XXVI
LA ROYAUTÉ DE l'iNFAME.
Laissons les lâches, et revenons aux infâmes.
Paris avait fait une révolution pour rendre à Hébert la liberté. Il est tout simple que celui-ci, en reprenant la plume, ait entonné un chant de triomphe. Avec quelle
1 Le i)Oii Bosc avait signalû cette perte des 1795, dans une note de l' Avertissement de l'éditeur : « Cette correspondance (de madame Roland avec lui) a été extrêmement active pendant plusieurs années, souvent journalière pendant son séjour à Amiens; ma mémoire se i-etrace confusément cpielques lettres d'un très-grand intérêt. Je ne les retrouve pas; il est possible; fpie plusieurs soient restées entre les mains de Lanthenas, a^■ec qui cotte correspondance étoit fréquemment C(jmmuue. Il y nieKoit alors, et avec raison, mie fort fjrande importance, mais aujourd'hui ! ... n Quel mot
TERRIBLE POUn l/lSCllA l !
(;civ MADAME ROLAND ET SON TEMPS.
ardeur ce ii" 242 dut être recherché, lu, commenté! Il vaut l)ieu la peine que nous en reproduisions un frajjment. On veri'a sous quelles calomnies la Gironde a succombé, et quelles étaient , dés le 4 juin , pour les députés retenus dans leur domicile et j>lac('S sous la sauveqarde du jiettple, les inévitables consé(|uences des derniers événements. Le mot de Verjjniaud à Gouthon pouvait s'adresser à bien plus forte raison à Hébert : « Passez-lui un verre de sang, Hébert a soif. »
K» 2i2. — Vers le 3 ou le 4 juin. « Il te faut prendre Jacques Dclo(;(,' pour ton patron, vertueux, incomparable l*étion; il laut ilé(pierpir de ce joli palais que le compère Roland t'avoit ad)H(;é à si bon compte; tes ricbes appartements, ta vaisselle plate, tes cristaux, ta porcelaine, tes beaux tapis, tes belles tentures des Gobelins vont entrer dans mon fjarde-meuble. Toi, corsaire Barbaroux, dictateur des marcbands de sucre de Marseille; toi vil égréfin de Guadet ; toi l'avocat de l'aristocratie et de la royauté; toi tartuffe Verjfuiaud, il faut dire un éternel adieu aux petits appartements de Saiut-Cloud. A'ous n'irez plus, hâbleurs de la Gironde, vous vautrer avec des coquines de rOpéra sur les sofas de la veuve Capet. Toi, prêtre Faucliet, apostat et renégat de la liberté, tu peux bien maintenant te faire des papillottes avec le brevet de {;rand aumônier du roi Louis XVII. Toi, pantin de Gorsas, pleure, {|émis, tu ne seras point le porte-coton de sa nouvelle majesté. As-tu des oreilles assez longues, baudet de Laujuiuais, qui ne cessois de braire contre la saus-culotterieV Toi, jietit braillard de palais, escrément de la Xormaudie, Valazé, qui te crovoit le premier moutardier du pape depuis que les tripotiers de la Gironde t'avoient
choisi pour leur concierge et tenoient chez toi leiu- b de
sabat, tu vas savoir maintenant si ce qui vient de la flûte s'en retourne au tambour. Toi, le maître des fdoux, traître IJuzot, ;';ibier de j;uillotinc, ton âme (1(> boue est-elle assez à découvert? ISon, ton vœu ne sera pas accouq)li, les Parisiens ne mangeront pas le plâtre de leurs maisons. iSazillard Gensonné, prédicateur de lu contre-révolution, mords-toi les ])ouees, mange du froma{;e, tous tes beaux projets sont à-vau-l'eau; la rovaulé ne sera pas rétablie, tu ne seras pas {;ouverueur de la Gironde. Toi, iiujuisileur Roland, qui à force de raboter la statue de la liberté, croyoit à la fin eu détruire les formes et nous la rendre hideuse; malgré toi, mal{;ré ton rabot aristocra(i(|UC, elle restera aussi belle et aussi pure, elle sera la seule idole des Français. Pro-
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phètc maudit, singe de Bouille, jeanf. d'Isnard, qui eus
l'audace de dire que dans peu on chercherait le lieu où exista Paria, je ne te dirai pas et à ta f..... séquelle : « Pardonnezleur, mon Dieu, ils ne savent ce qu'ils font, car, f , ce n'est
jjas par ignorance que vous avez péché, mais par ambition et
par avarice
Quels éîoient, f. , les amis secrets de Capet dans l'Assemblée constituante et législative? N'étoit-ce pas les mêmes b
qui ont employé le vert et le sec pour le sauver, et qui ont fait
perdre plus de cinq mois à la Convention pour juger un b
