MODIFICATIONS ANATOMIQUES AMENÉES PAR LA GROSSESSE
Les modifications sont étudiées sans beaucoup d'ordre et dans des chapitres distincts. Ainsi, page 20, on signale les changements du col pendant l'état gravide : « Le col se raccourcit à mesure que la grossesse « augmente, et la fente s'arrondit pour commencer à « former un cercle, de façon qu’au moment d’accoucher, « il n'y a plus de col ni de fente; ce n'est plus qu’un « trou rond. » Plus loin, à propos des symptômes de la grossesse, on indique que la dureté du col augmente les premiers mois. Puzos se donne même du mal pour prouver qu'il est faux que cette dureté aille jusqu’à la consistance squirrheuse.
Notre auteur a étudié avec soin l'augmentation de volume de la matrice, et comme ïil croyait à une simple dilatation, il s'efforce de prouver que l'œuf est capable d'amener à lui seul la distension des parois de la matrice : « Il paraît surprenant, pour ne pas dire « miraculeux, qu'un petit œuf de la grosseur d’un pois « dans les premiers temps de la conception, composé de « membranes très minces, et dans lesquelles est un petit « embryon. sous la forme d'une masse flottante dans
Hoi « quelques gouttes d’eau, puisse sans se détruire étendre « la matrice, qui pour lors est dans toute sa force, dont « l'épaisseur est de partout près d’un doigt et disposée « par un mouvement naturel à la contraction. » Et cependant, dit Puzos, le fait se produit; c'est que « bien « que cette liqueur ne soit d'abord qu'au poids d'un « demi-scrupule, ou moins si l'on veut, elle peut avoir « la force de dix livres, si elle est appuyée par un « courant de dix livres. »
L'eau s’accumulant sans cesse par transpiration dans l'œuf et n’en sortant pas, les membranes se développent et l'utérus se détend au point où on le trouve à la fin dé la grossesse ; d’ailleurs les parois de la. matrice sont ramollis par l'humidité et distendus de partout, ce qui les empêche de résister vu qu'elles n'ont pas de point d'appui. Mais la distension de la matrice a une limite et l'ouverture progressive du col, qui, s'effaçant de plus en plus, finit par ne plus pouvoir soutenir la tête, de telle sorte que la grossesse ne peut pas durer plus de neuf mois. Cette conception est fausse, mais elle a cela d’intéressant, qu'elle attribue, comme beaucoup de théories modernes, la fin de la gestation aux modifications survenues du côté du col. Rappelons que Puzos avait emprunté les principaux éléments de cette explication à Mauriceau.
Voici le passage auquel nous faisons allusion : « Dans la description de la matrice, j'ai répété ce qu'on « en avait toujours dit, qu’elle avait dans son état « naturel la figure d'une bouteille renversée ; que dans « la grossesse, elle perdait un peu de cette ressem-
blance, et qu'à la fin elle devenait toute ronde, parce que son col était effacé, et que ses deux orifices ne font plus qu'un, lequel, de fente, devient véritable trou, de sorte que le tout ensemble présente la forme d'un ballon. La matrice ne prend cette forme que pour fournir à l'enfant l'espace nécessaire à son volume, mais cette faculté de la matrice à s'étendre a des bornes, et à un certain degré elle ne peut plus prêter, faute d'étoffe. Elle créverait même infaitliblement, par quelque endroit, lorsqu'elle est parvenue à son dernier degré d'extension, si la nature, toujours sage, n'avait fait une ouverture à sa partie la plus déclive. La figure de la matrice dans les derniers temps de la grossesse, et son étendue prodigieuse changent insensiblement la forme de cette
- ouverture ; ce n'est plus, comme auparavant, une
fente allongée sur laquelle l'enfant portait, c'est une ouverture circulaire, qui forme un vide incapable de soutenir l'enfant : il s’affaisse donc et par conséquent il étend moins la matrice dans son fond. La matrice, un peu soulagée, parce qu'elle est moins étendue, se contracte à proportion du terrain qu'elle
