‹ Étude sur les troubles de la miction dans les maladies du système nerveuxChapitre 4 sur 34 · PR TE · texte numérisé non relu

PR TE

restera pas toujours sans résultats : pour ne parler que de l’exemple le plus probant, il n’est pas sans impor tance de reconaître, dès ses débuts, une affection médullaire de nature syphilitique, afin de la traiter à un moment où les lésions de la moelle sont encore en état de rétrocéder, au lieu d'attendre le moment où tous les symptômes venant rendre le diagnostic évident pour les yeux les moins clairvoyants, les lésions seraient deve-— nues irréparables.

Tel est le but principal du travail que j'ai entrepris sur le conseil et avec l'appui de mon maître, M. le professeur Guyon ; si j'y réussis, je me sentirai trop récompensé du temps que j'y ai passé et de la peine que j'y ai prise.

Après avoir commencé à étudier mon sujet, je n'ai pas tardé à m’apercevoir, non seulement de la difficulté de ma tâche, mais aussi de son étendue; aussi ai-je dû me limiter à une partie du sujet, m’occupant exclusivement des troubles de la miction qui surviennent dans les cas de lésions du système nerveux, j’ai donc élimine la classe pourtant si intéressante et si nombreuse des névropathes et hypochondriaques. On remarquera que j'ai mis l'hystérie à côté des maladies à lésion, c'est qu’au point de vue urinaire l’hystérie se comporte de la même façon qu'elles ; d’ailleurs, on a parfois découvert des lésions médullaires dans quelques cas d’hystérie très ancienne, et rien ne prouve qu’un jour on n'arrive pas, par les progrès de l’anatomie pathologique, à distraire complètement l’hystérie du cadre des névroses.

Parmi les autres maladies considérées encore aujour— d'hui comme névroses, telles que la paralysie agitante, la maladie de Basedow, etc., je n'ai pas trouvé d’obser-— vations relatant des troubles de miction imputables à la maladie nerveuse, et les malades que j'ai pu observer moi-même n’en ont jamais présenté.

muÿhre.

Il reste alors une catégorie toute différente de malades : les hypochondriaques, ceux qu’à défaut d’appellation plus claire, on définit du nom de névropathes; enfin les vésaniques de toutes sortes. Au point de vue urinaire, ces malades présentent des troubles un peu spéciaux, surtout si l’on veut remonter à leur pathogénie; à un point de vue plus général, c’est de la pathologie mentale qu’ils ressortissent, et leur étude demande une somme considérable de soin, de patience, et des connaissances un peu spéciales. J'avoue cependant que ce sujet est plein d’attraits pour moi, et je me promets d'y revenir plus tard. Pour le moment, je me borne à la première partie qu’on trouvera peut-être déjà un peu longue.

Le plan général de ce travail n’est pas sans présenter quelques difficultés: désirant passer en revue, d’une façon aussi complète que possible, les troubles de miction qui peuvent se produire dans toutes les maladies du système nerveux, devais-je prendre successivement chacune de ces maladies si nombreuses, et montrer,dans chacune d'elles, les symptômes qui peuvent se produire aux différentes périodes de leur évolution du côté de la fonction d’excrétion de l'urine? Cette énumération eût été aussi longue que fastidieuse, et m’eût forcément obligé à des redites, des répétitions sans nombre.

Il m'a semblé préférable de procéder autrement, et j'espère. malgre 13 difficulté très grande qui résulte d’une pareille méthode, y gagner en clarté, par suite de la comparaison constante et du rapprochement continuel des différentes maladies dans lesquelles se rencontre un même symptôme,

C’est par suite de ce rapprochement que j'espère arriver à tirer quelques enseignements importants au sujet du mode de production de certains troubles de miction, et contribuer ainsi, dans une certaine mesure, à éclaircir quelque peu leur pathogénie.

E; 4 Det

Mais, après avoir fait œuvre d'analyse en étudiant séparément la séméiologie de chaque symptôme, il me paraît indispensable de faire un tableau synthétique rapide d’un certain nombre de maladies nerveuses dans lesquelles les troubles urinaires ont une importance si grände, qu'ils peuvent quelquefois dominer toute la scène morbide.