d'ivrogne dont la tête ne devoit pas peser une once? Quels sont ceux (|ue Dumouriez appeloit la saine partie de la Convention? les Brissotins et les Girondins. Quels sont ceux qui ont forcé la France à déclarer la guerre à toutes les nations? les Brissotins et les Girondins. Quels sont ceux qui vouloient la ruine de Paris, afin de détruire le berceau de la liberté et de frapper la République au cœur? Les Brissotins et les Girondins. Quels sont ceux qui avoient les mains dans le Trésor public et le moule des assignats? Les Brissotins et les Girondins. Quels sont ceux qui ont nommé tous les généraux, qui ont laissé nos troupes en guenilles, livré nos magasins à l'ennemi, conduit nos soldats à la boucherie? Les Girondins et les Brissotins. Républicains de tous les départements et des armées, les Parisiens vous ont donc vengés en vous délivrant de pareils monstres, etc. »
. Une seule chose pouvait troubler la joie d'Hébert : quelques-uns des proscrits, et les plus déterminés, s'étaient échappés.
Au moment où les proportions prises par l'insurrection ne laissaient plus aucune espérance, les Girondins avaient examiné la conduite qu'ils devaient tenir. Les uns avaient été d'avis qu'il fallait profiter des bonnes dispositions des départements et marcher avec une armée contre la Commune de Paris, ceux-là partirent; les autres voulurent rester comme des ota(jes, pour témoigner des pures intentions de leurs amis et de leur confiance dans le peuple.
Buzot fut du nombre des premiers. Le 2 juin, il n'avait pas paru à la Convention. Il aurait voulu aller mourir à la tribune : ses amis le retinrent de force dans l'asile que Meillan
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leur avait ména/jé. ?iie restait-il qu'à se faire massacrer par une populace furieuse? Une fois mort, que deviendrait la captive qu'il devait délivrer?
Bientôt il eut [fafjné Evreux.
Les Girondins, pénétrés de l'esprit de la classe moyenne, croyaient trouver derrière eux une force toute prête. Soixante et dix départements avaient envoyé des adresses contre la Montaj'jne. 11 leur sem])la que tout ce mouvement était pour eux ; ils ne surent point y distinguer la part du malaise des campagnes et des ardentes manœuvres des minorités ; ils crurent que l'élan départemental était proportionnel au nombre, à l'argent, à l'importance numérique des classes.
Les Girondins songeaient donc à marcher sur Paris, à opposer à la tyrannie d'une faction l'action armée du souverain représenté par la grande majorité des départements. Mais en supposant cette armée victorieuse des sections et des Montagnards, comment relever la Convention? comment , au milieu des discordes intérieures , faire face à l'étranger et à l'insurrection royaliste? Sans doute, les vingtdeux avaient pour eux la justice , la raison , l'honnêteté ; mais est-ce tout en politique? D'ailleurs, les royalistes n'étaient-ils pas fondés, de leur côté, à invoquer le droit et la justice méconnus? Les Montagnards ne pouvaient-ils faire valoir, comme la plus impérieuse des nécessités, celle de sauver la République et de repousser l'ennemi de la nation? — Dans le moment qui suivit immédiatement le 2 juin, tout était faisable et à la rigueur excusable. La surprise d'une insurrection avait séparé les combattants ; la bataille perdue par l'intervention des sections pouvait être gagnée le lenden>ain par l'intervention des départements. J--es bandes venues de Marseille avaient bien fait le 10 août, essayé le 10 mars; mais ce <jui eût été expli«|ué, à cette heure <fui suivit le 2 juin, par la fureur de la lutte et l'indignation d'une violence inique, ne pouvait plus s'excuser dés (]ue le temps avait dû faire succéder la réiiexion à l'emportement de la passion. Alors le j)éril de la patrie apparaissait ajjgravé par la victoire des proscrits. C'était le cas de se résifpier au sacrilice : ils se résignèrent, et nul ne manqua ni à son bon-
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neur ni à son devoir. Voilà pourquoi la destinée de ces proscrits éveillera toujours, au fond des âmes {généreuses, une invincible sympathie. S'ils furent légers , inconséquents , maladroits, comme le prétendent leurs adversaires, ils furent honnêtes, honnêtes et malheureux.