. gagne. Elle chasse les membranes, les eaux et l'en-
fant du côté de l'orifice, qui est l'endroit de toute la matrice qui résiste le moins, ce qui occasionne les premières douleurs, et comme la matrice tend toujours à sa contraction, sitôt qu'un peu d'espace lui permet de se resserrer, le vide qui continue de se reformer dans son fond par la dilatation de l'orifice offre de nouveaux moyens aux fibres charnues Wagner. fi
du fond et des parties latérales d'agir sur le corps qu'elles renferment pour le chasser du côté qui
résiste le moins. » Comme on le voit, Puzos rejette
résolument les vieilles idées hippocratiques pour se rattacher comme Mauriceau aux modifications du col pendant la grossesse. Notre auteur nie franchement l’intervention active du fœtus encore admise en partie par Deventer : « On a jusqu'ici donné des raisons bien
différentes, pour tâcher d'expliquer les moyens que la nature eniploie pour faire sortir l'enfant hors de la
: matrice, à un terme presque toujours limité. La plus
grande partie de ceux qui en ont écrit, ont regardé l'enfant comme le premier mobile de cette opération. Cependant quand on fait réflexion que les femmes se délivrent d'enfants morts ou à peu près, de la même façon que des vivants ; qu'aux uns comme aux autres elles ont des douleurs périodiques et des repos, et que souvent aux enfants morts les eaux ne percent qu'à la fin du travail, comme à ceux qui vivent, il faut convenir que l'enfant n est nullement auteur de sa sortie. Pour ceux qui ont regardé l'enfant comme cause primitive du travail et des douleurs, les uns ont dit que le méconium et l'urine, retenus en trop grande quantité vers la fin du terme, donnaient des tranchées à l'enfant et l'obligeaient de faire plus d'effort qu’à l'ordinaire pour rompre sa prison, ce qui OCCasionnait à la mère des douleurs proportionnées à la force de ces mouvements. Mais l'enfant mort dans la matrice, qui n'est certainement pas tourmenté de sensations douloureuses, excite les mêmes douleurs et les mêmes
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« repos, lorsque sa sortie est déterminée. D'autres aussi, « dans l'opinion que c’est l'enfant qui détermine le tra- « vail, disent que se sentant trop à l'étroit, il ouvre ses « membranes, fait écouler les eaux et se glisse parle « chemin qu'eiles lui ont frayé. Mais les femmes les « moins instruites savent par expérience que les eaux « percent rarement au commencement du travail, que « les douleurs sont en très grand train, avant qu'on les « aperçoive couler, et que le travail le plus commun et « le plus naturel est celui où les membranes ne s'ouvrent « qu'à la fin. Certains auteurs ont prétendu que l'enfant, « manquant de nourriture par le décollement du pla-
« centa, en cherchait ailleurs et forçait tout ce qui s’op-
« posait au chemin qu’il avait à faire. Cette opinion a « encore moins de vraisemblance, puisque les travaux « seraient toujours accompagnés de la plus violente perte « de sang, or cela n'est pas. » Puzos réfute ensuite une théorie qui paraissait plus spécieuse : « Il est encore un sentiment qui prévient beaucoup en sa faveur, c'est celui de ceux qui croient que l'enfant ayant fait la culbute est naturellement disposé à braquer ses pieds vers le fond de la matrice, tandis que couché sur un plan horizontal, sa tête pousse contre l'orifice qu'elle cherche à ouvrir autant de fois que l'enfant s'étend et s’allonge. » Malheureusement pour cette théorie, fait remarquer Puzos, « la version qu'ont pratiquée tant de gens montre que les pieds peuvent se trouver tout autre part qu'au fond delamatrice. » Nousavonsrapporté tout au long cette discussion, parce qu'elle montre combien les vieilles erreurs, appuyées par des noms
re illustres, sont vivaces et quelle habileté mettent certains esprits à trouver de nouvelles raisons pour soutenir une opinion que l'expérience a cependant prouvée fausse.