LES CIRCULAIRES
Le 26 juin , la Prusse et l'Allemagne s'étaient coalisées contre la France. On apprit le 23 août que les Prussiens avaient pris LonjjAvy.
Le 25, le conseil exécutif adresse une proclamation, signée Roland, Servaii, Glavière, Danton, Monge, Le Brun, où l'on remarque les passages suivants (d'abord la glorification du 10 août) :
« Citoyens, le despotisme blessé en 89 s'était bientôt relevé; couvert d'un masque coustitiitioiinel , il couspiroit; c'étoit au nom de vos lois nouvelles qu'il espéroit vous lamenor sous le jong; et cependant, des despotes que des ti'aitres apj)eloient, vous ordonnoient de respecter des traîtres. Lassés de tant de pei'fidies, indignés de tant de d'insolences, vous vous êtes levés pour la seconde fois; l'ennemi du dedans a été frap[)é i\ mort, et cette énergique réponse est la seule que vous ayez faite à l'ennemi du debors. "
Plus loin :
" N'oubliez pas qu'au moment où vous écraserez dans mille et mille combats l'enuemi du debors, des bommes élus par vous (pour la Convenlion décrétée) doivent aussi terrasser l'orgueil de tout ce que la France peut encore avoir d'ennemis intérieurs... Les périls s'augmentent; nos ennemis préparent et vont porter le dernier coup de la fureur. Maîtres de Longwy, menaçant Tbiouville, Metz et Verdun, ils veulent se frayer une route jusqu'à Paris; ils peuvent y venir! n
Certes, si c'est madame Roland qui a écrit ces imprudentes paroles, elle était loin d'en prévoir le terrible effet.
Le 27, nouvelle circulaire de Roland, signée par lui seul, et adressée à des administrations des places frontières. Là, pas un mot à retrancher; elle est d'un élan superbe :
Paris, 27 août 1792, l'an IV de la liberté et le premier de l'égalité. " ... « Sa résolution à périr ou à se conserver libre ne peut donc être uù.se en question. La multitude des enrôlements pour marcher aux frontières eu est la [)reuve. C'est à vous, Mes-
oxxiv MADA.NFK liOLAM» KT SON TEMPS.
siciiis, c'est à SCS administialciirs de tr)iis j|(Iii(>s à seconder \ i{;<)i!i('iiseii[ioiif son ardeur. Que font piciiiie ra|)|)areil redoulal)le dt's eoiiihals. l'acoiiiiez îoiis les inrlaiix en armes : ordonnez |)aitoiil des lal)ii(alions de canons, de Insils, de sabres, de |)i(|iies; approvisionnez-vous de Jjonlcts, de cartouches, de pondre; (pie ces approvisionnements, <pie cenx en vivres et en fourrajfes soient détomnés des llenx exjiosés à Tennenii, qu'il soil poiirxn à leur sûreté; que clia(pie ville, cluKpie liamean ferme .son enceinte, s'environtie de lossés, de retranchements, se |)répare à une vive résistance. Veillez au passa^je des livières, disposez-vous à couj)er les ponts et les chaussées : (pie des abalis interrompent les (Y)mnninications j)ai' les lorêts; semez d'obstacles la route des einiemis, et (jiu- tout soit prévu pour qn'il ait à combattre et les ol)stacles et la \aleur des habitants et de nos armées. Tous pouvoirs \ons soiit donnés à cet é{}"ard. Tonte mesure préservatrice est bonne dans la crise extrême des dangers. La sûreté des administrés, le salut de l'Empire dépendent de nous. Les armées ennemies sont sur nos terres. Armez tous les bras fpii se lèvent déjà |)Our les extermiiuu*.
)' L'Assemblée nationale s'occupe d'cMivover de nouvelles forces aux frontières. Tout ce (pi'il y a d'armée à Paris et aux environs va se porter aux départements attacjués. Le conseil exécutif veille; toutes les ressources nationales seront iiiises en mouvement. Est-il lien à ménayer quand il faut sauver la patrie?»