C’est ainsi que je serai amené à grouper dans un chapitre spécial tous les symptômes urinaires qui peuvent se rencontrer dans l'ataxie locomotrice, dans les diverses formes de paraplégie , dans l’hémiplégie, etc.

Il m’a semblé indispensable de commencer par un exposé de la physiologie de la miction, d’abord au point de vue purement mécanique, puis au point de vue de l’influence du système nerveux. Pour cette seconde partie de mon premier chapitre, j’ai mis à profit des expériences faites par des physiologistes, et n’ai point voulu expérimenter moi-même, estimant qu’en fait de physiologie du système nerveux, l’expérimentation était hérissée de tant de causes d’erreur, que les recherches que j'aurais pu faire d’une main novice n’eussent eu aucune valeur. Il m’a semblé préférable de m’en rapporter aux découvertes faites par des hommestels que Budge, Giannuzzi, Kupressow, et de me contenter de tirer certaines conclusions des résultats de leurs expériences.

Je terminerai par les observations qui m'ont servi à écrire la partie clinique de ce travail ; bien qu’il y en ait quatre-vingt-quinze, on trouvera peut-être que c’est peu si on considère le grand nombre des maladies dont j'ai dû m'occuper, et la grande diversité des troubles de miction. Maïs je dois prévenir ici, que je n’ai pu me servir de presque aucune des observations qui ont été publiées jusqu’à ce jour. J’en ai compulsé des milliers, dans toutes les thèses et mémoires traitant des maladies du SYS— tème nerveux, et même dans celles où les troubles uri-

SZ

naires ont été mentionnés, ils sont constamment indiqués d’une manière si sommaire que je n'ai pu y puiser aucun renseignement utile : on n’y voit que ces deux mots, rétention ou incontinence, encore souvent ne saiton s’il s’agit d’incontinence par regorgement. Il n’est question pour ainsi dire nulle part des différentes varié— tés de l'incontinence que j'ai été amené à admettre par lexamen des faits cliniques.

Presque toutes les observations ont donc été prises par moi-même, et j'ai mentionné l’origine de celles qui m'avaient été communiquées par quelques-uns de mes collègues que je tiens à remercier ici. |

Les observations qui me sont personnelles ont été recueillies par moi dans différents services, en particulier à Bicêtre, où M. Debove a mis son service à ma dis: position avec une bienveillance dont jene saurais assez le remercier, et à Laënnec où, avec leur autorisation,j'ai puisé largement dans les services de mon excellent maître le professeur Ball, de M. le professeur Damaschino et de MM. Legroux, Ferrand et Nicaise ; enfin à la Salpêtrière, dans les services de M. le professeur Charcot, que je remercie pour l’accueil bienveillant qu'il m'a fait, et de M. Luys.

Il me reste un devoir de reconnaissance à remplir, et je suis heureux d’en trouver ici l’occasion, en témoignant toute mon affection et ma gratitude à mon président de thèse, M. le professeur Guyon, à M.le D'Millard, auprès duquel j'aieu le bonheur de passer deux années, au début et à la fin de mes études médicales, enfin à ceux qui eux aussi m'ont appris ce que je sais, mes autres maîtres dans les hôpitaux : M. le professeur Ball et MM. Féréol, Labric et Gouguenheim ; pendant tout le cours de ma carrière, leurs enseignements resteront présents à ma mémoire, et leur souvenir à ranon cœur.

Voici donc en quelques lignes la marche que j'entends suivre dans cette étude:

1° Considérations physiologiques sur la miction.

2° Etude détaillée des différents troubles de la miction indépendants de toute lésion des organes urinaires, troubles qui sont la conséquence plus ou moins directe de la lésion nerveuse quelle qu’elle soit.

3° Application des recherches du chapitre précédent, à celles des maladies nerveuses dans lesquelles les troubles de miction sont les plus fréquents et les plus importants.

(1) Ainsi que l'indique le titre de cette thèse, je ne m'occuperai que de ce qui concerne la miction, c'est-à-dire l'évacuation de l'urine contenue dans la vessie; on ne s’étonnera donc point de ne pas me voir mentionner les faits de polyurie ou d’anurie de cause nerveuse qui s’adressent à la fonction rénale et dans lesquels la miction n’a rien à voir.

Page 1