‹ Etude sur Malebranche d'après des documents manuscritsChapitre 16 sur 23 · LANGEY · texte numérisé non relu

LANGEY

De La Hâve, ce 8 avril 1688.

Extrait d'une lettre de (loin Jean-Baptiste, eltat'trcux. an P. Malebrancîie.

Du Parc, ce 8 juillet 1G89.

Redoublez donc vos vœux, mon 'très-révérend Père, redoublez vos prières, je vous en prie, car je souhaite le bien et le cherche dans toute la sincérité de mon cœur, et quand même les lumières que j'ai puisées en vous n'auroient servi qu'à m'élever vers Dieu et empêché que je ne me sois laissé abattre par

des peines : c'est toujours beaucoup J'aime la

science, il n'en faut point parler. J'aimerois à méditer et à me nourrir de ces vérités qui nous confirment dans la religion, je n'y vois nulle apparence. J'aimerois à vivre de raison et à me conduire selon les lumières évidentes de la vérité ; cela est bien difficile chez nous. On a ses lumières particulières qu'on est obligé de suivre, et la morale des jésuites y règne absolument ce n'est pas à dire que je refuse d'obéir,

mais je voudrois savoir pourquoi et comment j'obéis, et néanmoins c'est ce qu'on rejette comme une chose

très-pernicieuse ; du moins est-ce que j'ai vu dans Dupont qui est la nourriture ordinaire des pauvres novices, nourriture à la vérité bonne en elle-même, mais qui est plus propre pour ceux qui sont accoutumés à vivre d'imagination que pour d'autres. Je dois avoir bien des peines que personne n'a peut-être jamais eues.

Premièrement, c'est que je me vois privé pour jamais des lumières donlje croyois faire ma consolation dans la solitude. Secondement, c'est que je dois être seul entre tous et contre tous, banni pour ainsi dire de toute société, car si je parle l'on ne m'entendra pas, ou si l'on croit m'entendre on croira que ce sont chimères et visions. Les autres ne sont point dans ces peines, ils ont des principes communs dont ils peuvent se nourrir et s'entretenir les uns les autres; la plupart sont élèves des jésuites et partisans d'Aristote qui ne peuvent guère souffrir une autre morale, de manière que chez nous tout les console, ils ont tout à souhait , ils nagent, pour ainsi dire, au milieu de leurs connoissances, et bien loin de trouver qui leur soit opposé ou quelque chose contraire aux maximes dont ils sont remplis, tout les favorise, et eux et les lumières qu'ils ont déjà reçues. Et moi queiais-je? si je sors de la lumière, je rentre dans les ténèbres, on m'ôte mon pain et ma nourriture ordinaire, et, comme si l'on me vouloit forcer à bâtir suide nouveaux fondements, on me prive des matériaux donlje prétendois achever l'édifice que j'avois com-

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mencé. Saint Augustin a eu tant de peines à quitter des opinions qui ne valoient rien, à plus forte raison en dois-je avoir, moi qui n'en ai que de bonnes, ou de moins que j'ai toujours reconnues telles jusqu'à présent; caries peines où je me suis trouvé m'ont obligé à en faire de nouveau un examen sincère; cela n'a servi qu'à me rendre moins résolu à les quitter que jamais. Je n'ai que vous dans le monde auquel je puisse m'ouvrir.

Lettre de M. le chevalier île LOO ville an 1». Mulebraut-he '.

A Paris, ce i mars 1*01.

Quoique je n'aie pas l'honneur d'être connu de vous, mon révérend Père, j'ai cru que vous ne trouveriez pas mauvais que je prisse la liberté de vous écrire au sujet d'une dispute de mathématiques dont M. Renau vous a fait part. 11 m'a montré une lettre par laquelle vous lui marquez être de son sentiment, et comme je le crois très-faux ce sentiment, je ne puis me persuader qu'il vous ait montré tout ce que je lui ai répondu et objecté là-dessus. C'est pourquoi je vous écris ceci pour savoir de vous si vous auriez le loisir ou si vous voudriez prendre la peine d'examiner cette question.

J Yo'j. son Éloge par Fontenelle.

