DIFFICULTÉS INTÉRIEURES
Après avoir vu Nicolas Psaulme sauvant sa ville attaquée, suivons-le, Mesdames et Messieurs, sur un autre champ de bataille, celui d'une grande Assemblée délibérante; après le tumulte des armes, écoutons le bruit de la parole.
Un mois à peine après l'événement du 3 septembre, le Cardinal de Lorraine mandait à notre Evèque de l'accompagner au Concile de Trente.
Le spectacle de ce qui se passait en France, où les partis ennemis , tour-à-tour vainqueurs ou vaincus , se déchiraient comme le doivent faire les tigres dans les jungles de Tlnde , les idées d'indépendance religieuse qui travaillaient toutes les têtes, et auxquelles venaient s'associer les désirs d'affranchissement vis-à-vis du pouvoir civil, enfin les tentatives, cent fois réitérées, de propagande Calviniste, avaient trop vivement ému les populations de nos contrées, pour que Nicolas Psaulme s'absentât de son Diocèse sans de vives appréhensions. Aussi, avant de le quitter il voulut
prendre toutes les mesures possibles de prévoyance, en ces tristes conjonctures.
Il plaça d'abord à la tête du clergé, pour l'administration spirituelle de son Diocèse, des prêtres connus pour la pureté de leur foi , la régularité de leur vie, leurs talents supérieurs et leur sagesse de conduite. Il confia le soin de ses affaires temporelles à des officiers intègres et loyaux, qu'il choisit lui-même. Puis il partit vers la mi-octobre et alla rejoindre le Cardinal de Lorraine à fabbaye de Clairvaux.
Jusqu'alors on avait compté fort peu d'évêques français au Concile de Trente : le Cardinal de Lorraine y parut enfin le 13 novembre 1562, suivi de vingt prélats, au nombre desquels se trouvait Nicolas Psaulme.
Notre Evêque se fit une place assez belle au Nicolas milieu des membres de la célèbre Assemblée, pour Psaulme que nous aimions à fy considérer. ^" Condie
Parmi les grandes questions touchant la foi et la discipline de l'Eglise sur lesquelles les Pères du Concile eurent à délibérer, Nicolas Psaulme me semble en avoir choisi deux , pour en faire l'objet d'un examen sérieux, d'une étude approfondie : 1° l'Institution divine des Evoques ; 2" l'obligation pour eux de résider dans leurs Diocèses.
Ne remarquez-vous pas, Messieurs, que ces deux idées , rappelées à ses vénérables Collègues dans l'épiscopat, discutées et soutenues devant eux, peignent bien notre Evêque? Il tient son pouvoir de Jésus-Christ; et voilà pourquoi il aura,
^ 68 — jusqu'à son dernier jour, la conscience de ses droits, en même temps que de ses devoirs, le sentiment de son autorité épiscopabe et la ferme volonté de la garder tout entière, semblable en cela à celui de ses successeurs qui vient de terminer au milieu de nous sa longue, sainte et utile carrière (1). Il veut que les Evèques gardent la résidence; aussi ne l'a-t-on jamais vu auprès des rois, où cependant il avait tout pour réussir, abdiquer son indépendance en écliange de quelques faveurs et compromettre sa dignité dans le rôle de courtisan.
De L'épiscopat sans nul doute, la haute dignité
l'insiiiuiion de premier pasteur dans TEglise est d'institution divine divine, aucun des Pères du Concile ne le contestait, et tous Tout affirmé dans un solennel décret contre les Protestants. IVIais chaque Evèque reçoit-il sa juridiction spirituelle immédiatement de Jésus- Christ, où bien la reçoit-il seulement de la sul)rème autorité du Pape? Voilà la question qui était controversée au Concile, et qui reste encore aujourd'hui indéfinie parmi les théologiens.
Les Italiens soutenaient et voulaient faire décider par le Concile que le Pape, non-seulement règle, élargit ou restreint la juridiction des Evèques, détermine le diocèse où elle doit s'exercer, mais encore la donne comme principe, comme source même de tout pouvoir spirituel. Beaucoup d'évèques Espagnols au contraire, Nicolas Psaulme et presque tous les évêques Français, ayant à leur
(i) Monseigneur F^oiis Rossât, nomme Evt'Cjuc de Verdun en 1844", inorl le 24 déceuibie 18GG îi l'Age de 77 ans.
des Evèques.
tète le Cardinal de Lorraine, penchaient pour l'opinion contraire.
C'est pourquoi le 5 décembre 1 562 , notre Discours Evêque, qui tînt presque seul la parole au Concile, de
prononça un discours très-vif et très-goûté, où >'«coias il développa les raisons qui le portaient à soutenir rinstitution divine des Evêques dans le sens conciie. français. Chaque Evêque successeur des Apôtres reçoit sa puissance spirituelle de N. S. Jésus- Christ par qui il est placé pour régir l'Eglise de Dieu, sous la suprématie du Souverain Pontife successeur de St-Pierre, placé par Jésus-Christ au sommet de la hiérarchie, afin de conserver l'unité dans la foi et d'enlever les occasions de schismes qui pourraient surgir au sein de l'Eglise.
Cependant, il déclare ne point vouloir décider la question qui est peut-être insoluble, et il demande que le Concile, mettant de côté ces discussions oiseuses pour le moment, songe plutôt à justifier, à décider, et à affirmer les vérités attaquées ou niées par les hérétiques.
