‹ Étude sur Madame Roland et son tempsChapitre 18 sur 46 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

l'amour au dix-huitième siècle.

On mettait cet honneur au nombre des vains et sots préjugés dont la raison devait faire justice. Remarquons , en passant, que l'ordre social, la constitution de la famille, le monde enfin, reposent sur quelques-uns de ces préjugés qu'on prétend attaquer au nom du progrès, et que leur destruction radicale, que voudraient certains libres penseurs, nous ramènerait tous à l'état sauvage. La propriété , préjugé ; l'avantage fait aux enfants légitimes sur les enfants illégitimes, préjugé; la subordination de la femme par rapport à l'homme, préjugé; le respect du lien conjugal, préjugé; la solidarité de la race , le rejaillissement sur les enfants de l'honneur ou du déshonneur du nom paternel comme une part de l'héritage, préjugé, préjugé. Ainsi, au nom du pro-

• LeUre à Cliampagneux. Nous la reproduirons plus loin, tout entière.

<:xi. MADAMK KOLA M) ET SON ÏKMPS.

.<;rè.s, OU s'attaque aux inol)iles les plus actifs du cœur humain, aux Fruits li>{;itimes rlu travail, de Thonneur et du devoir.

A la lin du dix - liuitième siècle, le projjrès n'était pas encore allé tout à t'ait aussi loin. Mais la Raison, ne voyant dans l'amour (|ue l'union des sexes et le plaisir des sens, avait hautement j)ro(lamé l'absurdité d'une tvrannie qui, r[uel (|ue fût son nom, {j^énait les vœux de la nature. Voltaire, l'amant de madame du Chàtelet, ne s'ol'lensait pas des relations intimes de la mar<[uise avec Saint-Lambert : il se flattait d'avoir mieux que le corps de sa maîtresse, jusqu'au jour où sa mort et l'ouverture d'un bijou lui ])rouvèrent qu'elle avait donné à son autre amant tout, même son cœur. Saint-Lambert représente à merveille l'idéal de l'amoureux pour les dames délicates du dix-huitième siècle : de l'esprit, le don des vers faciles, voilà pour le brillant; une vigueur phvsique à toute épreuve, voilà pour le solide. Ainsi pourvu, Saint-Lambert enleva madame (hi Chàtelet à Voltaire, madame d'Houdetot à Jean-.laccpies. Le grand praticien de l'amour en a exposé la théorie, expression des idées du siècle. Nous ne pouvons invoquer une autorité niieux établie :

l/lioniieur, ce vain fantùine, cffravoit ta tendresse; Il cli.sputoit (les sens rinipi'tueiise ivresse : Ennemi de l'amour qu'il ne peut surmonter, Sans savoir l'obti^nir disputant la victoire,

A c()ml)nttre il liorue sa {jloirc.

Il est toujoiu's vaincu, mais il veut résister, 'lu m'aimes, je t'adore; ah! {jarde-toi de croire Que ce faihie tvran puisse nous arrêter; On le craignoit jadis; et les cci'urs de nés mères >ie {{oùtoicnt qu'en trenddani le iioMlicur de sentir. De ce siècle poli les lois sont moins sévères; l/amour à ses c"»tés n'a plus le ri'peiitir. Nous rions anjourd'luii de ces prudes sid>limes, Quefrarouclic un amant, qui j;(''nenl leurs désirs; Kt ces plaisiis si doux «lont lu te fais des crimes. Dès (pi'on les a goùics ne sont <pu' Av:^ plaisirs.

L Amour, en se jouant, laliguoii la \ crtu ;

Tu sens l'ennui de te déFendrcî ;

A l'houiuMu- d'avoir cOMd)attti llàle-toi d'ajontci' le plaisir de le rendre.

MADAME ROLAIND ET SON TEMPS. cxii

C'est ainsi qu'on pensait en 1775. En 1788 et 1790 paraissaient les Amours du chevalier de Fauhlas, suite d'aventures monotones et fastidieuses de libertinage , qui charmaient l'imagination des rêveuses de ce temps-là. Le type de l'amant avait revêtu pour elles la forme du chevalier : une figure de femme, une taille de femme, des mains de femme, mais pour l'amour des muscles d'acier.

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