‹ Étude sur Madame Roland et son tempsChapitre 9 sur 46 · VL · texte numérisé non relu

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MADAME ROLAXD, DE 1790 A 1792. — SA CORRESPONDANCE AVEC RAXCAL DES ISS.VRTS.

La correspondance avec Bancal des Issarts conmience le 22 juin 1790. La dernière lettre est datée du \ï octobre an iv (1792).

Les lettres à Bancal ont été publiées par la tille de ce conventionnel, madame Henriette Bancal des Issarts, en 1835, avec une excellente introduction de M. Sainte-Beuve et une notice historique sur Bancal écrite par sa fdle.

Bancal était né en 1750. II avait donc «piatre ans de plus (jue madame Roland. C'était une nature entreprenante et résolue. L'ambition de se rendre utile, de trouver une sphère plus en rappoit avec son amour des occu|)ations intellectuelles, lui fit quitter la |)rofession de notaire et rechercher les fonctions polilirpies. En 1789, il fut élu, par le district de Saint -Kustacbe , électeur de Glermont-Ferrand, puis député. Revenu à Glermont en 1790, il s'occuj)a de fonder

assertion, «iiic rc|)()iLs<c sur.ilKmd.imitirni \.\ jn-olillô paif.iiic de lîosr, le |iliis ('<iiii|)lel ilriiieiili? (hi sait liicii anjoiird'Iiiii ù (|iii>i s'en tenir sur la vairur liistoriqiie de ces iiréteiuliis Sourcnirs. — l^a rencontre de Hose et fie llobesnierre à Moulniorencv est rapportée par M. Arajjo dans la Nolice sur IJosc «ju'il a lue à IWcadéniie îles Scic-nees.

MADAME ROLAND ET SOIN TEMPS. xciii

la société des Amis de la Constitution. C'est cette année qu'il entra en relations avec madame Roland.

La première lettre nous apprend que l'initiative de cette liaison vint de madame Roland. Bancal s'était lié à Paris avec V honnête et diqne Lanthenas . Ils avaient formé des projets auxquels désirait s associer Roland, (jue Bancal devait connaître par tout ce <[ue lui en avait dit Lanthenas. Ces projets, sans doute relatifs à l'acquisition de biens nationaux, et la communauté des idées politiques, tels sont les prétextes d'une démarche que madame Roland déclare lui avoir été suggérée par Lanthenas. — En écrivant de Lyon , elle fait connaître l'état moral du pavs :

« ... Il règne dans ce pays la quadruple aristocratie des prêtres et des petits nobles, des gros marchands et des robins. Ce qu'on appeloit les lionncles gens, dans l'insolence du vieux régime, présente à peine quelques patriotes; il n'v a que le peuple qui chérisse la révolution, parce que son intérêt tenant immédiatement à l'intérêt général, il est juste par sa situation comme par sa nature; mais ce peuple, peu instruit, est en proie aux perfides insinuations, et lors même qu'il juge bien, il a encoi'e cette timidité, reste flétrissant des fers qu'il a si longtemps portés. Il faut une génération pour en effacer les traces, pour faire naître et motiver cette noble fierté qui soutient l'homme au niveau de la liberté et les perfectionne cnisemble. »

La seconde lettre nous porte à la date du 5 janvier 1791. Bancal a vu les Roland , l'intimité est faite : " Il est plus vrai qu'on ne le pense que ces temps de révolution, si propres à développer les facultés morales et ce qui existe de passions nobles, favorisent également ces liaisons rapides et durables qui naissent de l'énergie des unes et des autres. » La correspondance devient de plus en plus politique. De Lyon à Clermont on s'encourage, on s'excite; tantôt on désespère, tantôt on éclate d'enthousiasme libéral. A ce commerce des intelligences le cœur mêle bien quelque chose : « J'ai souri de votre empressement à nous démontrer que notre liaison eût existé indépendamment de la Révolution. On diroit que vous avez peiu- <|ue le patriotisme n'ait les honneurs de notre amitié, .l'ai presque envie d'en, faire la guerre à votre ci-

xciv MADA.MK HOLA M) KT SON TEMPS.

visme. 31 juillet 1701. " Ce sont des notes tendres qui se détachent de la fanfare ])elliqucuse, et que l'oreille accueille avec plaisir : car toute cette ardeur de combat, si naturelle et si féconde qu'elle ait été dans les hommes de 91 , a parfois des violences et des injustices répugnantes.

<( J'ai quitté anjourcrhui, au soleil lovant, ma soliturlc of mon ami. Comme il faisoit bon dans les bois, doucement abandonnée; aux impressions de la nature à son réveil! Qu'elle est riche et bienfaisante cette nature aimable, pour ceux qui peuvent la sentir!... J'ai beaucoup sonjjé à vous; j'ai repassé sur une partie du cbcmin que nous avons fait ensemble. Vous êtes appelé à connaître tout ce qu'il y a de félicité dans ce mondi-, car vous sente/ le prix tic la vertu ; il n'v a rien au delà ! !Mais ce n'est point (le cela que je voulois vous parler, n 31 juillet.

A quel propos cette rêverie et cet élo(;e de la vertu? 11 semble qu'ils n'arrivent point là par hasard, quoi qu'on en dise, et que c'est pour y metti'e cette phrase que la lettre a été écrite.

