XI
DANGERS DE LA DOCTRINE DU DROIT DIVIN DE l'iNSURRECTION.
L'Assemblée législative était au fond monarchique. L'insurrection du 10 août avait renversé la monarchie, et l'Assemblée n'avait su que ratifier le fait acconqili, en privant le roi de sa liberté. Accepter la loi de FinsiuTection, c'est, de la part d'une assenddée souveraine, signer sa propre déchéance. Les meneurs de la Comnuuie savent désormais à quoi s'en tenir; il ii'v a plus pour eux (|u'une question : réussir.
La (iction consi il iil lonncllc, /<■ roi rrcjnr et ne qouvcnu' ixis, a été pleinement léahsée (\r>. cette épocpie de notre histoire. L' Assenddée, <[ui s'est substituée au roi, sus])cndu ou déchu, règne; la Commune gouvcrn(>.
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Des hommes ([ui se sont mis eux-mêmes au premier ran^, ou qui tiennent leur mandat de la minorité la plus turljulente des sections et des clubs, la composent; ils ont pris la place des pouvoirs réjjuliers. Leur parti délibère dans les sections, prend ses résolutions dans les clubs des Jacobins et des Gordeliers, les impose au Corps législatif par des députations menaçantes et par les vociférations des tribunes , dispose, pour en assurer l'exécution, du tocsin, des piisons et de la garde nationale que commande le brasseur Santeri'e. — L'état-major de la gendarmerie a été licencié dès le Ll août.
L'Assemblée refuse d'abord de créer une juridiction exceptionnelle pour juger ce qu'on appelle les crimes du 10 août. L'orateur d'une députation de la Commune se présente et lui adresse ces paroles :
(i Connue citoyen, comme magistrat du peuple, je viens vous annoncer que ce soir, à minuit, le tocsin sonnera et la générale battra. Le peuple est las de n'être pas vengé. Craignez qu'il ne .se fasse justice lui-même. »
A ces mots, l'indignation de l'Assemblée éclate; mais les députations se succèdent : l'Assemblée fléchit, et un tribunal extraordinaire est institué.
Cette scène se renouvellera fastidieusement , toujours avec le même succès, jusqu'à la chute de la Commune de Paris. Avec un peu de clairvoyance , il eût été aisé de prévoir que cette tyrannie qui commençait ne finirait pas. Les Girondins, qui dominaient dans l'Assemblée législative, auraient dû dire, dès le 10 août, ce qu'ils répétèrent tant de fois depuis inutilement : « Paris n'est pas la France, une poignée de factieux n'est pas le peuple. Le peuple réside dans l'assemblée de ses mandataires, dont vous opprimez la liberté, dont vous violez la majesté. » Mais ce langage, qu'on tint le 10 mars, le 30 mai, pour se défendre, eût, le 20 juin et le 10 août, protégé et sauvé peut-être des adversaires... Le jour où elle servait vos idées, V insurrection était proclamée sainte; elle devenait le droit divin de la démagogie : le sang des défenseurs des Tuileries était l'huile sainte de ce nouveau sacre. Vous avez donné tant d'éloges à l'énergie révolutionnaire, vous avez
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tant de fois appelé héroïsme le mouvement qui porte la multitude à renverser les obstacles que rencontrent ses passions ou ses instincts , que vous voilà désarmés devant elle. Le lan{ja{je que vous lui avez fait tenir, elle le tiendra contre vous; les movens d'action que vous lui avez donnés ou laissé prendre contre la royauté , elle va les mettre en œuvre pour vous abattre. Si vous reconnaissez ffue les délégués des sections, «|ue les envahisseurs des conseils de la Commune, que les brigands des- faubourgs, que toute cette masse escaladant les Tuileries est bien légitimement le peuple au 10 août, pourquoi les mêmes hommes, investissant l'Assemblée nationale au 2 juin, ne seront-ils plus le peuple à vos veux? La fantaisie de l'émeute est sainte, avez-vous dit : inclinezvous donc. Hier elle vous favorisait, aujourd'hui elle vous frappe. — Contre cette logirpie inexorable, la Gironde se débattit péniblement, l^a tache du gouvernement que les circonstances allaient lui imposer lui faisait détester instinctivement, dans les auteurs du 10 août, les ennemis de tout gouvernement réjjulier.
« C'était, a dit le roiiitc lîciigiiot, entre les Girondins, |)orlés par leurs convictions à blâmer les actes qui avaient aceoiiqiagné ou suivi cette joiiinée, à qui fêterait le mieux le 10 août, à <|ui s'en approprierait le plus sûrement l'honneur, et à qui déchirerait à plus belles dents les véritables auteurs de cette journée. Le parli conlraire, furieux, et j)onr dégoûter la Gironde du 10 août, ne nian([uait |)as (i(; confondre les massacres des prisons. »
La Commune avait fait le 10 août, et le 10 août avait été salué comme une seconde et glorieuse victoire :
u Menacé extérieurement par <le puissants ennemis, travaillé dans rinféiienr par d(\s malveillants, le peuple lassé des lenteurs et des trahisons d'agents perfides, s'(\st levé luie seconde fois : il a \oiilii dissiper ces artisans de mensonges qui environnent le trône comme des insectes avides. Sa justice, aussi terribU" que sa patience est longue, s'est indi{fnée d'une résistance reutlue criu'Ile |)ar les apparences de conciliation dont ou Taxait lait précéder, etc. " Circulaire de Uolaud du 2ÎÎ aoùl.
La Commune voulut voir jusipi'où on la suivrait : elle lit les massacres de septembre.
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