‹ Étude sur Madame Roland et son tempsChapitre 16 sur 46 · PORTRAIT DE RT:Z0T · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE RT:Z0T

Il y avait, outre son mari, un liomme dont madame Roland disposait en toute souveraineté : légitime ou usurpée , n'importe. Elle l'avait connu à l'époque de la Constituante, où il s'était fait remarquer, ainsi que Robespierre, son ami, par la fermeté de ses principes , la rigidité de sa conduite et la persistance de son opposition à la cour. C'était un caractère inflexible, un esprit sérieux et un peu triste, une àme ardente et pure. Il s'est peint dans les pages que, lui aussi, a adressées à la postérité :

Il ?Jé avec un raiactrro d'iiulrpcndance et de fierté qui ne plia jamais sous le cominaïKlenicnt do ptTSonno, coiiinient poiirrois-je supporter Tidéo d'iui maître liéiéditaire et d'un homme inviolable? La tête et le cœur remplis de mon histoire grecque et romaine, et des grands personnages <|ui dans ces grandes lépubliques honoroient le plus respèce humaine, je professois dès mon jeiuie âge leurs maximes; je me nourris de l'étude île leurs vertus. Ma jeunesse fut presque sauvage; mes passions, concentrées dans mon rœwv ardent et sensible, furent viol(>ntes, extrêmes, mais lK)rnées à un seid objet; elles êtoient toutes à lui. Jamais le lil)erliua{;e ne lli-trit mon àme de son souffle^ inqHir; la déhauclie me fil tr)n|<)urs horreur, et, jusqu'à un âge

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mènie avancé, jamais un projios licencieux n'avoit souillé mes lèvres. » Mémoires^ p. 24.

« ... Avec quel charme je me rappelle encore cette époque heureuse de ma vie (sa jeunesse) (|ui ne peut plus revenir, où le jour je parcourois silencieusement les montagnes et les bois de la ville qui m'a vu naître, lisant avec délices quehjues ouvrages de Plutarque et de Rousseau... » Ib., p. 24.

Madame Roland apprécia une nature qui offrait tant d'analogie avec la sienne. Brissot, probablement, l'avait mise en rapport avec Buzot. Celui-ci logeait quai Malaquais, 19, pas loin de la rue de la Harpe : « Il avoit une femme qui ne paroissoit point à son niveau, mais qui étoit honnête. » Les deux ménages se virent fréquemment. Dans le petit comité d'amis politiques que réunissait le salon de madame Roland, elle l'avait distingué « par le grand sens de ses avis et cette manière bien prononcée qui appartient à l'homme juste. — Buzot agit connue il parle, avec rectitude et vérité '. C'est le caractère de la probité même , revêtue des formes douces de la sensibilité •'y . Ouelle différence avec Roland, parlant d'un ton monotone et toujours de lui-même , roide et cassant ! Buzot était de six années plus jeune que madame Roland. Ses manières avaient une distinction qui sans doute lui valut l'accusation d'aristocratie de la part des sans-culottes, en dépit de l'énergie rigide de sa conduite : car il était bien « l'homme le plus doux pour ses amis et le plus rude adversaire des fripons » . Il avait la figure noble, la taille élégante. « Il faisoit régner dans son costume, dit encore madame Roland, ce soin , cette propreté , cette décence qui annonce l'esprit d'ordre, le goût et le sentiment des convenances, le respect de l'homme honnête pour le public et pour soi-même. » Kncore une différence avec Roland, si négligé dans sa tenue que Marat lui-même l'a remarqué : « Ce cafard, qui s'est peutêtre approprié plusieurs millions de ceux qui ont été volés au Garde-Meuble et de ceux qui ont été remis dans ses mains pour les subsistances , se montre dans les rues à pied , cou-

' « Ruzut avait une sorte (réldqueiice pénétrante et persuasive, » dit Et. Durnunt dans les Souvenirs sur Miraheau, p. 390.

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vert d'une mauvaise redin^jote et avec des bas de laine. » (L'Ami (lu Poitplo du 22 avril.) Et loujftemps après la mort de lioland, Gamille Desinoulius écrivait : «Je crois que la liberté n'est point la misère, (ju'elle ne consiste pas à avoir des babits râpés et ])ercés au coude, comme je me rappelle d'avoir vu Roland et Guadet affecter d'en porter, ni à niarcber avec des sabots, etc. " {Le Vieux Cnrdelier, n" vt, décadi 10 nivôse an II.)

En face de ce mari l'etierable que la néjflijjence excessive de sa tenue vieillissait encore, madame Roland « sentoit souvent qu'il manquoit entre eux de parité, (pie l'asiendant d'un caractère dominateur, joint à celui de vinjjt années pln> qu'elle, rendoit de trop l'une de ces siq)ériorités. » Elle ajoute : « Si nous vivions dans la solitude, j'avois des beiu-es quelquefois pénibles à passer; si nous allions dans le monde, j'y étois aimée de gens dont je m'apercevois que quelquesuns pourroient trop me toucber. . . »

Quand le succès de la mission de Roland relative aux <lette> de la commune de Lyon lui permit de retourner au Beaujolais, une correspondance s'établit entre les époux, Huzot et Robespierre, mais plus suivie avec le premier : « Il réjfuoit entre nous plus d'analo(;ie, une plus {jrande base à l'amitié et un fond autrement ricbe pour F entretenir. Elle est devenue intime, inaltérable. Je dirai ailleurs conunent cette liaison s'est resserrée. » Elle annoiue ici, comme dans plusieurs passajj^es des Mémoires , cette confession «jiie le temps seul l'a empécliée de faire.

Ruzot était devenu l'adversaire di'-claré de la royauté : « Ce fut surtout à l'époque de la fuite du roi (jue mon aversion poiu- la rovauté se manifesta sans ic-scrve. » (P. 25 de ses Mémoires.) Après la Constituante, il aurait pu rester à Paris. l'oiH(}iioi préféra-t-il retourner à Evreux? Selon toute a|)parcncc, l'amitié nc'-tait pas encore devenue de 1 amour : »... Refusant la ])lace (pu métoit offerte à Paris, je retournai dans ma petite ville, où je fis tout le Lieu (|ui dépendoit de moi. Mou dépailenieiit m'avoit élevé à la place de pri>sideut du tribunal (riiuinel... » (P. 20.) Dans lintervalle, entre la Coiislititf/nte et la (\)m'eutii)n , (pie -e pa>>a-t-il ? Les cir-

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constances au milieu desquelles la liaison s'est resserrée sont inconnues; nous en sommes réduits à former des conjectures et à constater les résultats.

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