Pendant que Psaulme parlait et que toute l'Assemblée l'écoutait en silence, un évoque Italien, celui d'Orvieto, — il était déjà de mode à cette époque d'interrompre les orateurs — s'écria ironiquement : « Iste Gallus nimium cantat! » Jeu de mots, Gaiius Mesdames, sur Gallus qui signifie « ce Coq ou ce cantat! Gaulois chante trop. » Pierre Danès, évèque de Lavaur, qui avait été précepteur de François I", faisant allusion à la nécessité de quelques réformes autour du Souverain Pontife et au chant du coq qui rappela l'apôtre Pierre à des sentiments de pénitence après qu'il eut renié son Divin Maître, le
vénérable Pierre Danès, dis-je, regardant l'Italien avec un fin sourire, répondit à son apostrophe: « 0, Utinam ad Galli cantum Petrus recipisceret I » Ce que je traduis, pour l'intelligence d'une partie de mon auditoire : « 0, Plût à Dieu, qu'au chant de ce coq, Pierre se repentît! » mot qui fut applaudi, surtout par les Français, non seulement comme on applaudit à une spirituelle et piquante repai'tie, mais encore, il faut l'avouer, comme à une vérité que tout le monde reconnaissait alors.
Nicolas Psaulme , par un sentiment de modestie , qui fait son éloge, ne dit l'ien de cet incident, dans l'espèce de Journal du Concile qu'il rédigeait jour par jour, Journal conservé manuscrit à la bibliothèque de St-Vannes et imprimé seulement 150 ans après sa mort (1725). Mais Pallavicini , dans son histoire du Concile de Trente (livre xxi, Ch. viii), le rapporte avec une si évidente mauvaise humeur que nous pouvons l'en croire; du reste Pallavicini était italien.
Second Le 17 Décembre, douze jours après son fameux
discours de discours , uotrc Evèquc en prononça un second, Nicolas jij^i^g le(iuel il démontrait l'obligation où se trousa">ne. ^,pj^j jgg Evêques de résider dans leurs diocèses. Cette obligation leur incombe de droit divin , parce que Jésus-Christ les a institués pour paître eux-mêmes leurs ouailles, les connaître, les instruire , veiller sur elles et leur administrer les sacrements, devoirs qu'ils ne peuvent remplir s'ils ne vivent comme le pasteur au milieu de son troupeau. Puis, inspiré par le s|)ectacle de ce (jui se passait autour de lui, et par les douleurs dont
— Tison âme était pleine, il redit, avec des accents déchirés, les maux qui affligeaient alors l'Eglise, toutes les vérités religieuses attaquées, la morale du Christ oubliée, méprisée, les temples saints profanés, des pasteurs mercenaires, des royaumes entiers apostasiant l'antique foi chrétienne! Or à quoi attribuer ces malheurs? A une foule de causes sans doute; mais l'une de ces causes c'est la coupable habitude qu'ont prise beaucoup d'Evêques de vivre presque continuellement en dehors de leurs diocèses, dans leurs domaines particuliers, ou à la cour des princes, abandonnant ainsi le soin des âmes qui leur ont été confiées par Jésus- Christ et par l'Eglise.
Les talents de Nicolas Psaume, l'influence que sa parole éloquente lui avait acquise, en même temps que sa réputation de sagesse et de sainteté, le firent choisir par l'Assemblée pour secrétaire-rapporteur de la Commission qui rédigea les canons du Concile touchant l'institution divine des évèques et leur obligation de résider (15 janvier 1563.)
Il s'était depuis longtemps manifesté au sein du Concile des divisions amenées par la divergence dans la manière de voir sur différents sujets, divisions peu sérieuses, sans doute, mais qui faisaient surgir de nombreuses difficultés et traîner les débats en longueur. Ces retards , nuisibles à la religion, donnaient à ses ennemis un prétexte de reproches, d'attaques , quelquefois même de railleries. Notre Evoque, qui souffrait de cette manière de procéder, et dont l'esprit pratique voulait qu'on allât au but sans s'arrêter à de futiles incidents , employa aussi toute son
Son iniiucn«c infliience pour réunir les Pères du Concile dans une niênie volonté, un même désir de faire, au bien général de l'Eglise , le sacrifice de tous sentiments personnels, comme de tous préjugés nationaux.
dans le Concile.
Ses lettres
duns son diocèse.
Pourquoi Mcolas Psaulnie
va il Inspruck ?
Cependant, du fond des Alpes où il se trouvait, Nicolas Psaulme , plein de sollicitude pour son diocèse, savait encore le diriger. Dans des letties remarquables, il donnait à son clergé, à ses officiers laïcs , des conseils et des avis dictés autant par le zèle et la piété que par la prudence et la raison ; il les exhortait à vivre ensemble et avec tous dans la concorde, à veiller de concert au bien de la religion , à soulager le pauvre peuple, à n'épargner ni soins, ni dépenses, ni même leur vie , pour garder la paix et la vraie foi dans son diocèse. Il s'absenta aussi de Trente, pendant quelques jours, pour aller à Inspruck où se trouvait l'empereur Ferdinand, frère de Charles- Quint et son successeur au trône d'Allemagne depuis 1556.