Je suis persuadé que vous ne seriez pas longtemps sans vous rendre du sentiment de M. Huyghens et de moi. Je vous envoie donc tout ce que j'ai écrit làdessus, si vous voulez bien l'examiner avec attention, déférant infiniment à une autorité comme la vôtre, et je vous puis assurer qu'il n'y a que des démonstrations aussi solides que celles que j'ai de mon opinion qui me fassent balancer un moment à m'y rendre, et que si l'autorité, en fait de mathématiques, force, ce seroit plutôt à la vôtre que je cèderois qu'à celle de M. Huyghens, quelque savant qu'il fût. Si je croyois ne vous pas importuner et que je pusse savoir les heures où vous avez quelque loisir, j'aurois l'honneur de vous entretenir quelques moments là-dessus; mais en attendant, je vous envoie mon écrit que vous lirez si vous le jugez à propos. Je suis, mon révérend Père, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Le chevalier de L0UV1LLE.

Post-sei'iptuin «l'une lettre écrite au I'. Mulehi-anche '.

J'ai rencontré, depuis peu, trois Malebranches. Au missel e Paris nouveau, il y a à la marge, vis-à-vis

J Cette lettre est peut-être de Filleau des Billettes, habile généalogiste. Yoij. Fragments de pliilosophie cartésienne, par M. Cousin, p. 373.

du Libéra : « Carcîinalis latinus Malabranch. » Dans le Supplementum Casimiri Oudin, de Scriptoribus ecclesiasticis, un « Hugolinus Malabrancha ex Urbe Veleris ordinis FF. Eremitarum D. Augustini, sanctse Iheologise parisiensis doclor. Successit in regenda calhedra Gregorio Ariminensi, fuilque ob intellectum nitidum et perspicuum ac subtile ingenium in magno pretio habitas. Anno 1368 Àvenione eligilur totius ordinis Augusliniani novorum eremitarum praepositus generalis ; factus anno 1370 ab Urbano V episcopus Ariminensis et palriarcha Gonstanlinopolitanus tilularis. » Le troisième est « Jacobus Malebrancque1, Andomarensis socielalis J. — Vide Bibliothecam Belgicam Valerii Andreœ. »

Fournissez-moi des mémoires , et nous vous dresserons bientôt une généalogie.

Lettre du P. le Gagsieux, de l'Oratoire, au P. Rîalebraucue.

Quand je ne tirerois point d'autre avantage des lettres que je vous ai envoyées que celui de recevoir de

' Jacques Malebrancque, jésuite, auteur de l'histoire des Morins, naquit en 1590 ; il mourut en 1G53.

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vos lettres, jeserois trop content et je me croirois trop bien récompensé. Afin néanmoins de vous donner la liberté entière de m'employer en toutes les occasions où je pourrois vous rendre service, je veux bien vous mander le prix..,, je suis bien fâché que vous soyez dans la nécessité d'acheter vos propres ouvrages. Si vous me faites l'honneur de m'écrire, je vous prie de me mander ce que vous répondez à M. Arnaud, lorsque pour vous prouver que Dieu n'est point obligé d'agir toujours par les voies les plus simples, il vous apporte l'exemple de la création du monde et de la production des corps organisés. Il est vrai que dans le premier exemple, on peut dire que Dieu a produit le monde tout d'un coup, dans l'état où il se seroit produit par les lois du mouvement les plus simples, et cette réponse me suffit pour renverser ce qu'il annonce; mais j'aurois un peu plus de peine pour les corps organisés, car s'ils n'ont pas été produits par des voies générales, comme vous semblez même le supposer dans quelqu'un de vos ouvrages, il paroît donc que ce n'est pas une nécessité que Dieu agisse toujours par ces voies; je sais bien que vous répondrez que l'ordre le demandoil, mais outre que je ne vois pas pourquoi l'ordre et la raison le demandent dans les corps organisés plutôt que dans les autres, il mesemble que si on pouvoit concevoir quelques lois générales pour la construction des plantes et des animaux, cela seroit encore plus digne de Dieu. Pardonnez-moi la liberté que je prends. Comme je suis obligé de sou-