Les lettres suivantes se rapportent aux combinaisons qui auraient rapproché les amis Lanthenas, Bancal, Roland. Ces doux rêves, qui ne devaient pas se réaliser, prenaient leur source, chez Roland, dans un sentiment de découragement politique; chez Bancal et chez Lanthenas, dans un sentiment tendre, dans une arrière-pensée ([ue cette créature singulière, cœur de femme et courage de lion, entretenait à son insu. Ecoutons le rêve :

Madame Roland: « l'our le bonheur d'un établissement fait en société, à la campagne ou ailleurs, il n'est pas nécessaire de trouver des hommes parfaits : cette condition seroit chimérique, mais il est important de se bien connoître, de même qu'il est indispensable de se tolérer. ("-l)a([ue siluation a ses inconvénients, comme ses avantages et ses devoirs; en cherchant les ressources, l'agrément et les biens sans nombre d'xuKî association, il ne fiant pas se dissimuler qu'on s'impose des obligations et des vertus dont on n'a |)as le même nombre et le même besoin dans une existence isolée. "

Af. Hoinnd : u iXous causons tous les jours de notre rapprocbcuu^nt, et certes, b>s hieus du clergé tie Villefranebe nous en

.MAr)A:\[E 110LA?sD ET SON TEMl'S. xcv

offrent un bon moyen; il y en a bien ponr deux ou trois cent mille livi'es; et quant au logement, ce seroit encore une chose sur laquelle il ne faudroit pas désespérer. Sur tout cela, nous faisons peut-être des châteaux en Espagne, mais une agréable perspective de jouissances; nous prêchons le patriotisme, nous élevons l'âme, le docteur (Lanthenas) fait son métier, ma femme est l'apothicaire du canton, vous et moi nous arrangeons les affaires; nous tous nous exhortons à la paix, à l'union, à la concorde; mais tout cela, quoique en commun, avec toute l'indépendance individuelle imaginable. "

Cette lettre est du 7 octobre. — Que s'est-il passé? Madame Roland répond le 8 :

« Je n'ai eu qu'une l'apide communication de votre lettre que notre ami absent m'a fait passer et à laquelle il veut répondre lui-même. Mon esprit est occupé de mille idées, agité de sentiments tumultueux.

» Pourquoi mes yeux sont-ils obscurcis de larmes qui s'en échappent sans cesse et les remplissent toujours?

)) Ma volonté est droite, mon cœur est pur, et je ne suis pas ti-anquille...

» EUe fera Le phis grand charme de notre vie, et nous ne serons pas îniitites à nos semblables ; c'est vous qui le dites, d(! l'affection qui nous lie, et ce texte consolant ne m'a point encore rendu la paix!... C'est que je ne suis point assurée de votre bonheur et que ne me pardoanerois jamais de l'avoir troublé; c'est que j'ai cru vous voir l'attacher, du moins en partie, à des moyens que je crois faux, à une espérance que je dois interdire.

" ... Qui peut prévoir l'effet d'agitations violentes et trop souvent renouvelées? Et ne seroient-elles pas redoutables quand elles n'en auroient d'autre que cette langueur qui altère l'être moral et ne le laisse plus au niveau de sa situation? Je m'abuse; vous n'éprouvez point cette indigne alternative, vous ne sauriez jamais être faible. L'idée de votre force me rend toute la mienne; je saurai goûter la félicité que le ciel m'a départie, en songeant qu'il n'a point permis que j'aie troublé la vôtre, et <pi'il ju'a même accordé quelques moyens de l'accroître. Que de bénédictions ne lui devrai-je pas!... »

Tout cela, mêlé à une phraséologie sentimentale sur le

xr:vi :srAI>AMK liOLAND ET SON TEMPS.

vieux père de IJancal , est assez ol»scur. Elle s'interrompt tout à coup :

<i D'où \'ir\\t (jiu; cette feuille que j'écris ue peut vous êtie cuvoyée saus mystère? Poiuïpioi ne peut-on laisser voir à tous les yeux ce que l'on oseroil offrir à la Divinité même? AssurénuMit je puis appeler le Ciel , et je le prends à témoin de mes voHix, de mes desseins; je trouve de la douceur à penser (pi'il me voit, m'entend et me j"{fe; qu'est-ce donc que ces contradictions sociales, ces préjujjés humains au miliçu desquels il est si difficile de conduire son propre cœur, si le courafje des sacrifices et la constance des caractères ne s'unissent à la pureté d'intention comme au dédain des vaines formules, pour conseiver le fil des devoirs? Quand est-ce que nous nous reverrons? Question que je me fais souvent et que je n'ose résoudre. »

Je ne trouve pas dans ce lan{jage la netteté habituelle de madame Roland : c'est une continuelle contradiction entre la fermeté rigoureuse des principes (pi'elle accuse et la faiblesse qu'elle avoue. Ce cœur sait bien qu'il ne cédera pas, mais il se laisse aller à des lanjjueurs qui ne refusent pas une espérance, qui doucement retiennent un captif:

(( ... Dois-je avoir pour aous des alarmes et des craintes? Non, elles vous seroient injurieuses : pardonnez celles qui m'ont énuie, à cette tendre inquiétude trop voisine de la faiblesse d'un sexe chez qui le courage même n'a pas toujours l'accent de la fermeté. »

Et plus loin :

u Les beaux jours que nous avons passés ici n'ont point été suivis d'autres qui leur ressemblent ; le soir même de votre départ le temps a changé, et, par une sinjfularité 1res -remarquable dans cette saison, il ue s'est point écoulé \ injft-quaire heures dans toute la semaine où le tonnerre ue se soit fait entendre.