Pour comprendre cette démarche de Nicolas Psaulme et certains impôts que nous verrons bientôt lever par l'Empire sur le Verdunois, il faut vous souvenir, Alessieurs, que Verdun faisait toujours partie du St-Empire, sinon en fait du moins en droit, et que le Roi de France n'en avait pris possession qu'à titre de Vicaire du dit Empire. Aussi, au temps où nous sommes de notre histoire, l'occupation française est purement et simplement une occupation militaire, faite dans le principe, et existant au nom de l'Empire. Les
Français gardaient les remparts, voilà tout, mais n'avaient rien à voir dans l'administration intérieure de la Cité : Verdun conservait ses droits et ses devoirs de ville libre et impériale. Les bourgeois ne pouvaient tomber sous la juridiction royale qu'en cas d'émeute de leur part et de révolte à main armée contre l'autorité du Roi (1). J'insiste là-dessus parceque je crois que les historiens n'ont pas assez défini le sens de ces mots : Réunion des Trois-Evêchés à la France, et ont laissé croire que ce fut une annexion analogue, par exemple , à toutes les annexions que nous voyons autour de nous depuis quelques années. Plus tard, sans doute, par la force des événements, les rois de France joindront à leur autorité militaire dans notre Cité le pouvoir souverain en matière civile, judiciaire et politique : Louis XIII sera roi à Verdun comme à Paiis, mais Henry IV lui-même ne sera appelé par les Citains que Seigneur- Protecteur [2] .
C'est pourquoi, aux yeux de Nicolas Psaulme, l'empereur d'Allemagne était toujours son suzerain et Verdun demeurait fief d'Empire. Or, comme à chaque nouvel Empereur qui montait sur le trône, il fallait que les feudataires allassent à nouveau lui demander l'investiture de leurs fiefs , soit en personne, soit par députés, notre Evêque Nicolas alla donc à Inspruck, et rendit foi et hommage Psauimc à l'empereur Ferdinand qui, avons-nous dit, s'y '■*"^*'''
(1) Lellrcs-palentes du roi François II aux bourgeois de Verdun, datées de Bar-le-Duc, au mois d'oclobre lo^O.
(2) Sermcnl de fidélité de l'évèque Enic de Lorraine, du clergé et des Iiabilanls de Verdun au roi Henry IV, en 1601.
de nouveau trouviut aloi'S. Ferdinand renouvela à Psaulme des mains l'invcstiture du temporel de l'Evêché, autrefois
de rKinpcicur i » n ^ i • t^ » . •
' accordée par son irere, en lui mettant aux mains
I invcslilure , ,
du lem oici ""^ *^P^^ ^^"^' emblème de la puissance séculière.
de rEvcché. Dg rctour à Trente , notre Evèque fut encore choisi par les Pères du Concile pour rédiger différents rapports sur des questions de discipline ecclésiastique, ciôiure Enfin, le 13 décembre 1563, la clôture du
du Concile Concile fut prononcée, et Nicolas Psaulme se mit
de Tienie. eu routc tout aussitôt pour revenir dans son diocèse, où sa présence, après une année d'éloignement, était devenue grandement nécessaire.
Retour « II u'cst pour voir que Tœil du maître (1). »
de Nicolas Pendant que Nicolas Psaulme était à Trente, des prédicateurs de la Réforme s'étaient, de toutes parts, introduits dans son diocèse, et avaient
Psaulme à Verdun
gagné à leur cause un très -grand nombre de partisans. Le baron d'Ornes, surtout, se montrait l'un des plus ardents contre la foi catholique, et son château, véritable foyer de prosélytisme protestant, servait de refuge et d'asile à tous les ministres qui couraient le pays. Ce seigneur donnait là un dangereux exemple, d'abord parce qu'il était un des feudataires de l'Evêché, et ensuite parceque son voisinage de Verdun pouvait nuire à la foi dans cette ville.
Nicolas Psaulme commença donc par prévenir son vassal qu'il eût à expulser de ses terres et château les ministres réformés, et à cesser toute
(1) Fables de Laionlaine. Livre iv , fable xxi.
propagande religieuse. Mais cet avertissement ayant été inutile, l'Evêque se souvint de l'épée qui lui avait été remise, leva quelques compagnies de soldats et les envoya sous le commandement d'un officier énergique châtier le baron d'Ornes. La campagne ne dura que trois jours.
Le baron d'Ornes cliàtië.
Peut-être, Messieurs, dois-je, à propos de cette modeste campagne d'Ornes , dire un mot pour justifier, aux yeux de quelques-uns, les mesures rigoureuses prises par notre Evoque, en cette circonstance et en d'autres, contre les dissidents religieux de son diocèse.
En général, Messieurs, pour juger avec justesse et droiture ce qui s'est fait ou dit dans les siècles passés, nous devons nous dépouiller d'abord de nos idées modernes , faire abstraction de ce qui se fait, se dit ou se pense à notre époque ; puis nous reporter par l'esprit vers les siècles écoulés, en étudier le caractère, les mœurs générales, en connaître les lois , les convictions dominantes , j'ajouterai même en prendre les sentiments, en éprouver les passions. Cela fait. Messieurs, nous serons surpris de la modification survenue dans notre manière de voir : nous deviendrons moins exclusifs, moins absolus, moins sévères dans nos appréciations et nos jugements sur' les choses d'autrefois ; nous expliquerons, nous pardonnerons, nous justifierons même telle mesure prise, tel acte accompli , telle parole dite , qui nous semblent un attentat à nos droits d'aujourd'hui , une flagrante opposition à toutes nos idées actuelles; nous en comprendrons l'opportunité,
A propos de ccrlaines
mesures
de rigueur
con(rc les
Prolcslanls,
comment
il faut
étudier
riiisloire?
peiit-éti'c même la nécessité. — Il va sans dire que toujours le crime reste crime, que toujours la bassesse demeure chose vile et honteuse !