tenir thèse souvent et de défendre vos sentiments, je suis bien aise de ne pas employer d'autres armes que les vôtres. Je ne vous demanderois pas cette grâce si le retardement de votre réponse, que nous ne verrons pas apparemment sitôt, ne m'y avoit obligé. Au reste, mon révérend Père, ne vous découragez pas, la cause que vous défendez est juste, et l'ennemi qui vous attaque, tout terrible qu'il paroît à bien du monde, sera lui-même accablé par le poids de la vérité. Je suis en Notre-Seigneur et avec tous les sentiments de tendresse et de respect, mon révérend Père, votre trèshumble et obéissant serviteur,

LE GAGNEUX, prêtre de l'Oratoire.

21 février 1686.

Lettre de M. le marquis de l'Hôpital au P. Malebranche.

Je ne puis vous exprimer, Monsieur, toute la joie que m'a donnée votre obligeante lettre, puisqu'elle m'assure de votre amitié que j'estime plus que toute chose.

J'ai reçu, depuis notre séparation, deux ou trois lettres de M. Huyghens, touchant les centres d'oscillation. Il a approuvé à la fin ce que je lui ai envoyé là-dessus, et, je crois même, le fera mettre dans les

journaux d'Hollande. Je ne suis content de l'écrit que je vous ai laissé entre les mains que depuis que vous me paroissez l'approuver. Mon dessein est de changer entièrement l'arithmétique des infinis. Il me semble que j'ai une manière plus générale et plus facile de démontrer toutes ces propositions, qui, je m'assure, ne vous déplaira pas. J'ai travaillé sur les centres de gravité, qui est à mon sens ce qu'il y a de plus difficile en géométrie ; je vous prierai de vouloir bien m'en dire votre avis, car je réglerai sur cela le jugement que j'en dois porter.

L'envie que j'ai de vous pouvoir entretenir me fera hâter mon retour, qui ne peut encore être si prompt à cause des affaires domestiques qui me retiennent en ce pays-ci, où je m'ennuie fort, n'ayant aucun loisir pour m'appliquer à l'élude. Je vous prie, Monsieur, de me permettre d'assurer de mes services le P. Byzance. Je vous adresse aussi une lettre pour le P. Jacquemet, que vous prendrez, s'il vous plaît, la peine de lire et de lui faire tenir ensuite. Je suis, Monsieur, avec tout le respect et l'estime possibles, votre très-humble et très-obéissant serviteur,

Le marquis de l'HOPITAL.

A Fougères, ce 23 octobre.

Madame de l'Hôpital vous remercie de l'honneur de votre souvenir et vous fait bien des compliments.

m CORRESPONDANCE INÉDITE

Lettre «le au P. 3lalcbi'<iuciie-

Voici, mon révérend Père, le prétendu paralogisme que M. l'abbé de Lanion se vantoit d'avoir trouvé dans les éléments des mathématiques. C'est une remarque que le petit Roolle1 a faite sur une règle de M. Descartes, pour les racines des équations, rapportée en deux mots par le P. Prestet, qui ne l'avoit pas examinée à fond, et à qui vous enverrez, s'il vous plaît, la remarque de Roolle, par laquelle il paroît que cette règle n'est pas générale. Le même abbé, en qui vous voyez qu'on ne doit pas avoir beaucoup de créance, débite parle monde qu'il est du nombre de quelques gens d'esprit et de conséquence, qui vont renverser tous vos systèmes et faire évanouir les fantômes de votre métaphysique : ce sont ses termes; et il nomme pour ses compagnons, dans cette grande entreprise, M. le duc de Chevreuse, M. de Varde, Corbinelli, Fédé, Régis:

Parturient montes, nascetur ridiculus mus. 1 Voir son Éloge dans Fontenelle.

XXÏ

Lettre «le ...... an ï'. Ms»lefiranrhe.

