noté dans l'observation de Dard (Observ. XXIX), avaient une anesthésie complète de la peau, et chez ces malades, ou la muqueuse urinaire restait sensible, ou la motilité était aussi atteinte. C’est ainsi que Dard sentait très vaguement le besoin d’uriner malgré la distension de sa vessie, qu'il ne sentait pas l'urine passer dans son urè-
(1) Ces conditions se trouvent réalisées chez un malade cité par Fournier dans son traité de l’ataxie locomotrice,
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thre, mais que de plus, il avait constamment une grande difficulté à émettre son urine, et parfois une rétention qui nécessitait le cathétérisme. Cependant, chez Dard, le trouble de miction devait tenir en grande partie à l’anesthésie vésicale, ainsi que le prouve la réussite du petit stratagème qu’il employait parfois quand il ne parvenait pas à émettre son urine par ses efforts volontaires : il lui suffisait souvent de tremper ses mains dans l’eau froide pour voir aussitôt l’urine s'écouler.
Bien que ses mains fussent également presque tout à fait anesthésiées, il me paraît évident que la sensation confusément perçue dont les mains étaient le siège, jouait sur le centre vésical, par un trajet difficile à sui vre anatomiquement, le rôle d’excitant, et complétait l'excitation trop faible envoyée à ce centre par la muqueuse vésicale, de façon à provoquer une incitation motrice qui produisait la rmiction.
Cette digression sur le cas si intéressant de Dard me servira tout naturellement de transition pour parler des cas où l’arc réflexe spinal est atteint lors d’anesthésie de la vessie ; et il était manifestement atteint chez Dard.
Le centre vésico-spinal ne recevant plus de la vessie l'excitation qui devrait lui arriver par les filets nerveux sensitifs, la miction réflexe sera totalement abolie, en dépit de l'intégrité des filets centrifuges moteurs.
De même, l'impression sensitive ne pouvant cheminer jusqu’au cerveau, la sensation du besoin n’existera pas, mais il arrivera ceci : la vessie, distendue à l’extrême, fera une forte saillie à l’hypogastre, pressera fortement de dedans en dehors la paroi abdominale, refoulera en haut la masse intestinale, d’où une sensation de gêne, de tension, qui attirerait l'attention du malade, et lui ferait comprendre que sa vessie est distendue par la présence d’une quantité considérable d'urine ; à la suite de ce raisonnement, l’ordre moteur viendra directement
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du cerveau, par les tractus moteurs de la moelle restés perméables, et la miction se fera, volontaire, quoique non précédée de la sensation de besoin.
Si le malade est intelligent, il n’attendra même plus, dorénavant, d’être arrivé à cet état de gêne et de tension abdominale qui l’avertit ; il se fixera à lui-même ses heures de miction, et il urinera par un effort de sa volonté, à intervalles réguliers, de la même façon que quelqu'un qui mange sans se sentir d’appétit, parce que c’est l'heure du repas.
Si l'intelligence fait défaut, pour une cause quelconque, ce sera au médecin qui aura reconnu la situation, d'y suppléer, en invitant le malade à faire effort pour uriner, et en lui faisant donrer le vase à intervalles réguliers, avec injonction d’avoir à évacuer l’urine.
Les cas de ce genre sont loin d’être rares : on les rencontrera chez des hystériques, chez des ataxiques (obs. de Teissèdre, de Depreux, etc.),
On rencontrera aussi la rétention d’urine par anesthèsie, dans des cas où la lésion spinale est assez difficile à définir, bien qu'il s'agisse, selon toute apparence, d’une congestion ou peut-être d’une action spéciale comparable à une intoxication, je veux parler de la fièvre typhoïde.
C’est, en particulier, dans les formes graves, ataxoadynamiques, et souvent en même temps que l’escharification rapide de la région sacrée, qu’on voit survenir la rétention d'urine chez les typhiques. Chez quelques-uns d'entre eux, l'intelligence persiste assez pour qu'ils puissent rendre compte de leurs sensations, mais jamais aucun d’eux ne se plaindra de souffrir de sa rétention, il y à donc anesthésie vésicale.
La plupart du temps il faudra recourir au cathétérisme, mais je me souviens d’avoir vu souvent donner l’urinal ou le bassin à des malades de ce genre en leur
TO — disant de faire un effort pour uriner, et obtenir une mic-
tion chez des malades qui avaient laissé leur vessie se distendre sans s’en apercevoir (1).