C'est pourquoi , Messieurs , j'applique cette manière d'étudier l'histoire, qui me paraît bonne et sage, je l'applique à la question qui nous occupe, c'est-à-dire à la conduite de Nicolas Psaulme envers les Protestants , et je dis : Oublions ces grands principes.de tolérance, de liberté de conscience, d'égalité de tous les cultes comme de tous les citoyens devant la loi civile, qui nous régissent aujourd'hui. Il y a trois siècles jls étaient tout-à-fait méconnus, tout-à-fait réprouvés; si méconnus, si réprouvés, que les Protestants qui réclamaient pour eux cette Hberté, cette égalité, cette tolérance, les refusaient aux Catholiques lorsqu'ils étaient les plus forts. Oublions que nous sommes du xix* siècle, et faisons-nous par la pensée citoyens de Verdun en 1563, et bons catholiques comme nous le sommes en réalité.
Ce qu'étaient Or à cctte époquc, comme aux époques précède* dentés, les gouvernements Européens, royautés ou l'épubliques, se trouvaient encore tellement entés, greffés sur le Catholicisme, qu'ils parais-
Caihoiiqucs. raient ne pouvoir jamais en être disjoints, et que les rebelles à la religion devenaient , par le fait même, rebelles à l'état. A cette époque, comme dans les époques précédentes, le titre de catholi(|ue était aux yeux des masses, ainsi que le titre d'enfant du sol, une condition nécessaire pour faiie partie de la société telle qu'elle était constituée, et [)our jouir de ses avantages. Aussi, abjurer la foi commune, c'était renoncer
Proies ta tils
aux ^cux
de
à sa pairie, que cette patrie fût enclose dans les murs d'une cité ou dans les frontières d'un vaste empire; ne plus dire la prière qu'avaient récitée les aïeux, c'était renier leur souvenir, mentir à son sang; déserter la vieille église où l'on avait été baptisé, marié, où l'on avait apporté ses enfants tout petits et accompagné la dépouille mortelle d'un père, d'une mère, déserter, dis-je, cette vieille église, pleine de tant et de si chers souvenirs, c'était un acte aussi grave, aussi coupable, que d'abandonner aujourd'hui le drapeau national ! On ne pouvait comprendre qu'il y eût deux manières d'adorer Dieu.
Quand donc le protestantisme apparut comme une négation de tout ce qui avait fait, depuis douze siècles, presque le seul bonheur du peuple, la consolation de son cœur, la joie de ses yeux, les meilleures de ses fêtes, de tout ce qui avait été la lumière de son intelligence, la règle de sa conduite, le guide de sa vie entière, quand, dis-je, le protestantisme apparut ainsi, il souleva tout d'abord contre lui une immense réprobation.
Mais il flattait dans toutes les classes de la société trop de secrètes passions, il répondait à de trop puissantes aspirations pour ne pas faire de rapides progrès.
Maintenant dites-moi. Messieurs, si Nicolas Comment Psaulme , Evèque et Prince temporel , pouvait et ""«s devons devait supporter l'hérésie nouvelle dans ses J"»^*" domaines? Evèque, sa conscience le lui défendait; ] *^^,""!' ^
de iNicolag
Prince temporel , il voyait des ennemis de l'ordre Psauimc établi dans les étrangers qui cherchaient à la envers les propager ; il voyait des rebelles dans ceux de ses Pioicstanis.
sujets qui abandonnaient la foi et les croyances catholiques. Tout naturellement alors il devait songer à tirer contre eux cette épée remise en ses mains au jour où il avait été investi du pouvoir.
Il s'en servit, de cette épée, mais toujours avec une modération qui lui était inspirée par le sentiment chrétien, par les préceptes de l'Evangile et par la douceur de son caractère. Il haïssait Terreur, mais il aimait les coupables comme un père qui aime encore son enfant lors même qu'il le châtie.
Son livre : H eùt dc bcaucoup préféré les ramener à la Préservatif yraic foi par la persuasion , en éclairant leur contre e intelligence et en touchant leur cœur. Pour obtenir
changement , "^ ... ,
deReiiqion ^^ fcsultat , \\ sut trouver, au muieu des nombreuses affaires dont il avait la charge, le loisir de composer un livre intitulé : Préservatif contre le changement de religion, qu'il lit imprimer à Verdun en 1563, et qu'il répandit à profusion parmi ses diocésains. Mais il employa aussi dans le même but un autre moyen qui dût malheureusement amener bien des dissimulations et des mensonges. Etant à Trente, il avait envoyé dans son diocèse une profession de foi religieuse avec ordre de la publier et de la faire admettre par tous, clergé et laïcs-, à son retour, il en lit renouveler la publication et exigea que chacun y adhérât en la signant de son nom.
Nicolas Cette profession de foi , solennellement publiée,
Psauime ^^ç, pj^j-^f poiut cucorc au zèlc de notre Evèque
un témoignage assez éclatant de son attachement «onge h faire
à TEglise. accepter
Les décrets du Concile de Trente n'avaient point ''' ^'*"'''''' ^'^
, , , , Trente dans
ete promulgues en France dans leur totalité. Le go^ diocèse. parlement avait accepté tous ceux qui exposaient la doctrine catholique, mais il avait repoussé ceux qui concernaient la police et la r é formation , comme dérogeant aux droits du roi et aux privilèges de V Eglise gallicane. Nicolas Psaulme, qui n'avait rien à voir avec les idées du parlement, résolut de publier dans son diocèse tous les canons ou décrets du Concile et de les faire accepter par son clergé.
