‹ Étude sur Madame Roland et son tempsChapitre 39 sur 46 · LETTRE A GARAT · texte numérisé non relu

LETTRE A GARAT

« Prison de l'Abbaye, le 20 juin, huit heures du matin.

« Quels cris répétés se font entendre?... Ce sont ceux d'un colporteur qui annonce « la grande colère du père

Duchesne contre cette b de Roland qui est à

i Abbaye; la grande conspiration découverte des Rolandistes, Buzotins, Pétionistes, Girondins, avec les rebelles de la Vendée, les acjens de i Angleterre. Il faut trouver le vieux Roland pour lui faire subir la peine de ses crimes ; il faut se mettre après sa femme pour lui tirer les vers du nez sur son ce. de mari » . Là, déluge de sales épithètes, répétitions affectées que je suis à l'Abbaye, provocation à me maltraiter. C'est sous ma fenêtre que le crime répète ses invitations au peuple du marché.

» Ainsi, l'on insulte à l'innocence après l'avoir opprimée, on excite à l'immoler. C est effectivement tout ce qu'il reste à faire. Et l'auteur de ces infâmes écrits fiit soutenu, protégé, défendu par Garât, lorsque de pareils excès contre la Convention l'avoieut fait arrêter par l'ordre d'une commission des représentans du peuple.

» Garât! je te rapporte cette insulte. C'est à ta lâcheté que je la dois, et s'il arrive pis encore, c'est sur ta tête que j'en appelle la vengeance des cicux.

» Le brifjand qui persécute, rhommc exalté qui injurie, le peuple trompé qui assassine, suivent leur instinct et font leur métier; mais l'homme en place qui les tolère, sous quelque prétexte que ce soit, est à jamais déshonoré.

» Fais maintenant de beaux écrits, explique en philosophe le cours des événements , les passions , les crimes qui les ont accompagnés, la postérité dira toujours : Il fortifia le parti qui avilit la représentation nationale ; il invita la Convention à plier devant une poignée d'anarchistes; il prêta secours et appui à une commune usurpatrice, qui méconnut 1 autorité législative et proscrivit la vertu.

»Va, je sais ce que précèdent ordinairement ces provocations outrageantes. Que m'importe? depuis longtemps je suis prête. Dans tous les cas, reçois cet adieu, que j'envoie comme le vautour ronger ton cœur. »»

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