Le 9 juin , la Convention apprenait que la nouvelle des événements du 31 mai avait soulevé Bordeaux, et que les sections avaient arrêté d'envoyer une armée sur Paris. Dans le même temps, l'administration du département de l'Eure, d'accord avec les députés du district, se disposait à faire lever quatre mille hommes, et engageait les autres administrations départementales de Normandie à ordonner de semblables levées. On aurait eu ainsi vingt mille hommes.
Sur la dénonciation de Thuriot, et malgré l'opposition courageuse de Real, Buzot fut décrété d'accusation. La Montagne envoie des commissaires partout, partout de l'argent, partout des nistructions et des circulaires qui accusent les fugitifs d'alliance avec les royalistes et l'étranger, de conspiration contie l'unité et l'indivisibilité de la République. Royalisme, trahison, fédéralisme, ces trois mots, sans cesse répétés, sont les coups de la hache avec laquelle la calomnie coupera de tous côtés les racines que la Gironde a dans le sol de la province.
Pendant que Buzot se rend de Paris à Evreux, d'Évreux à Caen, où il trouve Barbaroux et Gorsas, et dont les proscrits font le centre de la grande agitation départementale, madame Roland, renfermée à l'Abbaye, s'adressait tour à tour à sa section , au ministre de la justice , au ministre de l'intérieur, et protestait contre sa détention arljitraire en des termes que son indignation, plus que le désir de réussir, semble avoir dictés. Elle-même a raconté sa captivité; elle s'y montre d'abord sereine et tranquille : elle a eu ce retour sur elle-même que commande l'attente des grandes épreuves. Examen fait du passé et du présent, de l'avenir même, tout menaçant qu'il puisse être, elle n'a rien à se reprocher : « Si je trouvai, en écoutant ce cœur sensible, quelque affection
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trop puissante, je n'en découvris ]);is une qui dût nie faire rou{;ir, pas une f[ui ne servit d'aliment à mon courage et qu'il ne sût encore dominer. » Il y a au fond d'elle une mystérieuse et inconipi'éiiensihle satisfaction de son sort (|ui lui fait dire : « Si je reste ici six mois, je veux en sortir grasse et fraîche, n'ayant plus besoin que de soupe et de pain. » Mais plus tard son imagination s'assombrit; elle voit Paris perdu, les brandons de la guerre civile allumés, l'ennemi profitant des divisions intestines, la République entière livrée à d'affreux déchirements. Alors elle s'écrie : « Indifférente autant que jamais sur ce qui me concerne, j'espère foiblement pour les autres, et j'attends les événements avec plus de curiosité que de désir. Je ne vis plus pour sentir, mais pour connoître. » — Et encore : « Si j'avois à renaître avec le choix des dispositions, je ne voudrois pas changer d'étoffe; je demanderois aux dieux de me rendre celle dont ils m'ont formée. » Pardonnons-lui de faire aussi fausse route pour obtenir ce qu'elle désire, mais convenons qu'elle avait bien raison de désirer ce qu'elle demande.
Ses sinistres pressentiments ne la trompaient pas , bien qu'ils pussent paraître alors mancjuer de fondement. L'insurrection prenait de grandes proportions, mais qu'elle fût victorieuse ou vaincue, la République restait livrée à d'affreux déchirenienls ! Le sort de la France occupe dans les préoccupations de la prisonnière ime plus grande place que sa propre destinée. Elle sait pourtant que le peuple, d'un jour à l'autre, peut envahir l'Abbave et la scptemhrisor. On l'y excite, on lui indique la place qu'occupe la victime offerte. Les colporteurs du Père Duc/iesne se' tiennent obsfiuément sous sa fenêtre, qu'elle a ouverte pour entendre crier la GRANDE VISITE , avec force commentaires outrageants et sanguinaires (vov. p. 280 des Mémoires et les Lettres à Buzot).