1) Il vient encore de yronder; j'aime assez la teinte qu'il prête à nos campa(jnes; elle est auguste et sombre, mais elle seroit liMrihh; qu'elle ne m'en inspireroit jias plus d'«>ffioi. Les phénomènes de la nature, <pii font pâlir le vulgain; et présentent même à l'œil du philosophe un aspect imposant, n'offrent à l'être sensible préoccupé de grands intérêts, (|ue des scènes relatives et toujours iuféiieures à celles dont son propre cœur est le ihéàlre. »

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Assurément cela est fort habilement dit. Le départ de Bancal a coïncidé avec des orafjes extraordinaires ; la voix du tonnerre a éclaté, et il n'a rien moins fallu que la grande voix du devoir pour la couvrir. Ce sont des dédommagements donnés à l'amour, si voisin de l'amour-propre. — La correspondance publiée ne donne que les lettres de madame Roland. .Te ne sais pourquoi, mais je ne serais pas surpris que madame Roland eût un peu exagéré la force du sentiment qu'avait exprimé Bancal, et qu'elle lui ait prodigué plus de consolations qu'il n'en avaii besoin. Bancal était alors âgé de «juaraute ans, madame Roland de trente-six. — La suite de la correspondance est semée de traits charmants et d'une innocente coquetterie. Le grand mot de devoir y revient de temps en temps : « Heureuses celles dont les devoirs ne sont point contradictoires, et ([ui ne sont ])as forcées de choisir entre les sacrifices de quelques-uns d'eux! 28 octol)re 00. » — «Devoir!... j'aime à saisir partout ton image, etc. 2G janvier 91. » A cette époque. Bancal est parti pour Londres, où il a appris la mort de son père. Madame Roland l'engage à revenir en France; puis elle se ravise : elle craint que cette pressante invitation ne soit mal interprétée :

(i Lauthenas vous a parlé dans lu sincérité de son âme (en crigagoant Bancal à rentrer en France); dévoué aux soins d'un apostolat qu'il remplit avec im zèle et un oubli de soi-même vraiment admirabli's, il u'iiuagine pas qu'un citoyen français doive être ailleurs (ju'au milieu de ses frères, et occupé d'autre chose que de les servir et de les éclairer. Fn applaudissant à sa conduite, (pii ajoute à mou estime pour lui, je n'adopte pas exclusivement sa manière de voir. )i

Chacun est juge de choisir le moven qu'il juge le plus propre à servir son pavs. Après avoir pris l'avis de Bosc, de (laran :

u Consultez-vous vous-même, eu éloignant toute considération particulière. Aussi bien ces vents dont vous parlez me semliient ajouter un terrible poids aux raisons de demeurer. Dans tout cela, je n'aurai pas la fausse délicatesse de vous cacher que je vais à Paris; je pousserai même la fianchise jusqu'à conxcuir que cette circonstance ajoute beaucoup à mes scrupules de \oiis

xcviir MADAME ROLAND Eï SON TK.NfPS.

avoir invité au retour. Il v a dans cette situation ime infinité de choses et de nuances ([ui se sentent vivement, quoi(|u'on ne puisse les expli<|uer; mais ce <|ui est très-clair et ce que je vous (exprimerai (Tanclicment, c'est <|ue je ne voudrois jamais vous voii' aux dépens d'aucune laison <]ui ait dû diriger votre marche et (jue vous auriez fait plier à des considérations passajjères ou à des affections partielles.

" llappelez-vous <|ue si j'ai besoin du bonheur de mes amis, ce hoiilieur est attaché, pour ceux (|ui sentent comme nous, à une irréprocluihUitr absolue. Yoihi le point où j'espère (|ue nous nous retrouverons toujours, et il est assez élevé pour que nous puissions nous v réunir, malp/ré les vicissitudes du monde et l'étendue de l'espace. "Il février 1791.

Ce sont, certes, «le bonnes et fermes paroles; mais ce sentiment auquel on inq)ose les barrières de la vertu, comme dira madame RohuKJ , (lésire-t-ou sincèrement qu'il s'évanouisse? Le 28 octobre 90 même, elle terminait sa lettre par ces mots :

" ... Il est minuit; je suis dans ce cabinet... où je ne pourrai bientôt plus faire de lectures solitaires, comme il m'arrive si souvent avant de me li\ier au repos, car on me fait délo(;er; je vais occuper une chambre de passade, nouvellement distribuée et assez triste; mais enfin, partout où l'on est avec soi-même, on appelle les objets dont on se plaît à s'occuper. Adieu, mille fois; ou plutôt, jamais adieu. »

Quels mots substituer aux ])oints <pie madame Rolaufl a placés après cabinet?... Une autre fois, elle tlit : « Est-ce donc ime loi {générale pour les corps et les individus de s'altérer dans leur essence par leur propre durée? Ah! sans doute, il est des âmes, il est <fes sentiments qui ne scHit point somnis à cette loi tiésolante, 12 janvier Dl. >) Il est vrai que ces lettres sont antérieures à celle où elle exijje une irréprocliahiUté absolue. A partir de ce moment, la correspondance devient prescpie absolument politi(jue. Les amis restent unis dans l'amour de cette patrie qui leiv devient tous les jours plus chère par les soins qu'elle leur coûte. La passion est une passion d'action, une vraie Hèvre révolutionnaire. Au milieu de ses détiances, de ses colères, de ses doutes et de ses joies, madame lloland ne se dissimule pas

MADAME ROLAIND ET S0>' TEMPS. xcix

ce que coûtera le but auquel elle aspire de toutes les forces de son àme. Pour elle, elle a déjà fait son sacrifice :

u Ce seroit folie que de s'attendre à la paix, nous sommes voués aux troubles pour toute cette [jénération, et ils nous seront moins funestes que ne pourroit l'être la sécurité. L'adversité forme les nations comme les individus, et la guerre civile même, tout horrible qu'elle soit, avanceroit la régénération de notre caractère et de nos mœurs. Il faut être prêt à tout, même à mourir sans regret, car du sang des honnêtes gens jailliroient la haine puissante des passions qui l'auroient fait répandre, et l'enthousiasme des vertus dont ils auroient donné l'exemple. » 5 mai 1791.

Elle est prête à prendre sa place dans la Révolution , l)ien loin de celles que V ignorance et la faiblesse enchaînent à des vanités miséra]>les :

« J'entends répéter de tous côtés, ce que vous exprimez, qu'il y a à présent bien peu de femmes patriotes. Icjiiorance et faiblesse me semblent les mots de l'énigme; elles sont la source de cette misérable vanité qui dessèche tout sentiment généreux, qui répugne à l'esprit de justice et d'égalité; c'est la faute de ce siècle et de l'éducation bien plus que celle du sexe. La même sensibilité qui se disperse et s'atténue sur des bagatelles d'où elle se résout eu égoisme et en sottise, peut aisément se concentrer et se sublimiser sur de grands objets ; et sans doute ce ne seront pas des religieuses qui les montreront à de jeunes cœurs. " 20 juin 1791.