Monsieur, une personne de ma connoissance, qui est admirateur de vos ouvrages et qui a beaucoup d'estime pour votre personne, allant en France, j'ai pris la liberté de vous supplier très-humblement de vouloir bien souffrir qu'il ait l'honneur de vous voir quelquefois. Il est Hollandois et de la ville d'Amsterdam, qui n'est pas ennemie des François. J'ai écrit à M. Auzout et à M. de Villermont, à qui j'ai fait part de plusieurs choses que j'ai remarquées et de plusieurs commodités de la vie que nous n'avons point en France. La glace au milieu de la Tamise en un lieu uni n'avoit que huit pouces d'épaisseur. On me mande de Paris que celle de la Seine avoit deux pieds, ce que j'ai peine à croire ; il faut qu'il y ait eu plusieurs glaçons l'un dessus l'autre. Ordinairement elle n'a que quatre pieds, et soutient des carrosses et des charrettes, nonobstant la marée.

Je ne vous dirai rien de la tour qui est sur cette rivière, ni des divertissements qu'on y a eus, parce que je suis persuadé que vous en êtes informé. Il y avoit plusieurs presses qui n'étoient pas oisives. On y a imprimé de petits livres. J'y ai fait imprimer mon nom et mettre au bas qu'il avoit été imprimé sur la

Tamise, un tel jour et un tel mois. Il y a une boussole avec laquelle on observe la variation de l'aimant. Il est mort, l'an 1683, 20,597 personnes, et il n'en est né que 14,735. Il faut considérer que les enfants des non conformistes et ceux des juifs ne sont pas registres, parce qu'on ne les fait pas baptiser dans les églises épiscopales. L'Académie travaille sur les terres pour savoir celles qui sont plus propres à la végétation. On a fait l'histoire naturelle du comté de Stafford. 11 y a un homme qui fait des pignons à la filière, de qui les horlogers les achètent.

Vous aurez vu une réponse au livre de M. Marsham et un traité De oraculis ethnicorum. L'auteur prétend qu'ils n'ont cessé que 100 ans ou environ après Noire-Seigneur, et que le diable ne rendoit point les réponses, mais les prêtres. Je ne vous en dirai pas davantage, de peur de vous ennuyer des redites. C'est, Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Lettre de* M. tie Chnmberlagne au p. Malebrançhe.

De Londres, ce 13 novemlirc IG99.

Mon très-révérend Père,

Il y a longtemps que j'ai ambitionné l'honneur de votre connoissance et correspondance. Pendant la

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guerre, cela a été impossible; depuis la paix, quelques affaires domestiques m'ont gardé dans les provinces; mais à cette heure, ayant, Dieu merci, les mains libres, et étant établi dans cette ville, la chose, de mon côté, ne trouve plus de difficultés. La seule question est à présent s'il se trouve en vous, Monsieur, les mêmes dispositions à mon égard ; le meilleur argument dont je me servirai pour vous engager dans une correspondance indigne d'un si grand homme et où tout l'honneur et l'avantage sera de mon côté, est de vous informer que nous sommes deux ou trois qui lisons avec toule l'application imaginable vos illustres ouvrages, et particulièrement la Recherche de la vérité, votre chef-d'œuvre, et le but de notre dessein est de les lire, sicelase peut, avec un esprit de critique et d'impartialité, et avec la même sincérité d*y remarquer toutes les fautes que nous saurions trouver, et d'en faire part, s'il vous plaira, à vous-même. Suivant ce dessein, j'avais prié mon bon ami le chapelain de M. le comte de Jersey, de vous aller saluer et de nouer une conversation avec vous pendant son séjour à Paris. Mais, pour comble de malheur, vous n'y étiez pas. Si vous me trouvez digne de réponse, ayez la bonté, s'il vous plaît, de me marquer les noms de tous vos ouvrages, s'ils se trouvent en un volume édition de Paris, ou en plusieurs, comme ils ont été imprimés en Hollande par Leers, et quelle est la meilleure impression, et vous aurez la bonté de pardonner la liberté que j'ai prise, dans celte matière, de l'attribuer au zèle que

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vous avez inspiré en moi pour la vérité. Que le grand Dieu, en qui seule elle se rencontre, la continue en vous et en moi et en tous les vrais chrétiens! Ce sont les vœux et les prières ardentes, mon très-révérend Père, de votre très-humble serviteur,

CHAMBERLAGNE.

