INTERPRETATION DES RESULTATS
L'étude de ces observations nous montre qu'il existe, dans le quart ou le cinquième des cas (1) de néphrites aiguës ou chroniques (2), examinés par nous, une hyperglycémie légère, mais indiseutable. Son taux oscille presque toujours autour de 1 gr. 30. Nous rapportons cependant l’observation d’un malade dont la glycémie attei-
gnait 3 gr. 60; c’est, croyons-nous, l’hyperglycémie la plus:
élevée que l’on ait jamais signalée au cours des néphrites. Bailey, en 1919, avait présenté une communication sur un cas de néphrite au cours de laquelle la glycémie s’éleva à 3 gr. %, Sans que la moindre glycosurie apparût. Devauchelle, dans sa thèse, publie l’observation d’une brighti-
(1) En réalité, nous pensons que l’hyperglycémie peut être observée, au cours des néphrites, avec une plus grande fréquence. Un assez grand nombre de malades, parmi ceux que nous avons examinés, ne présentaient qu’une atteinte rénale légère, et c’est ce qui explique la faible proportion d’hyperglycémies que nous avons constatée,
(2) Nous pensons qu’une mention spéciale doit être accordée aux néphrites hydropigènes. Dans un cas tout récemment observé,
pour lequel nous avons déjà pratiqué plusieurs examens succes-
sifs, et dont nous suivons l’évolution, nous avons pu constater que, conformément à nos prévisions, l’hydrémie, entraînant simultanément une baisse apparente de la réserve alcaline et de
la glycémie, apportait ainsi une double cause d'erreur dans
l’appréciation du rapport que nous avons cru pouvoir établir entre l’acidose et l’hyperglycémie.
UE? 1er que, examinée en plein coma, après une hémorragie cérébrale, et chez laquelle il a trouvé une glÿcémie de 3 gr. 82.
Nous pensons que cette observation n’est ni assez significative, ni assez convaincante pour être retenue 5 ele appelle, en.effet, les réserves qu'a formulées Bordet à son sujet: «€ Dans le cas tout à fait exceptionnel de 3 gr. 85 cité par Devauchelle, on peut se demander si cette hyperglycémie excessive n’était pas l’effet de l’hémorragie cérébrale survenue chez cette malade, plutôt que la conséquence indirecte de son insuffisance rénale. »
Les observations que nous rapportons, nous indiquent, en outre, une absence constante de glycosurie, ce qui est conforme aux constatations de la majorité des auteurs. Elles pous renseignent, d’autre part, sur l’éventualité d’un paral- ‘lélisme entre les valeurs diverses de la glycémie chez les brightiques et les variations subies par certains éléments de l’insuffisance rénale.
Hyperglycémie et hypertension. — Nous avons déjà résumé dans leurs grandes lignes les discussions qui avaient pour objet d'admettre ou de nier |? existence d’un rapport entre l’hypertension et l’hyperglycémie. Après avoir Ju la solide argumentation de Janeway et les formelles conclusions de Devauchelle, nous étions persuadé, sans même avoir entrepris nos recherches, que la question était jugée. Les opinions récemment formulées par Hirseh (1916), Kahler (1922 et Botti (1922), sont cependant favorables à la coexistence de l’hyperglycémie et de l'hypertension. Herrick (1923) pense de même et précise que cette coexistence s’observe dans un groupe défini de cas, caractérisés par quatre symptômes cardinaux : hypertension, hyperglycémie, obésité, artéri-sclérose.
Mobhler (1925), ayant examiné quarante-six sujets hyper-
tendu, a trouvé, dans plus de la moitié des cas, une élévation anormale, parfois considérable, du sucre sanguin ; mais il faut ajouter que tous ces malades étaient gly cosuriques et vraisemblablement, pour la plupart, diabétiques. Personnellement, nous n’avons Jamais observé d’hyperglycémie dans les cas où l'hypertension était le plus considérable:
NAN Glycémie
C. P. (obs. n° I) : 20-10 0 gr. 98 10 AMONT EN A) RMS RE TS CL S.s(0bS en VTT) 20:18 dore?
D. A. (obs. n° IX) 20-10 0 gr. 78 BC ob NN) 20:11 0 gr. 97
Par.contre, les malades chez lesquels nous avons trouvé de l’hyperglvcémie avaient à peu près tous une tension normale; dans les rares cas où elle s’est montrée un peu élevée, elle est toujours restée bien inférieure aux chiffres que nous venons de reproduire. Nous pouvons donc affrmer que, chez les malades que nous avons observés, il n’y avait absolument aucun rapport entre le taux de la glycémie et la valeur de la tension artérielle.
Hyperglycémie et rétention uréique. — La même indépendance se manifeste entre ces deux ordres de phénomènes. Des taux d’urée sanguine voisins de 1 gr. correspondent à des glycémies normales. Chez une même malade, une uréoémie s’élevant de 0 gr. 55 à 0 gr. 77 ne modifie à peu près pas la valeur de la glycémie.
Inversement, l’hyperglycémie la plus élevée (3 gr, 60) coexiste avec un taux d’urée sanguine égal à 0 gr. 85; chez un autre malade, une glycémie s’élevant à 1 gr. 36 est contemporaine d’une uréoémie normale (0 gr. 33).
Enfin, une hyperglycémie légère (1 gr. 12), corresnonf
à une uréoémie de 0 gr. 12; et nous sommes. même assez près de croire qu’il y a peut-être une relation entre ce taux anormalement faible d’urée sanguine et l’élévation de Îa glycémie; nous nous réservons de développer plus loin notre idée sur ce point, mais c’est avouer déjà combien nous sommes éloigné de penser qu’il y ait une relation quelconque entre l’élévation de la glycémie et le degré de la rétention uréique (1). |
Parmi les recherches que nous avons effectuées systématiquement et comparativement chez chacun de nos malades, il y en a une, enfin, qui nous à apporté des résultats nettement parallèles aux variations de la glycémie; nous allons donc un peu plus longuement nous étendre sur les modifications de la réserve alcaline et étudier les rapports qui existent entre ses variations et celles de la glycémie.
(1) Nous avons indiqué précédemment les recherches qui permettaient de conclure à l’absence de tout rapport entre l’hyperglycémie et les diverses formes de rétention azotée autres que la rétention uréique. Personnellement, nous n’avons pas poursuivi cette étude, qui, dans les travaux antérieurs au nôtre, n’a apporté que des résultats négatifs: les dosages comparatifs de créatinine (voir, à ce sujet, l’importante contribution de Myers), d’azote total et d’azote résiduel, d’une part, de glycémie, d’autre part, n’ont pas permis d'établir la moindre relation entre la rétention azotée et le trouble du métabolisme hydrocarboné.