Elle a déclaré guerre ouverte au catholicisme, à ses ministres et même à ses crovants. Dans son admiration pour les Anjjlais, elle se révolte à la seule pensée que des patriotes libéraux puissent être chrétiens fervents :

« M. Lanthenas prétend qu'il y a à Londres plus de gens religieux que partout ailleurs en Europe; moi, je crois qu'il y a plus que tout autre part des esprits indépendants qui rejettent toute crovance, et je pense que nous avons raison tous deux. »

Au point de vue de l'histoire de ce temps, cette coirespondance est fort intéressante. Madame Roland suit les péripéties de la bataille révolutionnaire en^j^agée autour d'elle avec une émotion qu'elle vous communique. Les observations piquantes abondent. Elle dit de Mirabeau ce qu'on

c MADAME ROLAND KT SON TK.MI'S.

peut (lire de tant d'hommes à réputation surfaite , qu'il est mort à propos pour sa {;loire. Elle ne croit pas rpi'il ait été empoisonné : « Assez de causes se sont réunies pour sa destruction. Mirabeau lit un souper de plaisir, le samedi, avecmademoiselle Coulou , (|ui désirait laire sa conipictc. Il la conduisit cliez lui et la téta très-l»ien, dit-on. Le lendemain, il se rendit à la (■ani|)a{jiie, où madame Le Jay lui Ht une vie de méj'jèrc. 11 l'apaisa très-{{énéreusement. » (Juand on étudie un personna(|e, il faut le considérer sous toutes les faces : cette pa^je est une face de la manière de madame Roland.

Elle était à Paris depuis le 7 mars 1701, les veux fixés sur le cratère du volcan qu'elle sentait bondir sous ses pieds. Lanthenas et son mari étaient placés à côté d'elle, et totu- à tour prenaient la plume pour conmiencer ou finir ses lettres. Elle suivait avec ardeur les travaux de la société des Jacobins et de l'Assemblée constituante. Aux Jacobins, elle assistait à ces séances où, avec un transjxirt iu('xj)riinnhlc , (jcnoii on terre, épée nue à la main, on faisait serment de vivre libre ou de mourir. A l'Assemblée, elle entrait en relations avec Buzot, époque décisive pour la vie de son cœur. A la date du 20 juin, elle écrit : « Le tribunal criminel est fortement organisé : Robespierre , accusateur public ; Pétion , président; Buzot, substitut. » En ce temps-là, elle marche avec Robespierre, elle (jourmande la paresse babillarde des jacobins; elle trouve la vigueur de Danton peu éclairée, parce qu'il se montrait partisan d'une ré(;ence a|)rès le retour de Varennes.

u Potion, écrit-elle, a clé cinové au-devant du roi. lîiizot sort de maladie et peut ;i peine se faire entendre; lienrensenient <|ne Robespierre est là; il enq)êcliera rAsseiublée de prendre une résolution fatale à la nation et à la liberté.

» Oiiant à nous, voici ce <pie nous pensons et ce tpie nous disions à Buzot après minuit. Renietlre le roi sur le trône est une ineptie, une absurdité, si ce n'est iwie horreur; h* déclarer en démenée, c'est sObliijer à nonmier un récent, etc. Faire le procès à Lonis \VI seroil sans cou I redit la pins giande, la plus juste des mesiucs, mais vous êtes incapable d<' la prendre, etc. l'^h bien! niette/.-le, non en intcnlit proprement dit. mais en suspens. »

MADAME ROLAND ET S0>^ TEMPS. ci

Le conseil donné à Buzot après minuit, le 24 juin, alors qu'il sortait de maladie et pouvait à peine se faire entendre, trace la conduite qui fut tenue par l'Assemblée nationale, et qui aboutit, le M juillet 1791, à la suspension de l'autorité royale et à la mise en ju^^ement de Louis XVI le 3 décembre 1792. Ainsi, les événements marchèrent au (jré de l'impatience de madame Roland , et on saisit ici le point de départ de son influence sur Buzot.

Il s'en faut de beaucoup que les appréciations de madame Roland sur les hommes soient en 1791 ce qu'elles seront en 1793. Elle s'indigne que Robert ait été maltraité comme membre des Cordeliers, que les feuilles de Marat soient déchirées par les satellites de La Fayette; elle montre bien le jeu absurde des constitutionnels , qui laissent avilir le roi dans l'opinion, « ce qui est juste et facile, » et qui veulent le faire re^jarder comme indispensaljle tlans la Constitution. Elle dit plus loin :

« D'après ce qui se passe (l'inertie du peuple, à son sens), il est évident qu'il eût été meilleur pour la liberté <pie le roi ne fût pas arrêté, parce qu'alors la guerre civile devenant immanquable, la nation allait forcément à cette grande école des vertus publiques. C'est une chose cruelle à penser, mais qui devient tous les jours plus frappante, que nous devons rétrograder par la paix et que nous ne saui-ions être régénérés que par le sang. Caractère léger, mœurs corrompues ou frivoles, voilà des données inconq)atibles avec la liberté, qui ne peuvent être changées que par l'adversité. »

Pensée audacieuse, sentiment ffénéreux, puisqu'il dérive de l'amour du bien (général, vœu qu'ont expié cruellement ceux qui l'ont formé. Cette régénération de la nation dans le sang ne s'est pas faite })ar la guerre civile, comme s'y attendait madame Roland, par la lutte sur le champ de bataille; elle s'est faite par l'assassinat juridique, par l'échafaud. îNon, jamais le but ne justifie le moyen injuste et sanglant! le sang retombe sur la tête non pas seulement de qui le verse, mais de qui ne le repousse pas.