Vous me pouvez rendre réponse, Monsieur, ou par les mains de mon ami qui vous donnera celle-ci, ou bien par le secrétaire de notre ambassadeur, sous le couvert de M. de La Faye, dans l'office du comte de Jersey, secrétaire d'État, et faites-moi savoir si vous connoissez l'anglois.

Lettre «le Rcinici* Leers au F. Malebranehe.

Mon révérend Père ,

J'ai reçu hier au soir le manuscrit contre la Dissertation de M. Arnauld ; nonobstant la fêle, on y travaillera demain au grand matin, et il sera achevé dans trois semaines. J'ai trouvé le gentilhomme, qui l'a apporté, malade au lit; le médecin qu'on lui a donné, et qui est le plus fameux de notre ville, m'a assuré qu'il est hors de danger, et qu'il sera dans peu de jours en état de poursuivre son voyage. Je m'en vais le visiter encore ce soir pour lui offrir mes services, et

vous pouvez assurer son ami que je l'assisterai de tout ce qui dépend de moi. Il y a quinze jours que M. Blaeu m'a répondu touchant les Méditations chrétiennes. Je ne vois aucune difficulté d'acheter de lui les exemplaires qui lui en restent encore, avec le droit delà copie. Comme j'ai à présent l'exemplaire corrigé en main, je lui écrirai au plus tôt, et à mesure des exemplaires, je vous marquerai le temps auquel il sera nécessaire de les réimprimer. Il y a deux ou trois vaisseaux arrivés aujourd'hui de Dieppe; n'en ayant pas eu de là il y a longtemps, à cause du vent contraire, je baillerai à chaque capitaine, pour M. A., quelques petits paquets des deux lettres et des Conversations chrétiennes, qui sont déjà achevées, auxquelles j'ajouterai, avec les nouvelles, deux ouvrages que l'on a faits ici contre nous. L'un s'appelle : Entretiens sur diverses matières de théologie, où l'on examine particulièrement les questions, etc., de l'incertitude de la métaphysique. On l'attribue à M. Leclercq , professeur des Arméniens à Amsterdam; ses sentiments n'y sont pas déguisés. L'autre, intitulé : L'Impie convaincu, ou Dissertation contre Spinosa , est de celui qui a traduit la Critique du P. Simon, en latin , qui vous traite d'une manière insolente et malhonnête , l'auteur étant un franc coquin.

Si le vent demeure quelque temps contraire, j'espère d'y joindre quelques exemplaires de la nouvelle réponse à M. Arnauld, après qu'elle sera achevée. Je vais faire votre première Des idées, dont j'ai encore vingt

exemplaires. Ne doutez pas que je ne répande vos ouvrages, autant qu'il m'est possible, mon intérêt m'y engage aussi. Si vous ou M. de La Chaise connoissiez quelqu'un à La Rochelle ou à Bordeaux, qui fût de notre religion, il ne se plaindroit pas de correspondre avec moi, les gens de notre religion n'osent plus faire venir des livres; il n'y a point de messager d'ici à Paris. Si vous souhaitez encore l'envoi de vos trois réponses pour la bibliothèque du roi, il faut le faire par le carrosse de Bruxelles, ou attendre jusqu'à ce que j'envoie des livres à D. Horlhemels, ce qui sera le plus sûr à mon avis.

Je n'ai rien appris depuis la réponse de M. Arnauld au Traité de la nature et de la grâce. Je ne perdrai aucun moment de vous l'envoyer dès que je l'aurai. Je vous ai fait présent des Nouvelles de l'année passée, je vous en avertis puisque vous le désirez, autrement il ne mérite pas un remercîment. M. Velstein , d'Amsterdam, qui a fait la première édition de la Recherche de la vérité, imprime la seconde sur la copie que vous m'aviez donnée. Je tâcherai de vous en envoyer une feuille. Au reste, mon révérend Père, quoique je ne vous écrive pas si souvent, je ne laisse pas d'observer et de faire à son temps ce que vous m'ordonnez, étant d'ailleurs fort accablé de mes affaires. Je suis avec toute sorte de respect, de votre Révérence, le plus humble et le plus obéissant serviteur,

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