Tout d'abord il mit lui-même en ordre les décrets que la célèbre Assemblée avait rendus au sujet de la foi et au sujet de la discipliîie, et les fit imprimer à Verdun en 1564, précédés d'une épître dédicatoire au Cardinal de Lorraine.
Notre Evêque connaissait trop les hommes pour Opposition ne pas s'attendre à rencontrer des oppositions à q"''^ son dessein : il le dit au Cardinal.
Cependant, le 10 février de cette même année 1564, il présenta les décrets du Concile à son Chapitre, « et le fit sommer de s'y conformer (1). » Le lendemain, le Chapitre répondit par ses députés qu'il acceptait tous les Canons qui concernaient la foi, mais qu'à l'égard des décrets de la réforme, il attendait la confirmation officielle du St-Siége auquel il était immédiatement soumis , ou bien la décision du Concile provincial. Du reste, il se réservait de protester contre tout ce qui serait
(1) Roussel. Histoire de yerdun.
rencontre.
contraire aux usages établis de temps immémorial dans l'Eglise do Verdun.
Reforme Dcvant cclte o|)position, Nicolas Psaulme dût reccciésiasiique noucer à son dessein. Seulement il sut faire passer dans les statuts synodaux qu'il publia la même année, une grande partie des décrets de réforme, et de cette façon il les imposa à son clergé. Mais comme sa prudence n'avait exigé après tout que ce qu'il croyait nécessaire, il n'eut pas de peine à obtenir l'exécution des trois points qui lui semblèrent les plus impoi'tants pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique dans son diocèse. De ce moment les études des jeunes clercs devinrent plus sérieuses et plus fortes ; il n'admit à la conduite des âmes que des prêtres recommandables par leur science et par la gravité de leurs mœurs ; enfin les curés et les vicaires furent obligés de résider dans leurs paroisses, afni d'y instruire les fidèles par la prédication, de les édifier par leurs bons exemples et de les sanctilier par l'administration des sacrements. La science et la vertu, voilà, en effet. Messieurs, les deux bases sur lesquelles doit reposer l'édifice du sacerdoce ! Voilà la seule et honorable source de son autorité morale sur les peuples ! Avec la science et la vertu, le sacerdoce catholique peut tout pour la gloire de Dieu et le bien des âmes ; sans cela , il ne peut rien !
A peine sorti de ces embarras, que j'appellerai ecclésiasti(|ues , Nicolas Psaulme se trouva bien vite en avoir d'autres d'un genre diflérent. Nous allons les redire brièvement
excessils
levés par
l'Empire sur
L'Empereur d'Allemagne, qui sans doute avait impôts renoncé à la possession effective des Trois-Evêchés, n'avait pas renoncé à en tirer de l'argent. II n'était plus le maître des places fortes, mais il prétendait l'Evêché l'être toujours des bourses. Vraiment, Messieurs, de Verdun, c'était, il faut le dire, une triste situation que celle où se trouvaient alors nos contrées ! L'Empereur , en sa qualité de Suzerain puisque le roi de France n'était que son Vicaire à Verdun , à Metz et à Toul , l'Empereur demandait des florins à notre Evèque; le duc de Lorraine lui en demandait aussi pour l'entretien de ses troupes, qui avaient défendu Dieulouard, fief de l'évêclié, assiégé par les hérétiques.
Nicolas Psaulme, dont les finances étaient épuisées, s'adressait à son Chapitre et à son clergé, qui , alléguant certains privilèges , refusaient de payer leur quote part des tailles exigées, et recouraient à la protection du roi de France, afin de n'y être pas contraints par la force; il s'adressait aux seigneurs ses vassaux qui refusaient aussi , aux riches bourgeois de la ville qui faisaient mettre les armes de France sur la porte de leurs demeures, afin d'en interdire l'entrée aux collecteurs épiscopaux. Il fallait donc lever des impôts sur un pays ruiné, imposer taxes sur taxes sur les terres de l'évêché, pressurer les villes et les campagnes pour répondre à ces dures exigences ; ou bien voir les soldats de l'Empereur venir eux-mêmes lever les contributions, et les lever sans pitié, comme avaient coutume de le faire les gens de guerre. Sans doute notre Evèque, dont le cœur saignait au spectacle de la misère publique, employait tous les moyens
possibles pour alléger le poids de ces impôts, mais la chambre impériale de Spire, qui était chargée de les recouvrer, se montrait impitoyable. Cependant les plaintes si justes de Nicolas Psaulme et ses continuelles requêtes à l'Empereur furent entendues. iMaximilien 11 , successeur de Ferdinand 1" au trône d'Allemagne, oidonna de surseoir aux poursuites rigoureuses ordonnées par la chambre de Spire, et le roi de France Charles IX, prenant enfin la ville et l'évèché de Verdun sous sa sauvegarde, les délivra des exactions impériales.