K» 248. Vers le 20 juin ITiKÎ. — La rjrandc visite du Vèrc Dncliesne à ta citoyenne lloland, dans la prison de l'Abbaye, pour lui tirer les vers du nez et connaître tous les projets des envieux contre la Républi(pir. Son entretien avec cette vieille édentée qui s'est déboutonnée au vis-à-vis de lui, et qui lui a découvert le pot aux i-osc; au sujet de la contre-révolution que
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les Brissotins, les Girondins, les Bnzotins, (es Pétionistes mltoniioleni, d'accord avec les briyands de la VeJidée , et surtout avec le (juibus de l' Angleterre.
u ... A propos de la vieille Roland, f. — , il faut voir sa mine allongée à l'Abbaye. J'ai voulu me donner la joie d'aller lui rendre visite dans ce lieu où ses favoris m'ont fait siffler la linotte, il y a quelques jours. Le concierge, qui est un brave homme et qui s'est conduit avec moi comme un franc sansculotte pendant mon séjour dans cette prison, m'avoit fait venir pour raccommoder ses poêles, et surtout pour nous donner une bonne pile en réjouissance de ma sortie. Madame Coco, toujours aux ayuets et s' attendant à voir arriver à chaque instant quelqu'un de sa connoissancc, vient toujours montrer sa face plâtrée
à tous les arrivants. Elle paroît tout interloquée de voir un b
carré de ma sorte dans ce gîte où on ne voit guère que de petits messieui-s de l'ancien régime. Elle recule d'effroi, contemplant mes laiges moustaches. — Qnel est ce prisonnier? dit-elle d'une voix tremblante. — C'est le général de l'armée chrétienne, m'écriai-je, ou, comme on dit à Paris, le chef des brigands.
» A ce mot, la citoyenne Coco laisse échapper un gros soupir; elle lance sur moi un regard tendre, tel qu'une châtie amoureuse à un vieux matou qui vient miauler autour d'elle. Je continue sur le même ton, et je profite de son erreur pour lui arracher ce qu'elle a dans l'âme. — Citoyen brigand, me dit-elle avec un ton patelin, vous m'avez fait une peur épouvantable; en vous voyant, j'ai cru être septembrisée. Racontez-moi donc par quelle fatalité vous vous trouvez ici : je croyois que vous aviez remporté une grande victoire; on annonçoit que vous aviez mis l'armée de la République en déroute et que vous vous étiez emparé de tous ses canons.
» — Que voulez-vous, f. — ! les armes sont journalières, citoyenne Roland. Les généraux de la République nous ont fait si beau jeu , que nous n'avons pas eu de peine à battre leur armée, qu'ils avoient éparpillée par-ci par-là, tandis que j'ai réuni toutes mes forces pour battre les lieux qui étoient dégarnis. Nous avions d'abord de bons amis dans l'armée de la République qui y ont jeté le désordre en jetant le cri de Sauve qui peut. Nous nous entendions aussi avec les officiers municipaux de Saumur, qui ont été enchantés de nous livrer leur ville et surtout l'artillerie qu'elle renfermoit. Malheureusement les Républicains se sont ralliés; ils ont pris leur revanche, et je suis prisonnier.
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» — Vous m'en voyez consternée, reprend la reine Coco, car, entre nous, les honnêtes (;ens n'ont plus d'espOrance qu'en vous. Vous savez tout ce que inou vertueux époux a fait pour vous ; c'est lui qui vous envoyoit des secours à Coblentz , en Anffleterre, et qui vous a fait débarquer en Bretagne, tandis qu'il pavoit une armée de missionnaires pour prêcher la contrerévolution dans li's départements. Ces maudits sans-culottes de Paris ont dérangé tous mes projets. Que vais-je devenir, si mon cher Buzot, si l'ami Gorsas, si mon petit Louvet, si le favori de mon cœur, le divin Barbaroux, n'allument la guerre civile dans les départements? Dans quelques jours, hélas! le pauvre Brissot sera raccourci! Dites-moi, mon cher brigand, avez-vous des nouvelles de mon cher Coco? 3Ion vertueux époux a-t-il pu arriver jusqu'à nous? Est-il dans votre armée?
» — Je l'ignore, citoyenne, mais ce que je sais, c'est que sa fuite et la chasse que la Convention vient de donner à nos bons amis de la Gironde fait bien baisser nos actions. Nous comptions plus sui- votre mari et sur les appelants que sur les Anglais. Pour comble de malheur, les ai'mées de la République sont partout victorieuses; les Autrichiens, les Prussiens sont battus de tous côtés à plate couture. Tous les soldats de la République défendront jusfju'à la mort la liberté et l'égalité. Ils méprisent les Brissotins, les Rolandistes, les Pétionistes; les sans-culottes de Paris ne détestent pas plus cette f. canaille.
