‹ Étude sur MirabeauChapitre 7 sur 9 · SV · texte numérisé non relu

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La douleur que causa la mort de Mira-beau fut une douleur générale, universelle, nationale. On sentit que quelque chose de la pensée publique venait de s'en aller avec cette âme. Mais un fait frappant, et qu'il faut bien dire parce qu'il serait in-génu de l'attribuer à l'admiration em-portée et irréfléchie des contemporains, c'est que la cour porta son deuil comme le peuple.

Un sentiment de pudeur insurmon-table nous empêche de sonder ici de certains mystères, parties honteuses du grand homme, qui d'ailleurs selon nous se perdent heureusement dans les co-lossales proportions de l'ensemble ; mais il paraît prouvé que dans les derniers temps de sa vie la cour affirmait avoir quelques raisons d'espérer en lui. Il est patent qu'à cette époque Mirabeau se ca bra plus d'une fois sous l'entraînement révolutionnaire; qu'il manifesta par mo-mens l'envie de faire halte et de laisser rejoindre; que lui, qui avait tant d'ha-leine, il ne suivit pas sans essoufflement la marche de plus en plus accélérée des idées nouvelles, et qu'il essaya en quelques occasions d'enrayer cette révolution à la-quelle il avait forgé des roues.

Roues fatales, qui écrasaient tant de choses vénérables en passant !

Il y a encore aujourd'hui beaucoup de personnes qui pensent que si Mirabeau avait eu plus longue vie, il aurait fini par mater le mouvement qu'il avait déchaîné.

A leur sens, la révolution française pou-vait être arrêtée, par un seul homme à la vérité, qui était Mirabeau. Dans cette opi-nion, qui s'autorise d'une parole que Mi-rabeau mourant n'a évidemment pas pro-noncée ', Mirabeau expiré, la monarchie était perdue ; si Mirabeau avait vécu , Louis XVI ne serait pas mort ; et le 2 avril 1791 a engendré le 21 janvier

Selon nous, ceux qui avaient cette per-suasion alors, ceux qui l'ont eue aujour-d'hui, Mirabeau lui-même, s'il croyait cela possible de lui, tous se sont trompés. Pure illusion d'optique chez Mirabeau comme chez les autres, et qui prouverait qu'un grand homme n'a pas toujours une idée nette de l'espèce de puissance qui est en lui.

La révolution française n'était pas un

I J'emporte le deuil de la monarchie. Après moi les factieux s'en disputeront les lambeaux. Cabanis a cra entendre cela. lait simple. Il y avait plus et autre chose que Mirabeau en elle.

Il ne suffisait pas à Mirabeau d'en sortir pour la vider.

Il y avait dans la révolution française du passé et de l'avenir. Mirabeau n'était que le présent.

Pour n'indiquer ici que deux points cul-minans, la révolution française se com-pliquait de Richelieu dans le passé et de Bonaparte dans l'avenir.

Les révolutions ont cela de particulier que ce n'est pas quand elles sont encore grosses qu'on peut les tuer.

D'ailleurs, en supposant même la ques-tion moins abondante qu'elle ne l'est, il est à observer que, dans les choses poli-tiques surtout, ce qu'un homme a fait ne peut guère jamais être défait que par un autre homme.

Le Mirabeau de 91 était impuissant contre le Mirabeau de 89. Son oeuvre était plus forte que lui.

Et puis les hommes comme Mirabeau ne sont pas la serrure avec laquelle on peut fermer la porte des révolutions. Ils ne sont que le gond sur lequel elle tourne, pour se clore, il est vrai, comme pour s'ouvrir. Pour fermer cette fatale porte, sur les panneaux de laquelle font inces-samment effort toutes les idées, tous les intérêts, toutes les passions mal à l'aise dans la société, il faut mettre dans les fer-rures une épée en guise de verrou.

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