Projet de Cc fut au milicu de tous ces ennuis que Nicolas construciion Psauluic dut faire un voyage à la cour de France pour épargner à sa ville épiscopale le redoutable ^ ,, , voisinage d'une citadelle.
a Verdun. ^
Nous avons déjà dit que l'occupation française à Verdun était toute militaire. La cour de France, afin de la rendre plus durable et plus forte, résolut d'y construire une citadelle. Une citadelle à Verdun, Messieurs , avait à coup sûr un double but dans la pensée de nos maîtres d'alors. Elle opposerait une résistance de plus à l'ennemi du dehors , lequel, dans le cas où un siège heureux le rendrait maître de la ville, aurait encore à côté une forteresse à conquérir. 11 n'était pas rare, en effet, de voir la garnison d'une ville prise se retirer dans la citadelle et s'y défendre avec succès. D'autre part, elle assurait la possession de la place ellemême.
De là, en eft'et, une forte garnison française se trouvait maîtresse de la ville qu'elle dominait, et
d'une :i(adcllc
— Bases canons pouvaient facilement la foudroyer si jamais elle se soulevait contre la France ou refusait de se soumettre à certaines mesures royales. Combien de villes on avait punies en leur attachant ainsi au flanc quelque bonne forteresse !
C'étaient là les appréhensions du peuple de L'Evèque Verdun et de son Evêque. Cette citadelle qu'on *^''*^* voulait leur bâtir semblait menacer leur indépen- '" ''""'*
, , refusent une
dance et placer la vdle à la discrétion du Roi. citadelle
C'est pourquoi Nicolas Psaulme, accompagné d'une dépulation des notables, se rendit à Fontainebleau où se trouvait la cour, afin de présenter à Charles IX les humbles remontrances de la Cité. On dit au Roi qu'une citadelle à Verdun porterait dommage et incommodité à la ville et au pays, qu'elle n'était pas nécessaire, attendu la grande loyauté des habitants, leur affection et dévouement au Roi et à son service, que pour la construire il fallait démolir une partie de la ville, et enfin que l'on pouvait craindre d'exciter les susceptibilités de l'Empire.
Une lettre de Charles IX, datée de Fontainebleau, 21 mars 1567, et écrite au sieur de Losse, capitaine et gouverneur de Verdun , nous apprend le résultat de cette démarche :
« Monsieur de Verdun , écrit le roi , est venu icy Lettre » devers moi..., et m'a donné beaucoup de belles de Charles ix » raisons que j'ai au long et doulcement ouyes, » ce propos. » touttes tendantes à me faire changer de dessein. » Mais après luy avoir faict entendre et à plusieurs » de la dite ville qu'il avait amenés avec luy, qu'à » la vérité j'avais eu grande occasion de me » contenter d'eulx... que tant s'en fallait que
» j'eusse entrepris la dicte citadelle pour leur » nuire, qu'au contraire je le faisais pour laisser » la dicte Cité eu plus de liberté, et en temps » paisible la descbarger de l'incommodité que » les soldats meslés parmy les babitants peuvent » apporter ; qu'elle estait dressée en lieu le moins •) dommageable, et que j'avais donné ordre qu'il » ne serait ny pris aulcune maison qu'elle ne fust » et bientôt payée et récompensée ; qu'il ne » fallait pas avoir crainte que la dicte Cité demeu- » rast en danger. . . et que je désirais que luy » Evesque s'accomodast à trouver bon ceste mienne » résolution et y disposer les babitants. . . Et l'ay » tellement rendu sûr de ma bonne intention qu'il » s'en trouve plus satisfaict qu'il montrait estre » venu (1). . . »
Ce projet de Charles IX, qui paraissait si bien arrêté, ne fut pas mis de sitôt à exécution, et les craintes des Verdunois ne furent point réalisées, au moins pour le moment. 3Iais 37 ans après, en 1624, Richelieu, qui n'aimait pas l'opposition, fit reprendre à nouveau les travaux de la citadelle, pour en finir avec quelques velléités de résistance de la part des gens de Verdun. On sait que la construction de notre citadelle coûta la tête à M. de Marillac, gouverneur de la ville, accusé de malversations et de pilleries dans le pays verdunois. On sait aussi que plus tard Vauban modifia le plan et le système de défense de cette forteresse, d'après les inspirations de son génie.
Les alarmes se suivaient pour notre Evêque,
(1) Lcitrc «lu roi Charles I\ h M. de Losgc , capitaine et gouverneur de Verdun.
sans interruption comme les flots sur la mer. Craime dune Après la bataille de St-Denis (novembre 1567), les invasion Calvinistes français, obligés de battre en retraite, P""" " **" ^• résolurent d'aller au devant des secours qui leur venaient d'Outre-Rhin : Condé et Coligny les commandaient. Ils se mirent en route vers la fin du mois, pour la Lorraine, malheureux pays condamné à être foulé sous les pieds de toutes les armées de France et d'Allemagne, passèrent la Meuse à St-Mihiel et se dirigèrent vers Pont-à-Mousson, où ils arrivèrent le M janvier 1568. « La joie des » Huguenots fut extrême quand ils virent se » déployer aux bords de la Moselle les épais » escadrons des cavaliers noirs (1). » Jean-Casimir de Saxe leur amenait huit mille chevaux de combat et trois mille lansquenets.
Sur quel point cette formidable troupe allait-elle se porter? Nicolas Psaulme, dans l'incertitude, de concert avec les magistrats de la ville et le commandant royal, fit mettre immédiatement Verdun en état de défense , et leva dans les terres de TEvêché trois compagnies de soldats pour renforcer la garnison française et la milice bourgeoise. Heureusement l'orage prit une autre direction , remonta la Moselle, longea les pieds des Vosges, et se jeta sur la France du côté de la Bourgogne.