)) — Ah! miséricorde, citoyen brigand; nous sommes perdus. Paris ne sera pas détruit; la France sera libre; tous les Français vont se rallier à la constitution. Le règne des intrigants est passé. Adieu, paniers, vendanges sont faites.
» — Oui, f...... tu l'as dit, vieux sac à contre-révolution.
Reconnois le père Duchesne; je t'ai laissée défiler ton chapelet pour te connoître. Le pot aux roses est découvert; tous tes projets s'en vont à vau-l'eau. IS'on, les Français ne se battront point pour un crâne pelé comme celui de ton vieux ce, et pour
une s édcntée de ton espèce. Tous les déparlements vont
être débrissotés et dérolandisés. La constitution s'achève, et tous les bons citoyens vont se réunir à Paris pour jurer de la dt^ fendre. Pleure tes crimes, vieille guenon, en attendant que tu les expies sur l'échafaud, f. — »
Je ne crois pas que l'histoire des peuples civilise's offre l'exemple d'une lâcheté plus cruelle que le cri de ces hor-
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reurs sous les fenêtres d'une femme prisonnière, menacée de mort.
Elle était en proie aux émotions que peut produire l'excès de l'iniquité et de la calomnie, lorsque tout à coup s'ouvre la porte de la petite chambre : une femme entre, se jette dans ses bras, lui i^emet une lettre de son meilleur ami, en s'offrant à lui faire passer désormais de ses nouvelles (p. 281).
Elle prend la plume; elle écrit à Buzot cette lettre du 22 juin, admirable de sérénité intrépide. On ne peut la commenter, il faut la lire; on y trouvera l'explication de cette incompréhensible et involontaire satisfaction que lui donne la captivité, cette captivité qu'elle emploie à justifier Roland de la calomnie et à se livrer par la pensée à son ami, de sorte que ses bourreaux ont concilié pour elle, sans s'en douter, le devoir et l'amour.
Le 24 juin , un administrateur des prisons se présentait à l'Abbaye pour mettre madame Roland en liberté. Elle part, elle se fait conduire rue de la Harpe. Elle n'avait pas franchi quatre marches de son escalier, que deux hommes, porteurs d'un ordre du comité de sûreté générale, l'arrêtent. Eile est conduite à Sainte-Pélagie.
Nous n'avons pas la lettre qu'elle écrivit à Buzot pour lui rendre compte de cette comédie atroce; vraisemblablement elle sera restée entre les mains de Pétion. Mais le 3 juillet, à la réception d'une lettre de Buzot , datée du 27 juin , elle s'empresse de lui répondre.
L'âme de madame Roland ne s'est nulle part exprimée avec plus de grandeur que dans ces lettres et celles du 6 et du 7 juillet, destinées à n'être lues que d'un seul homme,
le bien-aimé. Quand elle parle de sa lettre à Garât « Il n'y
a rien à attendre de ces gens -là; il faut les mettre à leur
place pour les y montrer à la postérité » ne croirait-on
pas entendre la voix du vieux Corneille? Elle ne veut pas que Buzot pousse l'égarement du désespoir jusqu'à frapper le sein de notre mère en disant du mal de cette vertu, qu'on achète, il est vrai, par de cruels sacrifices, mais qui les paye à son tour par des dédommagements d'un si grand prix. Elle a des mots sublimes. « Il s'agit bien de savoir, s'écriera-t-elle,
ccjcii MADAME IîOLA>iD ET SON TEMPS.
si une femme vivra ou non après toi ! Il est question de conserver ton existence et de la rendre utile à notre patrie; le reste viendra après. » Elle repousse les propositions d'évasion, parce qu'elle compromettrait ses {;ardiens, dont elle loue la conduile. Gomme sa tendresse est in{][énieuse à calmer les inquiétudes du bien-aimé, à dissimuler les danjjers de sa propre situation! Mais cette tendresse est une étincelle qui a jailli du feu de son patriotisme. — Dans sa lettre du 7, elle s'étonne et s'inquiète de la lenteur de ses amis; elle craint (|ue l'indécision, l'indiscipline ne perdent tout, et que le temps ne soit employé là-bas, comme il l'était ici, ii rêve?' le bien au lieu de l'opérer.