‹ Étude sur Madame Roland et son tempsChapitre 15 sur 46 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

UUEL I)K 51 AI) AMI. lîOI.AM) K T DK DANTON.

Les événements de septembre diffèrent des autres événements de la Révolution en ceci, (pi'une fois consommés, personne n'en voulut accepter la rcsponsabilitt- , ni Marat, ni Hébert lui-même. Le cii de la réprobation fut unaninu*.

MADAMP: R0LA>'D et son temps. cxxix

JjCS condamner, mais les laisser impunis, tel fut le terrain où les auteurs et les complices du massacre offrirent la conciliation à leurs adversaires. Les Girondins ne l'acceptèrent pas. Du 13 septembre au 2 juin, à travers tous les périls de la situation, invasion des armées ennemies sur les frontières, émeutes populaires à l'intérieur, ils ne cessèrent pas de demander un seul jour le châtiment des septembriseurs, acharnement sublime que des écrivains qui y voient la cause de leur ruine ont appelé une faute politique, et qui, aux yeux de ceux qui mettent les intérêts de l'humanité au-dessus de tous les intérêts du moment, sera l'éternel honneur de la Gironde. Il n'y a point de prescription en faveur du crime. Ce voile qu'on leur propose de jeter sur les cadavres, ils en feront la robe de César : ils ne cesseront de la montrer percée des coups de poignard des assassins, au risque de s'en faire à leur tour un linceul poiu^ mourir. ' A quoi la Gironde , ce parti sans cohésion , a~t-elle dû cette persistance, cette inflexible volonté, cette suite d'efforts vers un but? Beaucoup l'attribueront uniquement à un sentiment instinctif, à un besoin de justice.

Dans cette (grande querelle, je vois un duel s'enjjajjer, et chaque fois que la lassitude tend à écarter les combattants du champ de bataille, une main les y ramène.

Le duel fut entre madame Roland et Danton.

Les Mémoires témoi(}nent à tout instant de cette haine profonde contre Danton. Sans doute, de la part (hi fougueux et cynique montagnard, il y eut quelque injure grossière, quelque plaisanterie blessante , quelque manque complet d'égards qu'une femme ne pardonne pas. Tout cela s'ajouta à une antipathie instinctive chez deux natures les plus dissemblables qu'on pût mettre en présence. Ce ton brutal, ce langage parfois ordurier, cette façon d'être despotique et insolente, devaient blesser les susceptibilités d'un bel esprit accoutumé aux hommages respectueux. Un visage repoussant de laideur révoltait les sens. Quand cet objet d'aversion apparut couvert du sang de septembre, l'horreur se tourna en

»:xxx MADAME ROLAM) ET SON TEMPS.

animosité implacable. Aux veux de madame lloland, Danton est un monstre de scélératesse : c'est lui qui a fait le 2 septembre, c'est lui qui avait dicté le mandat d'amener dirigé contre Roland, c'est lui qui fera le 10 mars, le 2 juin, et qui la pousse, elle et ses amis, à l'échafaud. C'est donc lui (ju'il faut combattre à outrance : ni trêve ni oubli. Le sanj; des victimes des prisons crie venjjeance : qu'il v {jlisse et y étouffe ! Parlera-t-il de conciliation , fera-t-il appel au patriotisme des partis en leur montrant les dan/^ers qui {grandissent, et en les adjurant de s'unir pour les conjurer? làcbeté de sa part, mensonge et bassesse. Il a peur! voilà tout. On lui jettera à la face l'infamie éternelle des massacres, on lui montrera le glaive des lois dirigé contre lui, on menacera sa tête...

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