La même année (1568), le Cardinal de Lorraine Nicolas résigna son évêché de Metz en faveur du Cardinal Psaulme de Guise, son neveu, fils du duc François et frère * """'s'""»-
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du Balafré. Cette ambitieuse famille avait alors i-^^^çii^ j^ en mains toutes les dignités do l'Eglise et de l'Etat. mciz. Vrai sang de Guise, le jeune Cardinal était déjà
(1) Les rtîlres porlaicnl des armuics noires.
trop mêlé à la politique et aux passions de son parti , pour aller s'enfermer dans sa ville épiscopale et y remplir les austères devoirs d'un évêque. Il pria donc Nicolas Psaulme de se charger de l'administration des affaires spirituelles et temporelles de l'évêché de Metz. 11 savait qu'entre les mains de notre Evêque, ni son diocèse, ni ses propres intérêts n'auraient rien à souftVir de son éloignement. Psaulme accepta cette marque de confiance , ((ui fut pour lui une véritable charge , et se rendit dans le pays messin afin d'en voir par lui-même l'état, et d'y pouvoir aux besoins de la religion.
Mais pendant qu'il était occupé aux affaires de
son illustre commettant, de graves embarras lui
étaient suscités dans son diocèse.
Démêles Henry-Robert de la Marck, duc de Bouillon,
avec héritier de la seigneurie de Jametz du chef de son
le duc oncle, Jean de la Marck, dont nous avons déjà
parlé, vexait à plaisir les gens de la prévôté de
de liouilion
a propos , / /^ 1 • • '1 >
j , Mansiiennes , domaine de revêche. Calviniste zèle
de la o '
Prcvôic et prince ambitieux, il se posait en ennemi de de notre Evêque, et par politique, et par religion; il Mangicnnes. fj^jgait chasscr dc Maugicnncs les officiers épiscopaux venus pour y rendre la justice, forçait les habitants à s'adresser à ses magistrats de Jametz, prélevait tous les impôts , ravageait les forêts du pays dont il employait les j)lus beaux arbres à son château de Jametz, enfin il agissait en toutes choses comme maître et unique Seigneur de la dite prévôté, quoiqu'il ne le fût que pour un huitième.
de
Nicolas
Fsaulmc
D'un autre côté, ceux de Tilly-sur-Meuse, gagnés par des ministres protestants venus peut-être de Jametz, avaient en grand nombre adopté les nouvelles croyances. Puis, après avoir refusé d'obéir à l'autorité spirituelle de l'Evèque , on s'était mis à Tilly et dans plusieurs villages des bords de la Melise, en rébellion contre son autorité temporelle, sous prétexte que les taxes étaient excessives, et l'on avait demandé aide et protection au bailli de Vitry, officier du roi de France.
L'Evêque de Verdun n'était point assez fort pour Vaines contraindre le puissant duc de Bouillon à cesser plaintes ses exactions et à abandonner ses prétendus droits sur la prévôté de Mangiennes. 11 demanda justice au roi de France qui n'y pouvait rien ou ne s'en ^0^,^^ i^ ^^^ inquiétait guère; il eut recours à l'empereur, à la de
Chambre impériale de Spire, aux Guises, qui tous Bouillon, le payèrent de conseils ou de promesses; de guerre lasse enfin , il cessa ses doléances et attendit. Même, s'il faut en croire les historiens de l'époque, il craignit un moment que Jehan de Schlandres, gouverneur de Jametz pour le dit duc, ne vînt jusque dans Verdun lui imposer la loi , car on cite cette lettre du Cardinal de Guise :
« Monsieur de Bouillon ne se vouldrait desclarer » contre le roy ; il ne saurait sortir artillerie de » Jametz, et, quand il aurait du canon, il aurait » grand peine à le mener contre vous et vostre » ville où avés moyen de vous bien deffendre. 11 » n'est donc ja besoing que vous deslogiez de » Verdun, ne pouvant trouver, pour ceste heure, » plus grande seureté ailleurs (1].»
(i) Husson l'Ecossois. Histoire manuscrite.
(le la prcvôlé
Sounus^ion Quant à l'aftaire de Tilly, elle était plus facile ^''^ à mener à bonne fin. Nicolas Psaulme, blessé dans * "''" * sa religion et dans son autorité, commença par chasser de la prévôté tous les ministres protesdc tants, et par ordonner à tous les habitants de Tilly. revenir à la foi catholique et à son obéissance. Les uns obéirent, les autres en plus grand nombre refusèrent. Alors il (it mettre en prison et confisquer les biens de ceux qui étaient connus pour soutenir ou propager l'hérésie, puis il obtint du Roi de France un édit qui défendait au bailli de Vitry de recevoir en sa juridiction les habitants de la prévôté et commandait à ceux-ci de se soumettre à celle de l'Evèque. Mais ce premier arrêt fut impuissant sur les obstinés rebelles.