Qui sait d'ailleurs si la connaissance du sort qui l'attendait eût fait revenir madame Roland sur ce langage? Qu' eût-elle

• Il M ADAMK ROLAND ET SOX TEMPS.

(lit si, dans la prison fie rAl)l>ave, déchirée par les imputations horribles de la Feuille d Héhert, on lui eût remis sous les veux ce qu'elle écrivait le 13 août 17iH)?

« Je trouve bien faibles les |)rétcn(lns patriotes qui rraijjnent la calomnie ou la censure, et (|ni par cette raison voiidroienl des lois sur la presse... Qu'inq)orte qu'on soit calomnié, pourvn qu'on soit iiniocent et tonjours prêt à le |)rouvcr"/... Il faut (la vertu) qu'elle soit attaquée pour devenir forte, cl ce sont les dangers qui la rendent sublime. — .Te voudrois que l'Asscmblcc déclarât, comme l'nn des droits im|)rcscrij)tiblcs de rbommc et loi constifiitioiHielle de l'Etat, (a liberté indéfinie de là presse; je ne crois pas sans cela à notre réj;énération. n

Ce qu'elle eût dit? — Elle eût répondu sans doute par ces admirables paroles de sa lettre du 18 août 90 :

« C'est nn ])liénomène sans exenq>le que la régénération d'un empire faite paisiblement; c'est probablement nne chimère. L'adversité est l'école des nations comme celle de l'iiomme, et je crois bien qu'il faut être épuré pai- elle pour vaioii' quelque chose.

» En nous faisant naître à l'époque de la liberté naissante, le sort nous a placés comme les enfants perdus de l'armée qui doit combattre pour elle et la faire triom|)her; c'est à nous de bien fain; notre tâche et de |)ré|)arer ainsi le bonheur des générations suivantes. »

Ce sentiment si noblement exprimé, il n'absout pas seulement madame Roland de ses erreurs, il absout la Révolution tout entière, tous ceux (pii y mirent la main avec des intentions pures et la sainte volonté du bien.

iNIadame Roland ajoute : « Au reste, on trouve son propre bonheur dans un aussi {glorieux ouvra{}e. Coud)attre pour combattre, n'est-il pas ])lus doux de le l'aire pour la féliciti' de toute une nation que pour la sienne particulière?» Et, faisant allusion peut-être aux orages de son propre cœur : « Ou'est-ce autre chose la vie du sage, dans l'état social, qu'un combat perpétuel contre les préjugés et les passions? n

Sous le rapport historiipie, il est curieux de voir l'étranjje ardeur de ces modérés «pii ont Fait la première et la seconde

MADAME ROLAND ET SON TEMPS. cm

phase de la Révolution, et qui auraient voulu l'arrêter là, non sur les bords, mais sur la pente de l'abîme. Les Montagnards n'ont été que les ouvriers lo(jiques et impitovables de la dernière heure. Aucun d'eux n'a été plus violent que madame Roland lorsqu'elle dit : « Le roi est tombé au dernier degré de l'avilissement; il s'est montré à nu par son équipée; il n'inspire que du mépris. On a effacé de partout son nom, sa figure, ses armes. Les notaires ont été obligés d'enlever les fleurdelisés qui désignoient leurs maisons ; sa personne n'a plus d'autres dénominations que celles de Louis le Faux ou du fjros cochon; des caricatures de toute espèce le présentent sous des emblèmes non les plus odieux, mais les plus propres à nourrir et augmenter le dédain. Le peuple se porte de lui-même à tout ce qui peut exprimer ce sentiment, et il est impossible qu'il revoie jamais sur le trône un être qu'il méprise aussi complètement. « Là fut la principale et la plus grave des inconsécpiences qui perdront les modérés. Si on eût dit à madame Roland, à ce moment même, le 1"' juillet 1791 : en avilissant Louis XVI, en le détrônant, en le faisant juger , vous l'envovez à Téchafaud, — elle eût reculé avec épouvante. Pourtant cet enchaînement de conséquences était presque rigoureux , car ([ue faire d'un roi détrôné parce qu'il est avili, criminel, puisqu'il est mis en jugement? — De la fièvre de madame Roland et de ses amis, en 171)1, l'air est comme imprégné.

« On vit ici dix ans en vingt-quatre heures; les événements et les affections s'enti'emêlent et se succèdent avec uuc singulière rapidité; jamais d'aussi grands intéiéts n'avoient occupé les esprits; ou s'élève à leur hauteur, l'opinion s'éclaire et se forme au milieu des orages et pré])are enfin le règne de la justice. ;>

Puis, elle rend compte d'une séance des Jacobins où Brissot attaque l'inviolabilité de l'autorité rovale, et établit ((ue nonseulement le roi peut être jugé, mais qu'il doit l'être :

il Ce n'étoit plus un simple orateur, c'étoit un lionnne libre, défendant la cause du genre; humain avec la majesté, la noblesse e1 la siqx'riorité du génie même de la liberté. Il a convaincu les esprits, électrisé les âmes, commandé ce qu'il a voulu; ce n'étoient [)as des applaudissements, c'étoieut des eris, des (raus-

riv MADAME IIOLAM) KT SON TKMPS.

poils; trois fois l' Assemblai', cnlraiiK''*', s'est \c\vv loiil oiilièro, les bras ("'toiulns, les cliaiu-aiix eu l'air, dans un ciilhousiasme inexprimable. Périsse à jamais (piir()ii(|iie a nsseiili on partafjé <-o.s {grands moiivenieiits, cl <pii poiiri'oit eiicore reproiuire des fers ! ))

(Juel admirable tableau ! quelle éloquence dans le cri (jui le termine!... Dominée par cet enthousiasme ardevit qu'elle décrit et (pi'elle parta(;e, madame Roland finit en ces termes cette lettre jdeine de fou(;ue un peu sauva{;e et de {jrandeur héroïque : « Enfin, j'ai vu le feu de la liberté s'allumer dans mon pays. Il ne sauroit s'éteindre, les derniers événements l'ont alimenté; les lumières de la raison se sont unies à l'instinct du sentiment pour l'entretenir et l'augmenter. Il faudra bien qu'il dévore justju'aux restes du despotisme et qu'il fasse crouler tous les trônes. Je finirai de vivre quand il j)laira à la nature : mon dernier souffle sera encore le souffle de la joie et de l'espérance pour les {générations qui vont nous succéder. » Ce souffle, il part du cœur vaste et profond que INIarie Phlipon montrait aux demoiselles Gannet étreifjnant d'une fraternelle sympathie la patrie et le {jenre humain.

