‹ Étude sur lord Brougham, discoursChapitre 4 sur 7 · Roebuck, Hislory of Ihe Whig administration · texte numérisé non relu

Roebuck, Hislory of Ihe Whig administration

large que délicate oii exce&ni les orateurs anglais.

Je veux vous en donner un exemple.

Lord Wharncliffe avait prétendu que le peuple avait •bien pour la réforme, en général, une espèce d'amour platonique et mal défini, mais qu'il ne se souciait nullement du bill proposé par les ministres ; et il avait cité Bond Street, l'une» de ses promenades, où, disait-il, il ne pouvait entrer dans une boutique sans trouver des adversaires du bill. Brougham lui répond en ces termes :

« A peine mon noble ami a-t-il cité Bond street, qu'arrive une pétition des boutiquiers de cette rue, affirmant qu'ils sont tous les champions du bill. — Oh ! reprend alors mon noble ami, je n'ai pas entendu désigner spécialement les boutiquiers de Bond street; f aurais pu tout aussi bien citer une autre rue, Saint-James street par exemple. — A peine celte malheureuse déclaration est-elle connue, voici les boutiquiers de Saint-James street en armes, et une pétition surgit, semblable à celle de Bond street. S'aperçoit-on que mon noble ami se promène dans Régent street, aussitôt tous les habitants de fermer boutique, s'imaginant qu'il efet en quête d'adversaires du bill, et de signer, pour plus de sûreté, une déclaration de leurs sentiments. Monte-t-il dans une voiture de louage, tous les cochers des environs s'assemblent et pétitionnent. Poursuivi sur terre par les amis de la réforme, le noble lord cherche un asile sur les eaux de la Tamise : il y est accueilli

par les milliers de riverains dont je présente aujourd'hui même la pétition à Vos Seigneuries. Partout où il va, dans toutes les rues où il passe, sous toutes les portes où il se réfugie, les habitants se croient obligés, pour leur défense, de signer des pétitions. Aussi ne rencontre-t-on plus mon noble ami dans ses promenades accoutumées ; mais on le voit errer à pas lents, solitaire et mélancolique , dans les quartiers déserts où il ne risque pas de rencontrer un habitant, c'est-à-dire un ami du bill. »

Malgré l'esprit de Brougham, malgré ses supplications chaleureuses, le bill fut rejeté par les lords, — s'obstinant cette fois, il faut le dire, contre les conseils de la sagesse. — On put se croire à la veille d'une révolution. D'immenses meetings se rassemblaient dans les villes et dans les campagnes; ce n'était plus cette agitation contenue, cette colère légale, pour ainsi dire, particulière au peuple anglais ; c'était comme un écho des révolutions de France : les ministres trahissent, disait-on; il faut chasser les Communes, supprimer les pairs : le mot de république était prononcé ; à Birmingham, cent mille hommes se réunissaient pour marcher sur Londres : et les lords résistaient toujours.

Enfin, le roi se déclara prêt à créer des pairs en nombre suffisant pour assurer la majorité au bill. C'était là une résolution nécessaire, mais dangereuse et d'un exemple funeste : l'aristocratie eût été affaiblie, ruinée

peut-être; et alors que fût devenue la constitution? Mais les lords plièrent sans qu'il fût besoin de recourir à ce coup d'Etat; le bill devint loi du royaume, et partout s'apaisa l'émotion qui avait soulevé le pays.

Vous trouverez sans doute, messieurs, de nombreux enseignements dans l'histoire de cette réforme ; mais ne voyez-vous pas tout d'abord dans ces agitations de l'Angleterre quelque chose de rassurant pour la France? N'y trouvez-vous pas une réponse à ces prophètes de malheur qui voient dans nos bouleversements les signes d'une incurable décadence? Si l'Angleterre, après des siècles d'expérience et de progrès, semble encore, à chaque pas en avant, menacée d'une révolution, comment s'étonner que la France, qui s'est renouvelée d'un seul coup tout entière, soit lente à recouvrer son équilibre, après une si formidable secousse? Messieurs, le choix est donné aux peuples. La route n'est point semée de fleurs, où s'engagent les peuples libres, mais couverte de taches sanglantes, sang glorieux tombé du front des martyrs ; la liberté ne s'engendre point dans le repos, mais dans la peine ; elle agite les nations qu'elle fait vivre; le mouvement est sa loi, comme il est la vie ; un homme d'État* Ta bien définie : la liberté, c'est la perpétuité de la lutte.

Par tant de services rendus à la chose publique, et

\ . Le comte de Serre.

comme magistrat et comme ministre, Brougham avait conquis la popularité la plus haute dont l'histoire des chanceliers d' Angleterre fasse mention. Si, comme Ta dit Bacon S la louange est le suffrage donné par des voix libres, jamais homme n'a été mieux loué que Brougham. Les feuilles publiques étaient remplies de son nom; l'opposition même lui rendait hommage; on venait, pour le voir, de toutes les parties de l'Angleterre, comme de toute la Grèce on allait entendre Démosthène; la Cour de chancellerie, autrefois déserte, ne pouvait contenir, lorsqu'il siégeait, la foule des admirateurs; le peuple Tattendàit au passage pour l'applaudir, et ses bustes, vendus par milliers, étaient devenus l'ornement favori des foyers populaires du royaume.

Les Ecossais voulurent, eux aussi, payer un tribut d'hommages à leur illustre compatriote. Ils ne le regardaient pas seulement comme le plus glorieux enfant de leur pays, mais comme son bienfaiteur; car le hill de réforme avait détruit les abus qui faisaient de l'Ecosse tout entière comme un immense bourg pourri. En 183/i, Brougham, sollicité par des députations nombreuses, alla revoir les lieux où s'était écoulée sa jeunesse.

Ce fut un voyage triomphal. Il était suivi des offi-

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