Deux autres arrêts furent successivement rendus, et ils n'auraient pas eu plus de résultats que le premier si , par l'ordre du Roi et à la requête de l'Evêque, le commandant militaire de Verdun n'avait dépêché quelques soldats pour les faire exécuter. Mais le caractère de Nicolas Psaulme répugnait aux mesures violentes. La soumission obtenue, il oublia ses griefs, pardonna aux habitants de Tilly et à tous ceux qui avaient pris part à la révolte, leur faisant remise complète des frais et amendes qu'ils devaient payer. Missionnaires Lcs soldats furcut rappelés et à leur place notre envoyés Evêquc cuvoya (les missionnaires dans tout le dans le pays pj^yg ^\q jMeusc. Uu P. Fimiiu Gapicicr, docteur de Meuse, ^jj tjiéologie , de l'ordre des Récolets , mandé exprès de Paris, se fit surtout remaïquer par son zèle, sa piété, sa parole entraînante, et son inébranlable patience. Dieu bénit les travaux spiri-
tuels de ces véritables apôtres de l'Evangile. La foi catholique, un moment ébranlée, fut raffermie, rhérésie, un moment triomphante, fut vaincue, et Nicolas Psaulme eut la consolation de voir rentrer dans le sein de l'Eglise tous les dissidents religieux, à Ancemont, à VlUers, à Tilly, à St- Mihiel , à Sampigny, à Buxières. Deux familles seules persistèrent dans Terreur, au petit village de Bouquemont.
Mais il était dit que notre pauvre pays serait frappé de tous les malheurs à la fois ! Aux guerres étrangères qui le désolaient, aux discordes religieuses qui divisaient la société et les familles, à ces lourds impôts de sang et d'argent sans cesse levés sur le peuple , vint se joindre en ce temps-là le terrible fléau de la peste.
Cette peste, qu'on appelait Hongroise, morbus La pesie Hungaricm , nous était venue des lointaines contrées de la Hongrie, à la suite des guerres entre l'Allemagne et les Turcs. C'était la septième fois depuis cinquante-cinq ans qu'elle éclatait en Lorraine, dans le Barrois et à Verdun, et chaque fois elle avait fait des ravages affreux. Pendant les années 1568 et 1569, la mortalité fut telle que des villages entiers furent dépeuplés et que notre ville parut un moment déserte.
Les ofifices divins furent interrompus, les prêtres, que leur devoir appelait au chevet des mourants, furent décimés ; la mort frappait dans les rues et sur les places, comme les boulets sur un champ de bataille ; des cadavres restèrent abandonnés
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dans les maisons , faute de personnes pour les ensevelir et les porter : l'effroi glaçait les cœurs comme le sang : il y eut des lâchetés inouïes, il y eut des héroismes admirables !
Si dans notre siècle, Messieurs, une maladie que je ne nommerai pas sévit encore parfois avec une telle violence sur les villes et les campagnes où elle s'abat, jugez de ce que ce devait être dans un temps qui n'avait ni notre science médicale , ni notre organisation de secours, ni notre bienêtre matériel, ni enfin aucun des moyens préservatifs et curatifs que nous possédons aujourd'hui.
Comme saint Charles Borromée à Milan vers la même époque , comme plus tard l'illustre évêque Belzunce à Marseille, Nicolas Psaulme, dans Verdun, se montra par son dévouement à la hauteur de la calamité publique. « 11 fut admi- » rable d'énergie et d'intelligence, » dit M. Charles Buvignier, qui ne le flatte guère (1).
Sans doute, Messieurs, ce dévouement de notre Evêque fut vite oublié; ni l'histoire ne l'a buriné, ni la poésie ne l'a chanté , « il n'a eu aucun » gaige ni récompense que celle de Dieu ! » A nous donc de le proclamer bien haut.
Déjà souffrant lui-même, et affaibli plus encore par les fatigues de son laborieux épiscopat que par l'âge , non -seulement il refusa de quitter Verdun comme le lui conseillaient les médecins, mais il descendit dans les rues de la Cité, et pénétra jusqu'aux foyers les plus infectés de
(1) Rapport ù la Sociélc PliiloiiuUiquc de Verdun. — Itfcherches hislon'quc.i sur /a maladies épidémiques qui ont létjné dans le P^erdunois.
l'épidémie. On le vit Jans la mansarde du pauvre et dans la somptueuse demeure du riche, partout où il y avait des larmes à sécher, des douleurs k adoucir ! On le vit donnant lui-même de sa main vénérée les derniers sacrements, suprême consolation de l'Eglise, aux victimes du fléau, exhortant les fidèles à la pénitence afin de fléchir la colère divine , ranimant par ses paroles et son exemple les courages abattus, relevant enfin, par le spectacle de son énergie, l'énergie de son peuple et de ses prêtres.
Pareil à un général qui, lors même qu'il combat au premier rang l'épée à la main , n'oublie pas son rôle de chef et dirige la bataille , Nicolas Psaulme , en même temps qu'il exposait sa vie comme le plus humble de ses prêtres, employait toute son autorité afin de faire exécuter dans notre malheureuse ville toutes les prescriptions et les règlements que sa sagesse lui avait inspirés pour la salubrité publique et le soulagement des pestiférés. La pauvreté et la misère grandissant avec l'épidémie, il fit vendre, pour donner du pain aux malheureux, les vases sacrés des églises qui n'étaient point absolument nécessaires au culte divin, son argenterie et ses meubles; peu s'en fallut que dans son palais il ne couchât sur la paille. Le Cardinal de Lorraine lui-même s'émut de tant de souffrances, et écrivit à notre Evêque des lettres pleines de bonnes paroles d'encouragement et de commisération.
Ce ne fut que vers la fin de 1569 que cette cruelle maladie cessa complètement, laissant après elle comme des traces lugubres, le deuil dans
loiiles les fïTmilles, la dépopulytion dans la Cité, une foule d'enfanls orplielins. Elle devait reparaître neuf fois encore dans le cours du xvi* siècle.