A cet enthousiasme il était naturel <[ue le découragement succédât vite. Madame Iloland avait écrit ces pa(jes brûlantes le 11 juillet. Six jours après, elle disait, désespérée par les oscillations de la lutte et troublée par de vagues et obscures rumeurs d'tissassinat :

u .Te ne saiMois xons peindre la sitnalion on nons soinuics; je nie sens on\ ironnée d'nne sik-neicnse liorreiu" le en'nr s'aHcrniil dans nn ralnie solennel et triste, prêt à tont sacrifier pinlot (jm; de cesser de défendre les principes, mais i(;norant le nionuMit où ils poiu'ront trioMq:)lier, et ne formant d'anlre résolnlion que de donner nn grand exenq)le. »

Les événements ont trompé les espérances de madame Roland. Le rassend>lemen( du C.lianq) de Mars, dont le but était de j)rovo(pier la déchéance du roi, a été dissipé par la force; tous les membres de l'Assemblée (|ui faisaient partie de«. Jacobins et des (lordeliers, après la demande de la mise en jugement de Louis XVI faite par leur réimion, en sont

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sortis, à l'exception de six. Le itténage revient aux projets d'acquisitions de terre et d'éta])lissennient à la campa{;ne avec Bancal et Lanthenas. Bancal est charjjé de l'acrjuisition, qui ne doit pas dépasser cinquante mille écus. Roland pourrait nie'Ltre jusqu'à soixante mille francs, Lanthenas trente mille; Bancal fournirait le reste. En attendant, il faut f|uitter Paris et la vie politique, car Roland ne sera pas élu à Lvon. Madame Roland est revenue à Villefranche , a embrassé sa fdle, attendrie de son retour au delà de toute expression : « Je n'oublierai jamais le moment délicieux où elle s'est précipitée dans mes bras, où nos pleurs et nos san[jlots se sont confondus. Mais si son absence lui a fait sentir son cœur, le temps ne lui a encore valu aucune connoissance, donné aucune idée; elle n'a ni mémoire ni goût, nulle envie de rien savoir, sinon que je l'aime, et peu de faculté pour rien autre que de me paver de retour. » Madame Roland aimait passionnément sa fille; mais si sa tendresse était satisfaite par un retour de tendresse é{;ale, son orgueil ne l'était |)oint complètement. Elle eût voulu dans Eudora cette précocité de talents, ces facultés ])rillantes qui s'étaient manifestées chez elle de si bonne heure. Elle parle de ses déceptions avec un dépit où il faut faire la j)art de cette ambition naturelle à tous les pères et à toutes les mères. La fdle de madame Roland fut une pieuse et noble femme, dont la conduite fut assurément digne du nom qu'elle avait reçu. Elle n'a point cherché à sortir de l'obscurité d'une situation médiocre où elle a trouvé la douceur de la vie et la paix du cœur. Elle avait sans doute pris pour règle cette sage parole de sa mère : « Les hommes ne sont pas yiés pour être écrivains, mais citoyens et pères de famille avant tout; les femmes ne sont pas faites poiu* partager toutes les occuj)ations des premiers : elles se doivent entièrement aux vertus, aux sollicitudes domestiques, et elles ne sauroient en être détournées sans intéresser et altérer leur bonheur. » (Lettre du 28 octobre 90.)

Le 11 septembre 1791, les dispositions d'esprit de madame Roland n'étaient point en raj)port avec ce lan(;a(;e parfait. Au moment de tomber dans toute la nullité de la province,

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elle se désole. Il est vrai (jiie c'est en pensant à ce qui va manquer à l'éducation de sa fille. Mais ne se trompe-t-elle point? Où elle croit voir l'intérêt d'Eudora, n'v a-t-il pas prini ij[)aleu)ent un vil rej^ret de quitter Paris et de renoncer à ce jjrand théâtre di{;ne de sou activité? A peine s' est-elle éloignée de la capitale, que la vie senihle s arrêter autour d'elle. La correspondance avec Bancal languit. Elle est seule : Lanthenas est resté à Paris, Roland n'est point de retour. D'iui ton enjoué et éniu, elle querelle l'amitié paresseuse :

" Qu'êtes-voiis (loue devenu, mon ami? Je ne |)ui.s m'cxpliquer votre silence. Il m'incpnète et m'atïlige plus que je iw saurois vous (lire, » 24 septembre. — u Je ne sais ce que c'est que l'amifié pour tant de g»'us qui parlent (relie, mais c'est à mes yeux Je plus doux sentimcut <pii puisse lier les cœurs... Soutien de la laisou qu'elle cuibcllil, cousolatiou des maux (pTelle partage, elle reud la piati(jue du bien plus lacile, et nous aide à combattre les passions dont la vertu peut exiger le sacrifice. »

8i l'amitié est pour lui telle qu'elle aime à le croire, elle s'étonne qu'après des mois d'absence il n'ait pas fait part de ses impressions et de ses pensées. Quelles que soient ses réflexions, elle croit à un guide plus sur pour les âmes que la pliilosopliie et l'observation : c'est le sentiinent. « Or, celui-ci ne me permet pas plus de douter de mon ami que de l'amitié elle-même, objet sacré de mon culte. » Puis elle s'intciron)])t poiu- accuser réception d'une lettre (pu^ Bancal a écrite dej)uis son l'etoin- de Londres : « Parmi les choses qui m'ont iufiuiuient touchée, j'ai été plus particulicreuient pénétrée de ces paroles douloureuses : « Oiie lua situation 1) est changée depuis peu rie mois! Combien de pi'rlcs irré- '> parahtt's j'ai faites! » Bancal Ac>. Issarts a eu le malheur de perdre son père. Ouelles autres perles a-t-il faites? Voilà ce <]ui préoccupe terriblement son amie. A-t-il craint de ne plus retrouver dans son pavs les affections qu'il v avait laissées?