Mais en même temps le ministre, cédant aveuglément à ses propres déliances ou à un désir de gagner la confiance du j)euple en flattant les siennes, écrivait le 1" septend»re :
Paris, le P" septend)re. « 1^'inviolabilité d'un homme s'étendait à tous les conspirateurs. Ce mot fatal, mais constitufioiniel , écrit sur la porti' des l'uileries, protéjjcail dans son enci'inti' les plus vils et les plus audacieux coniplots. Indigné de la tro|) manifeste insuffisance des lois, las de u"a\oir (pu' des soupçons pour défense, et de se voir réduit à de \agues et irrégnlières commotions, le |ienple a entouré celte nouvelle Hastille, il en a forcé l'eiitn'e, et sous des monceaux de morts dont il a lallu joncher ces lieux pis(pie-là l(''m()ins de tant de peilidies, elles se sont enfin Ironxées, ces preincs (pu' réclamaient hm'c tant d'affeclation des hommes faibles on complices, et de l'exiffcance des(pielles les ardents amis de la patrie avaient eu llieureux coura{fe de ne jamais douter. Il ne s'agit plus .seulement de soupçons et de défiance. Des pièces écrites, arrachées à ces archi\«'s du
MADAME r.OLArsD ET SON ÏEMI'S. cxxv
crime, vont ciilin ;ipprendre à Fnnivers entier ee (jii'il devait penser de ces réclamatioiis alfeclées de la coiistitiitioii et des lois, de ces scnuents si coinplaisaïuineut répétés, de ces témoignages hypocrites d'affection pour le peuple, à Tahri des((uels on soudoyait des assassins, on payait des pam|)lilets, on décriait les assignats, on subornait des régiments, on dispersait nos armées, ou ouvrait nos frontières, on préj)arait enfin le lavage de nos projiriélés, le massacre de nos familles, la ruine de la liberté et les espérances de l'humanité entière... »
Une circulaire du même jour, relative aux subsistances , et où il donne d'excellentes instructions sur ce sujet, justifie l'élopc que madame Roland a fait de l'activité de son mari; mais il aurait fallu plus qu'une activité de plume. Elle se termine par quelques paroles éloquentes :
a ... Laissons donc un libre coui's à tous les a[)provisionnements; que les grains sollicités inégalement, suivant la diversité des besoins, recherchés par l'active industrie, lu- soient pas cruellement retenus par rignorance qui s'effrave, ou la ciq^idité qui établit sou gain sur le malheur jniblic; que les départements et les villes jouissant du superflu le laissent relliier dans les départements et les villes où manque le nécessaire; que la loi reçoive partout son exécution pleine et pronqite; (|ue l'atteu- •tion et l'activité de tous se portent vers les movens de défense. Partout le fer doit se convertir en piques et se fondre vn boulets; partout les femmes même, dont la faiblesse n'exclut pas la généreuse; activité, le noble dévouement, doivent s'honorer de travailler aux habits, aux tentes des défenseurs de la patrie. De toutes parts ces défenseurs doivent se lever et accourir vers la capitale. C'est sur elle que les troupes ennemies dirigent leur course, parce que c'est là (pi'ils espèrent disperser et dissoudre le gouvernement, produire un moment d'anarchie, et se venger d'une manière éclatante sur la ville célèbre «pii renversa la Bastille, donna l'éveil au peiqde et sonna le tocsin pour le lenversement de la tvrannie; c'est de là qu'ils veulent répandre la terreur et ressusciter le despotisme. Lève-toi dans ta fôice, lève-toi tout entière, nation Française; voilà l'heure du combat : (jue ce soit celle de la victoire ! Il faut la remporter ou périr, car tu n'as pas de ménagements à attendre des despotes <jui te haïssent : ne songe donc plus (ju'à réunir et faire voler tes bataillons nombreux; tout autre soin, toute autre iu(]uiétude est luie perfide suggestion de tes ennemis. »
<;xxvi MADAME ROLAND ET SON TEMPS.
A Paris, les défiances de la multitude, accrues des souffrances que cause une famine factice due à l'interruption de la circulation des céréales, sont arrivées au delà de toute mesure. Dans les nobles, dans les prêtres, dans les riches, on voit de secrets partisans de l'étranjjer. La Commune, agissant de son propre mouvement, multiplie les visites domiciliaires afin de désarmer les citoyens, fait faire par ses a{;ents, investis d'un pouvoir discrétionnaire et aI)solument arbitraire, un {jrand nombre d'arrestations. Les prisons sont encombrées. Le ministre de l'intérieur ne sait rien , ne voit rien.