L'ENFANT
J'ai par devers moi l'original de la lettre du P. Malebranehe.
A Berlin , ce 25 janvier 1710.
Lettre du P. Malenraiiche au P. Lamy, bénédictin.
(Copiée sur le brouillon.)
Je vous demande si je vous ai redemandé ma réponse à M. Arnaud. Comme plusieurs de mes amis
1 On voit que M. l'Enfant n'était pas bien instruit en fait de nouvelles , et qu'on lui avoit annoicé sans aucun fondement la mort d'Homère, qui vit toujours, et qui vivra encore longtemps malgré les Terrasson, les Perrault, etc. — P. Adry,
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m'ont fort prié de la leur faire voir el que je n'ai que le seul exemplaire que je vous ai prêté, je n'ai pu me dispenser de cela. Je vous envoie les Méditations chrétiennes que j'ai empruntées pour vous et que je vous prie aussi de me renvoyer, lorsque vous les aurez lues. Je suis bien fâché d'en user ainsi, mais j'y suis obligé ; je suis moralement assuré qu'on a envoyé à M. du Bac la réponse. Il faut qu'on n'ait pas voulu à la poste la porter, car la même chose est arrivée à plusieurs personnes à l'égard des Méditations chrétiennes qu'on leur avoit envoyées, et c'est pour cela que je crois inutile de faire écrire pour en adresser à M. du Bac. Il en est venu cent exemplaires à Paris parles voies ordinaires qu'on a supprimés. Je crois qu'il vous seroil assez facile d'en avoir. 11 en est venu aussi 150 à Bouen. Le parlement, qui s'étoit mêlé de cette affaire, avoit ordonné qu'on les feroit examiner parles grands-vicaires, et les grands-vicaires, ayant donné leur approbation sans que je le susse, le parlement avoit donné main-levée au libraire. Mais depuis, le même parlement a donné un autre arrêt pour les remettre entre les mains d'un huissier jusqu'à ce qu'il y eût privilège, ce qui ne se fait jamais. Car les privilèges regardent les libraires, et tous les jours il y a des exemples de livres faits par des François, et qui ne sont pas, ce me semble, utiles à l'Église, même sans approbation, qui passent néanmoins; et les Méditalions chrétiennes, outre l'approbation du censeur des livres et d'un évèque du pays , ont encore eu celles des grands-vicaires de Bouen, en conséquence des-
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quelles le parlement avoit donné main-levée. C'est un malheur que je ne plais pas à quelques personnes et que je ne sais point précisément pourquoi et ce qu'il faudrait pour leur plaire. Je crois bien qu'il faut que je demeure en repos, ce que je souhaite plus que je ne le puis dire.
J'ai fait une petite Morale, et je voudrois bien que ceux à qui elle pourroit être utile la pussent lire; cela vaudroit, je crois, mieux que des écrits de contestation qui ne font qu'exciter les passions; mais je ne dois pas prétendre de la faire avoir à mes amis, non plus que mes autres ouvrages; et j'espère d'eux, aussi bien que de vous, monsieur, que vous n'en aurez point de chagrin contre moi; pourvu que cela soit, je serai en partie content. Ce que j'ai fait sera peut-être utile aux étrangers qui ont plus besoin que nous que les opinions nouvelles qui régnent parmi eux soient rectifiées par la foi ; ce que j'ai toujours en vue dans mes écrits. Je vous demande, s'il vous plaît, de me donner toujours quelque part dans l'honneur de vos bontés passées et de recevoir mon respect avec votre bonté ordinaire. Je suis, mon révérend Père, en N. S., avec tous les sentiments que je dois à vos excellentes qualités et à vos bontés à mon égard, votre, etc. '
1 La lettre suivante a du rnppoit à celle dernière.
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