« Je me suis eucore deuiaudé s'il n'y avoit point, <lnus ce qui suit imuH'diatemeut cette expression et qui respire une profonde mt'lancolie, une |)art de rexajjéraliou aimable et loiiebaute ([ui uait d(! l'excès même de la .sensibilité, on tpii amène le désir

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d'excitei" celle trautriii? Mon ami n'a jias besoin de cette ressource, et je n'ai pas crn non plus qu'il l'ait employée. Jugez de ma franchise par l'aveu de ces écarts d'imagination et par cette franchise du prix que mon cœur et mes opinions attachent à l'éternelle et sainte amitié. Je suis interrompue; adieu. »

Cette lettre a dû suivre de près la précédente, datée du 24 septembre 1791. — Nous tombons alors l)rusquement au 23 mars 1 792. Madame Roland fait connaître à Bancal la composition du nouveau ministère où son mari venait d'être appelé : «Vous serez étonné autant que lui, sans doute.... Le petit appartement de la rue de la Harpe continue de s' arranger : c'est une retraite qu'on doit toujours avoir sous les yeux, comme certains philosophes y tiennent leur cercueil. <> On vit bien vite à cette heure ; et le petit appartement de la rue de la Harpe aura eu à peine le temps d'être arrangé qu'il sera le refuge dans la tempête. « Le temps me dévore » , écrit madame Roland le 30 août (et cependant elle trouve qu'il marche trop lentement au gré de sa fièvre) ; « on lanterne... Je ne crains point les ennemis, parce (jue j'ai fait mon calcul sur la vie et que je méprise la mort; mais je suis en enfer quand on ne marche pas vite , ferme , et (ju'on ne frappe point juste et fort. » Ce mot est à peine dit que la Révolution commence à frapper trop fort : « Si cela continue, nous ne pouvons manquer de finir bientôt, et ce sera peut-être par le peuple de Paris plutôt encore que par les Prussiens. 2 septembre 1792. » Son âme est inaccessible à la crainte dans le chaos où les agitateurs ont jeté la Révolution. Pendant Cju'on massacre dans les prisons, elle parle de l'opportunité du déplacement du siège de l'Assemblée : «Washing- • , ton fit bien déplacer le Congrès, et ce n'étoit point par peur. » Cette idée de transporter dans une autre ville le gouvernement de l'Etat, idée de dépit, qui n'était ni pratique, ni réfléchie, ni sérieuse, a contribué plus que toute autre à la perte de la Gironde.

« Nous sommes sous le couteau de Robespierre et de Marat, » s'écrie-t-elle trois jours après, le 5 septembre. Et le 9 du même mois :

« Marat affiche tons les jours les plus affreuses dénonciations

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coiitri' rAsseiiibU'c et le Conseil; vous verrez qu'on immolera Cnnc et Tanfrc. Vons no croirez cela possible qu'après Taction, et vons en {jfémirez en vain. Mon (im! Danton coiulnit tout; Robespierre est son mannequin, .Marat tient sa torche et SQU |X)i(;naril; ce farouche tribun rèfjne, et nous ne sommes que des opprimés, en attendant que nous tombions ses victimes.

)i Si vous connoissiez les affreux détails des exj)édilious! Les femmes brutalement violées avant d'être déchirées par ces ti{;res, les boyaux coupés, portés en rubans, des chairs humaines mangées sanglantes!... Vous connoissez mon enthousiasme pour la Révolution, eh bien, j'en ai honte! Elle est ternie par des scélérats, elle est devenue hideus(^! Il est avilissant de rest«'r eu place... Adieu; faites connue I>ouvet à la Convention, faites-y comme mon mari, si ce peut être encore un honorable moyen de salut; s'il est trop tard pour nous, du moins sauvez le reste de l'empire des crimes de ces factieux. »

Au milieu des luttes entre la Montagne et la Gironde , Bancal resta l'ami de madame Iloland , à laquelle il avait confié sa passion pour une demoiselle \V...'. Il en reçut, à

1 Oiiaml ou s'occuj)c avec intérêt (l'iiii sujet, on vi;nt c'-claircir tout ce fini s'y rattache tle loin et de j)rès. I^es m(jno{;raplies connaissent cette passion de cnrio.sité qui fait consacrer parfois plus de temps anx questions accessoires qu'aux principales. ISous nous sommes demandé quelle était cette demoiselle W..., amie de Bancal et amie d(; madame Itolaiid. Nous avons trouvé qu'il s'a{;issait de miss Maria Wil^liams. Un mot d'elle, ensuite nous produirons nos preuves.

Willianus (miss Ilelena-Maria), née à LoudiiS en 1759, est morte à Paris \v 15 décembre 1827. Klle avait publié, à rà{;e de di\-liuit ans, uu poëme, le Pérou, qui lui avait valu des témoi;;iiaj;es d'estime de la part des meilleurs ju{;es de ce tem|)s-là. Les réformes (pu? promettait la Révolution française l'attirèrent à Paris. Une communauté d idées, de vues, la rapi)rocIia de Pétiou , de Ver|;niaud, de madame Uoland et d'autres {jirondins. Elle faillit périr avi'c eux, fut détenue au I^uxendjourg, parvint à s'échapper, et se relira en Suisse, d'où elle sortit pour revenir à Paris après la tourmente révolutionnaire. Elh' n'a pas cessé d'y haliiter depuis. Son livre, Soiireiiiis de lu Rrroliilion française , est intéressant, parce qu'elle a vu les homuu'S et les «-hoses et ipi'elle eu parle avec un sens droit et une raison éclairée par l'expérience. Nous reproduirons plus loin le jugement rpi'elle a porté siu- m.ulauu- Uoland.

