‹ Étude sur les œuvres de PuzosChapitre 9 sur 33 · DEVENTER · texte numérisé non relu

DEVENTER

Deventer (1) aeu une grande influence sur les accoucheurs du temps de Puzos, au moins sur ceux dignes de ce nom qui savaient se maintenir au courant des progrès de la science. Son Trailé d’accouchements est remarquable par les plus rares qualités, par la précision des détails, la netteté des idées, un grand talent pour l'observation, et des vues originales ; aussi a-t-on toujours donné à Deventer une des premières places en obstétrique. Puzos le cite souvent, et il est visible qu'il a su en tirer grand profit; mais il limite de la bonne manière, c'est-à-dire en améliorant et en perfectionnant son modèle.

Le chapitre dans lequel il étudie le bassin est des plus remarquables. Il a bien montré ce qui caractérise le pelvis féminin, il a étudié soigneusement le promontoire, mais 1l est faux qu'il ait eu connaissance des différents diamètres. En tout cas il en a étudié systématiquement les déformations. Il distingue : 1° Les bassins trop larges ; 2° les bassins trop étroits, ceux-ci se rencontrent chez les naines, mais alors heureusement presque toujours le fœtus est petit, et chez des femmes qui semblent bien conformées, mais qui ont un bassin

(1) Voir note n° 7.

ter arrondi et non élargi transversalement (notre bassin justo minor). Une variété sur laquelle il a principalèment insisté, c'est le bassin plat, dans lequel, dit-il, le promontoire fait une saillie exagérée. Ces déformations se rencontrent surtout chez les femmes rachitiques. Les bossues n'ont pas toujours un pelvis vicieux, et elles peuvent assez souvent accoucher avec une grande facilité ; cette remarque est due à Mauriceau. Deventer ne s'est pas demandé la raison de ces anomalies comme l'a fait plus tard Puzos. Il soutient, comme (Galien, Dulaurens, Bartholin, Riolan, etc., et contre l'opinion de Mauriceau, que les parois utérines Ss'épaississent pendant la grossesse. Il croit que le placenta ne peut s'insérer qu'au fond de l'utérus.

Voici, suivant lui, les causes qui contribuent a l'expulsion du fœtus; ce sont les muscles abdominaux, le diaphragme, le poids de l'enfant et ses mouvements actifs, les contractions de l'utérus: « Notandum quod « si dolores musculis thoracis et abdominis undique « contraclis ulerum coangustant et comprimunt, lum necessario humores quibus fœtus innalat, in- « gentem 1n os uleri impressionem faciant, per idem effluerti. »

Il établit comme d'habitude les conditions d'un accouchement naturel : (douleurs modérées, utérus bien situé, contractions persistantes, fœtus vivant et unique, accouchement à terme, présentation verticale, pas d'accidents pendant le travail, etc.) Il a insisté sur l'étroitesse du bassin, l'obliquité de la matrice, les malformations utérines et vaginales, l'épaisseur trop considérable des

membranes, le volume excessif de l'enfant, les monstruosités fœtales.

Les présentations sont traitées à peu près comme par Dionis, mais il connait beaucoup mieux l'accouchement dans le siège complété qu'il conseille de livrer aux seules forces de la nature. Il redoute les faces et tâche de les transformer en sommets de la façon suivante : il met la main à plat sur le thorax, après. avoir crevé la poche des caux et l'empêche d'avancer ; la tête se fléchit d'elle-même et se transforme beaucoup plus facilement en présentation normale, que si on avait agi directement sur elle.

Il tâche de ramener la tête en avant en saisissant une oreille. Enfin, il cherche à améliorer autant que possible les présentations vicieuses par la version dont il fait un grand usage, ainsi que tous les accoucheurs de cette époque.

MauquesT DE LA MOTTE

Guillaume Mauquest de la Motte qui fit paraïtre en 1721 Son Zrailé complet des accouchements naturels, non naturels et contre nature, expliqués dans un grand nombre d'observations et de réflexions sur l'art d’accoucher, était un observateur, un praticien habile beaucoup plus qu'un savant. Né à Valognes, il y retourna après avoir terminé ses études chirurgicales à Paris. Il avait eu le bonheur de pouvoir suivre

Le mn pendant six mois très attentivement les accouchements qui se faisaient à l’Hôtel-Dieu de cette ville et il lui resta un goût décidé pour l'obstétrique. Il devint bientôt l'accoucheur le plus en renom, non seulement de Valognes, mais encore des pays environnants et son immense clientèle lui permit d'observer nombre de cas intéressants dont il sut tirer le meilleur parti. Son ouvrage a un intérêt clinique incontestable, car il renferme, à l'exemple de Mauriceau, l'histoire d'un grand nombre d'accouchements ayant présenté quelques particularités dignes de fixer l'attention de l'obstétricien. Le nombre de ces observations atteint le chiffre de 400.

Mauquest de la Motte, malgré sa grande habileté manuelle, possédait une qualité bien utile à l’accoucheur, il savait attendre et ne rien précipiter : aussi, éclairé par l'expérience, il rejeta la plupart des moyens barbares d'embryotomie dont se servaient les accoucheurs de ce temps pour amener l'expulsion en cas de dystocie. Il raconte qu'il n'eut, pendant sa longue carrière, que deux fois à se servir des instruments tranchants et des crochets. On rendra aussi toujours justice à l'excellent tableau symptomatique qu'il a donné de la grossesse. On peut lui reprocher d’avoir demandé parfois à la version plus qu'elle ne pouvait donner, mais il faut refléchir que de son temps on ne se servait point encore du forceps dont l'invention était tenue secrète.

Ce qu'on peut reconnaitre à La Motte, c'est un esprit très indépendant. Bien qu'il fût loin de mépriser les

Page 1