Le soiniçon (pi'elle pouvait liien être la femme ainuT par lîaucal s'est produit «laus notre esprit à la lecture <lu passa<;e suivant de ses Smirrnir.'i tle lu Jïérolution /-'ndiraixc , p. 'M) : u Louis Wl fut condamiu- ."i une

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cette occasion, des conseils, des encourajjements, une assistance prêtée avec une bonne {jràce parfaite. Je ne jurerais pas que la sainte amitié ne perdit rien de son ancienne ardeur à la suite de ces services délicats; cependant nous vovons Bancal dénoncé et mentionné par HéLert au nombre des assidus les plus zélés du salon de madame Roland.

Appelé en témoignage par Anacharsis Clootz contre Buzot, accusé de fédéralisme. Bancal publia une réponse au factum de Clootz :

« Vous ine prêtez vos rêveries sur un çouvcrncnient luiivcrsel ; vous dites que dans une conversation chez Roland, j'ai, à défaut

Faible ninjoritô : nuelqiies Aoix miséricordieuses de plus, et le monarque était sauvé! Je crois ([ue mes remontrances lui ont procuré un vote pour la vie sans condition , et je me rappelle toujours ce petit succès de mon éloquence avec quelque joie. Je plaidai pour lui auprès de plusieurs de ses juges; il n'y en eut qu'un qui m'écouta, ce fut M. Dancal des Issarts. » Or l'époque du procès de Louis XVI coïncide avec celle de la liaison avec mademoiselle W...

La dernière lettre datée du recueil des Lettre.'; iiiitof/rap/ies de madame Roland ii lîaïu'al des Issarts porte la date du l-t octobre. Dans une lettre placée après celle-là, et postérieure selon toute apparence, on lit :

Il Je me suis affligée de vos chagrins , j'ai besoin d'ap()rendre ce qui vous concerne... Songez qu'une véritable passion ne connaît point d'obstacle, dès que la vertu n'est pas contre elle; votre constance doit toucher une personne estimable et finira par vous mériter sa main. Si vous crovez que je puisse être utile dans la maison W..., j'irai, et je m'v conduirai comme vous le jugerez meilleur, c'est-à-dire en paraissant ignorer ou non l'objet et la nature de vos affections. »

La uiaison W... est la maison Williams. Voici le passage d'une lettre de madame Roland, la dernière du Recueil, qui lève tous les doutes :

« Ou je n'entends abs(jlament rien au cœur humain, ou vous devez

devenir le mari de mademoiselle si vous vous conduisez bien et qu'elle

demeure ici trois mois... M. \V... v(jus accorde estime, intérêt, amitié, sympathie; méritez sa reconnoissance et son attendrissement; gémissez avec elle du sujet mélancolique de ses regrets. « Ces initiales M. W. se rajjportant à une femme, ne désignent-elles pas évidemment Maria Williams que Hancal devait voir à cette époque (fin de 1792 ou commcnceinent de 1793), et qui était de la société de madame ludand , comme le prouve l'éloge qu'elle en a fait? Au reste, madame Roland s'(îst trompée ilans ses pronostics. Bancal, qui ne s'est marié iju'en 1798, n'épousa pas M. W...

r.x . MADAME TIOI.ANE ET SON TEMPS.

de vos poumons, roiiipIrtonuMit ivliih'' Pnizol qui. selon vons, soiitcnoit le système IV'drialil.

n Gomme je ne veux pas qu'on m'attribue ni le bien ni le mal que je n'ai pas lait, et que l'bomme public doit compte de ses opinions et de ses actions an public, je dois déclarer que ce n'est pas dans votr(> sens (pu- j'ai combattu Buzot, et <pie je ne l'ai pas combattu comme fédéraliste'. »

Avant été accusé par Poultier d'avoir reçu sur les tonds du ministère de l'intérieur 38G livres pour rolandiser les départements par une publication intitulée le Nouvel oindre social, il établit que, loin d'v avoir {jagné, il avait dépensé de sa bourse 600 livres !"

Bancal fut envoyé par la Convention à l'armée du Nord, le 30 mars 1703, afin d'y surveiller les opérations de Dumouriez; il fut livré aux Autricliiens le J" avril, et écliangé en décembre 1795, avec ses collè(fues, contre madame la duchesse d'Angouléme. Dans le rapport qu'il fit à la Convention sur sa captivité, il dit :

« Je n'essaverai jias, citoyens, de vous peindre mes douleurs pendant cette dernière année. J'ai vu presque chaque jour lUie mort présente, luie mort prochaine; j'ai vu une potence longtemps attachée dans la {juérite du sentinelle qui étoit en face de mon logement... J'ai été souvent privé de noiuriture et de sommeil; j'ai beaucoup souffert... mais Dieu, ([ue je n'ai pas cessé d'implorer, nu' m'a point abandoiuié... »

Il avait beaucoup souffert, mais ces souffrances de la captivité lui avaient épargné l'alternative ou de j)arta(|er le sort de madame Roland, ou de renier l'ardente amitié dont elle l'avait honoré.

Bancal fut mend)re du conseil des Cincj-Cents, et, après sa sortie du Corps législatif, il se retira près de Clermont- Ferrand, dans sa terre de Bonneval, où, s'étant marié, il se consacra entièi:ement à l'éducation de ses enfants.

' (l(î |)ass,'>j;L' écl;iii-i-it ce tinc dii m. ni, une llolaïul ilaiis ses Mfinoirrs , pn|;c 268.

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